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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 12 avril 2025 23 minContradictoireMixte

Amine Benyamina : "Le spectre de l'addiction concerne pratiquement tout le monde, mais on peut tirer les mauvais points"

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0:01
Présentateur

C'est l'un des grands mots, l'un des grands désordres du siècle ce matin. Dans le grand entretien, nous avons le bonheur de recevoir un grand professeur spécialiste des addictions, président de la Fédération française d'addictologie. Il publie un livre important, Addiction, manuel de premier secours chez Marabout. Le sous-titre, Nouvelles drogues, alcool, médicaments, cocaïne, écran. On pourrait rajouter les jeux, les mêmes, les efforts sportifs. On va s'y arrêter dans le détail livre important parce qu'il dresse un état des lieux. Il décrit les symptômes, les effets de ces différents types d'addictions et les étapes surtout pour s'en sortir.

Les témoignages également de patients qui ont eu, eux, la chance d'être accompagnés par lui. Bonjour Amine Benyamina. Bonjour Ali. Et bienvenue professeur. Nos auditeurs pourront dialoguer avec vous dans un instant au 01, 45, 24, 7000. Ils peuvent également partager leurs réactions, leurs inquiétudes, leurs interrogations sur l'application de Radio France. On va partir d'abord d'un mot puisque c'est un mot au pluriel qui s'affiche en rouge sur la couverture de votre livre. Pour commencer donc, définition de l'addiction, professeur.

1:25
Invité

Alors je vais prendre une définition que tout le monde va comprendre parce que ce livre s'adresse à tout le monde. C'est d'abord une pathologie de la liberté. Quand on est addict, on perd toute capacité à s'abstenir, soit de consommer un produit, soit de reproduire un comportement qui est dommageable pour nous. Et pour notre entourage, on le verra tout à l'heure. Et comme vous l'avez si bien dit, il y a un point dans mon titre parce qu'on peut s'en sortir.

1:50
Présentateur

Il y a un point parce qu'on peut s'en sortir, ça dépend de vous, médecin, ça dépend de nous aussi. Et vous nous incitez à trouver la force en nous-mêmes pour nous libérer de ces addictions. Mais on va faire le tour de l'horizon de ces addictions. Mais vous connaissez la phrase « j'arrête quand je veux » ?

2:08
Invité

Clairement, c'est celle que j'ai apprise très vite lorsque j'ai construit la première consultation en cannabis au milieu des années 2000. Et je commençais à avoir des jeunes à qui je disais « mais tu vois, tu consommes ». J'étais très maladroit, comme la plupart de ceux qui commencent dans le métier. Je leur disais « mais tu sais, tu consommes du cannabis, il serait utile peut-être que tu maîtrises ou bien que tu diminues parce que tu consommes beaucoup, tu as des problèmes à l'école, tout ça. » J'arrête quand je veux, je maîtrise. Et ce n'est pas que les jeunes qui font cela.

2:39
Présentateur

Évidemment, il n'y a pas d'âge pour devenir dépendant. Vous êtes, je le disais, à la tête d'un service de psychiatrie et d'addictologie à l'hôpital Paul Brousse. Vous enseignez ses spécialités, la psychiatrie et l'addictologie, à l'Université de Paris-Saclay. Mais quoi de commun d'abord, pour qu'on y comprenne quelque chose, quoi de commun entre l'addiction à l'alcool, à la cigarette, aux jeux de hasard par exemple, aux jeux vidéo, au sucre Amine Benyamina ?

3:08
Invité

Trois éléments. Le premier, c'est qu'on s'est rendu compte, grâce à la recherche, qu'il y a un système dans le cerveau qu'on appelle le système de récompense qui est actionné par la consommation de ces produits. Ce système de récompense vient prendre en otage une partie de notre capacité à s'abstenir. Il vient, après le plaisir, il nous rend finalement otage. C'est ce système qui commence à être quasi-autonome. Mais d'abord le plaisir, ensuite on devient prisonnier. D'abord le plaisir, et ensuite les produits, le comportement, viennent annuler notre capacité à nous abstenir.

Ça, c'est le système de récompense qu'on connaît, je ne vais pas entrer dans les détails, je le dis dans le livre, c'est des ondes dans le cerveau. Deuxième élément, la capacité à, par une thérapie, essentiellement une thérapie comportementale, à pouvoir diminuer en quelque sorte les problématiques liées à ce type de comportement. Voilà, ça c'est deux éléments extrêmement importants. Le troisième élément, et il va me revenir, c'est aussi le fait que ces pathologies, elles ont hélas, dans leur définition, une capacité à engendrer des dommages.

