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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 1 juin 2022 25 min

Inflation : "Le plus dur, nous y sommes", avertit le ministre Bruno Le Maire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'économie et des finances. Questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application France Inter. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Nicolas Demorand.

0:12
Invité

Bonjour.

0:13
Présentateur

Ministre de l'économie, des finances, mais aussi de la souveraineté industrielle et numérique. Le temps de dire l'ensemble du portefeuille, il est déjà 8h23. C'était la promotion pour vous laisser à votre poste ?

0:27
Bruno Le Maire

Il n'y a pas de promotion particulière, il y a simplement la volonté de poursuivre une politique économique qui a donné entre 2017 et 2022 les résultats que vous connaissez. Avec 1,2 million de créations d'emplois, un chômage qui a baissé, des entreprises qui se remettent à investir et surtout ce qui me tient très à cœur, plus d'usines ouvertes en 2021 que d'usines qui ont fermé. C'est la première fois depuis des années. Donc nous sommes en train de gagner cette reconquête industrielle. Je pense qu'il faut poursuivre dans cette direction d'une politique de l'offre et la compétitivité des entreprises.

1:00
Présentateur

Le chiffre est tombé hier, Bruno Le Maire. L'inflation a passé au mois de mai la barre des 5%. Elle atteint désormais 5,2% sur un an. C'est sans précédent depuis 37 ans. Comment qualifiez-vous le moment que nous vivons aujourd'hui ?

1:14
Bruno Le Maire

Un pic d'inflation. Nous sommes dans un pic d'inflation. J'ai dit il y a déjà plusieurs mois que le plus dur était devant nous. Le plus dur, nous y sommes. Et je préfère être clair, ça va encore durer plusieurs mois. Nous allons avoir une inflation qui va rester élevée. Et c'est bien pour cela que nous avons pris avec le président de la République, les premiers en Europe, des mesures très fortes. Nous avons anticipé ce pic inflationniste en prenant des mesures pour plafonner les prix de l'énergie qui sont ceux qui tirent le plus l'inflation vers le haut. L'inflation s'explique à 60% par les prix d'énergie. Donc aujourd'hui, nous avons une inflation de l'ordre de 5%.

Je rappelle que c'est la plus faible de tous les pays de la zone euro parce que nous avons anticipé, pris des mesures massives et que nous maintiendrons ces mesures de plafonnement des prix d'énergie.

1:59
Invité

On va venir sur les mesures, mais juste pour comprendre combien de temps ça va durer l'inflation, combien ça va augmenter. C'est-à-dire, est-ce qu'il faut que les Français se préparent ? Là, on annonce 5,2% hier matin, le mois prochain ce sera 5,5%, ensuite au mois de septembre ce sera 7% d'augmentation des prix, puis on atteindra les 10% d'augmentation des prix. Comment ça va se passer ?

2:18
Bruno Le Maire

Je me rassurais là-dessus. Quand je dis pic inflationniste, ça veut dire que nous sommes au pic de l'inflation. Alors ça va peut-être durer encore quelques mois, mais je n'anticipe pas des taux d'inflation comme ceux que nous avons dans certains pays européens. Je rappelle que c'est 10% en Grèce, que c'est 11% dans les Pays-Bas, que dans les Pays-Bas, c'est entre 15% et 20% le niveau de l'inflation.

2:36
Invité

La moyenne européenne est à 8% aujourd'hui, on est en dessous.

2:39
Bruno Le Maire

Donc nous, nous avons contenu l'inflation, nous continuerons à maintenir ces mesures pour protéger des Français contre cette augmentation des prix. Parce que très concrètement, au-delà de ces mots techniques, ça veut dire quoi ? Ça veut dire des millions de nos compatriotes qui vont dans les supermarchés, qui cherchent le prix des plus bas, qui cherchent à avoir les ristons les plus importantes, qui n'arrivent pas à boucler les fins de mois, qui parfois doivent renoncer à des choix alimentaires. Qui voient, c'est ce que j'allais vous dire, et qui ont donc une inquiétude.

