Quels sont les effets de la canicule sur notre santé ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Jamais vu. Hier a été la journée la plus chaude jamais enregistrée pour un mois de mai en France, c'est-à-dire globalement sur tout le pays, depuis que l'on fait des relevés météo. Donc c'est vraiment, vraiment du jamais vu. Et on battait des records journaliers de la veille même. On battait un record qui était... Ça s'est produit pour Bordeaux pendant 2-3 jours. Le lendemain, c'était le record de la veille qui était battu. On dit souvent que la chaleur tape sur le système. Je pense qu'on peut tous le dire autour de cette table. Dans les transports, au travail, dans les files d'attente, beaucoup décrivent une fatigue, une irritabilité, parfois une agressivité inhabituelle.
Est-ce que la chaleur agit vraiment sur nos comportements, Aurél Gage ? Eh bien oui, en fait, vous avez raison. On pourrait se dire, c'est juste de l'inconfort et c'est parce que je ne me sens pas bien. Vu que je ne me sens pas bien, je suis énervé. Mais ce n'est pas pareil que la voiture. La chaleur, ça va jouer directement sur votre système nerveux. Première chose, vous imaginez, vous allez mettre un peu le cerveau à ébullition. Les petits messagers qui communiquent directement entre vos cellules, ils vont être perturbés. Les messagers, ça peut être la sérotonine, la dopamine, toutes ces petites molécules qui vont justement permettre de réguler un peu votre humeur.
L'autre chose, vous allez devoir, pour réguler le fait d'uriner ou autre, vous allez utiliser des hormones. Sauf qu'en fait, le problème, c'est que les hormones, ça a plein d'actions et ça joue aussi sur la psyché. Et enfin, il y a un dernier truc. Je pense que vous l'avez tous vécu ces derniers temps, la nuit. Ça vous perturbe quelque chose ?
Ah oui, on dort mal.
Et pas dormir. Eh bien, le problème, c'est que je vous rappelle que dormir, ça joue directement sur votre cerveau. Ça permet de le mettre en veille. Donc, ces trois choses additionnées, vous êtes sûr que vous avez un cocktail parfait pour, eh bien, justement, vous énerver. Et ça a été démontré. On a des études qui ont montré ça. Par exemple, vous avez une étude américaine qui a porté sur 3,5 millions de patients. Et ils ont vu qu'il y avait à peu près 10% en plus de consultations aux urgences pour des motifs psychiatriques. Que ce soit, et ça va partout, c'est pas que l'agacement. C'est troubles anxieux, troubles dépressifs, schizophrénie. Et après, bon, parfois on est égoïste.
Moi, je sais que je pourrais me dire spontanément, ça ne me concerne pas. Je ne suis pas potentiellement un patient psy. Mais on a vu ça aussi sur les violences, augmentation des violences. J'ai découvert qu'à 35 degrés, on devient plus agressif, plus impatient, plus impulsif, plus susceptible de mal interpréter ce qu'un ami ou une femme ou un compagnon ou une compagne dit. À 35 degrés. Alors oui, il n'y a jamais de cut-off, Bill, me dites pas. C'est-à-dire que vous n'allez pas pouvoir utiliser le coup de dire « Ah non, non, non, il était 35-1 et donc vous dit qu'il était 34-1. » Mais c'est bien senti, il n'y a pas de cut-off.
Mais oui, c'est vrai que les températures, ça va jouer directement. Donc est-ce que c'est le bon moment pour avoir une dispute ? Je vous le déconseille fortement.
Ça veut dire que dans les pays chauds, les gens sont plus nerveux que dans les pays froids ?
Ah ben c'est une bonne question. En fait, la chose qui est intéressante, c'est d'abord, il y a la valeur. C'est l'habitude, non ? Exactement, c'est l'acclimatation climatique. C'est l'acclimatation, c'est évident. Et ça, ça a été démontré, ça a mis du temps. Vous êtes habillé en tenue parce que vous sortez de l'hôpital. Ils vous disent quoi, vos patients aux urgences, là, depuis quelques heures, quelques jours ? Alors, les aux urgences qu'on essaie de faire, déjà, première chose, il faut bien comprendre que les conditions actuelles sont extrêmement dures pour eux. Parce que là, on parle des patients qui souffrent directement d'hyperthermie.
Je trouve qu'on fait une fixation sur les gens qui, en gros, ont un coup de chaud. C'est-à-dire qu'il fait chaud, j'ai chaud. Mais on ne se rend pas compte que ça, c'est la partie émergée de l'iceberg. Aux urgences, les patients viennent pour autre chose. Et malheureusement, en fait, ils souffrent de la température. Moi, dans mes urgences, vous savez, je n'ai pas de climatisation. Mais vous-même, vous souffrez, les soignants. Mais ça, à la limite, ce n'est pas grave. Il n'y a pas la clim. Non, il n'y a pas la clim. Alors, c'est un grand hôpital où je suis. Et on n'a pas la clim. C'est-à-dire que vous imaginez, vous avez des patients qui cuisent. C'est ça, la réalité.
