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interviewRMC — Face à Face· 1 juillet 2022 21 min

L'interview : Sébastien Chenu - 01/07

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, RMC, l'interview à Pauline de Valherbe. Il est 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour Sébastien Chenu. Bonjour Madame. Merci de venir répondre à mes questions. Ce matin, vous êtes député du Nord, porte-parole du Rassemblement National et vous avez été élu vice-président, l'un des vice-présidents de l'Assemblée Nationale. Je voudrais qu'on commence par ce qui s'est passé hier à l'Assemblée. Vous n'avez pas obtenu, comme vous l'espériez, la présidence de la Commission des Finances. Vous vouliez gagner par là en respectabilité. Alors c'est raté puisque c'est Éric Coquerel de la France Insoumise qui a été élu.

Est-ce que ça veut dire que le plafond de verre de cette respectabilité, en fait, il est toujours là ?

0:42
Sébastien Chenu

Ce n'était pas ça, Madame Langeuse. Ce n'était pas la respectabilité. C'était d'abord de faire respecter une tradition, d'ailleurs, qui est inscrite dans le règlement de l'Assemblée Nationale, qui est que l'opposition, la principale force d'opposition, c'est ça l'esprit de la loi, obtient la présidence de la Commission des Finances. Ça a été le cas lors du mandat précédent. Qu'est-ce qu'on a vu ? On a vu des Républicains...

1:02
Présentateur

Techniquement, je le rappelle, vous êtes le groupe politique qui a le plus, en effet, de députés de l'opposition, même si la NUPES, le parti qui a le plus, puisque la NUPES, qui est une sorte de grand groupe avec plusieurs sous-groupes, est effectivement une formation qui a plus de députés.

1:17
Sébastien Chenu

Donc cette présidence de Commission, dans l'esprit du règlement de l'Assemblée Nationale, devait nous revenir. Nous avons vu des députés des LR qui ont préféré aller jusqu'au bout d'une démarche amenant à faire élire Éric Coquerel, d'extrême-gauche, de la France Insoumise, à la tête de cette Commission des Finances. Moi, je pense que c'est politiquement un signal très dangereux qu'a envoyé LR à ses électeurs, disant qu'ils préfèrent faire élire Éric Coquerel à la tête de la présidence de la Commission des Finances.

Et on a vu une majorité qui n'a pas voulu, avec une espèce de passivité, qui n'a pas voulu s'en mêler, laissant encore Éric Coquerel, c'est-à-dire trahissant l'esprit de ce règlement. Non, mais ça veut dire qu'en fait, ils ont préféré tout trahir, les LR, leurs électeurs en particulier, la majorité, l'esprit du règlement de l'Assemblée Nationale, et faire élire Éric Coquerel, alors que deux solutions s'offraient à nous. La possibilité de faire élire Charles de Courson, un parlementaire expérimenté, mais qui n'a pas eu le courage de continuer, il a préféré se retirer au troisième tour.

2:16
Présentateur

Je ne sais pas si c'est une question de courage, je lui ai dit au contraire qu'il a eu le courage de se retirer pour ne pas pactiser avec vous.

2:21
Sébastien Chenu

Oui, voilà, qui a préféré, entre guillemets, ne pas pactiser avec nous, et faire élire Éric Coquerel. Donc ça montre aussi une certaine forme de lâcheté politique. Et puis, de l'autre côté, il y avait la possibilité d'une présidence tournante, on a proposé ça, et là, ce sont les LR qui n'ont pas voulu. Donc à un moment, il faut que ces gens-là reviennent devant leurs électeurs, reviennent devant, vous savez, tous ces milieux économiques dont ils disent qu'ils sont les avocats tout au long de l'année, les LR qui disent qu'on est des gens sérieux, on va protéger l'économie, etc.

Ils vont aller leur dire qu'ils ont laissé la présence de la Commission des Finances à Éric Coquerel, qui va utiliser, et qu'il le dit, et il ne s'en cache pas, la Commission des Finances comme une arme politique. Nous, ce qui nous gêne, c'est que...

2:56
Présentateur

Et vous ne l'auriez pas fait, vous, ça ?