4:19
Auditeur

Alors Amine Benyamina, vous dites qu'on est plus susceptible de contracter, je dis contracter parce que c'est vraiment une maladie, contracter une addiction au moment où on a des grands changements dans sa vie. Mais est-ce que tout le monde peut devenir addict ou est-ce que c'est quelque chose de génétique ? Est-ce qu'on n'est pas tous les mêmes finalement face à l'addiction ?

4:39
Invité

Alors, oui et non. Le spectre de l'addiction concerne pratiquement tout le monde, mais on peut avoir finalement, on peut tirer les mauvais points. Pour vite comprendre comment ça fonctionne et être un peu audible, c'est le cas de le dire pour les gens qui les écoutent, ce matin, il y a trois grands éléments qui concourent, qui ont assez un brique pour faire de nous des addicts. C'est ce qu'on appelle le triptyque. Il y a les vulnérabilités à la personne, c'est-à-dire ma psychologie. Je suis quelqu'un qui aime bien faire des expériences, qui aime bien la nouveauté, ce qu'on appelle les traits de caractère. Il y a ma biologie.

Ma biologie, c'est, je parlais tout à l'heure du système de récompense, il n'y a pas la génétique.

5:17
Auditeur

C'est le côté génétique, non ?

5:18
Invité

Non, non, pas que. La génétique, c'est particulier. Il n'y a pas du gène, de la dépendance ou de l'addiction. Il y a des marqueurs qui peuvent s'imbriquer, qui font qu'à un moment donné, ça peut nous arriver. Ça, c'est la partie humaine. Ensuite, il y a le produit. Il y a des produits qui nous font, qui nous rendent plus ou moins dépendants. Il y a des jeux, il y a des comportements qui nous rendent plus ou moins dépendants. Et puis, un élément central que l'on connaît de mieux en mieux, l'environnement. L'environnement social, l'environnement économique. Il y a des situations dans lesquelles on a tendance à aller chercher, finalement, le produit pour s'en sortir.

Il y a les crises économiques, il y a les guerres, il y a les maltraitances, il y a le harcèlement, il y a les viols. Ce sont des éléments extrêmement importants. Ces trois éléments, quand ils s'associent, peuvent, je ne dis pas vont, peuvent augmenter nos chances de devenir dépendants ou addicts.

6:06
Présentateur

Quand on vous lit, vous écrivez que la puissance de l'addiction et de ses conséquences fait qu'une personne victime d'addiction n'est jamais la seule concernée. Elle emporte son entourage dans son tourbillon de souffrance. C'est extrêmement fort, mais vous faites aussi le tableau des addictions en France. On va évidemment parler de la drogue, le tableau, il est alarmant, mais tabac et alcool caracolent en tête avec une belle constance. Ce sont les mots que vous utilisez. Ils représentent les addictions les plus coûteuses en termes de vie humaine. Le tabac, c'est 79 000 décès par an, l'alcool, 42 000.

6:42
Invité

C'est énorme. Alors, j'ai pris cette image parce qu'elle est marquante. C'est un Covid tous les ans. C'est un Covid par an ? Oui, c'est l'épidémie Covid. Ça a fait 120 000 morts. C'est tous les ans, tous les ans, tabac et alcool. Évidemment, on a un peu baissé, mais pas totalement. On a un peu changé, mais pas totalement. On reste à des niveaux très élevés. Ça coûte en vie humaine, mais ça coûte... On boit un petit peu moins. Voilà. On boit depuis 30 ans. Depuis 30 ans, on a baissé notre quantité d'alcool par personne et par an. On est à 11 litres d'alcool pour pas. Mais on consomme beaucoup en France. Ça coûte cher. Ça coûte cher sur le plan pécuniaire. Ça coûte cher sur le plan humain.

Il y a une phrase célèbre. Lorsqu'une personne boit, 5 personnes trinquent autour. C'est un peu ça, la problématique.

7:25
Présentateur

Et c'est très difficile d'engager une politique de santé publique contre l'alcool. Parce qu'il y a les responsabilités, notamment la responsabilité des lobbies, qui font vraiment prévention, qui font vraiment obstacle à la prévention et à la possibilité de sortir de l'addiction ?

7:42
Invité

Clairement, l'alcool est l'exemple typique d'un empêchement de mettre en place une politique claire d'information de tous les Français sur les dangers. On a évidemment des pastilles par-ci, par-là, sur des campagnes. Mais la grande information en politique générale n'a jamais été vraiment portée.

8:03
Présentateur

Agnès Buzyn, l'ancien ministre de la Santé, dit que c'est une bataille quasiment impossible à mener, la bataille contre la surconsommation d'alcool.

8:10
Invité

Oui, parce qu'en France, on est un pays dans lequel on a une culture au vin. Et quand on n'a pas une culture au vin, on a une culture à la bière. Et puis, on a aussi une représentation des intérêts des lobbies dans tous les cénacles, dans tous les milieux de pouvoir et de décision. Alors, évidemment, c'est extrêmement important de le dire. Mais en même temps, les associations luttent. Et puis, parfois, on a quelques politiques qui peuvent nous aider. Il faut le reconnaître aussi. Mais bon, ils sont parfois un peu seuls à pédaler face à la majorité en face.

