Dépenses militaires : le conclave sur les retraites "n'a plus aucune raison d'être", selon l'eurodéputé François-Xavier Bellamy
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Bonjour François-Xavier Bellamy, l'Europe va donc se doter de 800 milliards d'euros pour un plan, alors chacun va pouvoir, chaque état va devoir faire ses efforts, plan pour la défense, progrès décisif vers une Europe forte de la défense, dit le président du conseil Antonio Costa, un pas historique dit Ursula von der Leyen, tout ça c'était après le conseil européen d'hier soir, bon est-ce que ce matin on peut dire merci Donald Trump ?
Je crois qu'il faut d'abord prendre la mesure de la gravité de la situation, de l'importance pour les Européens, pour les pays européens de se donner les moyens de la maîtrise de leur destin, de la protection de leur continent, parce que ce qui est en train de se jouer c'est que, et cela c'est un revirement historique dans l'histoire d'une alliance avec les Etats-Unis, le président des Etats-Unis aujourd'hui indique que si jamais nos pays étaient attaqués alors que nous sommes liés par une alliance militaire, l'OTAN, les Etats-Unis ne viendraient pas nécessairement les défendre, c'est ce qu'il a dit hier dans le bureau Oval.
Sur ce qui s'est dit hier soir, sur cet accord sur les 800 milliards, sur les 150 milliards de prêts, sur le fait aussi qu'il y a un accord entre les 27 pour le coup, qu'est-ce que ça vous inspire ?
Mais ça veut dire que les pays européens, effectivement, et les chefs d'Etat et de gouvernement qui étaient réunis hier, prennent la mesure de l'importance de la situation. Et effectivement, nous avons devant nous un immense effort à faire pour assurer nous-mêmes notre défense. Pendant longtemps, les pays européens ont été, c'est ce que leur reproche les Etats-Unis d'ailleurs, ont été d'une certaine manière les passagers clandestins de la défense américaine. Les Américains investissaient massivement pour leur défense et pour défendre leurs alliés, pour défendre les pays de l'OTAN. Aujourd'hui, ils ont décidé que c'était terminé. On n'a pas de raison de leur dire merci.
Je crois qu'on n'a ni à s'en réjouir, ni non plus à s'indigner indéfiniment. La seule question qui se pose pour nous, c'est qu'est-ce que nous allons faire pour nous-mêmes ? Et je crois que tous les pays européens doivent comprendre aujourd'hui que si l'Europe ne se préoccupe pas d'elle-même, personne ne le fera pour elle.
Mais vous dites que c'est un grand effort, c'est un grand ouf aussi, quand même, depuis le temps qu'il est question de cette Europe de la défense. Même sans dire merci à Donald Trump. Là-dessus, il y a une vraie source de satisfaction, j'imagine ?
Pour moi, la source de satisfaction, elle vient du fait que la plupart des pays européens avaient construit leur modèle de sécurité sur ce pari de la dépendance à l'égard des Etats-Unis. Et finalement, l'Europe s'était construite sur ce pari de la dépendance. Dépendance en matière de sécurité vis-à-vis des Américains, dépendance en matière énergétique vis-à-vis de la Russie, avec la fermeture des centrales nucléaires et le combat contre le nucléaire qui s'est déroulé un peu partout en Europe. Et puis, la dépendance à l'égard de la Chine sur le plan commercial. Aujourd'hui, ce triple pari de la dépendance, il est en train de s'effondrer.
Et nous, je crois, Français, nous avons certainement un rôle à jouer dans ce moment si important pour le continent européen. Moi, je me battais depuis des mois avec ma délégation, avec le général Gomart, qui est très engagé sur les questions de sécurité et de défense. Je me battais comme rapporteur du programme européen pour l'industrie de la défense, parce que je disais aux Européens, je disais aux Européens, maintenant, il faut arrêter de mettre tout l'argent que nous mettons dans la défense, il faut arrêter de le mettre dans des entreprises américaines.
Et là, je crois que les Européens, effectivement, ont compris la nécessité d'investir dans nos propres entreprises, dans nos propres filières industrielles. Et ça, c'est effectivement une bonne nouvelle.