2:57
Sébastien Chenu

Pas comme une arme politique, nous, on veut, nous, vous savez, je crois que, vous le voyez, on joue l'institution. Éric Coquerel nous dit, bah oui, effectivement, je prendrai, d'ailleurs, tous les amendements possibles et inimaginables, je vais jouer avec le calendrier de la Commission des Finances, parce qu'eux, ils jouent l'obstruction. Eh bien, moi, je pense qu'on a deux visions très différentes.

Vous avez l'extrême-gauche qui veut jouer l'obstruction, casser la machine, empêcher que la France avance, et puis vous avez des élus Rassemblement National qui sont missionnés par leurs électeurs, moi, mes électeurs de Nain, ils me disent, allez-vous battre sur le pouvoir d'achat, sur l'immigration, sur tous ces sujets-là, je ne cherche pas à casser la machine. Ils veulent une autre politique, ils veulent qu'on fasse infléchir les choix du gouvernement. C'est ce que nous allons faire, d'ailleurs. Mais c'est vrai que cette présidence de Commission des Finances, dans les mains d'Éric Coquerel, c'est de la nitroglycérine.

3:42
Présentateur

Vous dites infléchir les choix du gouvernement, mais on a quand même l'impression que ça se passe plutôt bien entre vous et les macronistes.

3:48
Sébastien Chenu

Ça ne se passe pas plutôt bien. Nous, on respecte cette institution, on respecte nos collègues, et on estime que nous avons d'ailleurs des droits. Lorsque les élus de la majorité, et même d'autres oppositions, nous ont élus vice-présidents de l'Assemblée Nationale, Hélène Laporte et moi, ils donnent simplement une représentation des forces politiques de l'Assemblée Nationale au plus haut niveau de la présidence de celle-ci. C'est normal.

4:11
Présentateur

Mais certains ont considéré, et notamment justement du côté de la France Insoumise, ils vous ont fait, à vous le reproche, et vous particulièrement Sébastien Chenu, le reproche de vous être retiré de la candidature à la présidence de l'Assemblée Nationale pour faire élire, Yael Brun-Pivet, de la majorité présidentielle.

4:28
Sébastien Chenu

Les choses sont simples. Nous avons 89 députés. Nous sommes le premier groupe d'opposition. J'ai présenté à la demande de Marine Le Pen ma candidature à la présidence de l'Assemblée Nationale. J'ai obtenu 90 voix, une voix de plus d'ailleurs que le nombre de députés du Rassemblement National. J'ai considéré que je n'avais pas la capacité d'obtenir une majorité pour devenir président de l'Assemblée Nationale.

4:47
Présentateur

Donc là, vous me dites, je ne me suis pas acharné.

4:48
Sébastien Chenu

Je me suis retiré, mais surtout, nous n'avons pas pris part au vote lors du second tour de l'élection de la présidence de l'Assemblée Nationale. Nous n'avons pas voté. Nous avons laissé les députés qui voulaient voter pour Mme Brun-Pivet le faire. Nous ne pouvions pas l'empêcher. Nous ne pouvions pas faire élire l'un des nôtres. Nous nous sommes retirés du second tour. Et la machine n'a pas été bloquée. Et nous avons fait en sorte que les institutions soient protégées. Ça vient quand même de gens qui, du matin au soir, et on l'a vu lors de l'arrivée des députés insoumis, ne respectent pas cette institution. Alors, ils ne la respectent pas dans l'image. On a vu des comportements.

5:23
Présentateur

La France insoumise ne respecte pas les institutions de notre pays.

5:27
Sébastien Chenu

En particulier l'Assemblée Nationale. D'abord, quand on refuse, dans ce temple de la démocratie, de serrer la main, comme l'a fait ce député qui nous avait dit de la France insoumise qu'il avait été dealer...

5:37
Présentateur

C'est Louis Boyard, le plus jeune député de l'Assemblée, qui est donc membre en effet...

5:41
Sébastien Chenu

Le plus jeune député, c'est un Polynésien. Mais Louis Boyard est un des plus jeunes qui se décrivait comme un ancien dealer, qui refuse de serrer la main de ses collègues, avec des propos absolument épouvantables, disant que ses collègues vont lui refiler, vont le contaminer de racisme et d'islamophobie.

