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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 9 octobre 2025 27 min

"Robert Badinter expliquait qu'un homme, avant de commettre une infraction, ne prenait pas le Code pénal sous le bras"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, la grande matinale. Et avec Benjamin Duhamel, nous vous proposons ce matin un grand entretien spécial en ce 9 octobre 2025 qui verra Robert Badinter entrer au Panthéon. Avocat, ancien garde des Sceaux, ayant aboli la peine de mort, mais aussi ce qu'on appelait à l'époque le délit d'homosexualité, défenseur infatigable de l'universalisme républicain. Il fut un grand homme et oui, évidemment, la patrie peut lui être reconnaissante. Pour évoquer cette figure, nos invités, Benjamin.

0:40
Invité politique

Christiane Taubira, bonjour. Merci d'être avec nous en direct de Guyane. Vous avez été garde des Sceaux entre 2012 et 2016. Dans ce studio, un autre ancien garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous avez été place Vendôme entre 2020 et 2024. Et vous publiez Juré craché chez Michel Laffont. Enfin, Aurélien Veil, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous, avocat, petit-fils de Simone Veil. Vous signez la post-phase d'un recueil de textes posthumes de Robert Badinter, paru aux éditions Le Cherche-Midi et intitulé sur l'épreuve de l'antisémitisme.

1:13
Présentateur

Soyez les bienvenus au micro d'Inter. Même question à tous les trois pour commencer. Une question simple. Quel sentiment vous traverse ce matin, à quelques heures, de l'entrée de Robert Badinter au Panthéon ? Eric Dupont-Moretti.

1:29
Invité

D'abord, c'est un grand jour pour notre pays, pour la République. C'est la France universaliste, humaniste. C'est presque devenu un gros mot, l'humanisme, aujourd'hui. C'est un homme qui n'a pas une goutte de sang français qui coule dans les veines et qui devient garde des Sceaux, vous le savez bien sûr, président du Conseil constitutionnel. A l'origine de l'abolition de la peine de mort, vous l'avez dit, de la dépénalisation de l'homosexualité, de la suppression des juridictions d'exception, d'une loi sur l'indemnisation des victimes, la possibilité également de filmer les procès historiques, et un certain nombre d'autres choses encore.

Et j'insiste particulièrement sur l'amélioration des conditions de détention des détenus et l'amélioration des conditions de travail du personnel pénitentiaire.

2:30
Invité politique

Et on va détailler tout au long de ce grand entretien, effectivement, son héritage et les ponts que l'on peut faire entre ces combats d'hier et la situation d'aujourd'hui. Christiane Taubira, même question qu'à Éric Dupond-Moretti. Quel est votre état d'esprit aujourd'hui, alors que Robert Badinter s'apprête à entrer au Panthéon, à être honoré par le président de la République ?

2:51
Présentateur

Alors, bonjour M. Demorand et M. Diamel. M. le ministre.

2:54
Invité politique

Bonjour.

2:55
Invité

Bonjour madame. Bonjour madame.

2:58
Présentateur

Alors, c'est d'abord de l'émotion, c'est d'abord de l'émotion parce qu'il est extrêmement difficile d'emprisonner, dans quelques mots, dans quelques phrases, l'immensité de la personnalité de Robert Badinter. Sa pugnacité, son opiniâtreté, sa volonté d'airain, c'est-à-dire cette capacité, malgré parfois une opinion publique hostile ou en tout cas défavorable, malgré un contexte général difficile, à s'arrimer, à rester obstinément attaché à des valeurs, à des principes, à une éthique, à une série de valeurs et de principes qui constituent une éthique. Et c'est cette éthique qui sert de matrice à toute son action, M.

le ministre vient de rappeler évidemment le summum d'une certaine façon, ce combat, cette constance contre la peine de mort, ce courage moral, cette vélocité verbale et en même temps, parce que je pense qu'on écoute les discours, en même temps cette espèce d'émotion qui les trangle et qui n'asphyxie pas sa détermination. Et puis, c'est un homme extrêmement attachant. C'est la première personnalité que j'ai appelée lorsque je suis arrivée place Vendôme. Il n'a jamais été économe de ses conseils. Il a accepté de venir ouvrir les journées du 30e anniversaire du travail d'Intérieur Général.

