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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 10 janvier 2023 28 minContradictoireActualité / polémiqueÉducation & rechercheÉconomie & entreprisesSolidarités & familleNumérique

Le scandale Parcoursup : une machine inégalitaire | Johan Faerber

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %Attaque 85 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Parlez-vous le Parcoursup ?

  • 0:25ComplaisanteRéponse directe

    Bonsoir Johan, merci d'être avec nous ce soir pour parler de ce livre sur Parcoursup.

  • 2:04OuverteRéponse directe

    Effectivement, je saisis la perche que vous me tendez pour répondre sur APB.

  • 4:06RelanceRéponse directe

    Vous parlez de cette machine rhétorique, pouvez-vous développer ?

  • 8:54OuverteRéponse directe

    Peut-on revenir à la question de la privatisation généralisée ?

  • 13:02RelanceRéponse directe

    La Cour des comptes a pointé des problèmes, qu'en pensez-vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:04PrésentateurFait
    « Parcoursup remplit parfaitement sa fonction, qui est de contribuer à la conversion forcée de la société française au néolibéralisme. »
  • 5:03InvitéChiffre
    « À partir de 2014, 16 000 étudiants par an en STAPS et en métier de la santé étaient tirés au sort. »
  • 7:36InvitéChiffre
    « Il y avait à peu près 700 000 nouveaux-nés par an, étant donné l'objectif de Jean-Pierre Chevènement en 1985 d'assigner à terme 80% d'une classe d'âge au bac. »
  • 9:39InvitéFait
    « Le bac, ça coûte trop cher. »
  • 15:41InvitéChiffre
    « Au lycée Mozart du Blanc-Ménil, il y a 60% de boursiers. »

Temps de parole

  • Invité78 %
  • Présentateur22 %

1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Parlez-vous le Parcoursup ? C'est le titre d'un petit livre d'intervention qui paraissait jour-ci aux éditions du Seuil, dans lequel Johan Ferber, ici présent, montre à quel point cette plateforme numérique, qui depuis 4 ans est un passage obligé pour l'accès des jeunes basse liés à l'enseignement supérieur, est un véritable projet de société, et un projet de société absolument antidémocratique. Bonsoir alors, Johan. Bonsoir Julien.

Merci d'être avec nous ce soir pour parler de ce petit livre sur un sujet d'importance capitale, l'éducation, aussi bien l'éducation secondaire que l'enseignement supérieur, parce que Parcoursup, on le comprend bien en lisant, et c'est là que ce sont les enjeux, est à l'articulation cruciale entre les deux.

Vous êtes enseignant au lycée Mozart du Blanc-Ménil, professeur de lettres, mais aussi éditeur, aussi critique littéraire, et puis donc, fort de votre expérience auprès des lycéens, vous nous dites dans ce livre, d'une part, que Parcoursup est, je vous cite, un terrifiant accélérateur d'inégalité sociale, et puis vous nous dites aussi que cet état de fait n'est en rien le fruit d'un dysfonctionnement. Au contraire, vous montrez que Parcoursup remplit parfaitement sa fonction, qui est de contribuer à la conversion forcée de la société française au néolibéralisme.

Il s'agit en l'occurrence d'en finir avec l'enseignement supérieur de masse, de produire de l'échec, c'est une expression que vous avez, de faire 140 000 étudiants laissés sur le carreau par le système, rien qu'en jouant dernier, sans affectation. Et il s'agit ainsi d'assurer, de renforcer l'exclusion d'une partie de la population de l'accès à certaines carrières. Et vous parlez de Parcoursup comme d'un outil ségrégatif de la violence sociale. Vous avez un bon sens de la formule.

Si on reprend depuis le début, Parcoursup a été présenté par ses artisans au départ, il y a quatre ans, en particulier par Jean-Michel Blanquer, comme un grand progrès par rapport au système précédent qui était APB, admission post-bac, contre lequel Blanquer et compagnie n'avaient pas de mots assez durs.

2:01
Invité

Bonsoir, je vous remercie de m'accueillir. Effectivement, je saisis la perche que vous me tendez pour répondre sur APB. APB, en fait, était au cœur des discours de Macron et de son contre-maître, Jean-Michel Blanquer, et de son autre contre-maître, Frédéric Vidal, qui ont rapidement été nommés lors de son élection en 2017.

