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interviewFrance Inter — L'invité du week-end· 26 décembre 2025 24 min

"Aucune" condition ne permettra aux Insoumis de voter le texte, affirme Éric Coquerel

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Amélie Perrier, le 6-9. L'année politique et budgétaire 2025 se termine un peu comme la précédente. Le Parlement, fracturé, sans majorité, n'est pas parvenu à un compromis sur la loi de finances. Et pour en parler ce matin, le président de la Commission des Finances à l'Assemblée Nationale. Bonjour Éric Coquerel, député insoumis de Seine-Saint-Denis, je le précise également. Alors en cette fin d'année, quels sont vos voeux pour la France et les Français ? Est-ce que vous en avez ?

0:29
Éric Coquerel

Oui, bien sûr. Déjà, bonne santé à toutes et tous, c'est normal et c'est sincère. Au-delà de ça, j'ai un peu peur que ce soit des voeux pieux, pour tout vous dire. Par exemple, le respect du droit international, j'écoutais tout à l'heure ce qui vient d'être dit. Que ce soit vis-à-vis de Gaza, de la Palestine ou que ce soit vis-à-vis de l'Ukraine. Et puis aussi, j'allais dire, un meilleur pouvoir d'achat, moins de dégâts sociaux dans notre pays, malgré la politique qui est appliquée. Et puis, peut-être aussi souhaiter qu'il n'y ait pas trop de catastrophes climatiques, même si malheureusement, le dérèglement climatique doit nous attirer à être pessimistes.

Mais voilà, c'est peut-être des voeux pieux, mais c'est peut-être ce que je souhaite.

1:11
Présentateur

Et dans vos voeux, il n'y a pas un budget pour la France, rapidement ?

1:15
Éric Coquerel

Un budget, mais on en a un budget. La loi spéciale, contrairement à ce qui est dit, est un budget. On dirait que c'est une rustine législative, en attendant un vrai budget. Le gouvernement en rajoute, comme l'année dernière, pour faire peur aux gens et pour mettre la pression sur le Parlement pour qu'il aboutisse au plus vite sur un budget, même si c'est un mauvais budget. Mais pour l'heure, c'est un budget qui est temporaire, il n'y a pas de souci, mais qui théoriquement permet de dupliquer le budget de l'an dernier. Et en recettes et dépenses, malheureusement, le gouvernement a une vision un peu très limitative de ce budget au niveau des dépenses, encore une fois, pour faire pression.

Mais il peut tenir quelques mois le temps de trouver un nouveau budget.

1:56
Présentateur

Prendre le temps de bâtir un bon budget n'est pas une faiblesse, a dit mardi soir le Premier ministre Sébastien Lecornu. Vous ne prenez pas un peu trop votre temps, quand même, au Parlement ?

2:06
Éric Coquerel

Ceux qui ont pris leur temps, c'est le gouvernement, parce que je vous rappelle qu'ils ont transmis ce budget deux semaines en retard par rapport à la loi organique.

2:11
Présentateur

C'est ces deux semaines-là qui ont manqué pour être dans les temps ?

2:14
Éric Coquerel

En tout cas, ce qui a manqué, c'est déjà au niveau du temps, oui, et le reste du temps, c'est l'examen normal du budget.

2:20
Présentateur

C'est une question de temps, mais ce n'est pas une question de compromis.

2:21
Éric Coquerel

On n'est plus habitués, je veux dire pourquoi on n'est plus habitués, et que les gens sont un peu surpris, c'est que normalement, il y a le 49.3 depuis deux ans. Alors évidemment, tout s'arrête très vite sans vote. Bon, cette fois-ci, pour éviter la censure, le gouvernement n'a pas mis 49.3, donc ça a duré un peu plus longtemps. Mais surtout, ce qui ne change pas la situation, c'est qu'on a un gouvernement minoritaire qui impose un texte minoritaire, et il s'étonne quand même que l'Assemblée ne l'applique pas aussi vite qu'il le souhaiterait. Bon, c'est ça la situation anormale.

Et du point de vue-là, on perd du temps depuis juillet 2024, où le président Macron a refusé de donner la possibilité à ce soit arrivé en tête, le nouveau premier, de gouverner le pays. Et depuis, on nous impose des gouvernements minoritaires. Il n'y a pas d'endroit ailleurs en Europe, dans des démocraties parlementaires, où on agit comme ça. C'est ça le problème de fond.