Et effectivement, il a ouvert, il a vraiment ouvert dans la loi, des droits pour les victimes, l'installation des victimes dans les processus judiciaires. On va revenir vers vous, Christiane Taubira, dans quelques instants, mais je veux absolument poser à Aurélien Veil la question de ce qu'incarne pour lui la panthéonisation de Robert Badinter. Il y a sept ans, votre grand-mère Simone Veil rentrait elle aussi au Panthéon. Vous savez donc intimement ce qui se joue dans ce grand moment cérémoniel et républicain.

5:04
Simone Veil

Ma grand-mère, comme Robert Badinter, exerçait tous deux des fonctions, l'un comme magistrat, l'autre comme avocat, dans la défense de la dignité humaine et des libertés fondamentales. Ce sont ces combats qu'il faut aujourd'hui conserver à l'esprit, au regard notamment des échéances électorales. Je crois également, ça a été rappelé par les deux gardes d'essau qui m'ont précédé, qu'il faut rappeler l'engagement de Robert Badinter en faveur des victimes. Tout le monde pense à l'abolition de la peine de mort. Il y a un débat qui porte sur la question de justice.

L'importance aussi qu'il a accordée aux victimes est quelque chose qu'il faut avoir en tête, tout comme l'importance qu'il a accordée à la lutte contre l'antisémitisme.

5:47
Invité politique

Éric Dubon-Moretti, sur un souvenir que vous avez avec Robert Badinter, vous racontez dans votre livre, quand vous êtes nommé garde d'essau, vous le voyez, qu'il vient vous voir, peut-être vous donner quelques conseils, vous nous le direz, et il vient avec un livre qui a un titre pour le moins éloquent sur l'expérience que tout garde d'essau peut avoir place Vendôme.

6:07
Invité

Des épines et des roses. Et il me rappelle qu'il a connu beaucoup d'épines. Après l'abolition de la peine de mort, la police, certains policiers, il faut être nuancé par les temps qui courent, et M. Jean-Marie Le Pen, viennent sous les fenêtres de la chancellerie hurler, Badinter, assassin. Et quand Christiane Taubira dit qu'il a tracé son chemin sans se soucier de l'opinion publique, c'est une absolue réalité. Ça a été un homme d'un grand courage. Badinter, assassin. Et d'ailleurs, dans la continuité, lorsque nous avons organisé à la chancellerie une cérémonie en hommage à ce qu'il avait été, on a fait ça à place Vendôme, eh bien, le Rassemblement National n'était pas là.

Voilà, le père, c'était Badinter, assassin. La fille, c'est une absence et un grand silence.

7:04
Présentateur

Elisabeth Badinter, l'épouse de Robert Badinter, dit dans le point que son époux fut un temps le ministre le plus haï de la Vème République. Elle mentionne les policiers qui manifestaient en 1983 sous les fenêtres du ministère. Et le surnom qui était donné à Badinter, le ministre des voyous. Oui, oui.

7:28
Invité

C'est... Je ne sais pas, c'est un titre honorifique, si j'ose dire, parce que moi, j'ai été le ministre des détenus. Mais ça vient du même courant politique. Bon. Vous voyez, ce sont des gens qui pensent que la politique pénale, c'est cogné, cogné, cogné. Et Robert Badinter, il a mis en exergue le travail de grand criminologue. Il a expliqué, par exemple, qu'un homme, avant de commettre une infraction, ne prenait pas le code pénal sous le bras. C'est toute la question de l'exemplarité. Il a beaucoup travaillé là-dessus. Il a beaucoup dit. Et aujourd'hui, son héritage, voyez-vous, est délicaté. C'est splendide, c'est merveilleux, c'est extraordinaire.

Qu'on l'honore aujourd'hui, qu'il entre au Panthéon, mais il ne faut pas oublier son message et son héritage, parce que c'est ça qui compte le plus.

8:16
Présentateur

Alors, sur les prisons dont vous avez parlé, Éric Dupond-Moretti, j'aimerais vous faire écouter une archive de Robert Badinter. C'était le 3 mars 2009, dans la matinale de France Inter, et voilà ce qu'il disait des prisons.

8:32
Invité

Ça m'avait tellement mis hors de moi quand j'étais garde des Sceaux. À chaque progrès, à chaque humanisation des conditions de détention, c'était une protestation générale. Je me rappelle, quand j'ai installé la télévision dans les cellules, ça a été un tollé, alors il ne manque plus que le champagne, c'est les trois étoiles. Ce mythe qui perçoit. Il y a une loi des reins qui pèse sur les prisons. Et elle est la suivante. C'est que, dans une société déterminée, on ne peut pas faire progresser le niveau de vie à l'intérieur des prisons au-dessus du niveau de vie du travailleur ou de la personne qui connaît la condition la plus défavorisée hors les prisons.

