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AutreFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 19 janvier 2026 24 minContradictoireMixte

Alain Finkielkraut : "La langue française évolue, d'accord, mais on peut juger cette évolution"

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Présentateur

France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin un philosophe, écrivain, bien connu des auditeurs de Radio France. Pour dialoguer avec lui, n'hésitez pas, appelez-nous au 01 45 24 7000. Bonjour Alain Finkielkraut. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous publiez cette semaine aux éditions Gallimard l'un de vos ouvrages les plus personnels. Ça s'appelle Le Coeur Lourd, c'est une conversation libre avec le journaliste du Figaro, Vincent Trémolet de Villers.

Vous vous livrez sur votre cheminement intellectuel, sur votre rapport à la littérature, à votre identité juive, à la France. Et à cette époque, notre époque, que vous aimez de moins en moins. Je voudrais commencer par ce titre, Alain Finkielkraut, Le Coeur Lourd, c'est la tristesse, l'inquiétude profonde. Pourquoi avez-vous Le Coeur Lourd ?

Alors, c'est une expression que j'utilisais beaucoup quand j'étais enfant, et elle m'est revenue pour qualifier, en effet, mon tourment, et un tourment assez répandu, devant l'époque, devant ce que devient la France, et devant aussi, à la fois, l'explosion de l'antisémitisme depuis le 7 octobre, et la politique révoltante menée par Benjamin Netanyahou et son gouvernement. Cette expression, donc, s'est imposée à moi.

1:39
Invité

On va revenir sur tous les sujets que vous évoquez. Effectivement, c'est longues pages que vous consacrez à votre lien avec Israël, à votre identité juive. Mais d'abord, sur cette angoisse existentielle, cette intranquillité. Vincent Trémolet de Villers raconte dans son introduction, le fait qu'à chaque fois, quand vous commencez à travailler, vous dites, si c'est pas bon, on jette tout, ou que vous faites carrément des cauchemars, ou vous repassez le bac, vous êtes encore un angoissé, un éternel angoissé à 76 ans, Alain Finkielkraut ?

2:12
Présentateur

C'est pas la peine de rappeler mon âge, mais enfin, vous l'avez fait, il est trop tard. Non, non, mais cauchemars, c'est pas ça. Si je repasse le BEPC, parce que le BEPC, je l'ai révisé trois mois. Donc, c'est vrai, c'est vrai. J'ai la peur des examens, la peur des compositions, m'a toujours accompagné. Mais ça, si vous voulez, c'est mon idiosyncratie. L'intranquillité, elle me vient aussi, aujourd'hui, plus objectivement, de ce qui se passe. C'est-à-dire qu'au moment, par exemple, où la France est en train de changer de visage, elle se dépouille rageusement d'elle-même. Voyez la langue. Voyez ce que devient la langue française. Je voudrais vous citer, par exemple, l'actrice Adène Hélène.

Adèle Haenel. Si moi, en tant que femme blanche, je ne fais pas un travail de déconstruction sur comment j'ai été construite, sur comment j'ai été construite, alors je me fais le véhicule du racisme. Ce galimatia idéologique, et cet effondrement de la syntaxe, c'est un peu la France d'aujourd'hui. Autre exemple, en haut lieu, le Conseil d'État, le Conseil d'État, vient, contre l'avis du gouvernement, d'autoriser l'écriture inclusive dans les documents officiels. L'écriture inclusive, c'est le coup de grâce porté à la langue.

L'Académie française l'avait dit, c'est un coup mortel porté, c'est un péril mortel pour la langue, et une humoriste, non pas de France Inter, je ne vais pas me faire d'ennemis aujourd'hui, une humoriste d'ailleurs, avait commenté, le seul péril mortel à l'Académie, c'est la prostate de ses membres.

