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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 24 mai 2021 45 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSécuritéImmigration & asile

Nationalisme autoritaire : le danger à droite de l’Etat, Anne Applebaum est l’invitée des Matins

Source d'origine 3 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 22 %Attaque 50 %Défensif 28 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:29OuverteRéponse directe

    Expliquez l'évolution politique sur vos amitiés et son impact familial.

  • 3:28OuverteRéponse directe

    Pourquoi votre mari, homme politique polonais de centre-droit, a des inimitiés avec le gouvernement ?

  • 3:48OuverteRéponse partielle

    Peut-on dire que la vie politique polonaise est scindée entre progressistes et populistes ?

  • 6:31OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vos anciens amis vous reprochent aujourd'hui ?

  • 7:20RelanceRéponse directe

    La Pologne est-elle scindée entre progressistes et populistes ?

  • 8:35OuverteRéponse directe

    Quel rôle a joué l'accident d'avion de 2010 dans la représentation de la politique polonaise ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:23Invité politiqueFait
    « L'extrême droite en Pologne, qui est la façon dont je caractériserais le parti au pouvoir, ne croit pas en tout cela. »
  • 4:32InvitéFait
    « Ils pensent que la justice doit être politisée. »
  • 4:36InvitéFait
    « Ils pensent que l'éducation doit être réformée pour être plus patriotique. »
  • 4:42InvitéFait
    « Ils essaient de prendre le contrôle des médias autant que possible. »
  • 5:02InvitéFait
    « Ils sont maintenant des médias d'extrême droite, ouvertement homophobes, ouvertement antisémites parfois, et bien plus extrêmes que ce que la plupart des gens en dehors de Pologne ont conscience. »
  • 14:24Invité politiqueFait
    « Il prétendait que c'était les Russes qui avaient fait le coup. »
  • 14:27Invité politiqueFait
    « Parfois, il disait que c'était le gouvernement. »
  • 14:44InvitéChiffre
    « Il a convaincu peut-être 30 % de la population du pays qu'il y avait quelque chose d'anormal dans cet accident et qu'on ne savait pas toute la vérité. »
  • 20:07Invité politiqueFait
    « Il a gagné des élections démocratiques au départ et maintenant, il essaie de rester au pouvoir en utilisant des méthodes qui ne sont pas démocratiques. »
  • 21:28InvitéChiffre
    « Ils contrôlent peut-être 90 voire 95 % de la presse. »
  • 21:53InvitéFait
    « Une démocratie illibérale, c'est une contradiction dans les termes. »
  • 22:12Invité politiqueFait
    « Il faut aussi une équité de traitement. Il faut des tribunaux indépendants. »
  • 22:19Invité politiqueFait
    « Il faut que les médias soient partagés. »
  • 26:43InvitéFait
    « Nos opposants ne sont pas de vrais Hongrois, ne sont pas de vrais Français, de vrais Polonais. Ce sont des élites, ce sont des étrangers, ce sont des Juifs, ce sont des traîtres. »
  • 31:28Invité politiqueFait
    « Les immigrés sont encore un autre bouc émissaire tout à fait pratique. »
  • 31:42InvitéFait
    « En Pologne, en Hongrie, il n'y a pas d'immigrés. »
  • 35:19Invité politiqueFait
    « On voit un phénomène tout à fait similaire en Turquie, on le voit aussi aux Philippines. »
  • 36:14Invité politiqueFait
    « Le danger du populisme d'extrême droite, c'est que les personnes arrivent au pouvoir parce que les gens en ont assez de la politique. »
  • 36:55InvitéFait
    « Je pense qu'une présidente Marine Le Pen chercherait immédiatement à contrôler l'appareil judiciaire, à contrôler les médias publics, à contrôler la police. »
  • 38:15Invité politiqueFait
    « Trump a perdu l'élection parce qu'en fin de compte, le Parti démocrate s'est repris, s'est réorganisé, a trouvé un candidat qui parle plus largement. »
  • 39:33Invité politiqueFait
    « Résoudre la pandémie, je pense que les démocrates ont davantage leur chance. »
  • 40:00Invité politiqueFait
    « « Ne vous inquiétez pas, ça va disparaître, ça n'a pas d'importance, ne portez pas de masque, n'obéissez pas aux règles. » »
  • 40:21Invité politiqueFait
    « Je pense que c'est plutôt la corruption personnelle de Trump et la colère permanente, cette disruption permanente qu'il instillait dans les politiques. »
  • 41:20InvitéFait
    « C'est vrai que le parti au pouvoir est très impopulaire aujourd'hui en Pologne. Sa gestion de la pandémie a été catastrophique. »
  • 41:48Invité politiqueFait
    « La vaccination est développée davantage dans les régions du pays qui sont plus pro-gouvernement ou l'élection a un poids. »
  • 42:17InvitéFait
    « L'Union européenne a très mal géré la manière dont son argent est dépensé en Pologne. »
  • 43:13Invité politiqueFait
    « Nous ne pouvons pas dire à nos enfants que tout est affreux, que tout va de travers et qu'on ne peut plus rien faire. »
  • 43:35InvitéFait
    « La démocratie n'est pas garantie. L'idée qu'on a entretenue pendant longtemps, selon laquelle il n'y avait pas grand-chose à faire. »

Temps de parole

  • Invité64 %
  • Invité politique19 %
  • Présentateur17 %

10,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

Et ce matin à l'heure où l'on évoque les populismes et les régimes autoritaires, nous recevons l'historienne et journaliste américaine Anne Appelbaum, dont les travaux sur le goulag ont été récompensés par le prix Pulitzer. Elle signe aujourd'hui « Démocratie en déclin », réflexion sur la tentation autoritaire aux éditions Grasset. Anne Appelbaum, il faut tout d'abord que vous nous expliquiez ce que l'évolution politique a fait sur vos amitiés et peut-être aussi nous dire dans quelle mesure ceci a pesé sur votre famille, puisque votre mari est un homme politique polonais.

0:49
Invité politique

Le sujet de la politique et de l'amitié était vraiment le cœur de mon livre.

0:56
Invité

Cela commence avec une soirée que j'ai organisée en 1999. C'était une fête pour le réveillon de Nouvel An, à l'ordre du nouveau millénaire. Et cela participe à ma réflexion sur le fait que 20 ans plus tard, beaucoup des personnes qui ont participé à cette fête non seulement ne m'adressent plus la parole, mais ne se parlent plus entre eux. Bien sûr, ce n'est pas un livre qui parle des fêtes, mais j'ai utilisé cette fête comme métaphore pour montrer comment un groupe d'amis, de connaissances, peut évoluer dans le temps. Et j'imagine que je pourrais décrire ce groupe dont je faisais partie en 1999, comme étant plutôt de centre droit. On était peut-être des anticommunistes.