3:01
Invité

Qui voient les produits alimentaires de base augmenter de manière ahorissante ces derniers mois.

3:05
Bruno Le Maire

Mais c'est pour cela, je veux dire, avec beaucoup de force et de détermination, que nous continuerons à protéger nos compatriotes contre l'augmentation des prix, que cette inflation ne va pas monter jusqu'à des niveaux spectaculaires d'ici la fin de l'année 2022, et que ce que nous anticipons, c'est que...

3:20
Présentateur

Mais ça va durer combien de temps, selon vous, Bruno Le Maire ?

3:22
Bruno Le Maire

Si la fin de l'année 2023, nous verrons une décrue progressive de l'inflation, et que fin 2023, nous devrions revenir à des niveaux d'inflation plus raisonnables, même si je veux dire là aussi avec beaucoup de clarté, parce que je pense qu'il est très important que les Français sachent où nous allons et ce qui nous attend. Nous aurons, après ce pic inflationniste, un niveau d'inflation structurellement plus élevé. Pourquoi ? Pour deux raisons qui sont très simples, c'est que la régionalisation de la production industrielle et de la mondialisation, ça coûte plus cher. C'est plus cher de produire des batteries électriques en France que de les importer de Chine.

Et la deuxième raison, qui est fondamentale et qui est plutôt une raison positive, c'est qu'on va devoir investir massivement dans la transition énergétique, et que construire des éoliennes offshore, construire des réacteurs nucléaires, investir dans ces énergies renouvelables, ça coûte forcément très cher. C'est les deux raisons qui font que nous aurons une inflation autour de 2% vers la fin de l'année 2023, plutôt que les 1% que nous avions avant.

4:18
Invité

Donc pendant un an et demi, si vous dites fin 2023, pendant un an et demi, les prix vont continuer à augmenter, Bruno Leclerc ?

4:23
Bruno Le Maire

Non, je ne dis pas ça, je dis que nous avons un pic inflationniste, qu'il devrait durer encore quelques mois, parce qu'il y a une guerre en Ukraine, parce qu'il faut trouver un approvisionnement en gaz et en pétrole qui se substitue à l'approvisionnement russe, que le marché chinois aujourd'hui est bloqué, et vers la fin de l'année 2022, je l'espère début 2023, on devrait déjà commencer à voir s'amorcer une inflation plus faible.

4:44
Invité

Parce que, pardon, mais vous dites qu'on a anticipé, pas vraiment, vous, mais tout le monde, tout le monde s'est trompé. En février dernier, il y a trois mois, vous expliquez que l'inflation allait baisser d'ici la fin de l'année 2022. Aujourd'hui, vous nous dites, non, il faudra attendre la fin de l'année 2023.

4:57
Bruno Le Maire

Oui, mais je le dis avec beaucoup d'humilité, mais pour une raison qui est très simple, c'est que je n'avais pas anticipé la guerre en Ukraine. Et que ce qui a déclenché le pic inflationniste, et qui fait qu'on est passé d'une inflation qui avait augmenté raisonnablement, parce que la reprise économique était forte, parce qu'il y avait cette régionalisation des chaînes de valeur dont je vous parlais, qu'est-ce qui fait que tout d'un coup, l'inflation s'est enflammée, et que les prix ont augmenté aussi fort que cela ? C'est la guerre en Ukraine. Pas seulement, c'est les pénuries aussi.

C'est d'abord la guerre en Ukraine qui explique que sur le gaz, sur le pétrole, vous avez eu des tensions extrêmement fortes. Enfin, vous avez des prix qui ont été multipliés par 2, par 3, par 10. Vous avez un prix du baril qui est passé brutalement de 85 dollars le baril à 110 à 115. Ça se voit dans les prix à la pompe. Et ça, ça s'explique principalement par la désorganisation sur le marché énergétique liée à la guerre en Ukraine.