4:05
Invité

Voilà où nous en sommes. Alain Finkielkraut, juste pour revenir sur ce que vous dites, sur Adèle Haenel, ou sur l'écriture inclusive, c'est vraiment, on peut tisser, tracer une généralité à partir de ces exemples-là. La langue française, elle vit aussi par ses écrivains, par la francophonie. Est-ce que là encore, vous ne cédez pas à un travers qui consiste à faire d'un exemple une généralité expliquant que la langue française est en train de s'effondrer ? Non, il suffit d'ouvrir les oreilles,

4:33
Présentateur

partout, si vous voulez, la syntaxe s'effondre, disais-je, le vocabulaire sera bougri. Voyez ces mots qui sont vraiment des serial killers. Super, sympa, kiffé. Combien de nuances sont remplacées par super et par sympa ? Un jour, j'avais prêté Retour à Florence à quelqu'un, Retour à Florence d'Henri James, et cette personne avait aimé et elle m'avait répondu oui, c'est très sympa. Comment voulez-vous comprendre quelque chose si Henri James est sympa ? Alain Finkielkraut, vous parlez de nuances, mais vous êtes sans nuances sur le monde d'aujourd'hui, sur la France d'aujourd'hui.

Votre fils vous dit j'aimerais que tu t'interroges sur le besoin désormais compulsif que tu as de te jeter sous les roues du camion de l'époque pour prouver que ces freins ne fonctionnent pas. Vous ne pensez pas qu'il a un peu raison ? Cette phrase d'ailleurs, le livre va sortir dans quelques jours, mais les gens qui l'ont lu, c'est cette phrase qui a le plus de succès. Donc je suis très content pour mon fils Thomas, mais bon, c'est vrai, il s'agissait de... Mais là, vous voyez, reprenons le truc, il s'agissait de l'affaire Duhamel, j'avais dit à la télévision, j'avais dit à la télévision, un homme ça s'empêche, s'il ne s'est pas empêché, oui, il est coupable.

Mais simplement, je ne me suis pas mis à la place de l'avocat, je me suis à la place du juge. Le juge demande, ça a commencé à quel âge ? Est-ce qu'il y a eu des violences ? Et ça, c'était encore trop pour une époque qui aime le lynchage. Qui aime le lynchage. Donc voilà, oui, c'est vrai, moi, je fais mienne cette phrase du poète Bertrand Delvaille, je n'ai jamais hué personne. Donc je ne suis jamais du côté des nageurs.

6:22
Invité

Il y a dans l'introduction de ce livre, cette anecdote formidable qui d'ailleurs se passe dans le studio de France Inter, et c'est comme ça que Vincent Trémolet de Villers ouvre ce livre. Vous êtes invité en 2009, c'est Nicolas Demorand qui présente la matinale, et il s'avère que vous tombez un jour où Michael Jackson est mort. Donc, évidemment, il commence l'entretien, Nicolas Demorand, en vous interrogeant sur ce que suscite chez vous la mort de Michael Jackson, et vous faites cette réponse qui a le mérite de la clarté. J'éprouve un sentiment de désappartenance, répondez-vous. Traduction en langage simple, ça ne vous émeut pas particulièrement. Il y a quoi ?

Une incapacité à communier avec l'époque, avec les émotions qui traversent l'immense majorité des gens

7:00
Présentateur

qui vous écoutent ? Pas du tout. Vous savez, j'ai un côté concon aussi. Donc, par exemple, quand le PSG a gagné la Ligue des Champions, 5-0 contre la Terre de Milan, j'étais très heureux. Je ne suis pas descendu dans la rue. Et j'étais très heureux et bêtement heureux parce que le PSG c'est devenu quand même le Qatar Football Club. Ça ne devrait pas me plaire. Donc, je communis. Je communis quand je regarde le Tour de France, etc. Là, la mort de Michael Jackson, c'est vrai, ça aurait été Paul McCartney. Vous savez, j'aurais été venu au studio en pleurant. Donc, voilà, c'est tout.