Si vous aviez été britanniques, vous nous auriez appelés peut-être des partisans de Thatcher. Nous étions pro-démocratie en Pologne. C'était en Pologne, cette fête, j'aurais dû le préciser.

1:48
Invité politique

Et voilà les idées qui nous rassemblaient.

1:53
Invité

C'était ce que je croyais. 20 ans plus tard, certaines personnes qui étaient présentes à cette soirée ont pris des directions très différentes. Ils se sont radicalisés. Ils sont des membres ou des journalistes ou des intellectuels qui soutiennent des partis d'extrême droite, le parti au pouvoir actuellement en Pologne. Certains d'entre eux ont fini par s'en prendre à moi ou à mon mari. Nous avons perdu des amis, bien sûr, nous en avons gagné d'autres. Le livre décrit ce changement, cette radicalisation du centre droit et la manière dont elle a évolué dans différents pays, en Pologne, en Hongrie, aux États-Unis,

2:34
Invité politique

en Grande-Bretagne, en Espagne. Il y a d'autres endroits dont il est question dans le livre.

2:41
Invité

C'est une histoire que beaucoup de gens comprennent aujourd'hui dans le monde contemporain, je crois. Beaucoup de personnes m'ont dit, oui, je ne parle plus à mon cousin, je ne peux plus adresser la parole à ma soeur, à ma mère.

2:52
Invité politique

La politique est devenue tellement extrême que ça nous divise. Et je pense que c'est un vécu qu'ont beaucoup de personnes dans les démocraties contemporaines. Et donc, si le livre parle de cet attrait des idéologies extrémistes, du radicalisme,

3:11
Invité

il parle aussi de l'impact que ça a sur les personnes ordinaires.

3:14
Présentateur

Oui, ça m'a beaucoup intéressé, effectivement, à un appel baume. Et pour tout vous dire, évidemment, cela a évoqué des cas que je connais bien dans ma vie propre. Mais il faut que vous nous expliquiez. Votre mari est donc un homme politique de centre-droit. Et cependant, en Pologne, c'est la droite qui est au pouvoir. Alors pourquoi, lui aussi, a des inimitiés avec le gouvernement ou une partie, en tout cas, de l'opinion publique de droite polonaise ?

3:48
Invité politique

Comme vous le savez, d'après la politique française,

3:55
Invité

l'idée d'être à droite peut signifier des tas de choses différentes. La droite pour nous, pour mon mari,

4:00
Invité politique

dans les années 90 et jusqu'à aujourd'hui,

4:05
Invité

cela signifie être en faveur de la démocratie,

4:08
Invité politique

de l'état de droit, du marché, bien sûr, avec une réglementation, une régulation du marché.

4:15
Invité

C'est croire en l'intégration de la Pologne dans l'Europe. C'est croire dans l'Union européenne, dans les valeurs de l'Union européenne.

4:23
Invité politique

L'extrême droite en Pologne,

4:26
Invité

qui est la façon dont je caractériserais le parti au pouvoir, ne croit pas en tout cela. Ils pensent que la justice doit être politisée. Ils pensent que l'éducation doit être réformée

4:39
Invité politique

pour être plus patriotique.

4:42
Invité

Ils pensent que les médias ne doivent pas être indépendants. Ils essaient de prendre le contrôle des médias autant que possible. Ils sont en train de transformer les médias en médias d'État, des médias publics qui ressemblaient auparavant à ce qui existe en France ou en Grande-Bretagne, qui reflétaient différents points de vue, qui étaient partagés entre différents groupes d'opinion. Ils sont maintenant des médias d'extrême droite, ouvertement homophobes, ouvertement antisémites parfois,

5:11
Invité politique

et bien plus extrêmes que ce que la plupart des gens en dehors de Pologne ont conscience.

5:17
Invité

Et tous ces changements sont encouragés par le parti au pouvoir, y compris des personnes que nous connaissions, dont nous étions les amis. Et je pense que ces opinions, ces attitudes dans la manière de gérer le gouvernement sont très différentes de tous ceux en quoi j'ai toujours cru. Pour moi, ça n'a rien à voir avec le centre droit ou le centre, ou même avec les politiciens pro-démocrates. C'est une forme de politique qui pousse la Pologne vers un régime autoritaire. et même les personnes que cette nouvelle droite met en lumière ont des liens avec l'extrême droite, avec le passé communiste parfois aussi.

Il y a des signes dans leur comportement politique qui rappellent les années 70, les années 80. Donc en fait, c'est complètement à l'opposé de tout ce qu'a défendu le mouvement anticommuniste dans les années 80. Et pour moi, c'est aussi une façon de rejeter la démocratie. Il y a toujours une opposition en Pologne. Il y a toujours une presse indépendante. Mais ils sont clairement en train de pousser pour contrôler davantage le système politique. Et je pense que leur but ultime, ce serait de ne plus avoir d'opposition du tout.

6:31
Présentateur

Mais alors, vos anciens amis, qu'est-ce qui vous reproche aujourd'hui à Napelbaum ?

6:35
Invité politique

Je n'ai jamais vraiment eu de dispute avec qui que ce soit. Mais c'est vrai que certaines personnes

6:45
Invité

que je connais, d'anciens amis,

6:48
Invité politique

s'en sont prises à moi ou à mon mari dans les journaux.

6:54
Invité

Ça fait partie de la vie politique. Mais nous n'avons pas beaucoup de conflits personnels. Nous ne nous croisons plus. Nous vivons dans des mondes bien destins à présent. Et le livre décrit l'évolution de ces mondes séparés. Pourquoi cette séparation s'est produite ? Qu'est-ce qui a conduit ces personnes à s'intéresser à des formes de politiques très différentes de celles que nous soutenions ensemble dans les années 90 ?

7:18
Présentateur

Est-ce que l'on peut dire, et c'est une bipartition qui est discutée en France, donc je ne sais pas si vous la reprendrez à votre compte, est-ce que l'on peut dire que la vie politique en Pologne aujourd'hui est scindée entre progressiste et populiste ? Un appel boom.