Il fait combien, aux urgences, du coup, ces dernières heures ?
Moi, je ne pourrais pas vous donner la température exacte. Pour vous ayez une idée, pourtant, on a des ventilateurs partout. Il fait plus de 30 degrés facilement. Et pour des gens, vous imaginez que quand ils viennent aux urgences et qu'on les garde sur un brancard, généralement, c'est qu'il y a un motif d'hospitalisation. Et je peux vous dire que, normalement, vous savez combien il faut boire, en théorie, sans même une période de canicule, combien vous devez boire d'eau par jour ? 1,5 litre. Alors, vous voyez, c'est la légende de 1,5 litre. Vous voyez, personne n'est sûr. Non, 1,5 litre, c'est une légende. C'est 2 litres, théoriquement, pour une femme, 2,5 litre pour un homme.
Et ça, c'est les recommandations européennes. Les Américains, ils sont encore plus globales. Et alors, à ce moment-là... Mais ça dépend de la température. Ça dépend de la température. Mais ça, c'est le strict minimum. Donc, je tiens juste à imaginer, aux urgences, avec la masse de patients qu'on a, est-ce que vous pensez vraiment que, quand on a la patiente âgée qui ne peut pas marcher, on peut l'hydrater correctement ? Non, elle se déshydrate. Et malheureusement, ça augmente la mortalité. Évelyne Delia, demain, encore 10 départements seront en vigilance orange canicule. À partir de dimanche, on sort enfin de cet épisode de chaleur ? Absolument.
Alors, il va continuer à faire chaud près de la Méditerranée et notamment dans la vallée du Rhône. Ils sont un peu plus habitués tout de même. Donc, a priori, il n'y aura plus de canicule. On va retrouver des températures encore légèrement au-dessus des normales de saison. Et c'est surtout à partir du milieu de la semaine prochaine où on va avoir des températures tout à fait normales pour un début juin, puisqu'on sera début juin. Et même, parfois même, un tout petit peu en dessous de la moyenne, au nord. Et la semaine prochaine, avec les orages, puis un temps plus océanique, on repasse sur quelque chose de plus frais, plus humide, parfois même sous les normales.
On va avoir l'impression d'un coup de frais après la canicule ? Pas vraiment, parce que ça va être... Ce n'est pas subi, ce n'est pas soudain. Et c'est ça qui est important. Ça va être petit à petit que l'on va retrouver des températures plus normales. Déjà, aujourd'hui, les vins de... Vous savez, du côté de Brest, par exemple, ou de Dinard, ils ont perdu 10 degrés aujourd'hui par rapport à hier. Et c'est dû à quoi, ça ? C'est dû au dérèglement climatique ? Alors, non, il ne faut pas tout confondre. Ça, les 10 degrés en moins, c'est très météorologique. On était dans un flux de sud. Tout d'un coup, on a un petit flux d'ouest qui prend le dessus.
Donc, c'est de l'air plus frais qui arrive par la manche et qui va petit à petit rentrer sur le territoire. Alors, ça, c'est de la météo. Il y a la météorologie, c'est ce qui se passe au jour le jour. Et la climatologie, c'est du long terme. Alors, effectivement, le problème, c'est que la climatologie et le changement climatique accentuent ces phénomènes. Parce qu'il y a deux semaines, pour le week-end de l'ascension, on était en dessous des normales ces dernières. Absolument. Et comment expliquer que le dérèglement entraîne des épisodes plus précoces, plus petits, plus durs ? Parce que, justement, les masses d'air sont de plus en plus chaudes, avec des températures de plus en plus élevées.
En plus, là, on avait une situation exceptionnelle parce qu'on avait ce qu'on appelle un dôme de chaleur. On a un énorme anticyclone. Et puis, cette chaleur, elle arrivait en permanence dans un flux de sud, bloqué par des pressions. Et c'est comme, vous savez, dans une pompe à vélo. Au fur et à mesure, ça chauffe, ça chauffe, ça chauffe. Et c'est pour ça que les températures ont augmenté au fil des jours et au fil des heures. Et puis, maintenant, on va basculer dans un flux d'ouest avec, de temps en temps, le retour un petit peu de nuages, d'averses. Il faudra peut-être surveiller quelques orages. Et c'est pour ça qu'on va enfin un peu mieux respirer. Oui.
Évelyne Delia, on se souvient de vous, en 2022, vous aviez présenté un butin fiction très particulier, la météo de la France en 2050. Voici la carte donc prévue avec, vous le voyez, des températures égales ou supérieures à 40 degrés. Alors, toujours en cas de forte canicule, jusqu'à 48 degrés pour Nîmes. Alors, sans faire de catastrophisme, on va observer la différence de ces deux cartes en 8 ans. Parfois, peu de différence. Par exemple, à Reims, on passe de 41 à 43 degrés. Un peu plus pour Bordeaux, par exemple, de 40 à 45. Mais c'est sur le nord-ouest où l'on a une différence d'une dizaine de degrés. Cela vous paraît peut-être excessif.