2:22
Présentateur

Elle a été ministre de l'Enseignement supérieur. Oui, oui, de l'Enseignement supérieur. Depuis, elle est allée travailler pour une boîte d'enseignement privé, d'ailleurs.

2:28
Invité

Oui, oui, oui, mais elle a été refusée, en fait. Elle a essayé. Elle a essayé, elle a essayé. C'était bien tenté. Mais effectivement, le problème qui a été celui d'Emmanuel Macron dès le début, c'était effectivement de parvenir à diaboliser APB. APB, c'était admission post-bac. C'est un système qui avait cours depuis la fin des années 2000 et qui était un système tout à fait imparfait, puisque c'est un système qui reposait effectivement sur des algorithmes comme Parcoursup, mais quand même avait une possibilité très importante pour les bacheliers, c'est qu'ils pouvaient hiérarchiser leurs vœux.

Et il y a une grande différence avec Parcoursup, parce que Parcoursup, en fait, ne va pas résoudre le problème d'APB. APB, pour Blanquer, ça a été, je dirais, l'occasion de mettre en place ce que moi j'appelle une machine rhétorique. Et une machine rhétorique qui est redoutable, parce que le macronisme articule toujours deux choses. Il articule un savoir technologique, un savoir technocratique qui passe par une numérisation de nos vies. Et à côté, cette numérisation des vies, elle ne peut pas venir seule. Elle doit s'accompagner d'un discours. Et ce discours, c'est toujours finalement et fatalement un récit.

C'est-à-dire que le macronisme ne se fait pas seulement techniciste, il se fait aussi conteur, narrateur. Et à partir de là, il faut bien arriver à créer une fable, à trousser une fable, à créer finalement quelque chose qui relèverait de l'injustice. Alors, l'injustice, ça paraît réparé par Parcoursup, cette injustice, c'est quoi ? C'est tout simplement qu'APB, en fait, provoquait dans les foyers français des drames, des tragédies. Je dirais qu'il y a trois temps dans le dénigrement et la déconstruction d'APB, c'est tout d'abord ce qu'on pourrait appeler une sorte de stratégie pathétique.

Jean-Michel Blanquer, dont on a depuis mesuré le caractère assez autoritaire, faisait le tour des médias en fin 2017 et début 2018, juste avant la mise en place en janvier 2018 de Parcoursup, faisait le tour de toutes les matinales pour dire, oui, beaucoup d'élèves n'arrivent pas à avoir ce qu'ils veulent à cause d'APB. APB recourt massivement au tirage au sort. C'était ça la grande question.

4:39
Présentateur

Ça, ça frappait les gens.

4:40
Invité

Ça, ça frappait les gens. L'injustice par excellence, l'aberration, le hasard, alors que quand même, le hasard au casino fait parfois bien les choses. Mais là, il s'agissait non pas de gagner de l'argent, mais il s'agissait de pouvoir gagner sa vie à terme. Et qu'est-ce que Jean-Michel Blanquer a fait ? Il a fait de ce vrai problème qui était APB, parce qu'APB n'était pas une bonne solution. APB avait un vrai problème, c'est-à-dire qu'il y avait quand même environ, à partir de 2014, 16 000 étudiants par an, en STAPS et en métier de la santé, étaient tirés au sort. Voilà, étaient tirés au sort. Alors, 16 000 étudiants, c'est énorme, mais en fait, ce ne sont pas tous les étudiants.

Et ce qui s'est passé, c'est que, rapidement, c'est le deuxième temps de la fable de Jean-Michel Blanquer, c'est finalement un développement paralogique, c'est-à-dire ce que les sophistes faisaient. C'est-à-dire que ces 16 000 étudiants tirés au sort, eh bien, ça devenait, le tirage au sort, le hasard, devenait tout le système d'APB.

5:35
Présentateur

Ça devenait emblématique du système. Finalement, APB, c'était devenu le tirage au sort.

5:39
Invité

APB, c'était devenu le tirage au sort. C'était un storytelling sur mesure. Comment on aurait pu réparer ce problème d'APB ? Comment on aurait pu réparer le problème d'APB ? APB, effectivement, avait un problème de tirage au sort, reposait sur des algorithmes. Mais pourquoi ?