5:56
Présentateur

Il a dit qu'il exerçait les gestes barrières face à l'extrême droite. Voilà sa stratégie.

6:00
Sébastien Chenu

Des propos, dans l'enceinte de l'Assemblée nationale, qui est le temple de la République française, avec des députés qui sont tous élus de la même façon, désignés de la même façon par les Français, sont inacceptables. Ce n'est pas l'esprit de la République française.

6:13
Présentateur

Pardon, mais c'est quand même un peu le comble, parce que pendant des années, vous avez été ceux qui avaient dit « Nous sommes anti-système ». Ce mot a presque été inventé par Marine Le Pen. C'était son slogan, on se souvient. Depuis des années, elle était anti-système. Et aujourd'hui, quand je vous écoute, et quand je vous ai devant moi, j'ai l'impression qu'au contraire, vous êtes devenus polis, comme on ne peut pas l'imaginer, respectueux, comme on ne peut pas l'imaginer, des institutions et du système.

6:34
Sébastien Chenu

Madame, les institutions, ce n'est pas le système. L'Assemblée nationale, ce n'est pas le système. Le Sénat, ce n'est pas le système. Ça, ce sont les institutions. Le système, c'est ce que nous avons vu à la Commission des Finances. Des gens qui font semblant de s'opposer, les Républicains, la République en marche, etc., et qui sont capables de se coaliser à un moment pour empêcher le Rassemblement national d'exercer des responsabilités. Ça, c'est le système. Des gens qui se renvoient à l'ascenseur. Le reste, ce sont les institutions. Nous, on respecte les institutions.

On ne cherche pas à bloquer le pays, mais nous dénonçons, comme je viens de le faire, ce vieux système pourri entre vieux élus LR et moins vieux élus de la République en marche qui aboutissent à faire élire un homme d'extrême-gauche à la présidence de la Commission des Finances.

7:15
Présentateur

L'homme d'extrême-gauche dont vous parlez, c'est Éric Coquerel. Un mot encore là-dessus, puisque après avoir été élu président de la Commission des Finances, hier soir, l'une des militantes des figures féministes de gauche, Rocaïa Diallo, a dénoncé à son endroit des rumeurs sur ses comportements avec les femmes et elle dit ne pas comprendre que la France Insoumise, qui, dit-elle, était au courant de ces rumeurs, n'ait pas bloqué la candidature d'Éric Coquerel. Qu'est-ce que vous en pensez et comment vous réagissez ?

7:45
Sébastien Chenu

Deux choses, j'allais dire. La première, moi, je suis très attaché à la présomption d'innocence, y compris pour M. Coquerel, et je déteste ses procès d'intention basés sur des rumeurs. Il paraît qu'on a dit que, etc. Je ne connais pas Éric Coquerel, il n'a jamais eu l'élégance de me saluer, d'ailleurs, durant les cinq années précédentes. Je n'ai pas de tropisme particulier, vous l'avez compris, pour lui. Mais moi, je suis attaché à une présomption d'innocence. Si quelqu'un doit un jour porter plainte contre Éric Coquerel, il le fera. Mais je pense qu'il y a un sujet à la France Insoumise sur ces sujets-là.

On a vu que la France Insoumise avait cherché à étouffer l'affaire Tarboaf, qui s'était très mal comportée, visiblement, avec des militantes ou avec des femmes, je crois, qui étaient militantes de la France Insoumise. Il y avait un sujet sur Hugo Bernalicis, député du Nord, France Insoumise, qui avait des comportements visiblement inappropriés. La France Insoumise, à chaque fois, cherchait par des commissions théodules, à enterrer ces affaires-là. Moi, je pense que la France Insoumise, qui a fait un peu ce sujet-là, son fonds de commerce, devrait probablement rénover ses pratiques, plutôt que donner des leçons à la terre entière.

S'il y a des sujets, ils vont être traités devant la justice du pays. Il ne s'agit pas de rumeurs. On ne fait pas de la politique sur des rumeurs. S'il y a des sujets, c'est traité en justice. Mais pour le reste, qu'ils arrêtent de donner des leçons à la terre entière, parce que visiblement, ça revient souvent dans cette famille politique.