5:44
Présentateur

Lundi, les 27 pays membres de l'UE ont trouvé un accord pour tarir l'essentiel de leurs importations de pétrole russe. Jordan Bardella était à notre micro hier et il jugeait, je le cite, que beaucoup de Français, beaucoup de familles, probablement beaucoup d'entreprises vont être pénalisés par ces sanctions énergétiques. Qu'en dites-vous, Bruno Le Maire, est-ce que ces nouvelles sanctions vont aggraver l'inflation, la tension sur les prix de l'énergie ?

6:10
Bruno Le Maire

D'abord, je pense que c'est attendu de la part de Jordan Bardella, des représentants du Rassemblement National, qui sont les alliés de Vladimir Poutine. Donc ils défendent les intérêts de Vladimir Poutine. Les intérêts de Vladimir Poutine, c'est de continuer à exporter du pétrole vers l'Europe. Vous savez combien ça rapporte à la Russie et les exportations de pétrole ? 800 millions de dollars par jour. Donc si on veut continuer à financer la guerre de M. Poutine en Ukraine, très bien. Ça n'est pas le choix du président de la République. Ça n'est pas le choix des pays européens. Et c'est à l'honneur des pays européens d'avoir pris cette décision courageuse et historique.

6:43
Présentateur

Et sur la question de l'inflation, sur la tension sur les prix de l'énergie, est-ce qu'on va en voir la traduction rapide, immédiate ?

6:50
Bruno Le Maire

Mais ça ne va pas, effectivement, entraîner les prix du pétrole à la baisse. Mais nous avons anticipé cette décision d'embargo. Nous l'avons prise de manière raisonnable. D'abord, nous l'avons prise en disant que nous allons mettre six mois pour la mettre, effectivement, totalement en vigueur. En deuxième lieu, nous avons anticipé, en cherchant déjà, des alternatives au pétrole russe. On a fait un certain nombre de démarches avec d'autres pays européens pour trouver des substituts. Par exemple, aux Émirats Arabes Unis, où nous sommes déjà en discussion, comme d'autres pays européens, pour trouver des substituts au pétrole russe. On a anticipé cette décision.

Et enfin, en troisième lieu, quoi qu'il arrive, nous maintiendrons des dispositifs de soutien au carburant, tel que ceux que nous avons mis en place, je pense, aux 18 centimes d'euros de remise sur le litre de carburant pour protéger les Français. Mais votre question montre bien que, dans le fond, il y a deux manières d'aborder cette crise en Ukraine et cette crise économique. Ceux qui voient loin et qui défendent les intérêts stratégiques du pays, c'est ce que nous faisons avec le président de la République. Et ceux qui voient court, qui veulent continuer à soutenir M. Poutine et qui sont incapables de prendre des positions courageuses.

7:52
Présentateur

Encore un mot sur la Banque Centrale Européenne qui va augmenter Bruno Le Maire-Séto en juillet. Doit-elle le faire la main tremblante pour ne pas pénaliser la croissance ? Ou le faire vite et franchement ?

8:03
Bruno Le Maire

D'abord, elle est indépendante, donc c'est à elle de faire ses choix. Mais vous avez une parole libre. Mais ma parole est très simple. Nous devons réduire l'inflation qui pénalise nos compatriotes. Comment est-ce que vous faites ? Il y a l'État qui prend ses dispositions, qui prend les mesures de protection dont j'ai parlé, notamment sur le gaz, le pétrole, l'électricité. On plafonne le prix du gaz, on gèle le prix du gaz, on plafonne le prix de l'électricité, ça protège. Et puis il y a la politique monétaire. Si la politique monétaire n'évolue pas, nous ne ramènerons pas l'inflation à des niveaux raisonnables.

Donc c'est la responsabilité de la Banque Centrale Européenne de prendre progressivement, sans brutalité, les mesures nécessaires pour ramener l'inflation à un niveau plus raisonnable de l'ordre de 2%.

8:45
Invité

Qu'en est-il de la prévision de croissance pour la France en 2022 dans ce contexte qui n'est pas brillant ? Vous l'avez déjà ramené à la baisse. Est-ce que vous prévoyez combien pour cette année à la croissance ? Est-ce qu'il y a un risque de récession ?