7:35
Invité politique

Ni le mot progressiste ni le mot populiste

7:42
Invité

ne décrivent réellement de façon précise les partis politiques de Pologne. Je pense qu'on peut dire qu'en Pologne, la division est plutôt entre le camp démocratique

7:51
Invité politique

qui croit au pluralisme et qui pense qu'il faut développer la compétitivité

8:02
Invité

du monde des affaires, participer au marché international. Et d'autre part, un groupe qui serait plus anti-pluraliste, anti-démocratique, une communauté qui croit au contrôle étatique des entreprises d'État, qui croit au contrôle par le gouvernement du système judiciaire, des médias. Je pense que la division entre les progressistes et les populistes ne décrit pas grand-chose dans la vie politique polonaise. Elle est plutôt entre les personnes qui croient au marché et à l'Europe et ceux qui n'y croient pas.

8:35
Présentateur

Et lorsque l'on évoque ces disputes ou ces froids ou ces fâcheries, appelez-les comme vous voudrez Anna Pellbaum, entre anciens amis, justement, on pense à d'autres livres que vous avez écrits sur des situations encore plus dures, le goulag, la période communiste, la famine en Ukraine. Si on compare par exemple la manière dont la politique séparait les gens à l'époque avec la période actuelle, qu'est-ce que vous diriez à Anna Pellbaum ?

9:07
Invité politique

Je pense que les stratégies autoritaires,

9:11
Invité

le vocabulaire utilisé pour diviser les gens, le vocabulaire pour convaincre un groupe de personnes qu'ils valent mieux que les autres,

9:20
Invité politique

ces expressions populistes, nous représentons la véritable nation,

9:26
Invité

nous sommes les vrais polonais, nous sommes les vrais américains, nos ennemis sont des traîtres, nos ennemis sont des étrangers.

9:32
Invité politique

Ce genre de vocabulaire,

9:36
Invité

cette manière de promouvoir la division politique et la haine, c'est quelque chose que les régimes autoritaires ont déjà utilisé, y compris à l'époque soviétique, que je connais très bien.

9:45
Invité politique

Et c'est vrai que quand j'ai commencé à entendre ce genre de termes,

9:51
Invité

revenir, pour moi, ça tire la sonnette d'alarme. Je ne veux pas faire d'équivalence un peu facile, je ne peux pas dire que la Pologne d'aujourd'hui ou la Grande-Bretagne d'aujourd'hui ou l'Amérique d'aujourd'hui sont similaires à l'Allemagne nazie, ce n'est pas du tout ce que je dis. Mais les stratégies autoritaires, le vocabulaire de l'autoritarisme, le mépris pour les institutions démocratiques, le Parlement, l'opposition, la presse libre, toutes ces choses nous sont familières

10:23
Invité politique

par rapport au passé.

10:25
Invité

Donc oui, peut-être qu'elles m'inquiètent particulièrement parce que j'ai constaté leur impact dans le passé.

10:33
Présentateur

Comment ça s'est passé en Pologne ? Comment progressivement, on est passé d'une situation où le trait commun aux démocrates, c'était l'anticommunisme, à une période où désormais, il y a les démocrates et ceux qui ne croient plus en la démocratie ?

10:50
Invité politique

C'est le principal sujet du livre.

10:56
Invité

Et je l'explique en analysant plusieurs personnes, plusieurs situations, pas seulement en Pologne, aussi aux États-Unis, aussi ailleurs. Je pense que la principale réponse, l'idée principale à comprendre, c'est cette idée de la déception. Il y a des personnes qui ont été déçues par leur pays.

11:14
Invité politique

ou parfois déçues

11:17
Invité

par leur propre trajectoire, leur propre carrière.

11:20
Invité politique

Il y a des personnes

11:22
Invité

qui observent l'évolution de la Pologne depuis 1989 et qui disent, ce n'est pas ce que je voulais, ce n'est pas le monde que j'espérais créer.

11:31
Invité politique

Et parfois, en parallèle à cela, il y a aussi,

11:36
Invité

je ne tiens pas le rôle, je n'ai pas la place que j'espérais avoir. Et certaines personnes se lient à l'extrême droite, à ces mouvements politiques radicaux, parce que c'est une manière de s'ouvrir de nouvelles possibilités, des possibilités intellectuelles et personnelles. Et on observe ça aussi dans d'autres pays. C'est très similaire en Grande-Bretagne, par exemple. Il y avait cette impression dans les années 90, dans les années qui ont suivi l'ère Thatcher, qu'on avait perdu quelque chose, un caractère profondément anglais, et une façon d'être au monde typiquement anglaise,

12:09
Invité politique

que l'Angleterre jouait

12:13
Invité

un rôle spécial dans le monde et que ce rôle était en train, cette place était en train de disparaître. Et il y a eu une réémergence, une forme de nationalisme anglais qui a fini par entraîner ce mouvement du Brexit.

12:24
Invité politique

La déception initiale

12:26
Invité

était réelle. Il y a des philosophes qui ont écrit là-dessus, des intellectuels qui ont essayé de comprendre, d'écrire cette déception. Mais la campagne du Brexit et le changement politique

12:38
Invité politique

a aussi aidé les gens.

12:41
Invité

Donc il y a eu une sorte de mélange entre une déception, le désir de voir des changements radicaux et aussi une forme d'opportunisme. En général, on retrouve les trois ensemble.

12:52
Présentateur

Vous expliquez aussi qu'en Pologne, en particulier, le rôle du complot a été particulièrement prégnant avec notamment un accident d'avion dont il faut nous rappeler le contexte. Anna Pellbaum qui a énormément pesé sur la représentation qu'on se fait de la politique polonaise.

13:15
Invité politique

Oui, les théories du complot

13:19
Invité

ont un point important partout. Mais dans le livre, je raconte cet accident d'avion qui a eu lieu en 2010. le président polonais était à bord d'un avion de Pologne vers la Russie. Il allait à une cérémonie de commomération pour un massacre qui a eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale. Et à cause d'une erreur du pilote et peut-être aussi à cause de la pression que lui mettait le président qui avait hâte d'atterrir, l'avion s'est écrasé. Il est mort, ainsi que son entourage et puis d'autres hommes politiques et dirigeants militaires. Dans les semaines qui ont suivi, après l'accident, on a eu l'impression que cette tragédie terrible allait rassembler les gens.

Mais un parti politique, et encore une fois, c'est le parti politique qui est au pouvoir en Pologne, il s'appelle le Parti de droit et justice, a décidé d'utiliser cet accident à des fins politiques.

14:13
Invité politique

Et le dirigeant de ce parti,

14:16
Invité

qui, et ce n'est pas une coïncidence,

14:19
Invité politique

était le frère

14:20
Invité

du président qui est mort dans l'accident, a commencé à développer toutes sortes de théories du complot autour de cet accident.