9:00
Présentateur

Je précise que le comité interne sur ces questions-là dit n'avoir jamais été saisi de la plainte.

9:06
Sébastien Chenu

Oui, ils nous ont fait le même coup sur Tarboif, et puis finalement, on a compris qu'ils savaient tout depuis le début.

9:11
Présentateur

Il y aura un discours, peut-être discours de politique générale, mais ce ne sont même pas les termes qui ont été utilisés. Et on ne sait toujours pas s'il y aura un vote de confiance ou non. En tout cas, ça se passera à l'Assemblée. Elisabeth Borne, face à vous, mercredi, est-ce que vous, vous réclamez un vote de confiance ?

9:26
Sébastien Chenu

Je crois que c'est mieux. Je crois que c'est mieux si la Première Ministre demande la confiance de l'Assemblée nationale. Elle n'est pas obligée de le faire. On a vu des Premiers Ministres, je pense à Edith Cresson, je crois que Pierre Moroy ne l'avait pas demandé non plus. Mais je crois que essayons de démarrer sur de bonnes bases. Alors évidemment, nous, on ne souhaite pas voter la confiance à Mme Borne, parce que tout est dit dans l'expression « Nous n'avons pas confiance dans ce gouvernement ». Mais je pense qu'il y aurait un peu de grandeur à ce que Mme Borne allume un moment un peu la lumière.

Enfin, je veux dire, Mme Borne, on a l'impression qu'elle est très frileuse, on a l'impression qu'elle a peur de son nombre. Ça fait deux mois que le Président de la République a été élu. Il ne s'est rien passé. Il ne se passe rien. Mme Borne a l'impression qu'elle est tombée au fond d'un trou depuis qu'elle a été élue. Rien n'imprime. À un moment, il faut nous dire ce qu'elle compte faire de la France. Quelle est la politique que ce gouvernement veut mener au bénéfice de la France et des Français ? Parce que c'est très vague. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est dans un brouillard épais comme le fog londonien depuis deux mois.

10:21
Présentateur

Vous avez le sentiment que la France est immobile ?

10:23
Sébastien Chenu

J'ai le sentiment que depuis deux mois, il ne se passe pas grand-chose, que le gouvernement ne prend aucune décision, que Mme Borne n'imprime pas, ne donne pas de cap et que le Président de la République, à force d'être dans l'eux en même temps, n'est plus nulle part.

10:35
Présentateur

On va essayer de comprendre ce que vous, vous seriez prêt à faire ? Est-ce que vous seriez prêt à signer, voire à voter ? Mais sur ce qui va se passer mercredi, vous dites que vous demandez un vote de confiance. Est-ce que vous seriez prêt, s'il y avait vote de confiance, à déposer vous aussi une motion de censure ou à signer une motion de censure ou est-ce que vous continuez à dire non, ça on ne le fera pas ?

10:53
Sébastien Chenu

On ne va pas commencer comme ça. Si vous voulez, il y a un sentiment de flottement au niveau du gouvernement.

10:58
Présentateur

Je rappelle que la France Insoumise a dit qu'elle déposerait une motion de censure.

11:00
Sébastien Chenu

On prend les choses dans l'ordre. On écoute la Première ministre. On verra si elle demande la confiance ou pas. Nous nous déterminerons contre ou nous abstiendrons. Nous allons voir ce qu'elle nous raconte. On ne va pas commencer par censurer le gouvernement pour faire tomber le gouvernement et faire renommer un nouveau Premier ministre. Tout ça n'a aucun sens. Tout ça, c'est bloquer les institutions. Nous, ce qu'on veut, c'est aller au débat des idées.

11:20
Présentateur

Donc vous, vous ne demandez pas la démission d'Elisabeth Borne ?

11:22
Sébastien Chenu

Si c'est pour la remplacer par quelqu'un d'autre de la même sensibilité politique avec la même ligne politique, ça n'a aucun intérêt. Ce qu'il faut, c'est que cette politique change, que le président de la République ait compris le message des électeurs à l'occasion des élections législatives. Visiblement, il a du mal à l'entendre. Les Français, ça fait deux mois qu'Emmanuel Macron est réélu. Ça fait deux mois qu'ils mettent de l'essence dans leur voiture. Ça fait deux mois qu'ils voient l'inflation s'envoler, qu'ils voient les prix de l'alimentaire s'envoler. Les Français, ils attendent des mesures fortes. Ça fait deux mois. Deux mois de perdus.