3:06
Présentateur

Et l'une des conséquences, vous l'avez dit, c'est cette loi spéciale qui a été adoptée avant Noël. Alors, elle permet de lever l'impôt et de payer les fonctionnaires, mais elle a quand même des conséquences. C'est le maintien du barème de l'impôt sur le revenu. Il n'est pas relevé pour suivre l'inflation. Ça veut dire que les impôts vont augmenter mécaniquement ?

3:22
Éric Coquerel

Encore une fois, elle permet plus que de lever... J'insiste parce que...

3:25
Présentateur

Elle permet d'emprunter aussi sur les marchés.

3:26
Éric Coquerel

J'entends beaucoup Amélie de Montchalin qui vient répéter que, par exemple, on ne pourra pas acheter des munitions pour la défense. Ou ma prime rénov' pour le bâtiment. Oui, par exemple. Moi, je dis que c'est faux. Je dis que c'est une lecture des textes. Les textes ne disent pas ça. Les textes disent que vous pouvez faire en sorte que les dépenses votées en 2025, vous les appliquez en 2026. Et que je sache, en 2025, par exemple, il y a eu des dépenses prévues et non pas votées, parce qu'on n'avait pas le droit de voter, mais adoptées pour les munitions, par exemple. Donc, cette manière de faire pression, ce n'est pas un service rendu au pays.

3:57
Présentateur

Mais sur les impôts sur le revenu, là aussi,

4:00
Éric Coquerel

je suis très étonné. Moi, j'avais fait un amendement permettant de relever le barème. Il a été adopté en commission. Malheureusement, la présidente de l'Assemblée a jugé qu'il était irrecevable. Je trouve que ça aurait été intéressant d'aller devant le Conseil constitutionnel. Pourquoi ? Parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que la loi spéciale, c'est seulement la deuxième fois où elle est appliquée dans ce qu'on appelle la loi organique, la loi constitutionnelle. Donc, je trouve qu'on nous dit des choses comme des évidences qui ne le sont pas tant que ça. La présidente de l'Assemblée nationale,

4:27
Présentateur

elle s'est appuyée sur un avis du Conseil d'État qui dit qu'on ne peut pas adopter une nouvelle mesure fiscale. D'où le rejet de votre amendement.

4:33
Éric Coquerel

Le Conseil d'État, ce n'est pas le Conseil constitutionnel. Je trouve qu'on avait des arguments. Les arguments étaient simples. C'est qu'on peut considérer que les mêmes impôts, c'est aussi le périmètre des gens qui sont touchés par l'impôt et que si vous touchez, vous bougez le périmètre, ce n'est plus tout à fait le même impôt. Mais du coup, si on va payer plus d'impôts

4:49
Présentateur

et si 200 000 foyers vont tomber dans l'impôt alors qu'ils étaient non imposables jusqu'à présent ?

4:53
Éric Coquerel

Si le gouvernement le souhaitait, je vous le dis, nous l'avions proposé l'an dernier d'ailleurs avec le rapporteur général d'alors Charles de Courson, il serait tout à fait possible de passer une loi de finances rapide qui permesse barème par exemple ou qui permet d'appliquer certains crédits d'impôt qui s'éteignaient au 31 décembre et qui auraient pu être prolongés. C'est tout à fait possible. C'est donc lui qui porte la responsabilité de ne pas le faire ou de le faire. Et je lui demande de le faire au plus vite de façon à rassurer les Français.

5:18
Présentateur

On va aller tout de suite au standard parce qu'on a une première question de Louis. Bonjour Louis ! Oui, bonjour madame. Allez-y, on vous écoute. Oui, bonjour madame, bonjour monsieur le député. Moi j'ai une question. Donc l'endettement de la France était à 3 482 milliards là au 30 septembre. Ça s'accrue de plus de 60 milliards au troisième trimestre. Pourquoi les députés français ne font rien pour réduire le déficit qui ne fait que ça croit ? Votre réponse Éric Coquerel ?