8:57
Bruno Le Maire

Non, je ne crois pas à un risque de récession. Je reste très prudent parce que tout dépendra de ce qui peut se passer en Ukraine, de l'évolution dans un certain nombre d'autres pays, notamment la Chine. Il y aura une révision du chiffre de croissance. Je ferai la révision du chiffre de croissance au moment où je présenterai le projet de loi de finances rectificative, fin juin, début juillet.

9:20
Présentateur

Sur les questions de pouvoir d'achat, il y aura donc un paquet de pouvoir d'achat avec notamment le remboursement de 18 centimes par litre de carburant. A ce micro, le patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, disait qu'il fallait mieux cibler les choses. Les 18 centimes pour tout le monde, on ne peut pas se le payer éternellement. Il faut le faire de manière beaucoup plus ciblée que ce que j'ai compris qui allait être annoncé. Et il dénonçait un quoi qu'il en coûte de croisière, un quoi qu'il en coûte permanent. N'a-t-il pas un peu raison ? Pourquoi rembourser 18 centimes le litre à tout le monde, y compris aux plus riches ?

9:55
Bruno Le Maire

D'abord, le quoi qu'il en coûte, je l'ai dit très clairement en septembre dernier, nous en sommes sortis.

9:59
Invité

Mais non, vous ne pouvez pas dire ça, Bruno Le Maire. Quand vous mettez 26 milliards d'euros sur la table, le quoi qu'il en coûte, il est toujours là. Dominique Seux, c'est pas moi qui le dise, Dominique Seux qui le dit et les échos qui disent

10:10
Bruno Le Maire

le quoi qu'il en coûte, on y est toujours. Dominique Seux est libre de dire ce qu'il veut, comme n'importe quel journaliste, mais moi je suis libre comme ministre de l'économie et des finances de vous dire qu'il n'y a plus de quoi qu'il en coûte. Le quoi qu'il en coûte, c'est qu'on déverse, quoi qu'il arrive, des sommes astronomiques pour protéger nos salariés, nos entreprises, quand on fait face, on parle de récession, à un effondrement de l'économie comme celui qu'on a connu face à la crise du Covid. Là, c'est des dépenses qui sont ciblées. On cible sur l'énergie, sur l'électricité, sur le gaz. On fait très attention à ce que ça protège ceux qui en ont le plus besoin.

On va prendre des mesures, par exemple, sur le chèque alimentaire qui vont protéger ceux qui sont les plus modestes. Donc nous faisons attention. Quand nous décidons de revaloriser les pensions de retraite, c'est parce que les retraités ne peuvent pas faire face à l'inflation si on ne rattrape pas l'augmentation des prix dans leurs pensions de retraite. Sur les 18 centimes d'euros de remise, le Président de la République a été très clair sur le fait que nous prolongerions cette mesure. Donc nous la prolongerons cet été. On ne va pas pénaliser les automobilistes dans l'été.

Et ensuite, nous aurons, au moment du projet de loi de finances rectificative qui sera examiné en juillet, un débat sur ce sujet avec la nouvelle majorité pour dire, voilà, est-ce qu'à un moment donné, je ne sais pas à quel moment, nous passons effectivement un dispositif plus ciblé qui ira d'abord vers les ménages les plus modestes. Sur ceux qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture, je pense aux aides-soignants, je pense à ceux qui sont très éloignés de leur lieu de travail, ce sera le débat de cet été. C'est un débat qui est parfaitement légitime.

11:40
Invité

Parce qu'évidemment, la question qui se pose, c'est comment vous allez tenir les comptes publics ? Le déficit aujourd'hui, il est à plus de 6%. Vous avez annoncé, Emmanuel Macron a annoncé que vous allez massivement investir dans l'éducation et dans la santé. Donc du coup, comment vous allez faire avec une croissance qui n'est plus là ? Vos prévisions de croissance il y a 6 mois ne sont pas celles qui sont aujourd'hui. Comment vous allez faire pour tenir les comptes publics pour que ça n'augmente pas ? Je rappelle que quand même, le déficit et la dette sont monumentaux.