14:24
Invité politique

Il prétendait

14:26
Invité

que c'était les Russes qui avaient fait le coup. Parfois, il disait que c'était le gouvernement.

14:32
Invité politique

En Pologne, le gouvernement est distinct

14:33
Invité

du président et à ce moment-là, le gouvernement était de centre droit. C'est celui auquel participait mon mari.

14:37
Invité politique

ensuite,

14:38
Invité

il a visé des personnes précises, le Premier ministre, Donald Tusk, encore d'autres personnes.

14:44
Invité politique

Et petit à petit,

14:45
Invité

il a convaincu peut-être 30 % de la population du pays qu'il y avait quelque chose d'anormal dans cet accident et qu'on ne savait pas toute la vérité. Et quand on réfléchit à ce que ça signifie, quand 30 % du pays pense que le président a été assassiné

15:00
Invité politique

et que le gouvernement

15:03
Invité

a caché ça, a dissimulé les choses, cela signifie que non seulement le gouvernement, mais aussi la police, les services secrets, le ministère de la Justice et tout le Parlement,

15:12
Invité politique

utiliser cette théorie

15:16
Invité

du complot, l'impact, c'est que ça a réduit la confiance des gens dans tout le système démocratique, dans son ensemble.

15:22
Invité politique

Cela signifie qu'une fois

15:25
Invité

qu'on croit à ces idées, on ne croit plus à rien.

15:28
Invité politique

On ne croit plus qu'il y ait quelques vérités dans tout ce que peuvent dire les autorités. et cette stratégie est vraiment très similaire

15:37
Invité

à celle qui a pu être utilisée ailleurs. Voyez, par exemple, aux États-Unis, la théorie qui a été développée selon laquelle Obama n'était empané aux États-Unis était un président illégitime. C'était une théorie tout à fait similaire. Le principal défenseur de cette théorie qui s'appelait Bursarism aux États-Unis, donc cette théorie de la naissance, du droit de la naissance, c'était Donald Trump, bien sûr, et il s'est servi de cette théorie pour saper l'autorité du président Obama, mais aussi la confiance de la plupart des Américains dans les institutions politiques américaines, les tribunaux, la police, parce que si on a un faux président, tout le système est erroné.

Et c'est assez similaire à ce qui s'est passé aux États-Unis et Donald Trump continue aujourd'hui à utiliser des théories du complot. La théorie du complot, c'est qu'il a en réalité gagné les élections que Biden a perdues et il est en train de convaincre ses partisans que l'élection a été volée et l'impact de ces théories, c'est qu'encore une fois, la confiance des gens dans la démocratie va être réduite et peut-être que lors des élections, la crise sera pire encore parce qu'une fois que les gens ne croient plus aux élections, ne croient plus au système, pourquoi accepter l'autorité

16:45
Invité politique

du nouveau président ? Donc le recours à ces théories du complot qui ont remplacé

16:52
Invité

les grandes idéologies d'une certaine manière, j'en suis convaincue,

16:55
Invité politique

ce ne sont pas

16:58
Invité

des grands mensonges, il n'y a plus besoin de marxisme, il n'y a plus besoin de thèses politiques extrêmement sophistiquées pour convaincre les gens, il suffit d'une théorie du complot, une théorie du complot assez puissante pour saper le système démocratique et pour donner aux acteurs antidémocratiques une manière de gagner les élections et une fois qu'ils ont gagné les élections, ils commencent à saper le système politique.

17:20
Invité politique

On voit ça en Pologne,

17:23
Invité

on voit ça aux Etats-Unis, on voit ça aussi dans d'autres pays.

17:26
Présentateur

Ce qui est étonnant à Napelbaum, c'est que cela se passe entre deux pays illibéraux, la Pologne et la Russie, ils ont une histoire commune compliquée, mais on pourrait imaginer que la Pologne face à la Russie choisisse au contraire la démocratie.

17:41
Invité

Pour clarifier les choses, la Pologne reste une démocratie, la Pologne ne ressemble pas encore à la Russie. La Pologne a toujours une presse des médias libres, une opposition qui fonctionne. Le président polonais n'empoisonne pas ses opposants comme le fait le président russe, donc je ne dirais pas qu'ils sont tout à fait similaires. Ce que je dirais, c'est qu'une partie de la classe dirigeante polonaise le parti actuellement au pouvoir n'accorde tout simplement plus de valeur à la démocratie que la Pologne a conquis dans les années 80-90 avec tant de difficultés, au prix de tant de difficultés.

Ils ont adopté un système qui est en train de se diriger vers, de prendre la même direction que la Russie, mais ce n'est pas encore la même chose.

18:32
Présentateur

On vous retrouve dans quelques minutes, à Pellbaum vers 8h20, en attendant, démocratie en déclin, réflexion sur la tentation autoritaire. C'est votre livre publié aux éditions Grassez.

18:47
Invité

7h09, les matins de France Culture, Guillaume Erner.

18:51
Présentateur

Et nous retrouvons notre invité, un appel baume. Vous publiez un appel baume démocratie en déclin, réflexion sur la tentation autoritaire aux éditions Grassez. Vous êtes journaliste, vous vivez entre les Etats-Unis et la Pologne et vous avez épousé Radoslav Sikorski, un député européen. Vous nous avez fait part de cette situation particulière où des amis anciens, puisque votre livre s'ouvre sur un réveillon, le réveillon du nouvel an du 31 décembre 1999 et vous expliquez que les amis avec qui vous avez fêté ce passage au nouveau millénaire, eh bien, entre-temps, se sont brouillés, ont adopté des chemins politiques tellement différents qu'aujourd'hui, le dialogue entre eux est difficile.

Et la question que j'aimerais vous poser, nous avons évoqué la situation en Pologne, quels sont les points communs avec la situation que l'on trouve en Hongrie, à Napelbaum ?

19:53
Invité politique

La Hongrie est dans une situation

19:56
Invité

similaire, sauf qu'elle est un peu plus avancée sur ce chemin. En Hongrie aussi, il y a un dirigeant qui a des tentations autoritaires,

20:07
Invité politique

il a gagné

20:10
Invité

des élections démocratiques au départ et maintenant, il essaie de rester au pouvoir

20:14
Invité politique

en utilisant des méthodes qui ne sont pas démocratiques.

20:18
Invité

C'est quelque chose qu'on observe dans de nombreux endroits. On a vu ça aussi en Turquie, au Venezuela.