Qu'est-ce qu'a fait Emmanuel Macron depuis deux mois ? C'est ça dont on veut parler immédiatement. Vous savez, tout à l'heure, je retourne dans ma circonscription à Denain, à Famars, les Français me disent, les électeurs de ma circonscription et partout en France nous disent mais est-ce que quelque chose va se passer ? Comment ça va s'organiser ? On n'y arrive plus. Cette France qui travaille ou qui a travaillé ou qui aimerait travailler, cette France qui fait des efforts ne s'en sort plus. On a un gouvernement qui est en plein flottement. Donc l'histoire de motions de censure, ça ne résout rien.

Les dossiers liés au pouvoir d'achat, les sujets sur le pouvoir d'achat, ça, ça peut résoudre des problèmes. Regardons-les,

12:23
Présentateur

les sujets pouvoir d'achat Sébastien Chenu. Les grandes lignes du projet de loi pouvoir d'achat du gouvernement sont désormais connues. Il y a notamment ce chèque alimentation qui ne sera pas un chèque alimentation mais un chèque pouvoir d'achat de 100 euros pour les plus modestes avec un peu plus pour ceux qui ont des enfants. Est-ce que ça, vous seriez prêt à le signer ? Est-ce que ça vous allait dire oui ?

12:41
Sébastien Chenu

Il faut prendre les choses de façon globale. D'abord, on a une inflation qui est presque 6% aujourd'hui. On a une croissance qui est à 2,5 alors que Bruno Le Maire nous avait dit pendant toute la campagne électorale que la croissance serait de 4%. Donc déjà, ils ont construit un budget qui n'est pas conforme à la réalité économique du pays. Ça, c'est la première chose. Deuxième chose, je le dis parce que c'était sur votre antenne, je crois que ça s'exprimait. Moi, j'ai trouvé très pertinent la proposition de Michel-Édouard Leclerc de demander une commission d'enquête sur l'inflation. Il y a des hausses des prix qui nous semblent peu pertinentes, on va dire ça comme ça, très étonnantes.

Moi, je crois, et les députés du Rassemblement National sont prêts à prendre ces initiatives qu'une commission d'enquête sur les causes de l'inflation et sur les hausses de prix est une chose intéressante à mener.

13:25
Présentateur

Pardon, je m'arrête quand même un instant là-dessus. Ça veut dire que vous ferez partie de ceux qui demanderont cette commission d'enquête parlementaire. J'en recevais ce matin sur RMC un député du MoDem qui le demande également. Vous pourriez tous vous mettre d'accord pour demander cette commission d'enquête parlementaire pour faire toute la transparence sur ce qui constitue véritablement ces hausses de prix. Est-ce que vous aussi vous suspectez qu'il y ait peut-être de la spéculation ?

13:46
Sébastien Chenu

C'est évident. Je suis persuadé qu'il y a des gens qui profitent de cette situation pour spéculer. Ça me semble être évident mais une commission d'enquête dira les choses de façon très pertinente. C'est une excellente proposition de Michel-Edouard Leclerc.

13:57
Présentateur

Donc ça, c'est une première chose. Faire toute la transparence sur les hausses de prix. Et ensuite, je vous repose la question. Le contenu de ce paquet pouvoir d'achat du gouvernement, est-ce que vous pourriez le signer ? Est-ce que vous êtes d'accord ?

14:09
Sébastien Chenu

Alors, il y a plusieurs choses. D'abord, sur ce paquet pouvoir d'achat, moi j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand-chose de neuf. Alors attendez, je vais quand même rentrer dans les détails.

14:16
Présentateur

Il y a la prolongation de la remise de 18 centimes de litre par carburant. Il y a la poursuite du blocage du tarif réglementé du gaz jusqu'à fin 2022. Il y a un dégel du point d'indice des fonctionnaires. Il y a un bouclier sur les loyers. Il y a une augmentation des APL de 3,5%. Il y a une revalorisation de retraite. Il y a le triplement de la prime Macron. Tout ça, c'est dans ce qu'on appelle le paquet pouvoir d'achat.