7:35
Invité

Mais ce sentiment de désappartenance, il vous caractérise par rapport à l'époque que l'on vit aujourd'hui. Vous avez l'impression d'être défasé.

7:42
Présentateur

Il me caractérise aussi pour le meilleur parce que je pense que c'est une preuve de lucidité et peut-être pour le pire parce que je n'ai pas de téléphone portable, je ne me sers pas d'ordinateur. Donc, j'ai un peu l'impression dans l'époque d'être un peu comme, d'être comme, vous savez, ce personnage joué par Christian Clavier qui arrive dans le monde moderne, j'accouille. Je suis le j'accouille de l'hypermodernité. Ça ne nous venait pas immédiatement à l'esprit cette comparaison, mais je... Oui, en plus, c'est un film populaire dont je vous parle.

Alors, on va parler politique à l'infine-colte puisque vous évoquez votre cheminement, vous qui avez commencé à battre le pavé en mai 68, qui avez trinqué à la victoire de François Mitterrand en 1981. On va vous demander où est-ce que vous en êtes aujourd'hui, mais on a d'abord une question de David au Standard de France Inter. Bonjour et bienvenue, David.

8:37
Auditeur

Bonjour.

8:38
Présentateur

Allez-y, posez votre question.

8:41
Auditeur

Oui, bonjour, monsieur Finickelkraut. Bonjour, monsieur. Je suis ravi de vous avoir à l'antenne. Je voulais tout d'abord vous remercier pour votre œuvre. pour moi qui n'est pas philosophe. Ça a été pour moi une manière de découvrir des auteurs remarquables comme Milan Kundera que je n'aurais pas connus sans vous. Et par ailleurs, je suis un homme de gauche et j'aurais voulu avoir votre avis sur l'avenir de la gauche. Vous qui en fuis membre et peut-être encore aujourd'hui vous vous considérez comme un homme de gauche.

9:22
Présentateur

Alors, merci. Merci, David. Je précise qu'il y a une phrase dans votre livre qui nous a aussi marqué. Vous dites « C'est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche ». Oui, alors, parce que la gauche, comme l'a d'ailleurs remarqué Jacques Julliard, a trahi tous ses principes fondamentaux l'un après l'autre. La laïcité, d'abord, que la gauche ou une partie de la gauche traite maintenant considérée comme islamophobe. Pas toute la gauche, Alain Finkielkraut. Une partie importante de la gauche qui, malheureusement, disons, met le reste de la gauche un peu sous tutelle. Et elle a trahi l'école. C'est l'égalitarisme qui tue l'égalité des chances. Elle a trahi la République.

Elle oublie la nation au profit de l'hospitalité inconditionnelle. C'est pour ça que je dis « C'est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche ». Mais, la gauche a-t-elle un avenir ? Je n'en sais rien. Mais pour me qualifier moi-même, je dirais plutôt, à l'instar du philosophe polonais, l'échec Kolakowski, que je suis conservateur, libéral, socialiste. Conservateur, j'ai peur pour ce qui existe. Et je plaide pour une écologie intégrale. Sauver la Terre. La Terre, pas la planète. La Terre. Sauver la nuit, le silence, la langue, l'école, la culture. Voilà. Et pourquoi je ne dis pas « Je suis de droite » puisque vous n'êtes plus de gauche ?

L'écologie intégrale n'est pas forcément de droite. Je dis conservateur, libéral, socialiste. Donc, conservateur, ce que la droite devrait traître. Valéry a une phrase géniale. Géniale. Ce qui a ruiné les conservateurs, c'est le mauvais choix des choses à conserver. Et la droite a souvent fait ce mauvais choix. Je suis libéral parce qu'une société où l'initiative individuelle est bridée, la concurrence anéantie, eh bien, elle s'installe dans le ressentiment. Et je suis socialiste parce que si tout, si rien dans le capitalisme ne fait exception au capitalisme, s'il n'y a pas de valeur non négociable, alors, la civilisation menace de s'effondrer.