5:43
Éric Coquerel

Bah si, les députés proposent des choses. Nous par exemple, on propose de remédier aux raisons même de l'augmentation de ce déficit depuis 2017 pour moitié qui est la baisse des recettes de l'État en faveur des plus riches. C'est simple, c'est 62 milliards par an que nous coûtent ces cadeaux. Je vais vous en citer un autre. Par exemple, il y a une niche fiscale, Pâques d'Utreil. La Cour des comptes vient de faire un rapport dessus qui explique que les effets économiques sont peu discernables et que c'est surtout un objet d'optimisation fiscale pour les plus riches. Ça coûte 6 milliards d'euros.

6:14
Présentateur

C'est pour l'héritage, pour transmettre une entreprise familiale ? Oui, alors soi-disant,

6:17
Éric Coquerel

c'était pour transmettre l'héritage des entreprises familiales. Mais ils trouvent que ça fonctionne, c'est quasiment, ça, c'est vraiment très marginal dans ces têtes. C'est surtout un outil d'optimisation encore de plus pour les plus riches. Comprenez, Louis, que ça coûte 6 milliards à l'État. Voilà. Et bien nous, nous pensons qu'il faut au moins le réformer pour que ça coûte moins cher. Je pourrais vous ajouter le crédit d'impôt recherche qui est un peu sur le même registre.

Et puis, je vous dis, ces cadeaux fiscaux, la flat tax, la suppression de l'ESF qui ne servent que les mêmes et qui, au lieu de, j'allais dire, de pédaliser ceux qui en ont bien profité depuis 2017, l'État nous propose de baisser le déficit en attaquant tous les Français, en attaquant les ministères, en baissant le budget des ministères, en faisant en sorte, par exemple, que le barème de l'impôt ne soit pas assujetti à l'inflation, etc. Voilà. Ce n'est pas notre vision des choses. Mais on a fait des propositions très claires. On pense qu'on pourrait récupérer assez facilement 150 milliards d'euros comme ça.

Vous voyez, on pourrait réduire le déficit et même avoir de l'argent pour investir parce que c'est ce qui nous manque cruellement dans ce pays.

7:18
Présentateur

On entend ce que vous répondez à Louis. Effectivement, vous avez des solutions, des propositions, mais ce qui manque peut-être aujourd'hui, c'est un compromis pour pouvoir voter ces propositions. Parce qu'aujourd'hui, chacun y va de ses propositions et rien n'est voté au final et on n'a pas de budget.

7:32
Éric Coquerel

C'est assez extraordinaire ça parce que le gouvernement nous propose un budget qui baisse de 40 milliards de dépenses publiques. Dépenses publiques, je le répète, je le dis aussi à Louis parce que souvent, on nous dit, n'ont pas augmenté depuis 2017 par rapport aux produits intérieurs. Vous avez compris, ce qui a baissé, c'est les recettes. Et le gouvernement veut faire à peu près la même politique et dit comment ça, vous n'êtes pas prêt à un compromis sur notre politique qui a été battu dans les urnes.

Bon, l'opposition a le droit de dire non, on ne souhaite pas un mauvais budget pour ce pays et nous nous opposons jusqu'à ce qu'on trouve un budget, disons, plus correct, au moins les faire reculer sur la pire des choses et c'est ce que nous essayons de faire coûte qu'au coûte.

8:13
Présentateur

Et vous allez recommencer les travaux ? Alors, le gouvernement veut recommencer les discussions dès le 5 ou le 6 janvier, c'est possible, c'est tenable ?

8:20
Éric Coquerel

On va aller commencer le 8 et le 9 en commission parce qu'il faut pouvoir déposer les amendements avant donc on va aller vite parce que...

8:27
Présentateur

Et sur quel texte ?

8:29
Éric Coquerel

Ça va être sur le texte du Sénat. Alors, pour bien comprendre, le texte du Sénat a aggravé, on va dire, justement, le texte initial déjà qui n'était pas terrible, il l'a aggravé parce que, par exemple, toutes les quelques mesures vis-à-vis des plus hauts patrimoines ou des très grandes entreprises ont été enlevées. Alors, il n'y a que vis-à-vis des collectivités territoriales où il l'a plutôt amélioré mais sinon, c'est un texte qui nous arrive à graver.

8:53
Présentateur

Et quelles sont les marges de manœuvre pour amender ce texte ?