14:35
Sébastien Chenu

Il y a beaucoup de choses très différentes. Vous avez des mesures que la loi impose. C'est-à-dire les revalorisations par exemple de la retraite ou des allocations sociales. C'est la loi qui l'impose.

14:44
Présentateur

Ils font passer ça pour de la politique mais vous vous dites en fait c'est quasi automatique.

14:47
Sébastien Chenu

Le scandale, c'était de ne pas l'avoir fait. La revalorisation du point des fonctionnaires, le scandale, c'est de ne pas l'avoir fait depuis je crois 10 ans pour les fonctionnaires. Il est là le scandale. C'est normal. Ce n'est pas du neuf. C'est ce qu'on doit aux Français. Il faudra d'ailleurs nous expliquer très concrètement comment on revalorise le point d'indice sur qui les finances vont reposer parce que si c'est les collectivités locales, les mairies, les petites communes qui sont déjà associées avec le prix de l'énergie. Ça veut dire que ce sont aussi des subventions en moins pour les associations, des subventions en moins pour la vie sociale, culturelle dans nos communes.

15:19
Présentateur

Donc vous serez attentif au fait que ces 3,5% d'augmentation viennent du budget de l'État et non pas du budget des collectivités locales. Donc ça,

15:26
Sébastien Chenu

il y a tout ce qui est, j'allais dire, rien de neuf sous le soleil, etc. Ensuite, il y a des mesures qui, moi, ne me semblent pas pertinentes parce qu'elles ne sont pas pérennes. Des bouts de scotch, on retape ici et là. Vous pensez à quoi ? L'échec, la politique d'échec, de distribution d'échec. Moi, j'ai toujours été très étonné, je veux dire, qu'on distribue des chècs pour payer des taxes. Et nous, on préfère l'inverse. Baisser des taxes, c'est ce sur quoi nous allons nous battre à l'Assemblée nationale. et également une TVA tant qu'il y a de l'inflation à 0% sur un panier, ce qu'on a dit, de 100 produits de première nécessité.

Nous, on veut des mesures qui soient dans le temps, qui rendent de l'argent aux Français. Toutes les mesures qui permettront de rendre de l'argent aux Français, nous les voterons. Toutes les mesures qui nous semblent être des gadgets, qui nous semblent ne pas être financées ou pas finançables, nous ne les voterons pas. Je pense aussi à une mesure, je voyais ça dernièrement, c'est le déplafonnement du ticket restaurant. Moi, je pense qu'il va falloir aussi se battre là-dessus.

16:24
Présentateur

Je vais répéter les choses pour qu'elles soient très claires. Avant le Covid, on pouvait dépenser 19 euros par jour sur sa carte ticket restaurant ou en ticket restaurant donc payé par l'entreprise. Avec le Covid et pour la réouverture des restaurants, ils avaient déplafonné à 38 euros pour qu'on puisse aller au restaurant et relancer la machine des restaurants et pouvoir en effet dépenser ses tickets restaurant le samedi et le dimanche. Tout ça revient à l'avant Covid, c'est-à-dire 19 euros maximum et ne pas les utiliser le samedi et dimanche. Vous dites non.

16:56
Sébastien Chenu

Je dis que je trouvais que la formule avait encore de la pertinence. Vous voyez, c'est ça, ce sont des formules qui ne sont pas gadgets. Lorsqu'elles durent dans le temps, elles ont de la pertinence. Là, visiblement, c'est une formule qui donnait satisfaction à beaucoup de gens. Elle avait un coût et je pense que c'est intéressant de regarder les coûts de chaque mesure et j'allais dire ce que ça produit comme effet dans l'économie. Mais là, c'était de l'argent qui revenait dans l'économie. Ça ne coûtait pas grand-chose mais surtout, ça revenait dans l'économie réelle. Et je trouvais que ça a été pertinent. Je vois qu'aujourd'hui, on abandonne ce dispositif. Je le regrette.