20:24
Invité politique

Ce n'est pas forcément

20:25
Invité

uniquement l'extrême droite qui s'en prend ainsi à la démocratie, mais c'est le chemin le plus classique. Des dirigeants élus démocratiquement prennent le pouvoir et puis commencent à changer les règles

20:35
Invité politique

en prenant le contrôle

20:38
Invité

des médias publics, en les rendant partisans, en mettant la pression sur les publicités et du coup aussi sur les entreprises, en rendant difficile le travail des entreprises si elles ne sont pas en bon terme avec le parti au pouvoir, en intervenant aussi sur le système judiciaire, en faisant en sorte que les juges ne parviennent plus à rendre des décisions qui ne déplairaient au gouvernement. Toutes ces stratégies sont importantes. On les a vues utilisées à différents endroits, à d'autres époques aussi. En Hongrie, on a aujourd'hui une situation où le parti au pouvoir,

21:16
Invité politique

on ne voit pas très bien comment il pourrait perdre une élection.

21:19
Invité

Ce parti est devenu tellement bon dans la manipulation du système, ils sont en permanence en train de changer les règles, de changer la constitution, et ils contrôlent peut-être 90 voire 95% de la presse. Donc, on ne voit pas très bien comment quelqu'un d'autre pourrait gagner les élections. La Hongrie ressemble à la Pologne, sauf qu'elle avançait encore un peu davantage sur ce chemin. Je ne suis pas sûre que la Hongrie puisse encore être définie comme une démocratie.

21:47
Présentateur

Est-ce que vous évoqueriez ces pays comme des exemples de démocratie illibérale, Anna Pellbaum ?

21:53
Invité

Une démocratie illibérale, c'est une contradiction dans les termes. On ne peut pas vraiment avoir de démocratie si on n'a pas des institutions libérales pour l'accompagner. Simplement voter tous les quatre ans, ce n'est pas ça qui fait d'un pays une démocratie. Pour avoir une démocratie,

22:12
Invité politique

il faut aussi une équité de traitement. Il faut des tribunaux indépendants. Il faut que les médias soient partagés. Il faut une bureaucratie indépendante, des personnes qu'on reconnaît

22:30
Invité

pour leur expertise et pas uniquement pour leur loyauté à un parti. il faut des institutions qui durent, peu importe qui est au pouvoir.

22:38
Invité politique

Sinon, on ne peut pas garder cet équilibre et cette équité dont on a besoin pour avoir des élections équitables. mais la démocratie est un système

22:52
Invité

presque inhumain. Il est très difficile à entretenir parce que ce qu'on a dans une démocratie, ce sont des gens qui gagnent des élections et qui disent voilà, j'ai gagné, mais maintenant, je vais essayer de préserver le système politique tel qu'il est pour que quelqu'un d'autre puisse me battre dans quatre ans. et donc ça demande beaucoup d'esprit civique, d'esprit démocratique.

23:17
Invité politique

Quand les politiciens

23:19
Invité

ne sont plus prêts à jouer d'après les règles, à respecter ces règles, quand ils ont envie de changer ces règles ou de tricher, c'est très difficile de savoir si c'est toujours une démocratie. Bien sûr, il y a toute une gamme de situations entre les États-Unis, la France, le Japon ou le Turkménistan d'un autre côté. Il y a beaucoup de cases différentes dans lesquelles on peut ranger de catégories différentes dans lesquelles on peut ranger les démocraties entre ces deux extrêmes. Mais les fondamentaux de la démocratie, c'est bien l'existence d'institutions libérales, des tribunaux indépendants, des médias indépendants, au moins dans une certaine mesure.

23:58
Présentateur

Dans les années 80, Annapelbaum, Orban et moi, avez-vous écrit, étiez du même bord et aujourd'hui, bien entendu, vous ne l'êtes plus. Mais alors, qui a changé ? Est-ce que c'est lui qui a changé ? Est-ce que c'est de la tactique ? C'est un politicien cynique qui est prêt à tout pour être au pouvoir et conserver le pouvoir ou est-ce que c'est vous qui avez changé finalement ?

24:23
Invité politique

Bien sûr, de mon point de vue, je crois que

24:29
Invité

je crois justement toujours dans ce en quoi j'ai toujours cru.

24:33
Invité politique

Mais Orban a énormément

24:37
Invité

parlé de la manière dont il a changé. Il était anticommuniste, jeune. Il s'est battu pour la démocratie. Il voulait que la Hongrie fasse partie de l'Europe. Il se voyait comme une sorte de jeune dirigeant libéral. Il était affilié aux partis libéraux en Europe et progressivement, il s'est déplacé vers la droite, d'abord vers la démocratie chrétienne et puis plus tard, beaucoup plus loin à droite. Et je pense que dans son cas, c'était un moyen politique. Il pensait qu'il y avait plus de votes à récolter.

25:12
Invité politique

Et c'est aussi un changement d'attitude.

25:16
Invité

Il a décidé qu'il ne se souciait plus de faire partie du club occidental, la communauté occidentale. Il ne cache plus son mépris pour l'Union européenne, pour les idéaux sur lesquels elle est fondée. Et je pense qu'il a compris qu'il avait de meilleures chances de rester au pouvoir s'il changeait ses règles de manière à protéger ses intérêts, son droit à rester Premier ministre de manière indéfinie. Bien sûr, lui dirait que c'est moi qui ai changé, que je suis trop pré-européenne,

25:44
Invité politique

que j'accepte trop facilement

25:49
Invité

les jugements des tribunaux internationaux, que je ne crois plus assez à la souveraineté nationale. Mais pour moi,

25:56
Invité politique

le véritable changement,

25:59
Invité

c'est la radicalisation d'une partie de la droite

26:01
Invité politique

et leur décision de renoncer

26:06
Invité

à leurs idéaux d'origine.

26:07
Présentateur

Justement, lorsqu'Orban et d'autres populistes agissent de la sorte justifient leur évolution, ils expliquent qu'en fait, ce sont eux les vrais démocrates que ce sont eux qui représentent réellement le peuple. Qu'est-ce que vous en pensez, Anne Appelbaum ?