Dans une démocratie, on ne le supporte pas.

9:09
Présentateur

La loi des reins des prisons, Christiane Taubira, comment recevez-vous ces mots de Robert Badinter ? Alors, c'est une citation que je connaissais, que j'avais déjà entendue et à partir de laquelle j'ai eu des échanges avec lui. Alors, je reviens rapidement à l'anecdote rappelée par M. le ministre Dupond-Mère Moretti. Lorsque les policiers ont manifestement sous mes fenêtres lorsque j'étais place Vendôme, Robert Badinter m'a appelé, justement. Il m'a appelé, il se trouve que j'avais déjà lu « Les épines et les roses », donc je connaissais cette expérience de ta part. Et il m'a raconté comment les vitres de côté place Vendôme, comment les vitres de la chancellerie vibraient.

Et il m'a dit que c'est après cette manifestation qu'il y a eu des travaux de double vitrage à Vendôme, à Vendôme.

10:02
Invité politique

Mais en plus,

10:07
Présentateur

sur le fond, il m'a aussi raconté, mais il le dit dans « Les épines et les roses », raconté la réaction du président François Mitterrand. Alors, sur la question des présidents, évidemment, c'est une question essentielle. Et moi, je pense que ce qui est remarquable dans cette observation de Robert Badinter, c'est sa lucidité. C'est la lucidité. C'est-à-dire qu'il n'avance pas obstinément contre vents et marées, il avance obstinément parce qu'il tient une éthique, il tient des principes, il est guidé par des valeurs, mais il sait dans quel contexte il le fait. Et il le fait en respectant l'opinion publique.

Respecter l'opinion publique, ça ne veut pas dire y adhérer, ça veut dire accepter le principe qu'en démocratie il y a cette variété d'opinions, de sensibilités et que voilà, on peut même parler sans réfléchir en démocratie, ce n'est pas recommandé, mais cela arrive. Il est conscient de tout ça lorsqu'il prend des décisions et il avance. Je vais peut-être profiter de la présence, il n'y a pas de raison, même s'il n'était pas là, de M.

Veil, pour rappeler que Simone Veil a été extrêmement active et clairvoyante sur la peine de mort dans la réalité de l'exécution lorsqu'elle était directrice de l'administration pénitentiaire et elle a fait tout ce qu'elle pouvait pour permettre d'être détenue pendant la guerre d'Algérie d'échapper à l'exécution. Et elle a eu une politique pénitentiaire aussi très très courageuse, elle n'a pas eu les circonstances de l'action d'un garde des Sceaux de la dimension de Robert Badinter, mais elle a été extrêmement courageuse et elle a permis de faire progresser la condition pénitentiaire.

11:56
Simone Veil

Notamment des femmes détenues.

11:58
Invité politique

Juste, Éric Dupond-Moretti, pour prolonger le propos de Christiane Taubira sur la lucidité de Robert Badinter, une lucidité qui, quand on voit les politiques pénales qui sont menées aujourd'hui, les débats qu'il y a sur un laxisme présumé de la justice, au fond, c'est une époque qui paraît totalement révolue. Je vais citer là encore ce que vous écrivez dans votre livre, j'ai le sentiment douloureux que si les choses continuent dans ce sens, il ne restera rien de l'héritage de Robert Badinter. Aujourd'hui, ce qui célèbre l'ancien garde de Dessau, le père de l'abolition de la peine de mort, quoi, pratique une politique inverse de ce qu'il prenait à l'époque ?

12:33
Invité

A l'évidence, on est dans une période de droitisation extrême des esprits. Donc, on vous raconte deux choses. La première, pour régler les questions de délinquance, il faut cogner et cogner et cogner. Bon, les pays où ça cogne le plus ne sont pas les pays qui sont les plus sécures. On va se dire les choses. Encore une fois, il y a toutes les questions d'exemplarité. Puis la deuxième chose qu'on vous raconte à des fins politiques, je devrais dire politiciennes, c'est que la justice est laxiste. Tous les chiffres démontrent le contraire. Tous. La justice correctionnelle, la justice criminelle sont de plus en plus sévères et ce, depuis de nombreuses années.