11:45
Invité

Alain Finkielkraut, pour, là encore, essayer de vous positionner dans cette époque, toutes les enquêtes d'opinion, tous les sondages montrent que les idées du Rassemblement national n'ont jamais été aussi partagées. Elles progressent. Ceux qui les incarnent, là aussi, sont bien placés en vue de l'élection présidentielle de 2027. Est-ce que ça vous inquiète la progression du Rassemblement national ?

12:05
Présentateur

Ce qui m'inquiète, c'est que toute une partie de la classe politique a fait au Rassemblement national le cadeau du réel. C'est-à-dire que, si vous inquiétez d'une immigration immétrisée, vous êtes très vite traité de raciste. alors que c'est la social-démocratie danoise qui a réglé le problème en rendissant drastiquement l'immigration. Si vous parlez de préférence nationale, alors là, vous êtes carrément fasciste. Alors qu'il n'y a pas de nation sans préférence nationale.

C'est Rousseau, qui n'est pas l'ancêtre du fascisme, qui disait comment les hommes l'aimeraient si leur patrie n'est rien de plus pour eux que pour un étranger et si elle ne peut leur accorder que ce qu'elle ne peut refuser à personne. On prendrait en charge l'angoisse, vous parlez d'angoisse existentielle, l'angoisse existentielle des Français qui se demandent ce que leur pays va devenir. Si elle était prise en charge par les autres partis, le Rassemblement national serait marginal.

13:19
Invité

Là, si on vous écoute, la préférence nationale, ça apparaît comme une sorte d'évidence pour vous. Faire une distinction, par exemple, quand il s'agit d'allocations ou de droits au logement entre des Français et des étrangers, ça ne relève à minima pas de l'évidence et d'un choix politique qui est un choix politique marqué, qui fait donc une distinction entre les Français et les étrangers. Vous parlez de ça comme si au fond, ça allait de soi.

13:42
Présentateur

Le Conseil constitutionnel, si vous voulez, a interdit aujourd'hui, en retournant le principe de fraternité contre la souveraineté populaire, a interdit l'aide aux étrangers en situation... à la circulation des étrangers en situation irrégulière, pourvu que cette aide soit désintéressée. Donc, au nom de l'état de droit, excusez-moi, on criminalise l'état de droit et on voue celui-ci à l'impuissance. C'est cela qui rend les gens furieux et qui pousse certains d'entre eux à choisir le Rassemblement National, ce que je trouve regrettable... Vous pourriez voter pour le Rassemblement National ? Non, je le trouve...

Non pas que le Rassemblement National soit encore un parti collaborationniste et fasciste. Son antisémitisme, à lui, est résiduel. Pas comme l'antisémitisme d'en face. Mais, c'est un parti dont le programme économique est aberrant et qui, tout souverainiste qu'il est, s'agenouille devant la Russie de Poutine. Donc, ce n'est pas mon parti. Ce ne sera jamais mon parti. Alain Finkielkraut, il y a des passages très intéressants consacrés à votre identité juive, à votre rapport à Israël. On va parler de la guerre à Gaza dans un instant, mais, d'abord, vos origines, vos parents sont des réfugiés juifs polonais. Votre père est rescapé d'Auschwitz. Vous n'êtes pas croyant.

Vous professez même l'inexistence de Dieu comme un savoir, mais vous insistez sur cette identité juive. Expliquez-nous ce paradoxe. Ah oui, mon père a été déporté à Auschwitz de France. un convoi du 18 juin 1942. Donc, oui, mes parents sont des survivants, toute leur famille est morte pendant la guerre, et c'était un peu l'ambiance de la rue Lucien-Sempêt dans le 10e arrondissement où j'habitais. C'était une maison hantée. Les morts étaient présents, et être juif pour moi, c'est un effort d'être simplement fidèle. Et en plus, vous savez, c'est la phrase célèbre, on est juif de génération en génération, et ça concerne aussi, c'est-à-dire très mystérieux, les juifs sécularisés.