Évelyne, c'est presque le bulletin que vous avez présenté ces derniers jours, en 2026. Et alors, c'est très intéressant parce que, alors, le premier bulletin, enfin, pour 2050, c'était en 2014. Et j'avoue que quand c'est Météo France, c'est l'OMM qui avait demandé à un présentateur météo de chaque pays du monde entier, l'Organisation Météorologique Mondiale, de faire un bulletin en 2050 en cas de canicule. Et lorsqu'ils m'ont envoyé les températures 40 degrés à Paris, 43 Nîmes, je leur ai dit, mais attendez, vous vous rendez compte ? On était en 2014. Et puis en 2022, je leur ai dit, vous faites toujours vos tendances, vos... Et ils m'ont dit oui. Et là, on s'est aperçus.
Et ce que vous voyez sur la Bretagne, qui était prévue pour 2050, on l'a déjà eu. J'étais le week-end dernier à Rennes pour le Forum international de la météo. Et un météorologue breton nous a sorti la carte des températures en Bretagne le 28 juillet 2022, où on avait dépassé les 40 degrés, 42 à l'intérieur des terres. Et cette chaleur, elle n'est pas seulement pénible, elle peut aussi faire des victimes. Cette semaine, un ouvrier de 19 ans est mort dans la Drôme. Il travaille sur une toiture avant de faire un malaise et d'être conduit à l'hôpital. Une hyperthermie, un violent coup de chaud est évoqué.
Ce drame rappelle, Aurél Gage, que la chaleur peut devenir un risque vital, en particulier pour ceux qui travaillent dehors et qu'il faut le rappeler. Et puis surtout, ça nous rappelle que ça concerne tout le monde. C'est-à-dire que l'usage, pour beaucoup de personnes, c'est de dire non, mais ça concerne que soit les plus jeunes, soit les personnes avec des comorbidités. Alors que là, on a un jeune garçon de 19 ans. L'histoire est quand même tragique. 19 ans, il faut bien se rendre compte qu'en plus, vu qu'il était couvreur, on imagine qu'il n'avait pas de comorbidités associées. C'est les conditions qui ont fait ça.
Et que, vous voyez, le fait de dire qu'il faut boire, et n'attendez pas d'avoir soif pour boire, il faut bien comprendre que la soif, c'est une réponse à la déshydratation. Donc en fait, vous êtes déjà déshydraté. Très bon réflexe de boire quand vous voyez. Faire attention aussi, on voit les terrasses bondées, faire attention à l'alcool encore plus. Oui, l'alcool, il faut bien comprendre que ça déshydrate. Alors j'aurais beau dire aux gens de ne pas boire de l'alcool, mais malheureusement, généralement, ça ne marche pas. Mais vraiment, essayez de vous hydrater. Et pas en pleine journée, pas en plein cagnard, même si je sais que le rosé peut être attirant pour certains.
Rendez-vous compte qu'il y a un vrai risque que vous prenez. Et surtout, mettez toujours de l'eau. Enfin, vraiment, essayez toujours de vous hydrater.
Evelyne Delia, il y a un autre risque important. La météo des forêts a été relancée 4 jours plus tôt que prévu cette année. Ce vendredi, 17 départements sont déjà en vigilance jaune. Est-ce que le risque de feu de forêt va s'intensifier ? Est-ce que ça risque de remonter aussi vers le nord ?
Eh bien, c'est proportionnel à ces températures que l'on a, à ce risque. Là, on avait un anticyclone. Donc, ça veut dire un temps calme, pas de vent. Mais quand on a de fortes températures, des chaleurs, et qu'un feu de forêt prend d'un coup, le problème, c'est quand il y a du vent. Et ça, c'est une catastrophe. Donc, surtout, de dire aux gens, ne faites pas de barbecues dans la forêt. Surtout, maintenant, il faut vraiment être extrêmement vigilant. On avait vu les catastrophes pour la forêt des Landes. Ça, ça avait été une véritable catastrophe.
Et vu qu'il fait tout le temps 35 degrés à Marseille, je comprends beaucoup mieux, Nicolas Pesson, pourquoi on réagit au quart de tour quand on est à Marseille. Merci à vous. Merci à vous, Hélène Delia. Vous êtes présentatrice météo chez nos confrères de TF1. Merci à vous, Aurél Gage. Vous êtes médecin urgentiste à l'hôpital de Poissy-Saint-Germain-en-Laye. On espère que la clim va arriver aux urgences de l'hôpital Poissy-Saint-Germain-en-Laye. Et on le rappelle avec vous, hydratons-nous. C'est important pour éviter les coups de chaud. Vous restez avec nous tout de suite le 5 sur 5 d'Amandine Bégaud. Merci à vous, Hélène Delia.