Et c'est, je prends ma part de responsabilité, mon échec que de ne pas avoir convaincu nos compatriotes de cela. J'ai essayé de le dire sous toutes les formes, mais vous savez, on est dans une époque qui ne connaît plus la nuance. On a des chaînes d'opinion continue qui, de 6h du matin à 6h du matin, nous racontent que la justice est laxiste. Mais non, mais ça conditionne les esprits, pardon, de le dire. Enfermer les gens, formidable, parce qu'on met la société à l'abri de gens dangereux. Oui, mais il y a le volet réinsertion. Excusez-moi, enfermer les gens, jeter la clé, ce n'est pas la solution parce que dans 15 ans, dans 20 ans, ces gens, ils vont sortir. Comment sortent-ils ?

Et ça, c'était déjà une préoccupation de Robert Badinter.

13:58
Présentateur

Oui, et puis il y a la question des conditions de détention. Évidemment. Les prisons de la République, une honte pour la République selon un rapport ancien déjà.

14:07
Invité

Condition souvent indigne, même si des choses ont été faites. bien sûr, moi, je veux quand même le souligner en termes d'amélioration des conditions de détention, de réhabilitation des établissements pénitentiaires. Mais il y a toute une frange de notre société aujourd'hui qui ne parle que de cogner au fond et que de répression. Et c'est une solution bien sûr, mais ça n'est évidemment pas la seule.

14:33
Invité politique

Je voudrais qu'on dise un mot aussi et on parlera dans un instant du combat de Robert Badinter contre l'antisémitisme, de l'avocat qu'il était puisqu'il s'avère que dans ce studio, nous avons par ailleurs deux avocats Éric Dupond-Moretti, ancien, peut-être futur, l'avocat qu'était Robert Badinter, sa voix, son éloquence incandescente, on se souvient de ses plaidoiries célèbres, procès Buffet-Bontemps, le procès pour défendre Patrick Henry, cette phrase qui est restée coupée, cette tome en deux ne résout rien. Voilà ce que Robert Badinter avait dit en s'adressant au juré. Aurélien Veil, Éric Dupond-Moretti, c'est un modèle absolu pour tout avocat pénaliste, Robert Badinter.

15:14
Simone Veil

Alors c'est un modèle absolu, pas seulement pour les avocats pénalistes, parce qu'il a été fondateur du barreau d'affaires, c'était un avocat innovant avec le cabinet Badinter-Bredin qui existe toujours comme voire d'affaires. Donc il avait une multiplicité de facettes, les plus médiatiques sont ses facettes pénales, mais c'était aussi un spécialiste de propriété littéraire, artistique, qui explique sa proximité avec le monde des médias et le monde du spectacle pendant des années, et puis aussi un homme conscient des réalités économiques.

15:48
Invité politique

Éric Dupond-Moretti sur le modèle de ces plaideries, vous vous en êtes inspiré vous-même, on se souvient d'un certain nombre des vôtres, du moins qui ont été racontés, c'est une sorte de modèle indépassable Robert Badinter ?

15:58
Invité

Oui, bien sûr, bien sûr, d'abord c'est une voix grave, et au rang des choses que vous pourriez rediffuser aujourd'hui, il y a son intervention dans le cadre du procès Faurisson, l'ami de Soral, de Dieudonné, de Le Pen, Négationniste, de toute la clique, les négationnistes, ils se lèvent, ils prononcent des mots absolument sublimes, donc c'est une voix, c'est un physique, c'est une éloquence tout à fait particulière, et moi je voudrais vous livrer une petite anecdote, je l'ai rencontré à plusieurs reprises évidemment, il a été très bienveillant, très chaleureux avec moi, et il m'avait dit à un moment, vous savez, il y a les épines et les roses, mais il m'avait dit également le cœur se brise ou il se bronze, c'est-à-dire qu'il y a un moment où vous en prenez tellement que ou ça craque ou au fond vous résistez.

16:53
Présentateur

Christiane Taubira, un autre des grands combats de Robert Badinter, c'est la dépénalisation de l'homosexualité, c'est sous son impulsion avec Gisèle Halimic, l'Assemblée nationale a voté la fin du délit d'homosexualité, comme on le disait encore en juillet 1982, ça ouvre la voie à d'autres grands textes en faveur des droits des LGBT, notamment le mariage pour tous en 2013, vous voyez Christiane Taubira un lien direct entre 1982 et 2013 ?