Après tout, on aurait pu dire la sécularisation, c'est la fin du peuple juif, mais non. D'ailleurs, Israël a été fondé par des juifs laïcs dans leur très grande majorité. Donc, c'est un peu le mystère de cette continuité. C'est pour ça que je dis, à un moment donné, les juifs sont comme les éléphants, ils naissent avec des rides. À l'âge déclaré d'un juif, il faut toujours ajouter 5 000 ans, disait Edmond, le fait Edmond Jabez. Mais vous ne croyez pas en Dieu ? Non. Et je vis cette incroyance à tort, sans doute, comme un savoir.

Je l'avais dit au cardinal Lustiger dans un dialogue que j'avais eu avec lui, un homme d'ailleurs absolument extraordinaire, j'avais dit le croyant sait qu'il croit, l'athée croit qu'il sait. Moi, je crois que je sais. Je vis l'absence de Dieu, peut-être à tort, bien sûr, comme une certitude. L'idée de Dieu, l'idée d'un au-delà, l'idée d'une vie d'après la mort ne m'a jamais effleuré. La mort, c'est le néant. Et comme vous avez dit mon âge tout à l'heure, tout le monde sait que je m'approche. Il faut qu'on parle de vos liens, de votre rapport à Israël. Vous avez des mots très sévères contre Benyamin Netanyahou et ceux avec qui il gouverne.

Vous dites, vous parlez de répugnants fanatiques qui exigent toujours plus de cruauté dans la guerre. On parle de la guerre entre Israël et le Hamas qui a succédé au pogrom du 7 octobre. Et vous dites, à propos de cette guerre et de la façon dont elle est menée par Israël, vous dites, j'ai honte. Alors, soyons clairs. Le 7 octobre, de manière absolument incroyable, a désinhibé l'antisémitisme. On a parlé de génocide à Gaza quelques jours après le 7 octobre, alors que même l'armée n'était pas intervenue. c'est tout à fait effrayant ce qui se passe. Il y avait le peuple déicide autrefois, maintenant il y a le peuple génocide. Et les juifs, c'est un antisémitisme plein de bonne conscience.

Bernanos disait, l'antisémitisme, Hitler a déshonoré l'antisémitisme. Phrase étrange, mais très profonde. Donc vous récusez le terme génocide à propos de ce qui s'est passé à Gaza ? L'antisémitisme raciste n'existe plus. Maintenant, nous vivons à l'époque de l'antisémitisme antiracisme. Antiraciste, un antisémitisme bouffi de bonne conscience. On voit, si vous voulez, une sorte de vertu se réconcilier avec une haine ancestrale. En 68... Ça n'était pas la question à la fin que vous dites, j'ai honte. Oui, alors, mais j'y viens. En 68, nous étions tous des juifs allemands. Aujourd'hui, les étudiants engagés de Sciences Po et de Normale Sup sont tous des antisémites enragés.

Nous vivons à l'époque du pogromisme vertueux. Mais, on ne peut pas en rester là. On ne peut pas en rester là. On ne peut pas se cacher simplement derrière l'antisémitisme qui sévit depuis cet accord pour ne pas regarder les choses en face. Pour ne pas regarder, par exemple, ce que fait Israël en Cisjordanie. les champs d'Olivier détruit, etc. Ça, c'est terrible et beaucoup de gens peuvent être en colère, mais moi, c'est mon peuple. Alors, ce n'est pas simplement de la colère, c'est géante. Deux Israëls se font face et même deux judaïsmes. Un judaïsme fondé sur les tables de la loi, c'est-à-dire la justice, et un judaïsme fondé sur la promesse faite à Abraham, cette terre est pour toi.