Parce qu'en fait, APB commençait déjà à avoir le problème que va rationaliser et systématiser Parcoursup, c'est-à-dire le défaut de construction d'université, le défaut de création d'université, le défaut de création de places pour les étudiants, le défaut de création de postes de maîtres de conférences pour les enseignants, de postes de professeurs des universités, qui est un problème, en fait, crucial, structurel, et qui a des implications conjoncturelles, c'est-à-dire le tirage au sort, et puis maintenant, Parcoursup. Et là, c'est le troisième temps, je dirais, de la machine Parcoursup.

C'est quand on met en place ce que l'on appelle en rhétorique l'argument de la carotte et du bâton, ad batulum carotamque, c'est-à-dire sous les espèces de termes latins. Eh bien, en fait, qu'est-ce qui est mis en place ? En fait, il y a une sélection qui est mise en place. La sélection, c'est, je dirais, le maître mot de la politique macroniste, c'est-à-dire le trisocial.

6:51
Présentateur

C'est ça, c'est une sélection qui se présente déjà pas comme une sélection, et si elle est seulement méritocratique et finalement justifiée, alors qu'en réalité, vous montrez très bien que c'est ça, c'est un trisocial, c'est une machine classiste.

7:04
Invité

Oui, c'est une machine classiste, c'est une machine de classe. Pourquoi ? Parce qu'il faut le dire, Parcoursup, c'est un coup d'État numérique. C'est un coup d'État numérique dans nos vies, c'est-à-dire un coup d'État qui repose en fait sur un problème politique qui n'a pas été réglé, celui que je mentionnais tout à l'heure, de la création des places à l'université. Et à partir de là, vous n'avez pas assez de place et vous avez trop d'étudiants. Et vous avez trop d'étudiants, pourquoi ? Parce qu'on en a suffisamment entendu parler au début des années 2000 et jusqu'aux années 2010, c'est-à-dire le baby-boom des années 2000.

Il y avait à peu près 700 000 nouveaux-nés par an, étant donné l'objectif de Jean-Pierre Chevènement en 1985 d'assigner à terme 80% d'une classe d'âge au bac, à la réussite pardon, 80% d'une classe d'âge qui devait réussir son bac. Donc à partir de ce moment-là, mécaniquement... Il y avait plus de monde qui arrivait à l'université. Il y a plus de monde qui arrivait mécaniquement à l'université et qui obtenait son bac. C'est-à-dire que le bac, c'est quoi ? Ce n'est pas le dernier diplôme du lycée, c'est le premier grade universitaire. Traditionnellement, ça donne un accès de droit aux études supérieures. Exactement, c'est-à-dire que vous avez votre bac en poche. Ça n'est plus le cas.

Ah non, ça n'est plus le cas, puisque je dirais que dès que les élèves entrent en classe de seconde, ils sont déjà dans ce que nous, on appelait en notre temps déjà bien reculé le post-bac. C'est-à-dire qu'ils sont dans d'autres stratégies, puisqu'il ne faut pas avoir un bon bac. Avant, les filières d'excellence, c'était les filières S. Maintenant, il faut avoir un bon parcours sup.

8:30
Présentateur

Il faut bien parler le parcours sup, ce qui engendre une angoisse absolument terrible, ce qui conduit les gens à acheter des services. Vous parlez de ces services en ligne, facturer 750 euros pour l'accompagnement des adolescents pour lesquels leurs parents se sentent démunis et inquiets, de manière à bien faire son parcours sup. C'est-à-dire que c'est absolument antidémocratique.

Mais peut-être qu'on peut revenir quand même, avant d'en arriver là, à cette question de la privatisation généralisée, qui est l'objectif, privatisation des services de préparation, privatisation de l'enseignement, privatisation pour ceux qui n'auront pas accès via parcours sup à l'enseignement public, quand même aux deux, à la destruction en amont et en aval de parcours sup, d'un côté de l'éducation nationale et du bac, et de l'autre de l'université, puisque tout ça fait système, vous le montrez très bien. Il y a quand même la réforme du bac aussi, qui a lieu au même moment, dont vous parlez, et qui est fonctionnelle, enfin à laquelle parcours sup est fonctionnel.