26:23
Invité politique

C'est exactement le vocabulaire

26:26
Invité

de tous les leaders autocrates. Ils l'ont toujours utilisé. Nous représentons le véritable peuple. Nous sommes les vrais représentants du peuple. Nous n'avons pas besoin de faire attention aux règles de la démocratie parce que le véritable peuple n'a pas besoin de ces règles. Nos opposants ne sont pas de vrais Hongrois, ne sont pas de vrais Français, de vrais Polonais. Ce sont des élites, ce sont des étrangers, ce sont des Juifs, ce sont des traîtres,

26:48
Invité politique

ce sont des gens qui ne devraient même pas

26:51
Invité

compter dans le système politique et c'est ainsi qu'ils se justifient. Qu'est-ce qui vous donne l'autorité, le droit de renverser le système, de dire « je ne crois plus dans notre démocratie » ? Ce qui vous donne ce droit, c'est cette prétendue décision du peuple, l'idée que vous représentez le peuple d'une manière vraie, authentique

27:13
Invité politique

et pas uniquement

27:14
Invité

parce que vous avez été élu. Et c'est exactement le vocabulaire des autocrates, des autocraties, on l'entend en Russie, on l'entend en Chine, on l'entend dans l'histoire aussi de l'Union soviétique, du côté de l'extrême droite et pas seulement chez les partis au pouvoir mais aussi chez plein de dirigeants d'extrême droite qui ne sont pas encore au pouvoir en Europe et partout dans le monde.

27:35
Présentateur

Il y a un point commun à tous ces régimes, c'est leur utilisation de l'homophobie. Comment expliquer l'importance que revêt la question gay dans le discours de ces autocrates ?

27:49
Invité politique

Ils ont besoin

27:52
Invité

d'un bouc émissaire.

27:53
Invité politique

Ils ont besoin

27:56
Invité

d'un groupe de personnes qui incarnent ce qu'ils détestent.

28:03
Invité politique

Il fut un temps

28:04
Invité

où on pouvait utiliser les juifs assez fin, ça ne marche plus très bien en partie parce qu'il ne reste plus beaucoup de juifs en Europe. Mais ils ont besoin de quelque chose pour justifier leur sentiment anti-occidental, anti-démocrate, anti-libéral pour justifier cette rhétorique. Et l'un des outils très utilisés et très pratiques, c'est de dire voilà qui nous n'aimons pas, voilà ce que nous n'aimons pas. Nous n'aimons pas les gens qui ressemblent à ça, les gens qui se comportent comme ça. Et le vocabulaire utilisé, ça va être, par exemple, justement, celui des défilés des gays.

28:42
Invité politique

Il y a cette tradition qui va être utilisée,

28:44
Invité

la tradition de la famille, la tradition du christianisme. Et le mouvement contemporain pour les droits des gays,

28:51
Invité politique

offre un antagonisme

28:54
Invité

très intéressant. Mais je ne suis même pas sûre que Kijinsky, qui est le dirigeant du parti au pouvoir en Pologne ou Orban en Hongrie, je ne suis pas sûre qu'il se soucie réellement de la question des gays. Mais ça fonctionne très bien en tant que symbole. Ça fonctionne très bien pour la propagande. C'est quelque chose qu'on peut montrer. On peut montrer une image d'un drapeau arc-en-ciel et organiser les gens pour dire, nous sommes contre ce drapeau-là, nous soutenons le drapeau national. Et c'est une manière très pratique de diviser le pays et d'identifier un ennemi.

29:27
Présentateur

Mais vous dites qu'on a besoin de boucs émissaires. dans le cas des Juifs, par exemple, il n'y a quasiment plus de Juifs en Pologne. Et cependant, l'antisémitisme est de retour. Pour la Hongrie, il y a un Juif qui est extrêmement célèbre, c'est Soros. Il est utilisé. Pourquoi ça marche ?

29:46
Invité

Ça marche parce que tous ces dirigeants ont besoin d'une image d'outsider. C'est qui l'outsider ? C'est qui le cosmopolite ? La personne qui sape notre nation, la pureté de notre ethnicité, qui sont les personnes qui manigancent secrètement contre nous, qui nous empêchent de nous enrichir, qui nous forcent à accepter plus d'immigrés.

30:10
Invité politique

Comme je l'ai dit,

30:11
Invité

les Juifs sont un symbole plus compliqué aujourd'hui parce qu'ils ne sont plus très nombreux.

30:16
Invité politique

Mais on peut encore

30:17
Invité

laisser entendre qu'ils sont là. On peut parler de Soros. On peut parler

30:23
Invité politique

d'une ou deux personnalités symboliques juives. et créer

30:30
Invité

une haine, une colère contre eux.

30:33
Invité politique

Mais c'est tout simplement

30:34
Invité

qu'il faut une explication pour expliquer pourquoi les choses vont mal. Encore une fois, on parlait de théorie du complot. C'est vraiment comme ça que ça fonctionne.

30:42
Invité politique

Pourquoi est-ce que la nation ne réussit pas aussi bien

30:47
Invité

qu'elle le devrait ? Quelles sont les forces qui sapent notre progression ? Comment expliquer nos échecs ?

30:54
Invité politique

Comment expliquer que nous ne sommes pas

30:56
Invité

aussi riches que nous devrions l'être ? Voici l'explication. Et la théorie du complot offre une façon simple d'expliquer un problème

31:04
Invité politique

et renforce l'idée

31:08
Invité

que les dirigeants autoritaires

31:10
Invité politique

comprennent particulièrement bien

31:13
Invité

la manière dont le monde fonctionne.

31:14
Présentateur

Et la question des réfugiés, des personnes migrantes, quel rôle joue-t-elle ? Anna Pellbaum ?

31:22
Invité politique

Les immigrés sont encore

31:26
Invité

un autre bouc émissaire tout à fait pratique. La question des migrants est très intéressante. Vous, en France, vous avez une attitude très différente et ça fait partie d'un débat national.

31:37
Invité politique

la question de l'intégration de l'islam, etc.

31:40
Invité

En Pologne, en Hongrie, il n'y a pas d'immigrés. Parfois un ou deux, parfois vingt ou trente, mais globalement, il n'y a pas de mouvement massif d'immigration dans ces deux pays. Donc, la question des immigrés est encore une fois évoquée comme un ennemi inventé. C'est exactement comme les gays ou les juifs. Ce sont des symboles très pratiques pour symboliser l'étranger, les choses qui font peur.

32:05
Invité politique

Et si on en parle beaucoup, et si on sous-entend que nos élites dégénérées

32:13
Invité

les invitent pour saper la puissance de notre nation, nous pourrons obtenir quelques électeurs supplémentaires. Donc, vraiment, le rôle de cette question est plus symbolique. Ce n'est pas une véritable menace.

32:24
Présentateur

Mais alors, dans ces conditions, que fait aujourd'hui l'opposition en Pologne ou en Hongrie ? Qu'est-ce qu'un parti démocrate, qui soit de droite ou de gauche, peut faire ?