12:07
Bruno Le Maire

Bien sûr, c'est une question qui est absolument essentielle. D'abord, le président de la République a été très clair sur notre trajectoire de finances publiques. L'objectif, là aussi, comme sur la politique économique, comme sur la lutte contre l'inflation, et la méthode que nous emploierons, sont très claires. 3% de déficit en 2027, réduction de la dette à partir de 2026. Voilà la feuille de route qui est celle du gouvernement. Ça oblige d'abord à faire attention à chaque euro que nous dépensons. Et c'est là que je redis avec beaucoup de force que nous sommes sortis du quoi qu'il en coûte. Chaque euro compte.

Et je peux dire comme ministre des Finances, comme le ministre des Comptes Publics, Gabriel Attal, nous ferons attention à chaque euro de dépense publique. La deuxième chose, c'est alimenter justement la croissance. Oui, 2022 est dur, mais c'est dur pour tous les pays. C'est dur pour tous les pays européens. Et ensuite, continuer à investir, à innover pour avoir plus de croissance et plus d'emplois. La meilleure façon de rétablir les comptes publics, c'est d'avoir le plein emploi. Que l'ensemble des Français puissent contribuer à ce rétablissement des finances publiques. La troisième chose, c'est évidemment poursuivre les réformes que nous avons engagées.

Nous avons fait la réforme d'assurance chômage. Il faudra faire le moment venu la réforme des retraites pour qu'on ait globalement plus de Français qui travaillent. C'est comme ça que vous rétablirez les finances publiques.

13:20
Invité

C'est quand le moment venu, Bruno Le Maire ? Parce qu'on a l'impression, peut-être parce qu'il y a une élection dans quelques jours, mais qu'on n'entend plus parler de la réforme des retraites. Vous allez la faire ou pas ?

13:30
Bruno Le Maire

Bien sûr.

13:30
Invité

À 65 ans ?

13:31
Bruno Le Maire

Bien sûr, ça fait partie du projet du président de la République. Et je pense qu'une des forces de cette majorité du président de la République, c'est de tenir parole. Et de tenir ses engagements électoraux. Mais avant d'engager une réforme, je pense qu'il est bon de concerter, de dialoguer, d'écouter. C'est ce que fait le ministre du Travail, ce que fait la Première ministre, ce que je fais aussi à mon niveau. pour essayer de trouver la meilleure voie de passage.

13:52
Présentateur

On est au standard de France Inter avec Pierre. Bonjour, bienvenue Pierre.

13:58
Locuteur non identifié

Oui, bonjour à tout le monde. Il y a environ un mois, M. Macron a annoncé que les retraites augmenteraient d'environ 4% au 1er juillet. Il donnait comme exemple la retraite moyenne à 1 500 euros, donc 60 euros d'augmentation. Mais est-ce que vraiment ça va concerner tout le monde ? La retraite moyenne de la CNAV, en décembre dernier, elle était de 754 euros. Est-ce que vous allez également, est-ce que le gouvernement va également faire augmenter les retraites complémentaires qui représentent globalement 40% des retraites du privé ?

14:37
Présentateur

Merci Pierre pour cette question. Bruno Le Maire vous répond.

14:41
Bruno Le Maire

Je vais être très précis, Pierre. Un, nous revaloriserons toutes les pensions de retraite de base dans la loi que nous présenterons au mois de juillet. Tout simplement parce qu'il n'y a rien de plus injuste pour un retraité que d'avoir sa pension de retraite et de vivre moins bien parce qu'il est directement pénalisé par l'inflation. En deuxième lieu, je ne vais pas donner de chiffres, vous allez donner un ordre de grandeur qui me paraît un ordre de grandeur raisonnable. Tenant compte du fait qu'il y a déjà eu une revalorisation en janvier qui a été une revalorisation automatique d'un peu plus de 1%. Troisième chose, vous avez cité un montant de retraite qui est faible.