On va revenir sur le financement, sur comment on finance, sur qu'est-ce qu'on finance aussi, parce qu'effectivement, il y a beaucoup de questions à poser. Mais vous, qui êtes l'homme de droite, attaché à une forme de rigueur budgétaire, l'idée de pouvoir se dégager, en quelque sorte, des 3% de limite de déficit public, elle semble faire son chemin, malgré tout. Alors, rien n'a été acté hier soir, mais ça avance. Bon, c'est plus un sujet.
Malheureusement, et je le déplore absolument, la règle des 3% n'est plus un problème pour les dirigeants français depuis très longtemps, maintenant.
Sauf que là, c'est acté par les Européens. C'est-à-dire que, concrètement, les États membres vont pouvoir accroître leurs dépenses militaires sans que ce soit pris en compte dans les 3%.
Seulement pour les sujets de défense. Mais c'est là où on voit bien à quel point notre dette, à nous, Français, et je n'ai pas changé d'avis là-dessus, notre dette est une immense fragilité. Évidemment que pour l'Allemagne, ça va être plus facile de se réarmer, parce que l'Allemagne, elle est à 64% de dette sur son PIB. Nous, nous sommes au-delà de 100%. Et donc, on est évidemment dans une situation de très grande faiblesse. La dette est une fragilité stratégique pour l'Europe. Et je crois que tous les Français doivent le comprendre aujourd'hui. Si nous devons financer cet effort de réarmement, ce sera évidemment aussi pour développer notre industrie de défense.
Ça voudra dire des emplois, ça voudra dire de la recherche, ça voudra dire de la valeur ajoutée en France. Mais il va falloir faire des choix. Parce qu'on ne va pas pouvoir augmenter notre dépense en matière de défense si on n'arrive pas à faire des efforts sur d'autres sujets. La France, c'est 2% de dépense en matière de défense par rapport à son PIB et 32% de dépense sociale par rapport à son PIB. Donc le vrai sujet, c'est comment est-ce qu'on trouve un équilibre ?
On va en parler, ça tombe bien effectivement. Parce que, avant d'abord de parler de la manière dont on finance, on va financer quoi ? Est-ce qu'on peut effectivement financer peut-être déjà sans toucher aux impôts, comme le dit Emmanuel Macron ? Mais on n'a pas le choix, il ne faut pas toucher aux impôts. Parce que là encore... Ça ne va pas être inévitable d'avoir quand même une forme de prélèvement
sur quelque chose, sur quelqu'un à un moment donné ? Écoutez, en France, on est les champions du monde pour considérer que tout problème a une solution qui s'appelle soit de la dette, soit des impôts. Si vraiment cette méthode marchait, on serait le pays le plus fort d'Europe. Aujourd'hui, on est le pays le plus vulnérable. Parce que nous avons les impôts les plus élevés de l'OCDE, nos entreprises, et tous les Français le savent, nous nous battons pour survivre à ce poids de la pression fiscale et notre économie survit à cette espèce d'obstacle qui est en permanence sur ses épaules. Et simultanément, nous avons la trajectoire budgétaire la plus inquiétante de toute l'Union Européenne.
Donc il faut sortir de cette folie. La vraie question, c'est comment est-ce qu'on réforme notre État pour se reconcentrer sur l'essentiel ? Aujourd'hui, on n'a jamais payé autant d'impôts, on ne s'est jamais autant endettés, et pourtant, toutes les fonctions régaliennes de l'État, la sécurité, la justice, la défense, bien sûr, toutes ces fonctions régaliennes sont en difficulté.
Très précise, quand vous entendez le patron de la Banque publique d'investissement, Nicolas Dufour, dire « Moi, je préfère qu'avec de la dette, on finance des canons plutôt que des loisirs pour les jeunes retraités », qu'est-ce que vous en pensez ? Je rappelle que les retraites, c'est plus de 400 milliards d'euros dépensés par an.
Mais c'est pour ça que nous avons soutenu une réforme des retraites, et c'est pour ça qu'il faudra évidemment refaire une réforme des retraites.
On ne parle pas de l'âge de départ, on parle des retraités actuels.
Non, mais pourquoi est-ce que les retraites pèsent un poids si lourd dans le PIB français ? Mais c'est évidemment parce qu'aujourd'hui, en France, on est l'un des pays d'Europe où on part le plus tôt à la retraite, encore aujourd'hui, après la réforme qui a été faite. Aujourd'hui, en France, on est... Écoutez, c'est très simple, c'est facile à retenir comme statistique. On est le pays de l'OCDE, c'est-à-dire parmi les pays développés, le pays où on travaille le moins par habitant sur une vie. Et quand je dis ça, ça dissimule en fait de très grandes inégalités. Il y a des gens dans ce pays qui travaillent très dur, qui travaillent énormément, et qui d'ailleurs...