8:56
Éric Coquerel

Les marges de manœuvre pourraient être toutes celles que l'Assemblée décide. En première lecture, on a quand même largement amendé ce texte. On avait notamment été trouver 34 milliards d'euros supplémentaires de recettes uniquement vis-à-vis des ultra-riches et des très grandes entreprises. Le gouvernement avait dit « Ah, ce n'est pas légal, etc. » Ce qui était aussi une vision très subjective des choses. Moi, je l'ai contesté. Voilà, mais je ne crois pas que le gouvernement ait envie de ça.

En fait, en réalité, le gouvernement il espère un compromis qui touche très peu finalement au budget qu'il veut imposer et qui est un budget qui depuis 2017, puisque c'est un peu les mêmes qu'on subit, a des conséquences économiques graves sur le pouvoir d'achat, sur la désindustrialisation, sur l'augmentation du chômage, sur l'augmentation de la pauvreté, etc. Et nous, je ne souhaite pas ça pour mon pays.

9:43
Présentateur

A quelles conditions vous pourriez voter le budget 2026 ?

9:45
Éric Coquerel

Aucune.

9:46
Présentateur

Aucune ? Vous ne voterez pas le budget 2026 ?

9:49
Éric Coquerel

D'abord, parce que je vous rappelle qu'une opposition, si vous votez le budget, vous n'êtes plus en opposition, vous êtes dans la majorité. Alors, ça voudrait dire que pour le voter, il faudrait que ce budget soit transformé totalement dans l'esprit de ce que je viens de dire. C'est-à-dire, on arrête de prendre et de faire peser le coût du déficit sur l'ensemble des Français et on va chercher l'argent là où il est, c'est-à-dire ceux vers les ultra-riches. Mais ce n'est pas ce qui va être fait. Il ne faut pas être naïf. Le gouvernement essaie de trouver un compromis en tout allaitant légèrement son budget et donc, c'est un compromis qui sera impossible.

10:22
Présentateur

La droite et le bloc central poussent Sébastien Lecornu à faire adopter son budget par 49,3. Il s'y refuse. Est-ce que c'est tenable ?

10:29
Éric Coquerel

Écoutez, il faut lui demander. Ce n'est pas à moi de faire la tactique du gouvernement. Je pense que ce budget ne passera pas par le vote. Ce sera très compliqué pour les raisons que je viens d'expliquer. Nous, on est radicalement contre ce budget. Mais si je prends même les socialistes, par exemple, qui sont plutôt enclins à trouver un compromis, l'écart entre ce qu'ils demandent, même le peu qu'ils demandent et ce que M. Lecornu veut céder, je veux dire, est un peu trop important à mon avis pour qu'ils votent le budget.

Alors, j'ai cru comprendre que même eux aimeraient bien un 49,3 qui permettrait de ne pas voter la censure ensuite, qui coûterait moins cher en termes de compromis au gouvernement. Bon, j'allais dire, nous, une chose est sûre, c'est que si à 49,3 nous nous censurons tout de suite parce que ça serait évidemment une façon de faire passer un budget de la manière la plus scandaleuse qui soit.

11:15
Présentateur

Vous l'évoquiez, le Premier ministre a quand même réussi à faire adopter un budget de la sécurité sociale en trouvant un compromis avec les socialistes. Pourquoi ce n'est pas possible avec le budget de l'État ? Pourquoi ça a marché avec la sécurité et pas le budget de l'État ? Déjà, parce que le budget

11:26
Éric Coquerel

de l'État, il faut bien comprendre. Si vous votez le budget de l'État, je leur redis, vous faites partie de la majorité. Moi, je pense que c'est vrai le budget de la sécurité sociale mais les socialistes le contestent. Mais tout simplement aussi parce que j'allais dire que le budget de l'État est encore pire que le budget de la sécurité sociale là où il était arrivé. Alors, le budget de la sécurité sociale, ce n'est pas terrible, y compris le Parti Socialiste a voté un budget quand même qui va prendre 4 milliards sur les hôpitaux. C'est-à-dire qu'il faudrait 4 milliards de plus pour que les hôpitaux répondent aux besoins des Français.