C'est bien pour ça que dans le projet de réforme des retraites que nous portons avec le président de la République, il y a cet objectif d'avoir une retraite à 1100 euros de base. Ça, c'est un objectif social qui me paraît absolument majeur pour notre majorité. Enfin, sur les complémentaires, pour être tout à fait précis, c'est la responsabilité des partenaires sociaux. Donc, c'est aux partenaires sociaux de négocier sur les complémentaires. Nous, nous revalorisons les retraites de base.

15:41
Présentateur

On retourne au standard. Bonjour Arnaud, bienvenue. Bonjour.

15:45
Auditeur

Je fais partie de ce qu'on appelle les classes moyennes supérieures. Je considère que je paye énormément d'impôts. Et quand on sait qu'un Français sur deux seulement à peine paye des impôts sur le revenu, je voulais savoir quelle était la politique du gouvernement pour rendre cet impôt sur le revenu un peu plus égalitaire par rapport au montant versé par chaque Français.

16:08
Présentateur

Merci Arnaud pour cette question sur les classes moyennes supérieures en l'occurrence. Bruno Le Maire. Nous allons poursuivre la politique de baisse d'impôts

16:17
Bruno Le Maire

et la politique de baisse de taxes. Et pour pouvoir tenir cette politique, Arnaud, qui par exemple va se matérialiser dans la suppression de la contribution à l'audiovisuel public, nous suprimerons la redevance audiovisuelle dès cette année. C'est une baisse d'impôts, c'est une baisse de taxes. Si nous voulons aussi faire la même chose sur les entreprises, nous baisserons les impôts de production parce que ça fait revenir de l'activité, ça permet de développer l'industrie et d'employer.

Pour ça, il faut être capable de l'autre côté, si on ne veut pas augmenter la dette, d'engager des réformes structurelles qui permettent à l'ensemble des Français de travailler davantage pour que collectivement il y ait un volume de travail plus important. C'est l'objectif de la réforme des retraites. Vous voyez, on peut contester notre projet politique, je pense qu'on ne peut pas contester sa cohérence. Nous voulons poursuivre la baisse des impôts et des taxes. Pour cela, il faut que collectivement nous travaillions davantage. C'est l'objectif de la réforme des retraites, c'était l'objectif de la réforme de l'assurance chômage.

Et tout cela va nous permettre de rétablir les finances publiques, baisser la dette, baisser les déficits.

17:18
Présentateur

On est au standard avec Guylaine. Guylaine, bonjour, bienvenue.

17:23
Locuteur non identifié

Oui, bonjour. Vous m'entendez bien parce que la technique vient de me dire qu'il y avait un écho, non ? C'est bon ?

17:27
Présentateur

Non, c'est parfait. Bon, voilà. Et c'est une question politique, je crois.

17:30
Locuteur non identifié

Oui, je vous appelle parce que j'ai assisté lundi, avant-hier, dans ma commune, à une réunion à laquelle était présente M. le maire en compagnie du candidat aux législatives. Et j'en suis sortie atterrée. Pourquoi ? Extrêmement déçue, tant par la forme que par le contenu. Et en partie... Alors, donc, le contenu, une longue, longue partie de la réunion a été consacrée, à part les applaudissements, bon, très bien, je vais bien croire que Bruno Le Maire mérite d'être applaudi, mais enfin, voilà. Et une longue partie a été consacrée à l'opposition, à Jean-Luc Mélenchon en particulier, et dans des termes extrêmement simplistes, caricaturaux. Bon, ça devenait, je cite M. Le Maire, M.

Mélenchon, le gros rouge qui tâche, je n'en suis pas revenu. Et puis, surtout, alors qu'Emmanuel Macron parle de réinventer tout de même la démocratie, aucune... La parole n'a pas été donnée du tout à l'assistance, alors qu'à l'entrée de la réunion, la personne qui nous accueillait demandait si nous avions des questions, ce que certains, en fait, ont proposé des questions. Donc, ça s'est terminé comme ça, et pour la première fois, j'ai compris pourquoi certains, paraît-il, ne s'intéressent plus à la politique. Je me suis demandé si c'était ça, la politique. Sans compter l'arrogance.