Vous détendez un petit peu le sujet, François-Tébédé. Mais non, c'est le même sujet. Ma question est plutôt sur est-ce qu'on ne peut pas demander aussi aux retraités français, aux retraités actuels, de faire un effort ? Eux, ils n'ont pas eu de période de réarmement, de guerre, etc. Ils n'ont plus bénéficié de cette...
C'est le même sujet. Le sujet, c'est qu'aujourd'hui, si on a besoin de travailler plus, c'est parce que la France a besoin de se relever et qu'on ne sortira pas ce pays de l'ornière en travaillant moins collectivement. Et pour ça, le sujet, c'est pas seulement de toucher à ce que gagnent les retraités qui ont cotisé toute leur vie, mais c'est d'abord de faire en sorte qu'on augmente la quantité de travail globale que fournit notre pays. Mais sur les retraites ? C'est pas en baissant le montant des retraites, c'est pas en s'appauvrissant collectivement qu'on va y parvenir.
Il peut y avoir un débat sur l'indexation des retraites, mais le vrai sujet pour moi aujourd'hui, le vrai sujet, c'est d'augmenter la quantité de travail qu'en moyenne, les Français fournissent. Et encore une fois, je le redis, il y a dans ce pays des gens qui travaillent dur et qui s'en sortent pas, et c'est une immense injustice, mais il y a aussi beaucoup trop de Français qui pourraient travailler. On pourrait travailler plus, on pourrait travailler plus longtemps, et aujourd'hui, on refuse de le faire parce qu'effectivement, on a choisi un autre modèle.
François-Xavier Bellamy, quand même, sur les retraites, vous savez qu'il y a une conciliation, ce fameux conclave en France en ce moment, en fait, on arrête tout, ça n'a plus raison d'être.
Mais bien sûr, ça n'a aucune raison d'être, vous avez totalement raison de le dire.
Il faut le dire clairement, vous discutez, mais pour rien.
Je le dis depuis le début. Pour moi, je suis sidéré. On est dans un contexte où jamais les tensions géopolitiques n'ont été aussi fortes. Et donc, on décide comment ? Pardon, ce n'est pas seulement la question de la menace russe, c'est la compétition avec la Chine, c'est la montée de puissances autoritaires comme l'Iran, comme l'Azerbaïdjan, qui s'attaque directement à notre pays, à son intégrité territoriale. C'est le défi migratoire qui est devant nous, partout en Afrique. Non, mais sur les retraites, on fait comme les Danois. Tous ces sujets-là, pardon, sont devant nous. Et nous, ce dont on discute, c'est de savoir si on va pouvoir baisser l'âge de départ à la retraite.
Pardon, mais je ne sais pas si demain...
Mais donc, vous balayez aussi la méthode, c'est-à-dire qu'on ne concerte plus personne et on décide, comme les Danois l'ont fait, de repousser à 70 ans le départ à la retraite ? C'est ça qu'on fait ?
Non, on a des modèles différents, mais en tous les cas, il faut arrêter de mentir aux Français. Et il faut arrêter de faire croire aux Français qu'on va sortir ce pays du déclin économique, de l'appauvrissement général, de l'impuissance qui le caractérise,
on n'a pas complètement de solution concrète sur la manière dont on finance. Certains évoquent déjà, par exemple, la question d'un emprunt, d'un grand emprunt, voire peut-être même d'un emprunt obligatoire, comme ça avait pu être le cas à l'époque sous François Mitterrand. Est-ce que ça, c'est quelque chose qui peut s'envisager ?
On peut réfléchir, c'est l'un des débats qui a lieu aujourd'hui en Europe sur la question d'un emprunt commun, mais encore une fois, il faut faire... Alors là, je parlais même d'un emprunt à l'échelle de la France. Mais le problème, encore une fois, c'est que la France, elle ne peut pas... Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais hier, les taux d'intérêt...
Auprès des Français, c'est possible.