Les mêmes besoins qu'en 2025, il manque 4 milliards plus 1 milliard qui sont les complémentaires. Le décalage. Je sais que vous reprenez le terme suspension que le gouvernement... Le décalage. Voilà, c'est un décalage. Pourquoi c'est un décalage et pas une suspension ? C'est que la réforme n'est pas arrêtée et que le 1er janvier 2028, elle reprendra si rien n'est fait. En fonction du nouveau président de la République ? Oui, certes, peut-être, mais n'empêche, il n'y a pas besoin d'actes législatifs pour qu'elle reprenne et donc, pour l'instant, les Français... C'est quand même un geste fort

12:22
Présentateur

que tout le monde demandait.

12:23
Éric Coquerel

Non, le geste fort, ça aurait été de l'abroger parce que ce que tout le monde demandait, c'est l'abrogation. Je vous rappelle qu'il y a une large majorité à chaque fois pour l'abrogation de la réforme des retraites à l'Assemblée et si on avait le droit en réalité, en acceptant juste un décalage.

12:42
Présentateur

Le Premier ministre, dans son allocution cette semaine, a reparlé de ces 5 thèmes sur lesquels il entend chercher un accord avec les différents groupes politiques agriculture, collectivité locale, logement, outre-mer, avenir et jeunesse. C'est-à-dire, il veut faire quoi avec ces 5 grands thèmes ?

12:56
Éric Coquerel

Justement, je me demandais, j'ai regardé, je savais que vous alliez m'interroger là-dessus. Alors, c'est de l'humour noir. Alors, agriculture, pour que les gens nous écoutent bien, en 2 ans, le budget de l'agriculture, c'est moins 18%. D'ailleurs, ce qui explique en partie pourquoi, par exemple, on n'a pas assez de vaccins, pourquoi on a des problèmes en termes de vétérinaire public. Si on prend le budget de la recherche de l'université, c'est pareil. C'est, en 2 ans, moins 200 millions et c'est encore pire pour la vie universitaire.

Et par exemple, dans ma circonscription, à côté, il y a l'université Paris 8 qui va devoir faire 10 millions d'euros de coûte budgétaire en plus, supprimer 25 postes et qui ne sait même plus comment il va y arriver. Prenons le troisième thème, les collectivités territoriales. En 2 ans, c'est plusieurs milliards qui ont été supprimés. Et là où le gouvernement est à... M. Lecornu pousse le bouchon très loin, c'est qu'il évoque les investissements écologiques, le fonds vert. Le fonds vert, vous savez, c'est ce qui permet d'amorcer des investissements écologiques pour les collectivités. Ce fonds vert, il a baissé considérablement de près de 2 milliards, 75% en 2 ans. Voilà.

Je pourrais ajouter le budget de l'environnement qui a baissé. Le logement, c'est une catastrophe. Enfin, en gros, il prend des mesures sur lesquelles déjà le budget de l'an dernier les a largement amputés. Le logement, c'est une bombe sociale qui est en train d'exploser. Et le budget prévu les ampute encore. Alors, je ne sais pas très bien où il va trouver ses compromis. Est-ce que c'est un peu moins de baisse que celle de prévu ? Mais ça, ça ne fait pas un compromis. Ça fait l'acceptation d'une politique qui est catastrophique sur tous les thèmes que je viens de vous citer.

14:24
Présentateur

Vous l'évoquiez, le pouvoir d'achat des Français. Selon un sondage paru dans le Figaro ce matin, un sondage Odoxa Backbone, la priorité des Français, ce serait le pouvoir d'achat juste devant la sécurité. Est-ce qu'on en fait assez ? Est-ce que vous, les députés, vous en faites assez pour le pouvoir d'achat des Français ?

14:39
Éric Coquerel

Les députés en général, je ne sais pas, mais nous, oui. Je viens de vous le dire, on est pour faire en sorte que ce qui se passe depuis 2017...

14:47
Présentateur

Qu'est-ce qu'on peut faire pour l'améliorer, ce pouvoir d'achat encore ?

14:49
Éric Coquerel

On partage, je vais vous dire une chose, on partage ce qu'on appelle la valeur ajoutée différemment, c'est-à-dire les profits des entreprises, globalement, ce qui est produit, se partagent entre le capital et le travail. C'est un vieux classique. Et ce qui se passe depuis 2017, c'est que ça part de plus en plus au capital, soit par des cadeaux fiscaux, des niches, etc. Nous, on propose que ça aille plutôt au travail, d'augmenter les salaires, d'augmenter les minimas sociaux, d'augmenter les retraites, d'augmenter tout ce qui permet en plus de deper la consommation populaire. Non seulement c'est bon pour le pouvoir d'achat, mais c'est bon pour l'économie.