32:37
Invité politique

La difficulté pour les nombreux partis

32:41
Invité

démocratiques qui combattent ce genre de régime néo-autoritaire, pas uniquement en Pologne ou en Hongrie, mais aussi en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, la difficulté, c'est que la plupart ont l'habitude d'être divisés. On a l'habitude d'avoir un centre droit qui croient au marché, un centre gauche,

33:01
Invité politique

qui croient au développement

33:04
Invité

de l'État-providence, peut-être aussi un mouvement vert, peut-être aussi une extrême gauche. Ce sont des groupes qui, historiquement, ne travaillent pas ensemble.

33:13
Invité politique

Et pour lutter

33:14
Invité

contre cette nouvelle forme de régime autoritaire qui a pris une telle place dans l'imaginaire des gens, il va falloir un nouveau langage et une nouvelle forme d'unité.

33:25
Invité politique

Tous ces partis démocratiques

33:29
Invité

de ces différents pays n'ont pas encore compris ça.

33:32
Invité politique

En Hongrie,

33:36
Invité

jusqu'à présent, l'opposition à Orban est très, très divisée en plusieurs petits partis, en Pologne aussi.

33:42
Invité politique

La question, c'est de savoir

33:47
Invité

si ces partis démocratiques sont capables de surmonter leur division et de trouver un vocabulaire commun pour lutter contre le populisme. Mais ce n'est pas si différent de l'histoire du Parti démocrate aux États-Unis. Le problème

33:59
Invité politique

quand il s'agissait

34:01
Invité

de battre Trump était tout à fait similaire. Il fallait que des gens comme Joe Biden essaient d'utiliser les mots de l'unité nationale. Il ne pouvait pas passer un message qui soit trop à gauche ou trop partisan.

34:14
Invité politique

Il a vraiment cherché

34:18
Invité

à s'adresser à la nation toute entière. Et plus les démocrates seront capables d'utiliser cette langue-là, plus ils seront capables d'unir les gens, de surmonter les divisions, mieux ils réussiront. Mais ce n'est pas facile à faire.

34:34
Présentateur

Est-ce que c'est un hasard si ça se passe dans deux pays qui étaient des pays anciennement communistes ? Est-ce que la culture politique explique cette situation à Napalbaume ?

34:45
Invité politique

Je ne crois vraiment pas

34:48
Invité

que la culture politique ou le fait que ces pays soient d'anciens pays communistes expliquent cette situation. Je pense que ce qui se passe en Pologne, en Hongrie, pourrait arriver dans n'importe quel pays européen. Il s'est déjà passé quelque chose de tout à fait similaire aux États-Unis, pratiquement passé la même chose, alors que culturellement, historiquement, il n'y a pas plus différent de la Pologne que les États-Unis. Et pourtant, il y a eu un mouvement anti-pluraliste, anti-démocratique assez similaire au sein d'un parti important, le parti républicain.

35:19
Invité politique

Et on voit un phénomène

35:20
Invité

tout à fait similaire en Turquie,

35:22
Invité politique

on le voit aussi aux Philippines. Ce ne sont pas des pays qui sont anciennement des pays communistes. Donc, je pense que cette attaque

35:30
Invité

contre la démocratie menée par des personnes qui sont d'anciens démocrates,

35:35
Invité politique

c'est quelque chose qui pourrait se produire pratiquement partout.

35:39
Invité

On peut s'attendre à cela.

35:41
Invité politique

Tant que les conditions sont réunies, c'est-à-dire

35:44
Invité

la division profonde

35:45
Invité politique

de la société,

35:48
Invité

la transformation du système des informations avec le rôle des médias sociaux qui ont approfondi encore ces divisions, c'est vraiment quelque chose d'universel. Et je pense que ce n'est pas une coïncidence si ce genre d'autoritarisme anti-démocratique apparaît sous tant de formes différentes dans tant d'endroits différents.

36:06
Présentateur

Alors justement, je serais très curieux d'avoir votre avis sur la situation en France, sur le risque populiste selon vous en France.

36:14
Invité politique

Le danger du populisme d'extrême droite, c'est que les personnes

36:25
Invité

arrivent au pouvoir

36:26
Invité politique

parce que les gens

36:27
Invité

en ont assez de la politique, ils deviennent cyniques, ils deviennent apathiques, parfois ils se radicalisent, un peu comme les républicains américains l'ont fait ou l'extrême droite polonaise.

36:38
Invité politique

ils sont profondément déçus

36:41
Invité

par leur pays, par leur système politique et ils imaginent qu'en laissant quelqu'un de radicalement différent accéder au pouvoir, ça changera les choses. Mais la vérité, c'est que la plupart de ces populistes

36:51
Invité politique

ont les mêmes objectifs.

36:55
Invité

Je pense qu'une présidente Marine Le Pen chercherait immédiatement à contrôler l'appareil judiciaire, à contrôler les médias publics, à contrôler la police.

37:05
Invité politique

Ces opinions,

37:09
Invité

ces instincts anti-libéraux, anti-démocratiques, anti-européens ressortiraient immédiatement et ce serait tout aussi difficile de se débarrasser d'elles que les Polonais ont du mal à se débarrasser de leurs leaders populistes ou les Hongrois de Orban. Donc, faites très attention à la manière dont elle parle, à son vocabulaire. Elle utilise beaucoup de métaphores très similaires. Elle se présente aussi comme représentant la véritable France, pas celle des élites, pas celle des étrangers.

37:35
Invité politique

Elle utilise elle aussi

37:38
Invité

des boucs émissaires.

37:39
Invité politique

Elle aussi,

37:40
Invité

elle cherche à diviser les gens

37:41
Invité politique

entre ceux

37:44
Invité

qui sont de vrais citoyens ou pas de vrais citoyens et c'est le type de vocabulaire qui devrait être un signal d'alarme pour nous tous. Nous sommes au 21e siècle, nous souvenons pour la plupart de ceux qui sont assez âgés de ce qui s'est passé et on devrait tous être capables de voir ces signes et de les reconnaître.

38:01
Présentateur

Bon, mais alors, précisément, dans votre pays, autrement dire aux Etats-Unis, un appel baume. Le candidat qui a été élu n'était pas le candidat populiste. Comment expliquez-vous que Trump est perdu ?

38:15
Invité politique

Trump a perdu l'élection

38:17
Invité

parce qu'en fin de compte, le Parti démocrate s'est repris, s'est réorganisé, a trouvé un candidat qui parle plus largement, a fait la bonne campagne, a essayé de déplacer le débat au-delà des guerres culturelles, au-delà de cette colère vers des choses très concrètes que les gens peuvent réellement voir, des problèmes économiques, la question de la vaccination.