Les taux d'intérêt, hier, les taux d'intérêt de la dette française ont augmenté d'une manière inédite, alors que la BCE baisse ses taux. Pour la première fois, la Banque Centrale Européenne n'a plus le contrôle sur les taux auxquels nos États...
Emmanuel Macron ou le gouvernement peut demander aux Français, peut emprunter de l'argent aux Français comme ça a pu se faire par le passé. Ça a déjà existé pour financer, y compris d'ailleurs, des efforts de guerre.
Moi, je crois qu'on a un vrai sujet en France qui est comment est-ce qu'on arrive à faire en sorte que l'épargne des Français s'investisse dans l'économie. Ce n'est pas une question de contribution ou d'impôt, il ne faut surtout pas, encore une fois, je le redis, augmenter encore la pression fiscale. Mais on a aujourd'hui, et ça, c'est un atout pour notre pays, on a une épargne très importante. Les Français épargnent beaucoup, mais le grand malheur, c'est qu'on n'a pas construit les dispositifs qui permettent que cette épargne s'investisse en France. Et l'investissement, c'est du retour sur investissement. C'est de la prospérité pour les Français.
Aujourd'hui, le drame, c'est que cette épargne, elle s'investit dans l'économie américaine plus que dans l'économie européenne et dans l'économie française. Et donc, ça, oui, c'est un sujet, c'est comment est-ce qu'on arrive à mobiliser le levier que représente cette épargne par des outils de marché, encore une fois. Ce n'est pas une question de contrainte. Et la défense peut être, c'est un sujet sur lequel il y a des investissements à faire qui vont être productifs.
Et on rappelle simplement, avant de laisser la parole à Béranger Bonde, que s'il s'agit d'utiliser l'épargne, ce n'est évidemment pas de prélever l'épargne, mais d'utiliser comme ça.
Il faut absolument mettre fin à ce fantasme. On ne va pas aller, encore une fois, piocher dans l'argent des Français. La vraie question qui se pose, c'est comment est-ce qu'on met les économies des Français, comment est-ce qu'on leur permet de s'investir dans l'économie du pays pour en tirer, encore une fois, un retour sur investissement.
L'idée d'utiliser les avoirs russes gelés, c'est une manne, entre guillemets, potentielle en cas de réparation future qui représente à peu près 200 milliards. C'est un sujet qui fait débat. Gabriel Attal et Edouard Philippe sont favorables, le gouvernement non. À gauche, c'est divisé aussi. Vous en pensez quoi ?
C'est aussi un très grand débat européen parce qu'en fait, c'est une question européenne. Aujourd'hui, on utilise les intérêts de ces avoirs russes gelés. Ça représente déjà des dizaines de milliards d'euros potentiels. Mais utiliser ces avoirs, ça voudrait dire s'affranchir totalement de l'ordre légal en matière de dépôts bancaires. Et le risque serait très grand de créer une immense insécurité juridique. Aujourd'hui, vous le voyez bien, il y a une tension...
Enfin, envahir un pays, ce n'est pas non plus légal. Bien sûr, bien sûr.
Je ne défends pas du tout la Russie en disant ça. Mais la question qui se pose, c'est est-ce que demain, des investisseurs étrangers vont craindre de déposer leurs avoirs dans des banques européennes en se disant que le jour où un conflit géopolitique arrive entre des pays, leurs avoirs peuvent en devenir l'otage. Et ça, c'est un vrai risque pour notre économie. Vous savez... Donc pas favorable. Plutôt pas favorable. Ce que je dis tout simplement, c'est qu'il faut faire très attention en matière de sanctions, que les sanctions ne se retournent pas contre nous. Parce qu'il faut punir des pays.
Et la Russie, évidemment, aujourd'hui, elle a décidé, en envahissant l'Ukraine, de commettre un acte de crime international. Elle s'affranchit du droit international. Il ne s'agit pas du tout de la défendre. Mais il faut faire attention qu'en cherchant à la punir, on ne fragilise pas, paradoxalement, notre propre économie. Donc c'est non pour vous. Ce n'est pas une bonne piste. En tous les cas, c'est un débat qu'il faut prendre avec beaucoup de précision. Le 8.30 France Info, Bérangère Bonte, Adrien Bec.