9:27
Invité

Oui, oui, c'est-à-dire que la réforme du bac a pour but, la réforme du bac, elle a une stratégie managériale, elle a une stratégie managériale qui double. La première, c'est une économie de coup de revient. Le bac, c'est pas moi qui le dis, c'est Emmanuel Macron, lorsqu'il faisait sa campagne présidentielle de 2017, le bac, ça coûte trop cher. C'est une vieille règle qui coûte trop cher. C'est une vieille règle qui coûte trop cher. Voilà, c'est mis sous le jour d'une espèce de folklore, c'est-à-dire, c'est une espèce de modernité. Maintenant, ce serait dépassé, on serait passé à autre chose. Mais en tout cas, son argument de fond, c'est que ça coûtait trop cher.

Et comment réduire les coûts ? Il faut réduire les épreuves terminales. Et puis, il faut aussi réduire, en fait, le nombre de profs par classe, c'est-à-dire qu'il faut venir gonfler les effectifs. Et donc, c'est quoi la première vraie mesure technique du bac Blanquer ? C'est la généralisation des classes à 35. Et cette généralisation des classes à 35, elle permet quoi ? Eh bien, elle permet de réduire les coûts. La deuxième chose de ce deuxième outil managérial que constitue la réforme du bac, eh bien, c'est vider, c'est la stratégie managériale classique, c'est vider le bac de son sens.

C'est-à-dire, c'est placer après le bac quelque chose qui a plus de valeur, quelque chose qui a plus de valeur symbolique que le bac lui-même.

10:42
Présentateur

Et qui se prépare avant, qui est son parcours sup.

10:45
Invité

Et qui est son parcours sup, c'est-à-dire, tout simplement, en fait, une fois que vous avez vidé le baccalauréat de son sens, une fois que vous l'avez totalement vidé de sa valeur symbolique, vous devez, effectivement, concentrer l'attention de l'élève et de leur famille sur une autre épreuve. Et cette épreuve-là, c'est une épreuve qui est particulièrement angoissante parce que c'est une épreuve sur laquelle on n'a pas de maîtrise. Et cette épreuve, c'est quoi ? C'est avoir un bon parcours sup.

Et parcours sup, les élèves commencent à le comprendre, les familles commencent à le comprendre, mais aussi les enseignants, puisque tout le monde a découvert les implications de cette machine petit à petit, c'est parvenir, dès le début de la seconde, à avoir une vue très, très claire sur ce qu'on va faire comme études, ce qu'on va avoir comme orientation, avoir une bonne stratégie pour choisir les bonnes spécialités, avoir aussi une diversification peut-être de ces activités extrascolaires de manière à venir nourrir un CV. Pour répondre aux attentes.

11:38
Présentateur

On est déjà sur le marché de l'emploi, il faut déjà travailler à se préparer pour répondre aux attentes du marché.

11:45
Invité

Et les destins sociaux se fixent évidemment. Les destins sociaux se fixent, puisque c'est une sorte de pré-professionnalisation, on peut le dire. Des 15 ans, quoi. Des 15 ans, avec des attentes qui sont, vous imaginez, à l'âge de 15 ans, il y a tout type d'élèves, tout type de profil. Il y a certains élèves qui, effectivement, savent déjà, depuis très longtemps, ce qu'ils veulent faire. Ce sont souvent liés à des milieux sociaux déterminés, plutôt, effectivement, privilégiés.

Et d'autres qui ne savent pas, c'est tout à fait normal à l'âge de 15 ans de ne pas savoir ce qu'on veut faire, mais d'avoir une ouverture des possibles que ne permet pas précisément le bac Blanquer, puisqu'il nous a été vendu en 2017-2018 avec un storytelling un peu grotesque. Tu aimes le skate, tu aimes le skateboard, et tu aimes les fleurs, deviens fleuriste skateboard. Voilà, tu peux prendre n'importe quoi comme spécialité. Je n'exagère même pas, tellement le propos, en fait, est caricatural, puisque ce n'est pas ça le but. Le but, c'est parvenir, en fait, à créer ce qu'on pourrait appeler un marché de l'angoisse.