38:44
Invité politique

Et plus les démocrates sont capables de parler des véritables problèmes et de concentrer l'attention des gens là-dessus, des problèmes qui touchent leur vie quotidienne, le plus ils sont capables d'apporter des solutions

38:57
Invité

à ces problèmes ou de parler en tout cas de questions qui peuvent permettre un débat entre les deux camps sans colère, sans hystérie,

39:06
Invité politique

plus le pays a de chances de retourner à une politique plus normale.

39:10
Invité

Le risque, c'est que quand les partis antidémocrates à lesquels on a laissé fixer les termes du débat en opposant les vrais gens contre les traîtres ou la nation contre les étrangers, quand on parle dans ces termes-là, les démocrates perdent. Mais quand on parle de la vraie vie, quand on parle de développer les infrastructures, construire des routes,

39:33
Invité politique

résoudre la pandémie, je pense que les démocrates

39:35
Invité

ont davantage leur chance.

39:38
Invité politique

Évidemment, il faudra

39:39
Invité

voir dans le temps, mais je pense que c'est pour ça que Joe Biden a gagné.

39:43
Présentateur

Mais c'est Biden qui a gagné ou c'est Trump qui a perdu, notamment suite à sa gestion de la pandémie, à Napelbaum ?

39:50
Invité

C'est une question difficile. La gestion du coronavirus de Trump était très populaire auprès de certains.

39:58
Invité politique

Les gens ont aimé son message

40:00
Invité

qui était « Ne vous inquiétez pas, ça va disparaître, ça n'a pas d'importance, ne portez pas de masque,

40:07
Invité politique

n'obéissez pas aux règles. » C'est ça qu'il disait. Et ça l'a sans doute aidé

40:12
Invité

d'une certaine manière. Donc je ne suis pas certaine que la crise du coronavirus ait été un facteur décisif.

40:19
Invité politique

Je pense que c'est plutôt

40:21
Invité

la corruption personnelle de Trump et la colère permanente, cette disruption permanente qu'il instillait dans les politiques et l'impression que les gens ont eue que la politique avait vraiment très mal tournée. Je pense que c'est ça qui a joué contre lui. Mais je pense aussi qu'une certaine façon, Joe Biden a gagné. parce qu'il a su présenter l'image du type d'homme politique avec lequel les gens étaient à l'aise, qui étaient familières. Le fait qu'il soit vieux l'a peut-être aidé. Voilà quelqu'un de fiable, voilà quelqu'un qui est là depuis longtemps, voilà quelqu'un qui incarne les valeurs américaines que nous connaissons depuis si longtemps.

Si nous retournons à Joe Biden, nous retournons aussi à une forme de normalité. Et je pense que ça fait partie énormément aussi des raisons qui l'ont fait gagner. La pandémie

41:08
Présentateur

en Pologne, par exemple, qu'est-ce qu'elle change ? Est-ce que celle-ci peut ébranler le pouvoir politique ?

41:17
Invité

C'est vrai que le parti au pouvoir est très impopulaire aujourd'hui en Pologne. Sa gestion de la pandémie a été catastrophique.

41:25
Invité politique

comme dans beaucoup d'autres pays similaires. Le parti au pouvoir a essentiellement essayé

41:36
Invité

d'utiliser la pandémie pour conserver le pouvoir et les gens l'ont senti, je crois. on a vu comment la vaccination avait été utilisée comme un outil, comme une arme.

41:48
Invité politique

La vaccination est développée davantage dans les régions du pays

41:52
Invité

qui sont plus pro-gouvernement ou l'élection a un poids, les prochaines élections, et je pense que les gens s'en sont rendus compte. Mais il n'y aura pas d'élection avant deux ans ici, et nous espérons que la pandémie sera bientôt terminée, et ensuite, qu'il y aura un afflux d'aides européennes dans le pays, et je pense que le gouvernement compte là-dessus pour se refaire une jeunesse. Nous n'en avons pas parlé, mais je pense que l'Union européenne a très mal géré la manière dont son argent est dépensé en Pologne. Le contrôle de ses dépenses n'a pas su non plus demander des comptes au gouvernement polonais.

Il aurait dû exiger un tribut de la part du gouvernement pour cette corruption du système judiciaire. Et maintenant, l'Union européenne va venir à la rescousse de la Pologne, de la Hongrie

42:43
Invité politique

et de ces régimes-là grâce à ces nouveaux fonds

42:46
Invité

européens qui vont être déployés dans les mois à venir.

42:50
Présentateur

En conclusion, un appel beau, mais est-ce que vous êtes optimiste sur l'avenir politique de la Pologne ?

42:58
Invité politique

Eh bien, je crois qu'il serait

43:03
Invité

irresponsable pour quelqu'un comme moi, mais pour n'importe qui de mon âge ou n'importe lequel des auditeurs de cette émission, d'ailleurs, d'être pessimiste. Nous ne pouvons pas dire à nos enfants

43:15
Invité politique

que tout est affreux,

43:17
Invité

que tout va de travers et qu'on ne peut plus rien faire. Je pense que nous n'avons pas d'autre choix que d'être optimistes.

43:23
Invité politique

mon livre se termine

43:26
Invité

sur ce type de note. Il me semble en rappelant aux gens que l'histoire est radicalement ouverte. La démocratie n'est pas garantie. L'idée qu'on a entretenue pendant longtemps, selon laquelle il n'y avait pas grand-chose à faire. La démocratie était avec nous de façon automatique. On n'allait jamais la perdre. On n'allait jamais revenir en arrière. Ça, c'est faux. On peut perdre la démocratie, mais dans le même temps, je ne pense pas que qui que ce soit soit condamné à l'autocratie

43:54
Invité politique

ou que la démocratie

43:57
Invité

soit condamnée à mourir.

43:59
Invité politique

Les pays changent, la politique évolue et il y a toujours

44:04
Invité

une nouvelle génération de nouvelles idées qui viennent changer la politique. On le voit déjà aux États-Unis, en Pologne et je pense en France également.

44:12
Invité politique

nous avons besoin

44:15
Invité

de compter, de nous appuyer sur cette nouvelle génération pour nous aider à développer le changement, à réformer nos institutions démocratiques pour qu'elles survivent au siècle à venir.

44:26
Présentateur

Merci beaucoup Anna Pellebaum. Démocratie en déclin, réflexion sur la tentation autoritaire, c'est votre livre aux éditions Grasset, traduit donc par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dosa tandis que vous étiez traduite par Marguerite Capel que je remercie.

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