Il y a de toute façon une continuité dans les grandes réformes, pour ma part, quelles que soient les circonstances dans lesquelles j'ai été amenée à agir dans l'État ou au sein de l'Assemblée nationale, j'ai toujours interrogé la lignée de combat et de valeurs à laquelle j'appartenais, à laquelle je me raccrochais, à laquelle je me raccordais et qui devaient servir de repère aux uns et aux autres aussi pour comprendre la cohérence de l'action que je conduisais quitte à la désapprouver. Donc incontestablement, toutes les luttes qui ont eu lieu pour desserrer les taux qui étranglaient les droits des personnes homosexuelles, toutes ces actions-là, et il fallait beaucoup de courage en 1982.

Effectivement, Gisèle Halimi à l'Assemblée nationale, Raymond Forny à l'Assemblée nationale auraient été des piliers qui ont apporté leur appui à l'action et au combat significatif, là encore, de Robert Badinter. Badinter ne faisait que grand, il faisait que grand. Heureusement, d'ailleurs, je veux dire qu'en 1981, lorsqu'il arrive Place Vendôme, on a vraiment besoin de grand, on a besoin de grand. Les libertés publiques, les libertés individuelles sont relativement étranglées, en tout cas, bien rétrécies.

La condition pénitentiaire est une condition très arriérée en termes de valeurs, de principes, de valeurs républicaines, de respect de la dignité, des droits des personnes, de la dignité vraiment profondément. Donc, voilà, il a fait grand, il a fait grand parce qu'il était déjà taillé pour le costume et surtout, comme cela a été rappelé, il avait déjà mené les batailles, il avait déjà pris des initiatives, il avait déjà construit des choses dans sa vie d'avocat.

Donc, oui, il y a une continuité, il faut y ajouter, évidemment, les luttes de terrain, des personnes directement concernées, il faut y ajouter toutes les voies qui, à un moment ou à un autre, se sont élevées pour l'égalité des droits. Et, je citais 1982, 2013 pour le mariage pour tous, c'est une histoire qui continue aussi avec vous,

19:34
Invité

Éric Dupond-Moretti. Oui, parce que j'ai porté un texte qui a été voté et qui permet l'indemnisation des homosexuels condamnés, évidemment, avant l'abrogation du délit d'homosexualité.

19:45
Invité politique

Aurélien Veil, je voudrais qu'on parle du combat de Robert Badinter contre l'antisémitisme. Robert Badinter né dans une famille juive originaire de Bessarabie, marqué par la guerre, ses parents qui ont fui à Lyon pour échapper aux arrestations, le père de Robert Badinter qui a été arrêté par la Gestapo à Lyon, mort déporté à Auschwitz et ce traumatisme dans ces dernières années de voir revenir l'antisémitisme. Le premier texte qui figure dans le livre que vous poste facez, Aurélien Veil, voilà ce que disait Robert Badinter, jamais vous m'entendez, jamais je n'aurais cru que j'entendrais à nouveau crier dans les rues de Paris, mort aux juifs et cependant, c'est arrivé.

Il a vu, il était traumatisé de voir progresser, émerger de nouveau dans des proportions hallucinantes

20:31
Simone Veil

l'antisémitisme en France ? Il était évidemment en tant que survivant de la Shoah, ce qu'on oublie, puisque lui-même a failli être arrêté en 1943 à Lyon, rue Saint-Catherine lors de la RAF pendant laquelle son père est arrêté. Il est lui-même survivant et il voit progresser l'antisémitisme avec d'abord l'assassinat d'Ilan Halimi puis les attentats de Toulouse ensuite jour de colère où on crie mort aux juifs dans les rues de Paris et enfin l'attentat de l'hypercachère dont il a le sentiment comme beaucoup d'autres ce qu'il exprime lors de cette conférence que l'on ne mesure pas la portée antisémite.

On pense que la réaction collective semble faire comme si c'était un hasard mais pour lui comme après Toulouse c'est le silence sur la spécificité de la haine anti-juive qui motive sa réaction. Éric Dupond-Moretti

21:20
Invité politique

le père de Robert Badinter mort effectivement à Sobibor et ce moment de dramaturgie incroyable il est garde des Sceaux il y a le procès de Klaus Barbie Klaus Barbie responsable de la rafle du père de Robert Badinter il ne se constitue pas partie civile pour ne pas être accusé qu'il y ait une imixtion dans le procès mais il demande une chose Éric Dupond-Moretti une chose c'est que Klaus Barbie soit incarcéré à la prison Montluc à Lyon prison où Klaus Barbie avait fait torturer des résistants ceux qui s'apprêtaient à être déportés c'est là aussi cette en quelque sorte ça incarne Robert Badinter c'est la justice la justice avant tout et pas le ressentiment pas la vengeance