C'est-à-dire que le bac, auparavant, était une épreuve qui générait une certaine angoisse, mais sur laquelle vous aviez, par exemple, en terminale, vous aviez la possibilité de pouvoir progresser jusqu'à vous améliorer et obtenir le bac. Là, vous en êtes rendu, en fait, à une machine qui vous échappe, c'est-à-dire qui vous échappe, parce que ce que l'on peut dire, c'est que Parcoursup pose deux problèmes depuis 2018 qui ont été pointés à chaque fois de manière nette, à la fois par le défenseur des droits, mais aussi par la Cour des comptes. Oui, même la Cour des comptes, même dès 2020. Dès 2020.

13:15
Présentateur

La Cour des comptes, qui pourtant n'est pas un nid gauchiste.

13:19
Invité

Non, on ne peut pas dire que ce soit l'institution la plus progressiste de la Ve République. Eh bien, ces deux institutions, le défenseur des droits et surtout la Cour des comptes, a pointé deux problèmes fondamentaux, c'est-à-dire la réputation du lycée d'origine. Pourquoi la réputation du lycée d'origine jouerait-elle un rôle dans Parcoursup ? Ça devient encore plus fondamental. Ça devient encore plus fondamental.

13:42
Présentateur

Et vous rappelez-leur que l'un des artisans de cette réforme du bac, qui vient de la gauche, d'ailleurs, ça montre, de la gauche de gouvernement, et qui a travaillé pour Jean-Michel Blanquer, qui est quand même plutôt proche de l'extrême droite, Pierre Mathiot, expliquait que, bah oui, il allait falloir corriger, selon le lycée, les notes, de manière vraiment affichée, enfin assumée, et donc voir comme ça, au cas par cas, au pif éventuellement, selon la politique des établissements supérieurs.

14:12
Invité

Selon la politique des établissements, c'est-à-dire qu'en fait, ce qu'enterrine Parcoursup, loin de corriger les inégalités territoriales, Parcoursup les numérise. Parcoursup numérise les inégalités, et en fait, les propos que je cite de Pierre Mathiot, qui ont été tenus dans La Croix, sont des propos, je trouve, parfaitement choquants, puisqu'il fait une distinction entre des lycées comme Henri IV, et des lycées qui dit être à la périphérie, parce qu'il a un peu honte de dire le mot banlieue, visiblement.

Et ce qui pose vraiment question, ce qui pose problème, c'est qu'en fait, il y a une saisie qu'on pourrait appeler géonumérique dans Parcoursup, c'est-à-dire assigné, comme le disait la Cour des comptes, à un territoire, un coefficient, selon lequel, on ne sait pas très bien pourquoi, vous voyez, c'est très opaque, assigné à un territoire, à un lycée d'un certain territoire, eh bien, un coefficient pour venir corriger les notes, les augmenter, ou les diminuer, selon, finalement, quoi ? Un préjugé de classe, selon un préjugé de classe, préjugé de classe qui est éclatant.

Je vais vous dire pourquoi, parce que moi, je peux le dire d'autant plus facilement que moi, je suis, donc, vous l'avez rappelé au début de l'émission, enseignant dans le secondaire, et il se trouve que, puisque le bac est encore un diplôme national, moi, j'enseigne au Blanc-Ménil, mais je suis souvent amené, dans le cadre de l'épreuve anticipée de français, à faire passer le bac, à faire passer le bac, donc, à Paris, notamment, puisque c'est le lieu de mon domicile. Et il m'arrive...

15:35
Présentateur

Blanc-Ménil étant, je le rappelle, en banlieue.

15:37
Invité

Étant en banlieue, oui. Pas spécialement favorisé. Pas spécialement favorisé. Nous, au lycée Mozart du Blanc-Ménil, il y a 60% de boursiers, mais nous avons d'excellents élèves. Et moi, ma considération, et la suivante, est très, très simple. C'est-à-dire que moi, j'ai interrogé des élèves d'Henri IV ou de lycée parisien. Eh bien, sans surprise, ils sont absolument... Ils sont très polis, très gentils, extrêmement brillants. Mais je ne vois aucune différence entre ces élèves que j'ai pu interroger et mes élèves au Blanc-Ménil lorsqu'ils sont excellents. Ils sont exactement identiques.