Et ces deux judaïsmes, effectivement, se font face aujourd'hui et c'est très douloureux pour moi d'avoir à faire, de mener sans cesse ce double combat. Vous avez évoqué il y a quelques instants les étudiants

19:57
Invité

en disant que ce sont tous des antisémites enragés. Les étudiants militants ! Oui, il y a eu des marques d'antisémitisme indéniables dans l'enseignement supérieur, il y a aussi eu une contestation précisément de la politique-là que vous contestez, Alain Finkielkraut.

20:11
Présentateur

Il y a quelle politique ? De Netanyahou ? Oui. Non, et ça n'a jamais pris cette forme. Ça n'a jamais pris cette forme. Sioniste hors de nos facs, c'est qui les sionistes ? C'est tous les juifs. 99% des juifs sont attachés à Israël. Donc, ils sont considérés comme sionistes. Sionistes, nous, on ne coupe pas sur la poitrine l'étoile jaune, on nous coupe l'étoile de David. L'étoile de David, l'étoile de David, le drapeau israélien. On en est là aujourd'hui. Et d'ailleurs, ces étudiants, vous les voyez, sur l'Iran ? Vous les voyez ? Ils descendent dans l'amphi-tianse-po. Ils n'en ont rien à faire. No Jews, no news. Voilà où nous en sommes. Et c'est catastrophique.

Alain Finklethraut, on a le temps pour un appel pour vous qui ne concerne pas le sujet dont on parle, mais qui concerne la langue à laquelle vous êtes extrêmement attachée et dont vous supportez mal qu'elle évolue manifestement. on a Elodie en ligne. Bonjour Elodie, bienvenue.

21:11
Auditeur

Oui, bonjour. Merci de m'écouter. Moi, effectivement, je voulais réagir à vos propos sur la langue française. Je suis professeure de français, j'ai fait des études de langue. J'ai étudié le français de son origine, au latin, jusqu'à l'ancien français et au français d'aujourd'hui. Et en fait, je voudrais rappeler que le français, c'est une langue en perpétuelle évolution. C'est ce qui fait d'elle une langue vivante et non une langue morte. Et c'est normal qu'elle évolue, c'est normal que le vocabulaire change. Et c'est des choses qu'il faut accepter, il faut vivre avec son monde. Et c'est beau aussi, une langue qui évolue, une langue qui grandit.

Et moi, quand j'entends mes élèves parler, alors c'est sûr que ce n'est pas la langue que je parle forcément moi, mais en tout cas, c'est une langue nouvelle qui me suscite de l'intérêt et qui va grandir avec ces nouvelles personnes. Voilà, je voudrais remettre du beau dans ces évolutions parce que c'est la vie aussi.

22:06
Présentateur

Merci beaucoup Elodie, je précise qu'on a beaucoup d'appels qui vont dans le même sens. Alors Alain Finkielcroft, il faut savoir laisser évoluer la langue. Aujourd'hui, que la langue française est en plein déclin, ce qui m'attriste le plus, c'est que les français n'ont pas l'air d'en souffrir. Et c'est moi rebus des Balkans qui me désole de l'avoir sombré. Eh bien, je coulerai inconsolable avec elle. Lisez sur un et comparez avec l'usage actuel de la langue française. La langue française évolue, d'accord, mais qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il n'y a plus de bon usage ? Ça veut dire qu'on ne peut pas juger cette évolution ?

Ça veut dire que voilà, tout va bien parce que ça change.

22:51
Invité

Ça veut dire que peut-être il y a 50 ans, Alain Finkielcroft, on avait le même regard sur les nouveaux mots qui étaient utilisés ? Non. Ça veut dire

22:58
Présentateur

le français, si vous voulez, la France était une patrie littéraire. Elle était une patrie littéraire. Elle l'est toujours. La langue qu'on en parlait était habitée par la littérature. Ce n'est plus le cas et on n'a plus le droit de le voir à cause justement de ce processus évolutif qui nous conduit et qui nous condamne à l'extase permanente. Eh bien, je ne suis pas d'accord. On va se quitter là-dessus. Merci Alain Finkielcroft d'avoir été à notre micro ce matin.