Et ce matin, François-Xavier Bellamy, député européen, vice-président du PPE, le Parti Populaire Européen et rapporteur sur le programme européen d'industrie de défense. À ce titre-là, évidemment, on a envie de vous poser la question comment tout ça va s'articuler avec ce programme. L'idée, c'est de produire européens également en quantité suffisante. Ce sera possible quand, ça ?
C'est déjà possible. On le fait déjà.
En quantité suffisante, j'entends. On va rappeler que les Européens s'équipent militairement à 80% hors Union européenne, 60% aux Etats-Unis. Ça, c'est les chiffres
de l'an dernier, en effet. Mais c'était, je le redis, le pari des Européens. C'est-à-dire que, hier, j'étais au sommet du PPE avec les chefs d'État et le gouvernement de la droite européenne. Ils sont 15 premiers ministres de droite en Europe. Le premier ministre polonais qui était là, eh bien, pendant des années, effectivement, il a équipé son pays avec des matériels américains parce que les Américains étaient leurs alliés principaux, nos alliés, et que, pour se défendre d'une menace russe qui est toute proche de la Pologne, ils avaient besoin de cette garantie américaine.
Ils auraient pu acheter des Rafales aussi.
Mais, en fait, comment est-ce que ça fonctionnait ? Pourquoi est-ce que les Polonais, pourquoi est-ce que 13 pays européens ont acheté des F-35 plutôt que des Rafales ? Eh bien, parce que les Américains garantissaient la sécurité de ces pays et, en échange, il était cohérent de s'équiper chez eux. Et donc, on était devant une difficulté très grande, nous, Français, pour partager avec nos amis en Europe cette nécessité de construire une véritable industrie de défense dans nos pays parce que les États-Unis, en échange de leur protection, exigeaient cette dépendance.
Ça rend très dépendant notamment sur les cibles, notamment...
Bien sûr. Et aujourd'hui, je pense que... Sur le fonctionnement même des avions. Le moment que nous traversons, c'est un moment de vérité pour l'Europe.
Il y a, je crois qu'il faut faire les choix qui sont... Il y a, François-Xavier Bellamy, plusieurs pays encore qui ont des commandes en cours d'avions américains, de F-35. Alors, il y a l'Italie, le Danemark, la Belgique, la Pologne, la Grèce, la Finlande, des gens n'oublient sans doute. Est-ce que... Vous dites, voilà, certains seraient peut-être bien avisés de suspendre ces commandes qui n'ont pas encore été livrées, je le précise.
Alors, d'abord, je voudrais dire que j'espère que les Etats-Unis vont rester nos alliés. Je crois qu'on a beaucoup à défendre ensemble et à l'avenir, dans la durée, il faut surmonter les difficultés du moment. Maintenant, ce qui est absolument clair, c'est que les Etats-Unis, et je l'ai dit depuis des années, s'ils sont nos alliés, ne sont pas pour autant nos suzerains et nous ne devons pas être leurs vassaux. Et aujourd'hui, ce que les Européens touchent du doigt, c'est que la dépendance extrême à l'égard des Américains constitue en fait une immense fragilité. Vous n'avez pas échappé, ma question c'est est-ce qu'on doit
suspendre ces commandes ? Ne serait-ce que
pour envoyer un signal ? C'est une discussion très difficile, mais c'est une discussion indispensable. Pourquoi ? Parce que quand vous avez un F-35, quand vous avez un avion américain, un matériel américain, une arme américaine, quelle qu'elle soit, elle contient avec elle une clause qui s'appelle ITAR, qui, pardon de rentrer dans la technique, dit que vous ne pouvez pas utiliser cet avion, ce matériel, cet armement, si les Etats-Unis ne vous en donnent pas l'autorisation.
Si vous avez un F-35 et que vous voulez l'utiliser quand les Etats-Unis ne le veulent pas, vous ne pouvez pas le faire décoller, vous ne pouvez pas l'entretenir, vous ne pouvez pas communiquer avec son système de détection et donc, d'une certaine manière, vous êtes privé de l'armement que vous avez pourtant acheté.
On ne découvre pas. Peut-être pas, peut-être pas, mais les gens concernés le savaient.