16:09
Présentateur

Mais il va y avoir des coefficients qui pénaliseront les bonnes notes du lycée Mozart par rapport aux bonnes notes du lycée Henri IV.

16:16
Invité

Voilà, exactement. Donc ça, c'est pour moi absolument incompréhensible puisque moi, en tant qu'enseignant, j'ai vu les deux profils de futur néo-bachelier et je vois qu'il n'y a strictement aucune différence. Bien sûr que si. Il y a une différence qui est sociale. Il y a une différence qui est territoriale. On maîtrise les codes. Et on maîtrise les codes, etc. Mais cette différence-là, elle n'a pas à jouer dans l'attribution d'une place à l'université.

Et pourtant, l'opacité qui domine le système de parcours sup, dont effectivement se plaint la Cour des Comptes, est une opacité qui aboutit finalement à une vision extrêmement inégalitaire de l'éducation nationale avec des territoires qui sont des territoires délaissés et d'autres qui sont des territoires qui ne sont pas plus privilégiés mais qui continuent en tout cas à l'être d'une façon absolument identique à celle qu'elle a pu l'être depuis des années,

17:12
Présentateur

pour ne pas dire des siècles.

Et on retrouve le cycle donc dénigrement du service public là avec le numéro de claquette de Blanquer sur APB et l'horreur du tirage au sort occultant la vraie raison des problèmes qui est le sous-investissement dans l'enseignement supérieur qui ne suit pas la montée des effectifs mais qui au contraire est inverse d'un côté donc le système public ne marche plus donc on y substitue un système encore plus marqué par la logique pardon algorithmique et là moi je sens c'est un thème aussi du livre cette fascination des élites dirigeantes néolibérales pour le numérique le numérique il suffit de dire numérique parce que ça permet un management encore plus brutal ça permet de gérer les populations et les vies comme des choses et de manière absolument antidémocratique et inégalitaire sans qu'il y ait tous les problèmes du face-à-face des autres des autres biais et puis alors donc une fois qu'on a dénigré le service public et qu'on le remplace par quelque chose d'autre on privatise de facto et c'est peut-être là-dessus qu'on peut finir derrière tout ça il y a la floraison des services très très onéreux d'accompagnement pour les familles qui peuvent se le permettre et puis aussi le développement de l'enseignement supérieur privé dans lequel l'ancien ministre de l'enseignement supérieur a essayé de se recaser récemment naturellement floraison de l'enseignement supérieur privé pour ceux qui ont été recalés à Parcoursup entre autres

18:41
Invité

oui oui c'est-à-dire qu'il faut voir que le numérique vous le soulignez très très bien le numérique c'est l'outil ségrégatif bourgeois par excellence du macronisme pourquoi parce que le numérique en fait il est à la croisée de deux éléments il est un apprentissage de la maltraitance c'est-à-dire que vous vous faites maltraiter mais vous n'avez véritablement aucun interlocuteur ni aucune prise