Parce que le budget, par exemple, prévu par le gouvernement aujourd'hui, c'est un effet d'un demi-point sur la croissance qui va diminuer l'an prochain uniquement par l'effet récessif. Donc voilà, c'est tout simplement remettre de l'argent au profit de tous ceux qui produisent des richesses, dans ce pays. C'est les travailleurs, c'est les petits patrons, c'est les artisans, c'est les commerçants, etc. Au lieu de tout mettre sur des fonds spéculatifs, des actionnaires, des dividendes, etc. Et ça, ça nous coûte des centaines de milliards d'euros par an.

15:48
Présentateur

Mais est-ce que le pouvoir d'achat des Français a vraiment baissé et continue encore de baisser ? Parce que les chiffres de la croissance ne sont pas mauvais, les prévisions sont revues à la hausse pour l'année prochaine, l'inflation a baissé, alors y a-t-il vraiment un problème du pouvoir d'achat ?

16:03
Éric Coquerel

Ou est-ce que vous ressentez ? Non, ce n'est pas ressenti, c'est très concret, ça fait plusieurs années en fait que vous dites par exemple que l'inflation baisse. C'est vrai que l'inflation baisse, cela dit, l'inflation est un petit peu plus haute encore pour tous les produits de première nécessité alimentation qui pénalisent beaucoup les Français. Et puis surtout, on s'aperçoit depuis quelques années, c'est que le pouvoir d'achat moyen des Français augmente très légèrement. Et en fait, il augmente pour les revenus du patrimoine.

qui explique par exemple, je cite toujours ce chiffre, mais il est quand même frappant que les 500 personnes les plus riches de ce pays possédaient à peu près 20% du PIB en 2017. Aujourd'hui, c'est le double quasiment. Ils ont doublé leur richesse. Et bien ça, c'est de l'argent qui manque à tout le monde. Et tous ceux qui, eux, souffrent du pouvoir d'achat, les salariés, etc., tous ceux qui nous écoutent et qui comprennent très bien ce que je veux dire.

16:52
Présentateur

Justement, on va retourner au standard 0, 1, 45, 24, 7000 pour retrouver à Noir. Bonjour à Noir. Oui,

16:59
Auditeur

bonjour à France Inter et je vous souhaite de belles fêtes.

17:02
Présentateur

A vous aussi, merci. Posez votre question.

17:05
Auditeur

Alors, ma question à M. le député Coqurin, je remercie d'être là à France Inter. En tout cas, on sait maintenant qu'il y a 80 milliards de détournements fiscales, de fraudes fiscales. Ça, c'est une donnée statistique établie, tout le monde. On sait, comme M. le député le sait, que différents gouvernements ont pris des mesures pour qu'il y ait moins de fraudes fiscales. Et on a parlé tout à l'heure de la dette. Vous voyez où j'en veux venir, c'est-à-dire comment réduire la dette, justement. Et j'aimerais savoir, de la part de M. le député, quel est le bilan partiel de ces mesures, combien l'État récupère par an par rapport à ce manque à gagner pour l'État, pour les recettes. Parce que M.

le député a bien dépeint cette situation. Merci.

17:55
Présentateur

Merci à Noir. Votre réponse, Eric Fockrell.

17:57
Éric Coquerel

C'est une très bonne question parce qu'il y a des avantages fiscaux pour le capital, je l'ai dit, tout à l'initi, la flat tax qui est à bouclier. Et malgré tout, il continue à avoir une optimisation, ce qu'on appelle dans la zone grise ou de la fraude carrément fiscale. Effectivement, estimée selon les interlocuteurs entre 80 et 100 milliards d'euros. J'ai une mauvaise nouvelle, c'est que le gouvernement fait peu de choses en réalité. Là, il y a une loi sur la fraude qu'on va examiner à l'Assemblée.

Globalement, c'est surtout sur ce qu'on appelle la fraude sociale qu'elle va peser qui est très largement inférieure à la fraude fiscale et les moyens membres pour la fraude fiscale, notamment par exemple parce que Bercy, la DGFIP, qui est la direction qui justement contrôle les finances publiques, voit ses effectifs diminuer depuis des années.