22:03
Invité

oui il est allé très loin parce qu'il a écrit chronique de l'antisémitisme ordinaire qui évoque la façon dont le barreau et le barreau c'était pas rien pour lui c'est mal comporté il aurait pu dans un esprit corporatiste parler de tout le monde sauf du barreau mais il a dit de façon très claire que le barreau c'était mal tenu bien sûr et ça faisait il fallait pardon oser l'écrire et puis on a évoqué un certain nombre de choses qui ont été faites on a oublié mais il y en a tellement des choses à rappeler le travail d'intérêt général pour éviter l'incarcération on a oublié également l'ouverture à la justice européenne si les citoyens français peuvent aujourd'hui saisir la cour européenne de Strasbourg et certains de nos politiques l'ont fait ou envisagent de le faire si j'ai bien compris c'est grâce à Robert Badinter

22:57
Présentateur

qui avait un regard cruel mais assez lucide sur la politique ça ne l'a pas empêché d'être ministre évidemment ni sénateur pendant 16 ans voilà ce qu'il disait je n'aime pas le monde politique je n'aime pas la politique il y a des femmes et des hommes de grande qualité mais aussi beaucoup de médiocrité fin de citation ça évoque quelque chose Eric Dubon

23:26
Invité

on sait que dans l'actualité récente on retrouve l'illustration des propos de Robert Badinter oui à l'évidence

23:34
Invité politique

et Christiane Taubira sur ce point et sur là encore l'impression quand on réécoute les archives de Robert Badinter ses discours d'un décalage assez frappant avec les débats aujourd'hui la façon dont il se déroule à l'Assemblée nationale

23:49
Présentateur

moi la différence que j'aime la politique j'aime profondément la politique parce que je crois que c'est par la politique qu'on change les choses c'est par la politique qu'on fait du bien aux gens c'est par la politique qu'on garantit les libertés individuelles et les libertés politiques ça ne m'empêche pas de comprendre ce propos de Robert Badinter mais j'aime la politique il faut lui redonner ce qu'on peut appeler les lettres de noblesse parce que c'est par les lois qu'on change la vie des gens c'est voilà donc bon pour moi évidemment le spectacle actuel ce qui se passe actuellement ne peut pas servir de référence ce qui se passe actuellement ne peut pas servir en tout cas ne peut servir que de contre-exemple notamment pour que des étudiantes et des étudiants sachent comment on peut dévoyer de belles fonctions comment on peut maltraiter les institutions comment on peut maltraiter les citoyennes et les citoyens parce que quand même dans le fond c'est cela lorsqu'on fait des lois lorsque Robert Badinter prend des dispositions pour améliorer la condition carcérale lorsque je m'inspire de lui dans ma loi dans ma réforme pénale du 15 août 2014 qui a été précédée par une conférence de consensus qui dans laquelle les états ont travaillé très sérieusement aujourd'hui vous avez des poches de résistance sur la question de la détention je pense à la contrôleur général des lieux de prédation de liberté donc Maxime Bruno je pense à la défenseur des droits Claire Edon vous avez des poches de résistance vous voyez des personnes qui tiennent bon qui tiennent le cap qui continuent à s'élever qui continuent à rappeler ce que sont les valeurs républicaines ce que sont les principes ce que notre dignité exige donc effectivement nous sommes dans une parenthèse je veux croire que ce n'est qu'une parenthèse où on a l'impression que la politique est médiocre qu'elle est mesquine qu'elle est nourrie de rivalité qu'elle abaisse la conscience humaine mais la politique avec sa majuscule demeure ce qu'il y a de plus grand parce que c'est l'engagement avec la conscience de risquer de se tromper

25:45
Invité politique

merci

25:45
Présentateur

Christiane Taubira

25:47
Invité politique

merci Christiane Taubira et juste un mot pour dire que la cérémonie aura lieu ce soir au Panthéon et que le public peut se rassembler rue Soufflot dans le 5ème arrondissement à partir de 17h30 voilà pour rendre ce dernier hommage à Robert Valinter qui rentrera donc au Panthéon

26:03
Présentateur

merci Christiane Taubira merci Eric Dupond Dupond-Moretti pardon d'être venu ce matin au micro d'Inter juré craché chez Michel Laffont le titre de votre dernier livre merci enfin Aurélien Veil publié aux éditions du Cherche Midi ce livre sur l'épreuve de l'antisémitisme que vous avez post-facé c'est un recueil de textes posthumes de Robert Badinter merci à tous les trois merci à tous les deux