18:51
Présentateur

Et vous êtes venue comme citoyenne curieuse ou vous êtes plutôt nup Jean-Luc Mélenchon ?

19:00
Locuteur non identifié

Non, je vous explique. Je suis venue comme citoyenne qui veut faire... Enfin, qui veut voter de façon convaincue et éclairée. Voilà. J'avais besoin, précisément, d'éclaircissement. Et je venais vraiment en ce sens. Et je suis sortie, oui, franchement...

19:17
Présentateur

Atterrée à vous entendre. Tout à fait. Et bien voilà. Merci Guylaine pour cette intervention. On va donner la parole à celui qui était présent ce soir-là, Bruno Le Maire.

19:26
Bruno Le Maire

Ne soyez pas là, Guylaine, parce que comme ça, on pourrait avoir une discussion et un débat apaisé. Je vais vous apporter tous les éclaircissements. Simplement, je fais beaucoup de déplacements de campagne. J'en fais un ou deux, voire trois par jour. Là, je vais partir en Alsace soutenir un certain nombre de candidats. Je ne vais pas les citer. Pas de lieu. Pas de lieu. Mais un meeting de campagne est un meeting de campagne. Ce n'est pas forcément, effectivement, le lieu le plus approprié pour vous donner des éclaircissements. Pourquoi est-ce que je suis, effectivement, et je vous le confirme, extrêmement offensif contre le programme de Jean-Luc Mélenchon ? Parce que... Ce matin,

20:01
Invité

vous le traitez, pardon, ce matin dans le Figaro, vous le traitez, vous dites que Jean-Luc Mélenchon est un Chavez-Golour.

20:06
Bruno Le Maire

Oui, parce que c'est exactement ce que je crois, c'est-à-dire que d'abord, c'est un personnage autoritaire. Il l'a montré tout au long des dernières années. Il l'a montré, d'ailleurs, dans sa négociation que le Parti Socialiste et les Verts qui n'ont plus arrivé pour négocier des places et des conscriptions sans négocier aucune idée ou aucune proposition dans le programme. Ça s'appelle de l'autoritarisme. On l'a vu dans tout son comportement. La République, c'est moi. C'est de l'autoritarisme. On le voit dans son projet écologique où il multiplie les interdictions. Et pour moi, l'écologie, ce n'est pas la multiplication d'interdictions. Dans le fond, c'est la première chose.

Il veut faire le bonheur des gens à leur place. Ça s'appelle une vision autoritaire de la politique. Je n'y suis pas favorable. En deuxième lieu, il le dit lui-même. Il a une vision collectiviste de l'économie où, en gros, il faut nationaliser beaucoup de moyens de production et il pense que c'est plus efficace. Moi, je pense qu'il n'y a rien de pire pour une économie et que ce serait un drame pour la France. Il propose de passer à la retraite à 60 ans. Il n'a pas le premier euro pour financer les 100 milliards d'euros que représenterait cette retraite à 60 ans. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en suite...

Mais Léa Salamé, permettez-moi de terminer le raisonnement parce que c'est important.

21:09
Invité

Oui, j'entends, mais est-ce qu'il n'y a pas un peu de fébrilité à taper ainsi sur Jean-Luc Mélenchon comme vous ce matin ? Est-ce qu'il n'y a pas un peu de fébrilité dans votre camp ? Est-ce que ce n'est pas votre manière de réveiller un camp qui est, pardon, très à tonne, le vôtre ?

21:21
Bruno Le Maire

Léa, je suis un acteur politique. Vous êtes une commentatrice. Non, je suis une journaliste, je pose des questions, je ne vous commente pas. Mais vous posez toutes les questions que vous voulez, c'est le rôle des journalistes. Mais le rôle d'un acteur politique, c'est de défendre ses convictions et l'idée qui se fait de son pays. Je ne veux pas de régime autoritaire. Or, M. Mélenchon est une personnalité autoritaire. Je ne veux pas la collectivisation des moyens de production parce que ça conduit à la ruine des pays comme ça a conduit à la ruine de tous les pays qui ont employé ces moyens-là.