Voilà, je crois que la logique qui nous anime, c'est celle-ci. C'est de dire quand ce sont des mesures pérennes pour rendre de l'argent en français, nous serons au rendez-vous. Les gadgets, les pansements, tout ça ne nous convaincra pas. Donc j'essaie de comprendre, il se pourrait que vous votiez

17:39
Présentateur

une partie. C'est-à-dire que si, en gros, si le gouvernement propose un grand paquet de pouvoirs d'achat, il y a peu de chances que vous le votiez. S'il le fait à la découpe, il pourrait y avoir des mesures dans ce paquet que vous puissiez voter au cas par cas.

17:51
Sébastien Chenu

Et puis, il y a une mesure qui nous intéresse, c'est la taxation des super profits des entreprises qui ont fait des profits inhabituels avec le prétexte ou le prétexte de la guerre en Ukraine. Là, là-dessus, il y a des pays qui l'ont fait. La Hongrie, le Royaume-Uni, je crois que l'Italie aussi a fait ça. Faire une taxe sur des super profits, des gens qui ont profité de cette situation internationale, nous semble une manière tout à fait intéressante de récupérer, là aussi, un peu d'argent. Je voudrais comprendre

18:16
Présentateur

de quoi on parle. On a évoqué notamment les super profits de Total, les super profits des transporteurs. On a le grand transporteur CMA-CGM qui a annoncé aujourd'hui. En fait, il y a eu cette évocation de la taxe qui, pour l'instant, n'est pas reprise et n'est pas encouragée par le gouvernement. Le gouvernement leur demande plutôt à eux directement de faire des ristournes ou des aides. Total a dit qu'ils allaient poursuivre la ristourne, 12 centimes d'euros par litre. Et puis, le grand transporteur a dit on va baisser de 500 euros par conteneur, par conteneur de 40 mètres cubes. Ce sont des très gros conteneurs.

Ils baisseraient de 500 euros la facture à tous ceux dont ils transportent les marchandises. C'est une autre manière, disent-ils, de participer. Est-ce que ça, ça vous suffit ou est-ce que vous maintenez l'idée d'une taxe ?

19:03
Sébastien Chenu

Ce n'est pas satisfaisant. Je veux dire pourquoi. D'abord, cette histoire de taxe, on sait comment elle peut fonctionner. Vous savez que pendant le Covid, les complémentaires ont été taxés pour financer justement la lutte contre la pandémie. Donc, on sait très bien mettre une taxe à un moment idoine sur un certain nombre d'entreprises pour pouvoir financer ce dont on a besoin. Il y a des entreprises qui ont fait des profits inhabituels. On a parlé de CMACGM. Je crois qu'ils ont multiplié par 10 leurs bénéfices. Donc,

19:26
Présentateur

les 500 euros par conteneur de 40 mètres cubes,

19:29
Sébastien Chenu

on peut prendre ça avec le sourire. Ce n'est pas à la hauteur du tout des bénéfices multipliés par 10. Donc, il suffit de regarder les bénéfices qui ont été faits dans ce moment de guerre par rapport aux bénéfices habituels de cette entreprise. On voit le bénéfice qui a été fait et on en taxe les deux tiers.

19:46
Présentateur

Taxer les deux tiers des bénéfices. Mais quand vous dites taxer, c'est prendre les deux tiers des bénéfices ? Oui, c'est ça. Et leur laisser un tiers du bénéfice supplémentaire, du bénéfice exceptionnel.

19:57
Sébastien Chenu

Exactement. Ça a été fait en Hongrie, je crois que ça a été fait au Royaume-Uni et en Italie, je le vérifierai. Et ça, vous le faites

20:04
Présentateur

pour toutes les grandes entreprises

20:06
Sébastien Chenu

qui ont eu des bénéfices inhabituels exceptionnels au moment de la guerre en Ukraine. Vous leur laissez un tiers, vous en prenez deux tiers.

20:13
Présentateur

Les choses sont très précises et très claires. Merci Sébastien Chenu d'être venu donner toutes ces propositions. On l'a bien compris, vous ne voterez pas la confiance si elle vous le demande Elisabeth Borne, mais vous vous engagez à ne pas lancer de manière automatique une motion de censure. Sébastien Chenu, député du Nord, porte-parole du Rassemblement National et donc désormais vice-président de l'Assemblée Nationale. Il est 8h53 sur RMC BFM TV.