Shein échappe à la suspension : «Cela n'enlève rien à toutes les procédures engagées en parallèle» précise le ministre Sébastien Martin
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Et à 8h14 sur Europe 1, il est l'heure d'accueillir le deuxième invité d'Europe 1 matin week-end. Alexis de la Fléchière, vous recevez ce matin le ministre délégué à l'industrie, Sébastien Martin. Bonjour Sébastien Martin. Bonjour. Cette semaine, un scandale a fait la une de l'actualité et à juste titre, Shein, avec ses ventes de poupées pédopornographiques, mais aussi d'armes. Et puis en parallèle, le géant du e-commerce asiatique a ouvert son premier magasin à Paris, au BHV. On apprend aussi qu'il va en ouvrir d'autres, trois autres magasins d'ici 15 jours, à Dijon, à Reims, à Grenoble.
Et puis on l'a appris hier soir, monsieur le ministre, finalement, Chine ne sera pas suspendue, il n'y aura pas de suspension. Mais vous le dites, le géant chinois reste sous étroite surveillance. Pourquoi n'avoir pas été plus ferme avec la Chine sur ce dossier ?
Écoutez, je pense qu'on est extrêmement ferme. D'ailleurs, quand vous entendez un peu les réactions chinoises sur ce sujet, ça montre bien que ça pique un peu. Donc le gouvernement était extrêmement ferme. On avait engagé une première démarche, on a dit à Chine, vous avez 48 heures pour supprimer les produits que moi j'ai appelés les produits de la chronique de la honte. La poupée, les armes et puis encore d'autres choses qui sont découvertes un peu plus chaque jour. Donc la DGCCRF a constaté que tous ces produits avaient été enlevés de la plateforme, mais ça n'enlève rien à tout ce que nous avons engagé en parallèle.
Il y a des démarches devant les tribunaux, il y a une démarche au niveau européen, il y a une démarche auprès de l'ARCOM, il y a la poursuite d'une surveillance extrêmement étroite de Chine. Donc aujourd'hui, il n'est pas question de dire, bon ben c'est bon, on a retiré les poupées et deux, trois trucs et c'est terminé. Non, on avait demandé à ce que cela soit fait sous 48 heures, ça a été fait, mais toutes les autres procédures dont je viens de vous parler, notamment auprès des tribunaux pour faire cesser de graves dommages à l'ordre public, qui sont en cours d'instruction, ne sont absolument pas arrêtés. Et on met la pression sur Chine et on continue la pression sur Chine.
Parce qu'au-delà de ça, il y a plein d'autres débats dont on va parler.
J'entends votre fermeté, évidemment, qui est réelle, mais est-ce qu'il ne fallait pas justement aller encore plus loin, c'est-à-dire se dire, voilà, de toute façon, ce n'est pas possible chez nous, Chine, il en est hors de question, on arrête complètement cette marque dans notre pays. Ça, ce n'était pas envisageable, par exemple ?
Vous savez, on essaye, le gouvernement, de respecter le droit. Je ne sais pas ce que vous diriez si on ne respectait pas le droit. Quand on lance des procédures pour dire sous 48 heures, vous devez retirer certains produits et que les choses sont faites, si, quelque part, vous ne respectez pas, vous aussi, la procédure que vous avez engagée, vous n'êtes plus crédible. Mais maintenant, il y a d'autres procédures qui sont engagées, y compris auprès de la Commission européenne, qui a d'ailleurs reconnu la gravité de la situation. Parce que, honnêtement, fermer éventuellement l'accès à Chine depuis la France, ça n'aurait pas beaucoup de sens.
Je comprends. C'est donc un tournant, quand même, cette affaire Chine, face à notre relation, face à la Chine.
Mais, vous savez, moi, en tant que ministre de l'Industrie, je me bats avec Roland Lescure, avec toute l'équipe gouvernementale, pour qu'au niveau européen, on sorte d'une forme de naïveté. En lisant la presse, je voyais que le patron de Chine expliquait ce que veulent les clients nous lui offrons. Je ne suis pas sûr que les clients français, ils veulent des gens qui sont payés 25 euros la journée. Je ne suis pas sûr que les clients français, ils sachent les conditions environnementales dans lesquelles tout ça est produit. Et heureusement qu'il y a eu cette réaction. Je veux aussi saluer la réaction des parlementaires.
Je vois le député Antoine Vermorel qui a été très en offensive sur ce sujet. Il y a aussi la taxe sur les petits colis. Tout ça, ce sont des outils que nous allons utiliser.