19:02
Présentateur

devant l'écran

19:04
Invité

on est devant l'écran il n'y a pas de séconce voilà le numérique favorise un apprentissage de la maltraitance et puis il favorise aussi une fabrique du consentement puisqu'on a quand même dans le parcours du combattant le parcours sup du combattant on pourrait dire tel qu'il est tel qu'il se met en place à partir du 18 janvier c'est la date d'ouverture de parcours sup prochainement et bien en fait le néo-bachelier doit produire ce qu'on appelle un projet de formation motivée c'est-à-dire une lettre de motivation qui est finalement un pacte faustien avec lequel non pas il accepte d'être engagé mais il donne en fait les gages de son adhésion de son formatage voilà exactement de son formatage à une société néolibérale et qu'est-ce que ça produit finalement cette fabrique de la maltraitance qu'est-ce que ça produit ça produit tout simplement de l'individualisation c'est le maître mot du management cette individualisation elle produit quoi elle produit de la responsabilisation c'est-à-dire que si vous n'avez pas l'école ou la formation que vous avez demandé vous êtes renvoyé à un échec personnel et en fait on a une psychologisation d'un problème politique de fond c'est-à-dire qu'on vous renvoie à une culpabilité qui est générée par le système et qui en fait est renvoyée à votre narcissisme donc ici la psychologisation de la question celle du stress c'est Macron qui lui-même parlait de parcours sup lors de la présidentielle comme d'une usine à Strait cette culpabilisation qu'est-ce qu'elle fait et bien elle vous jette finalement dans la sauvagerie d'une expérience où comme on disait tout à l'heure il faut un marché il y a l'ouverture de ce qu'on appelle un marché de l'angoisse et ce marché de l'angoisse et bien il ouvre à quatre secteurs économiques que vont se partager en fait que vont se partager donc quatre branches il y a tout d'abord vous l'avez très justement rappelé l'enseignement privé les écoles privées notamment celles qui sont hors parcours sup c'est-à-dire on a un bon phénoménal depuis quelques années des écoles privées alors il y a de bonnes écoles privées mais il y en a aussi qui sont très mauvaises notamment elles sont vendues à travers des salons de l'étudiant où elles ont des vitrines très alléchantes mais ensuite elles ne proposent pas une formation adéquate le deuxième secteur économique c'est celui que vous évoquiez tout à l'heure c'est-à-dire le coaching le coaching en orientation où vous avez acheté ce qu'on appelle ce n'est pas une invention des passes sérénité par cours sup pour 750 euros sur ton avenir.net sur ton avenir.net effectivement donc des gens vous conseillent vous avez des visios et on vous vend ce passe sans garantie de réussite puisque si vous avez de mauvais résultats et si vous n'avez pas exactement où candidater les 750 euros ne vous serviront à rien le troisième le troisième marché c'est un marché qui est en développement et qui va petit à petit se développer c'est le marché du prêt bancaire étudiant c'est l'eldorado pour les banques c'est l'eldorado pour les banques puisque il y a un prêt qui s'appelle PARC qui peut être mis en place qui est déjà expérimenté en Suède qui a fait des ravages on le sait aux Etats-Unis c'est vous ne remboursez vos études que lorsque dans votre vie professionnelle future vous avez les moyens de rembourser

22:06
Présentateur

jusqu'à 40-45 ans on est coincé en plus ça fait des gens qui sont très dociles ensuite au travail ils ne peuvent pas se faire virer

22:11
Invité

puisqu'après ils ne peuvent pas rembourser les études qu'ils ont fait il y a 30 ans la scène de la douche en psychose c'est un compte de fait à côté et la troisième et la quatrième et dernière chose ça c'est le plus surprenant c'est que Parcoursup devient une vitrine pour le macronisme à l'échelle mondiale de consulting c'est-à-dire qu'il va y avoir c'est ce qui est indiqué dans un des rapports du comité éthique de Parcoursup pourquoi ne pas utiliser le savoir-faire français de Parcoursup pour s'en servir en vitrine internationale de consulting donc c'est assez étonnant de vendre en fait un outil qui n'a pas marché un outil qui est marqué par l'opacité de le vendre avec toujours cette espèce de nationalisme BA et cette espèce je dirais d'idéologie droitière selon laquelle vendre Parcoursup à l'étranger permettrait comme le dit ce rapport du comité d'éthique d'annuler en fait toute querelle idéologique hexagonale comme si finalement dans les autres pays tout le monde était de droite comme ce comité d'éthique donc finalement c'est merveilleux voilà finalement qu'est-ce qui est terrible dans ce Parcoursup c'est qu'il va être en fait c'est une marque il y a un packaging Parcoursup vous voyez il y a un logo il y a un site dont l'ergonomie est agréable là on est dans quelque chose qui est de l'ordre finalement entre la publicité et le forfait le forfait de remontée mécanique au ski vous voyez quelque chose d'assez agréable vous avez l'impression de faire partie de ce peuple de droite qui est toujours plus moderne que le peuple de gauche toujours forcément moins enviable que les autres et cette marque elle va être déclinée on connait ce qui va se passer pour les masters dès le mois de février il va y avoir le Parcoursup des masters et ce Parcoursup des masters il est encore plus redoutable que le Parcoursup des lycées pourquoi ?