18:45
Présentateur

Donc, il y a moins de contrôleurs ?

18:46
Éric Coquerel

Il y a moins de contrôleurs. Donc, on a de plus en plus recours à des outils internet, numériques, voire IA, etc., mais qui n'ont pas forcément la même efficacité. Donc, c'est clair que par rapport à ce qu'il faudrait pour lutter contre la fraude, on en est loin, mais c'est un peu la même chose que ce que je vous dis depuis tout à l'heure. C'est-à-dire que vous mettez sous le nez des gouvernements et des députés qui le soutiennent, par exemple, ces histoires de niche fiscale qui sont quand même incroyables. J'attire vraiment les Français sur le scandale que ça représente.

Eux, ils payent les impôts, l'impôt sur le revenu, et puis il y a des gens qui payent, par exemple, les plus riches de ce pays, ça va peut-être vous surprendre, ils ne payent quasiment pas d'impôts sur le revenu. C'est-à-dire qu'ils transfèrent leur revenu vers l'optimisation, vers des biens professionnels, vers des holdings, et ils ne payent quasiment pas d'impôts. C'est quand même sidérant, vous pouvez le mettre sur la table et rien ne change et pourtant, ça nous coûte des dizaines de milliards d'euros. Donc, je suis tout à fait d'accord avec votre auditrice.

19:38
Présentateur

Ces derniers jours ont aussi été marqués par la colère des agriculteurs. Vous le disiez il y a quelques minutes, les agriculteurs touchés par la dermatose nodulaire contagieuse. On parle des piquets, des blocages sur les autoroutes. Est-ce que vous comprenez cette colère des agriculteurs ?

19:54
Éric Coquerel

Alors, non seulement on la comprend, mais figurez-vous, on la soutient depuis juillet dernier parce qu'il se trouve qu'après le premier abattage qui avait été en Savoie...

20:01
Présentateur

C'est-à-dire que vous soutenez la politique d'abattage systématique ? Non, en contraire. La vaccination, vous opposez l'abattage systématique dans les troupeaux ? On s'y oppose.

20:10
Éric Coquerel

C'est une pratique, d'abord, assez barbare, quand même, qui est née

20:13
Présentateur

d'un consensus scientifique

20:15
Éric Coquerel

pour endiguer cette maladie

20:17
Présentateur

qui est extrêmement contagieuse et mortelle parmi les bovins.

20:20
Éric Coquerel

Oui, vous avez par exemple l'OMSAC qui est l'Organisation Mondiale de la Santé Animale, vous avez l'Agence Européenne de Sécurité des Aliments, EFCA, qui sont aussi scientifiques, qui explique qu'il y a d'autres méthodes, qui sont appliquées d'ailleurs en Turquie, dans des pays, c'est-à-dire beaucoup plus de vaccination et on a mis beaucoup de temps à commencer un peu à l'élargir et je pense que c'était faute d'avoir suffisamment de vaccins, ce qui a peut-être un lien avec la question des budgets dont je parlais tout à l'heure et puis d'avoir un abattage chiblé sur la bête malade et une quarantaine plus large. Bon, voilà. Il y a d'autres alternatives.

20:48
Présentateur

Donc là, vous êtes d'accord avec la coordination rurale, syndicat agricole ?

20:51
Éric Coquerel

Et la Confédération Paysanne, les deux, oui.

20:52
Présentateur

Plutôt à l'extrême droite. Effectivement, côte à côte avec la Confédération Paysanne. Oui, absolument. Cette alliance ne vous... Alors d'abord,

20:58
Éric Coquerel

il n'y a pas que l'extrême droite dans la Confédération Rurale, ça c'est... Dans la coordination rurale, oui. Et la coordination rurale et ce que j'observe, c'est surtout ce sur quoi ils contestent et ils ont raison. Les éleveurs, c'est épouvantable. Alors d'abord, y compris vis-à-vis de la cause animale, on en parle peu, mais enfin, imaginez que vous abattez tout un troupeau de bêtes saines parce qu'il y a une bête malade. Déjà, je pense qu'il faut vraiment essayer de chercher une autre solution avant d'avoir ce genre de recours. Et en plus de ça, l'efficacité s'interroge quand même parce que ça continue à se développer.