Et justement, vous le savez, monsieur le ministre, il y a en parallèle ce salon du Made in France, en ce moment, à Paris, porte de Versailles. Et donc, c'est vrai que c'est justement assez vertigineux de voir Chine au bon marché, au BHV, pardon, et de voir à la fois le salon du Made in France. C'est-à-dire qu'on a des gens, des Français qui vont aller consommer pour quasiment rien chez Chine. Et d'un autre côté, on a notre salon du Made in France qui allait dire qu'il faut consommer français. Donc, on a l'impression d'être dans quelque chose, c'est un peu une schizophrénie.
Oui, le terme est sans doute le bon. Je crois que c'est pour ça qu'il était nécessaire d'être extrêmement ferme vis-à-vis de Chine au niveau du gouvernement. Et en même temps, pour envoyer ce signal au Made in France. Moi, j'étais hier au salon du Made in France. D'ailleurs, j'ai vu aussi que ceux qui habituellement tapent sur les patrons, comme monsieur Mélenchon, a fait sa tournée au salon du Made in France avec une certaine forme d'hypocrisie à l'endroit de tous ces... Moi, j'ai vu plein de patrons de PME, de PMI hier au salon du Made in France. Et on m'a demandé quel était le mot que je retenais. C'était le mot, pour moi, c'était le mot d'enthousiasme. Il y a des gens qui y croient.
Il y a des gens qui se battent et qui font la démonstration aussi que faire du Made in France, ce n'est pas forcément faire des produits qui sont inaccessibles. Bien au contraire.
Parce que c'est un enjeu très important, ça, le prix. Parce que c'est ce qui revient. C'est que les gens, s'ils vont chez Chine, c'est qu'ils disent, j'ai plus de sous à la fin du mois et Chine, ce n'est pas cher.
Je vais vous dire, je crois que dans cette affaire tout est liée. Et c'est le ministre de l'Industrie qui vous le dit. Je ne sais pas si vous avez vu, mais hier sont sortis les chiffres sur l'indice des rémunérations. Et le secteur qui a les hausses de rémunération les plus importantes, le double de la moyenne, c'est le secteur de l'industrie. Pourquoi il faut qu'on réindustrialise ? Parce que si on réindustrialise, on aura plus de gens qui ont des revenus et qui ont des salaires plus intéressants. Alors, comment on fait pour réindustrialiser le pays ? Comment on fait pour réindustrialiser le pays ? En 30 secondes. Très rapidement. D'abord, un, on se bat au niveau européen.
Je ne vais pas y revenir, mais les choses sont en train de changer. On sort de la naïveté. On va avoir des mesures de protection sur l'acier, sur l'automobile, sur la chimie.
Sur ArcelorMittal, pour l'instant, il n'y a pas de nationalisation, en tout cas prévue. Vous l'avez dit très clairement.
Non, parce qu'on s'est battu au niveau européen pour mettre enfin en place deux choses, c'est-à-dire des quotas d'importation avec des droits de douane de 50% qui vont s'appliquer aux... Je l'espère, si le Parlement vote bien tout ce qu'il a voté rapidement, la France et l'Allemagne sont alignés là-dessus, l'Italie, la majeure partie des pays européens sont alignés. Dès le début d'année 2026, des mesures de protection aux frontières vont s'appliquer. Donc c'est ça la vraie réponse, parce qu'aujourd'hui, il y a cinq fois plus de volume de production d'acier au niveau mondial que n'en a besoin le marché européen.
Les surcapacités, comme on les appelle, c'est cinq fois le marché européen, et essentiellement en promenance de la Chine, avec du dumping, c'est-à-dire un rapport de 1 à 3 sur le prix. Donc ça, à partir du début d'année prochaine, on va gagner là-dessus et on va avoir des mesures de protection. Donc c'est ça la vraie réponse.
Et par ailleurs, allez-y. Juste très rapidement, parce que l'interview se termine malheureusement, juste un mot sur les députés qui vont voter ce week-end. Normalement, c'est ce que vous souhaitez, la partie recette du projet de loi de finances de la Sécurité sociale. Mais ce n'est pas encore fait ça non plus. Vous appelez les députés à voter maintenant, vous leur mettez un peu un ultimatum ?
Moi, je les appelle à voter pour qu'ils puissent continuer à débattre sur la partie dépenses. Parce que si vous vous arrêtez là, le texte part au Sénat. Donc je ne vois pas où est l'intérêt. Or, dans la partie dépenses, il y a plein de choses extrêmement intéressantes qui doivent être discutées par les parlementaires.
Voter le texte, c'est ce que vous nous dites. Merci beaucoup Sébastien Martin, ministre délégué à l'Industrie, d'avoir été en direct ce matin dans Europe 1 Matin Week-end.
Sébastien Martin