parce que le Parcoursup des masters c'est ceux qui ont fait les frais en 2018 du Parcoursup du Parcoursup des lycées qui maintenant quatre ans plus tard parce qu'il n'y a toujours pas de place qui est créée il n'y a toujours pas il n'y a absolument pas d'université créée l'université c'est pas amélioré depuis l'université c'est dégradé et comme d'ailleurs le secondaire puisque voilà le moins ce que l'on peut dire c'est que Parcoursup en tout cas nous a montré que prof c'est plus un métier d'avenir ça au moins on est sûr et certain qu'aucun élève ne va choisir étant donné la dégradation du système scolaire du système universitaire dans lequel nous sommes jetés avec une sauvagerie inouïe mais la chose la chose fondamentale c'est que ce Parcoursup des masters et bien il laisse sur les cas il va laisser sur le carreau c'est sûr et certain à peu près 7000 étudiants comme il a déjà comme il a déjà pu être dit dans la presse pourquoi parce que on est comme on dit il n'y a toujours pas de création de poste

24:56
Présentateur

il n'y a pas de place

24:57
Invité

et surtout la ministre Sylvie Retailleau puisqu'ils ont remplacé le contre-maître la contre-maître par une autre contre-maître donc Sylvie Retailleau qui tient effectivement le même le même discours que sa prédécesseure et bien qu'est-ce qu'elle dit et bien elle dit que le Parcoursup des masters n'est pas là uniquement pour favoriser la poursuite d'études mais il peut à terme favoriser la reprise d'études c'est-à-dire que si vous n'avez pas votre master là c'est-à-dire alors que quand vous avez votre L3 vous êtes en droit d'avoir effectivement comme pour le bac d'avoir un master mais là si vous n'êtes pas choisi si vous n'êtes pas retenu vous pouvez avoir une expérience professionnelle et cette expérience professionnelle n'est-elle pas dans ce monde du travail qui est si apaisé dans lequel il est si facile de nos jours de trouver sa place n'est-il pas l'occasion précisément d'enrichir votre CV jusque-là tout à fait squelettique et rachitique et qu'est-ce qui se passe ?

et bien en fait vous pouvez reprendre vos études quelques années plus tard donc la politique maintenant c'est la politique telle que l'avait déjà vu Valérie Solanas dans le SCUM manifesto c'est-à-dire que l'enseignement supérieur et l'enseignement secondaire ne sont pas là pour vous apprendre un métier mais pour vous dégoûter de faire des études je crois que voilà Macron l'a dit en 2017 l'université l'université n'est pas pour tout le monde et je crois que cette phrase antidémocratique absolue qui réfute le socle républicain sur lequel est fondée notre école et bien je dirais que c'est quasiment le cimetière indien sur lequel s'est bâti Parcoursup et sur lequel donc nous on est appelé à errer comme des zombies puisque effectivement les enseignants dedans sont eux-mêmes dénigrés ils n'ont pas de savoir je crois que ce qui est important aussi de dire c'est que Parcoursup c'est un outil pour le prof bashing c'est un outil pour dénigrer les enseignants quand vous avez d'excellents élèves qui parce qu'ils sont dans un lycée qui n'a pas la cote selon Pierre Mathieu n'est pas au bon endroit n'est pas au bon endroit n'est pas bien placé un lycée qui n'a pas une cuillère d'argent dans la bouche et bien ce lycée qui n'a pas une cuillère d'argent dans la bouche quand vous mangez à la cantine qu'est-ce qui lui arrive et bien les enseignants sont incapables d'expliquer aux familles parce qu'ils n'ont pas de prise sur l'outil pourquoi cet élève excellent qui a 16 ou 17 de moyenne se retrouve parmi les fameux recalés de Parcoursup à peu près 138 000 par an à la fin du mois d'août et qu'ils doivent trouver des solutions des solutions et accepter il faut quand même le dire parfois n'importe quoi pour avoir une place à la fac et accéder aux études supérieures c'est donc moi je trouve un système d'une violence et d'une sauvagerie qu'on essaye d'atténuer avec le compte du numérique qu'on essaye de moderniser voilà

27:40
Présentateur

merci beaucoup Johan Ferber pour ce constat assez terrifiant qui évidemment invite au refus à se mobiliser à ne pas se laisser embarquer dans ce ce consentement ce consensus que tout nous porte finalement à adopter merci à vous merci

Le scandale Parcoursup : une machine inégalitaire | Johan Faerber · Pourquijevote