Il y a d'autres méthodes, d'autres propositions et tout ça est lié aussi en plus de ça avec une volonté du gouvernement. C'est de garder le statut par rapport à la France de pays exportateurs entre guillemets indemnes. C'est-à-dire que quand vous ne vaccinez pas toutes vos bêtes, vous reconnaissez un état sanitaire qui vous permet d'exporter. Si on vaccine trop,

21:45
Présentateur

on ne pourra plus exporter, effectivement.

21:47
Éric Coquerel

Et on voit bien que ça, ça a un lien aussi avec quelle politique agricole on veut. Est-ce qu'on veut favoriser une souveraineté alimentaire ou est-ce qu'on veut favoriser le libre-échange, l'exportation ? Et là, on tombe sur le mercredi. C'est la deuxième raison d'opposition des agriculteurs actuellement. Et là aussi, on les rejoint totalement parce qu'on est farouchement opposés à cet accord de libre-échange.

22:08
Présentateur

2026, ce sont les élections municipales. Galaud essai avant la présidentielle. Quel objectif pour la France insoumise, pour ces municipales au mois de mars ?

22:15
Éric Coquerel

De faire en sorte d'appliquer notre programme de radicalité concrète, de rupture dans nos maximums de mairies. Donc, on veut essayer d'en gagner. C'est toujours très dur parce qu'on en a très peu. Donc, on sait que ça, c'est un avantage quand vous partez sur des municipales pour les maires sortants. Mais quand même, par exemple, si je regarde dans ma circonscription, je pense que la ville de Saint-Ny-Pierre-Fille, deuxième ville de France, est une ville largement gagnable. Il y en a d'autres dans ma circonscription.

22:43
Présentateur

L'autre difficulté, c'est que vous ne voulez pas faire alliance avec qui que ce soit, d'autres à gauche ?

22:47
Éric Coquerel

Non, la difficulté, c'est qu'à gauche, notamment le Parti Alistair a décidé qu'il n'y avait aucune alliance avec France insoumise au premier ou au deuxième tour. Parce que vous auriez aimé l'alliance ? En tout cas, la chose a été dite d'emblée et même au deuxième tour. Je ne sais pas comment ils vont faire à Paris notamment, mais même au deuxième tour, s'ils arrivent en tête ou s'ils arrivent deuxième derrière la droite, M. Grégoire a dit pas d'alliance avec LFI. Bon, on verra bien comment ils se débrouilleront. Ce que je veux dire par là, c'est que l'espèce d'oucas vis-à-vis de LFI a d'abord été lancée par le Parti Socialiste.

Ça a été lié en même temps au fait qu'ils ne votent pas la censure de M. Bérou, puis de M. Le Cordu. Donc, il y a un changement d'orientation politique. Nous, ce n'est pas là-dessus qu'on était forcément partis. Par contre, on est partis sur le fait d'appliquer des programmes de rupture. Exactement comme au niveau national. Ça, on est fidèles à notre programme et c'est pour ça qu'on présente des listes pour essayer de défendre ce programme. Ça me semble être assez normal en démocratie.

23:40
Présentateur

Dernière question en quelques mots puisque 2026, ce sera également le début de la campagne présidentielle. C'est Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise.

23:46
Éric Coquerel

Moi, je le souhaite. Ça fait longtemps que je le dis. Il n'est pas tant

23:50
Présentateur

de passer le relais à une autre génération.

23:53
Éric Coquerel

Ça arrivera inévitablement mais pour l'instant, je pense que c'est le candidat le plus à même de nous faire gagner, le plus efficace et celui qui a le plus de stature d'homme d'État. Voilà, donc c'est aussi un peu ce que je souhaite qui avance en 2026 pour 2027.

24:07
Présentateur

Éric Coquerel, merci beaucoup d'être venu ce matin à France Inter. Je vous souhaite de joyeuses fêtes. C'est comme ça qu'on dit ? De joyeuses fêtes ?

24:13
Éric Coquerel

Joyeuses fêtes. J'ai vu qu'il y avait une polémique là-dessus.

24:16
Présentateur

Joyeuses fêtes, on va s'en dire là. J'aurais pu dire

24:18
Éric Coquerel

que c'était pas un problème tellement c'est la décisée. Non, joyeuses fêtes, c'est bien. Joyeuses fêtes.

24:21
Présentateur

Joyeuses fêtes à vous.