Mais le basculement qui, objectivement, personne n'aurait tellement pu prévoir, y compris en présentant la réélection de Donald Trump, le grand basculement, c'est que sous la direction du président Trump, la semaine dernière, pour la première fois dans l'histoire récente, les Etats-Unis ont voté aux Nations Unies sur une résolution qui opposait la Russie aux pays européens avec la Russie, avec la Corée du Nord, avec le Venezuela. Dans un contexte où nos démocraties sont face à la montée de puissances autoritaires qui veulent défier notre modèle démocratique, les Etats-Unis semblent avoir pris fait et cause ce jour-là pour ces pays autoritaires qui attaquent notre modèle.
Et moi, c'est la question que je pose aussi à nos amis américains. Est-ce que vraiment, ils croient que c'est là le camp des Etats-Unis ? C'est une vraie question et c'est pour ça que j'espère que nous garderons ce lien. Je suis sûr que nous garderons ce lien. Mais aujourd'hui, en tous les cas, tout le monde comprend. Tout le monde comprend que dans ce contexte et dans cet éclairage, il faut que les Européens soient capables d'assumer leur propre défense sans être dépendants de leurs alliés américains. Même si les Américains doivent rester nos alliés, notre devoir, c'est d'en être indépendants.
Parce que si nous voulons qu'il y ait une alliance forte, il faut que nous soyons aussi des alliés forts.
Je ne vous trouve pas rancunier vis-à-vis des Américains. Il faut raconter peut-être que vous étiez à Washington la semaine dernière avec une délégation du PPE, premier groupe du Parlement européen. Vous aviez rendez-vous avec les Trumpistes, les Républicains. Ils ont annulé purement et simplement juste avant. Ils vous ont donné une raison ?
On a rencontré beaucoup d'élus américains, de responsables politiques. Mais effectivement, quelques élus républicains n'ont pas souhaité nous rencontrer. De même que...
Pas très envie d'être sur la photo avec des Européens, c'est ça ?
La chef de la diplomatie européenne devait rencontrer Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine. Il a annulé le rendez-vous au dernier moment alors qu'elle était déjà arrivée à Washington. La présidente du Parlement européen qui était avec nous également dans la même semaine a rencontré aussi la même défiance. On sent bien qu'aujourd'hui aux Etats-Unis, en effet, il y a une forme de distance, de fossé qui se creuse. Et moi, je le redis, non, je ne suis pas rancunier. On a une histoire avec les Etats-Unis qui dépasse de très loin les turbulences du moment. Ce que disent les Américains aujourd'hui est dur à entendre.
Quand le président Trump hier, pardon, dans le bureau Oval dit nous sommes liés par un accord d'alliance militaire, mais si nous étions en difficulté, nous les Etats-Unis, est-ce que vous croyez que la France viendrait nous défendre ? Je voudrais simplement rappeler aux Américains que la seule fois que l'article 5 a été activé, la seule fois que l'OTAN a vécu l'activation de cette alliance militaire, c'était pour aider les Américains après le 11 septembre et la France a été en Afghanistan. Et quand Emmanuel Macron répond... Et des soldats français, des soldats français ont donné leur vie pour ce combat en Afghanistan aux côtés des Américains.
Je crois qu'aujourd'hui ce serait monstrueux d'oublier ces soldats français et que ce que dit le président des Etats-Unis, je me permets de le dire là aussi avec gravité, est une forme d'insulte à l'histoire.
Est-ce que vous êtes encore atlantiste d'une certaine façon ?
Oui, je le redis encore une fois, sur le long terme, regardez le long terme.
Parce que c'est votre discours et Bérangère le relevait, c'est voilà, bon les Etats-Unis sont nos alliés, on s'aime beaucoup mais il faut faire attention donc en fait c'est... On peut leur faire confiance encore aux Etats-Unis ?
Je distingue l'alliance et l'amour, vous savez, l'alliance c'est aussi une question d'intérêt convergent et nos pays ont des intérêts convergents. Les Etats-Unis sont et ils resteront un grand pays démocratique, nous avons une immense histoire commune avec les Américains, nous avons surtout des intérêts à défendre ensemble parce que aujourd'hui les vrais défis pour nous c'est pas seulement la Russie, la Russie c'est 10% du PIB européen, ça n'est pas aujourd'hui la menace, je crois, qui résume le danger pour le continent européen.