Je ne veux pas qu'on promette des illusions aux Français comme la retraite à 60 ans qui coûte 100 milliards d'euros, qui amènera inéluctablement une augmentation des impôts et des taxes des Français et qui nous conduira directement, vous m'interrogez sur la dette et les déficits, à la ruine du pays. Vous avez envie que la France se retrouve sous programme de surveillance du FMI comme l'Argentine, comme le Venezuela, comme la Grèce il y a quelques années ? Certainement pas. Et enfin, c'est un projet communautariste. Et moi, je défends une nation universaliste. Il ne m'a pas échappé que la première proposition de M.

Mélenchon serait de supprimer la loi contre le séparatisme qui permet de lutter contre l'islam politique et contre le communautarisme.

22:25
Présentateur

Permettez-moi de le dire

22:26
Bruno Le Maire

avec détermination et flamme parce que c'est l'avenir de la France dont il s'agit et que le cœur de mon engagement politique c'est la France et les Français.

22:33
Invité

Vous ne m'avez pas répondu sur votre camp. Emmanuel Macron a été élu il y a cinq semaines. Toute l'opposition, toute la presse ce matin se demande où est-il, où est la nouvelle impulsion du quinquennat, où est le souffle, l'élan réformateur. Certains parlent de vacances du pouvoir. Elisabeth Borne n'a pas donné une grande interview à la télé ou à la radio. Vous ne faites quasiment pas de campagne. C'est même théorisé. Pardon, mais vous êtes tout à part... On entend taper sur Jean-Luc Mélenchon. Vous êtes absolument dans votre droit. Mais vous êtes tout, vous. Vous êtes... On n'entend rien.

22:58
Bruno Le Maire

Léa Salami. Je suis stupéfait par votre question. Ah bon ? Vous n'avez pas lu le journal ce matin ? Ah si. Vous ne m'écoutez pas ce matin ? Moi je suis au travail, en campagne. En campagne, le soir, au travail, tout le reste de la journée. Je travaille depuis des semaines sur les propositions de protection du pouvoir d'achat des Français. C'est technique, c'est compliqué, il faut trouver des meilleures solutions, il faut voir comment est-ce qu'on le finance. Ça fait trois semaines qu'avec mes équipes, du lundi au dimanche, week-end compris, nous travaillons sur la loi sur le pouvoir d'achat.

Donc je suis au travail et je pense que c'est ce qu'on attend du ministre de l'économie et des finances. Et quand il me reste un peu de temps, je me déplace et je fais campagne. Et je pense que nous sommes très nombreux parmi les autres ministres à être exactement dans cette situation-là. Simplement, nous sommes en démocratie. Et donc, avant de donner un élan politique, il faut que les Français fassent leur choix démocratique les 12 et 19 juin prochains. Moi, j'appelle chacun à la mobilisation pour ces élections législatives. Parce que ce qu'on a oublié, c'est que pour que le président de la République puisse agir librement et fortement, il a besoin d'une majorité.

Et il faut donc nous mobiliser pour les 12 et 19 juin prochains. Pourquoi vous ne vous présentez pas cette fois-ci ? Parce que j'ai une singularité, c'est que je tiens parole. Et que dès mon premier mandat, j'avais dit aux électeurs de ma première sélection de l'heure à laquelle je suis viscéralement attaché, je ne ferai que trois mandats. Donc, quand j'arrive à la fin du 13e mandat, je ne dis pas « Ah ben finalement, le peuple exige que je sois candidat pour un quatrième mandat ». Je dis tout simplement qu'il faut du renouvellement des pratiques politiques que je tiens parole. Trois mandats, c'est trois mandats, ce n'est pas quatre.

24:24
Présentateur

Merci M. le ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique, Bruno Le Maire. Et au ministère de l'économie, vous essayez de vous donner.

24:33
Invité

Le ministère de l'économie, c'est le deuxième mandat, il y en aura peut-être un troisième ou un quatrième.

24:36
Bruno Le Maire

Ce ne sont pas des mandats, c'est des missions qui vous sont confies. On relira à Welbeck. On relira à Welbeck.