Nous avons à affronter ensemble la compétition de la Chine qui est un immense compétiteur global, nous avons à affronter, je le redis, la question de l'Iran, de ces Etats autoritaires ou totalitaires qui veulent faire la démonstration que les démocraties sont terminées et j'espère que nous mènerons ce combat ensemble et je crois que nous, nous avons le devoir de continuer de cultiver cette conversation, pas par, encore une fois, par servilité ou par courtisanerie, moi je ne vais pas à Washington pour faire des selfies avec les nouveaux patrons, ça ne m'intéresse pas, il faut engager des dialogues exigeants avec la nouvelle administration et le premier de ces dialogues c'est celui qui concerne la nécessité pour l'Europe de s'affranchir de la dépendance à l'égard des Américains.
Le dialogue qui passe par des droits de douane,
une réponse européenne à l'annonce des droits de douane augmentée par Donald Trump même si pour l'instant il est en train un peu de faire marche arrière sur les avis du Mexique et autres mais globalement qu'est-ce qu'on attend ? Qu'est-ce que l'Europe attend ?
D'abord, les droits de douane promis par le président Trump ne sont pas encore effectifs donc on voit comment marche cette situation. On a déjà mis sur la table les mesures de rétorsion qu'on mettrait en oeuvre mais je crois que personne n'a intérêt à cette guerre commerciale. Donc vous espérez encore qu'ils renoncent ? Bien sûr.
Nous, vous savez comme dans toute guerre la guerre commerciale ça commence par un travail de dissuasion pour éviter que la situation ne dégénère et moi je pense à tous ceux qui aujourd'hui s'inquiètent en France de la réalité de cette menace je pense à nos agriculteurs je pense à nos viticulteurs je pense à nos industriels qui seraient directement victimes de cette confrontation commerciale j'espère qu'elle n'aura pas lieu et là encore je pense qu'il faut tout faire pour qu'un dialogue exigeant et serré s'engage avec la nouvelle administration sur ce sujet-là.
A propos de confrontation François-Xavier Bellamy il y a celle entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez pour la tête des Républicains quand vous voyez tout ce dont on vient de parler l'avenir de l'Europe l'avenir du monde quelque part et quelquefois des noms d'oiseaux qui peuvent voler est-ce que vous appelez peut-être chacun où est-ce que vous avez vu des noms d'oiseaux ? Je ne sais pas quand Laurent Wauquiez dit Bruno Retailleau n'a pas les moyens d'avoir des résultats ce n'est pas très sympathique
on va rappeler que vous avez déclaré votre soutien à Bruno Retailleau
on est très loin de noms d'oiseaux on a un vrai débat de fond ce qui est certain aujourd'hui c'est que moi je suis heureux que Bruno Retailleau soit au ministère de l'Intérieur pour assumer mais il n'a pas de résultats c'est aussi un enjeu de sécurité la défense de notre pays face à la menace migratoire il a des résultats évidemment il ne prétend pas aucun d'entre nous ne prétend que nous soyons dans une situation d'alternance notre devoir c'est de préparer l'alternance aujourd'hui nous n'avons pas de majorité à l'Assemblée nationale et nous ne nous faisons pas croire que nous avons tous les moyens d'agir dont nous aurions besoin pour renverser vraiment la situation sur le sujet migratoire et sur le sujet de la sécurité pour pouvoir protéger les français ça c'est l'enjeu de 2027 et pour préparer l'alternance il faut qu'un parti de droite solide sérieux courageux pour faire entendre la voix d'une majorité de français qui veulent enfin cette alternance il aura quelle place Laurent Wauquiez s'il perd cette élection mais il aura une place déterminante c'est une élection interne nous ne sommes pas dans une confrontation il n'y a pas d'inimitié
c'est ce qu'a semblé dire Laurent Wauquiez non Laurent Wauquiez lui-même a dit
tout récemment je n'ai pas d'adversaire dans cette élection et je crois qu'il a raison moi je ne me suis pas engagé derrière Bruno Retailleau par inimitié envers Laurent Wauquiez loin de là c'est une élection interne on a de la chance dans une famille politique d'avoir plusieurs talents d'avoir plusieurs figures importantes et ces figures vont compter et au lendemain de cette élection le 18 mai prochain nous serons tous absolument unis parce que le devoir pour nous c'est de reconstruire non pas seulement ce parti mais de relever ce pays c'est ça qui nous intéresse
merci à vous François-Xavier député européen vice-président du parti populaire européen donc la droite membre également évidemment des républicains député européen
François-Xavier Bellamy