8:39
Auditeur

Alors, on le disait, malgré le lobbying, donc baisse de la consommation d'alcool. Par contre, vous faites un tableau assez effrayant dans votre livre Addiction. C'est qu'il y a d'autres consommations de drogues qui augmentent. Par exemple, celle de cocaïne, celle des médicaments, les nouvelles drogues chimiques aussi. Il y a des espèces de tendances lourdes de ce côté-là.

8:55
Invité

Alors, les tendances sont là. Alors, elles ne sont pas majoritaires. Mais la dynamique est effrayante, vous l'avez dit. Notamment les nouveaux produits de synthèse. Tout ce qui est produit, fabriqué dans les laboratoires.

9:04
Auditeur

MDMA, par exemple.

9:05
Invité

MDMA, extasi 3MMC. Évidemment, l'actualité que vous connaissez tous les matins ici, toute la journée, a amené ce phénomène qui fait effraction dans notre société. Et puis, on a des tendances nouvelles. C'est-à-dire, le mise d'usage des médicaments. Vous n'en parliez pas plus tard qu'il y a.

9:22
Auditeur

Il y a une alerte, d'ailleurs.

9:23
Présentateur

Une alerte sur les benzodiazépines. Il y a les anthalgiques. Les benzodiazépines, il faut le dire, sont des médicaments contre l'anxiété ? Parfois aussi pour les troubles du sommeil. Et donc, il y a des règles. Il faut les rappeler. Il y a de très nombreux appels d'auditeurs, Amine Benyamina. Vous vous en doutez. Et justement, alors, sur le mésusage des médicaments. Anthony, bonjour. Bonjour. Et bienvenue dans le grand entretien d'Inter. Vous avez une question pour le professeur Benyamina.

9:51
Auditeur

Oui, absolument. Professeur Benyamina, j'aimerais savoir ce que vous pensez de l'utilisation de l'ozampic pour le traitement de l'alcoolisme. Je n'ai pas entendu le milieu de la phrase.

10:02
Présentateur

Que pensez-vous du traitement de l'alcoolisme par ce médicament, l'ozampic ?

10:08
Invité

Alors, il n'y a pas d'indication pour le traitement de l'alcoolisme par l'ozampic. L'ozampic, ce sont les nouveaux médicaments qui traitent l'obésité et qui traitent les syndromes métaboliques. Et à titre personnel, je ne le prescrirai pas. D'ailleurs, ce sont des prescriptions très encadrées. Mais si vous me dites ça, c'est que probablement, il doit y avoir une tendance de déviation de l'autorisation de mise sur le marché de ce médicament. Vous en avez une expérience ? Je ne sais pas. Mais pour ma part, je ne le prescrirai pas et mes collègues n'en plus.

10:34
Présentateur

Vous parliez du cannabis, professeur. Bonjour Laurent. Oui, bonjour. Vous avez une question qui concerne justement le cannabis et la loi et les lois qui encadrent son utilisation ou qui interdisent d'ailleurs sa consommation.

10:51
Auditeur

Exactement. Je voulais connaître l'avis de votre invité sur la dépénalisation du cannabis, mais aussi sur le détricotage de la loi EVEN avec notamment récemment l'autorisation d'installation de licence 4 sans aucune restriction.

11:04
Présentateur

Merci Laurent. Bon, si on a une heure, on y va. Mais deux questions rapidement. Alors d'abord, la dépénalisation du cannabis.

11:10
Invité

Alors pas la dépénalisation parce que je ne suis pas favori, mais je suis pour le changement du cadre légal. Non pas pour inciter à la consommation. D'abord, c'est pour pouvoir retirer, entre guillemets là, je ne peux pas choquer par ces mots, le marché aux trafiquants. Ils proposent du cannabis de mauvaise qualité, ils ciblent les jeunes. Alors, à l'instar de ce qui se fait ailleurs... Aux Etats-Unis par exemple ? Au Canada, en Allemagne, une politique de réduction des risques, c'est une politique qui encadre la vente du cannabis par les pouvoirs publics pour protéger les jeunes et les personnes souffrantes. Donc, il faut impérativement ouvrir ce débat.

Deuxièmement, ça n'a pas été dit, vous me l'avez dit Ali, le cannabis thérapeutique ouf, le ministre actuel a signé le décret, tant mieux. Il faut lui reconnaître un acte extrêmement important pour pouvoir maintenir sous traitement les personnes qui souffrent et qui répondent à cet aspect. On a parlé de l'ouverture de licence 4, c'est un scandale.

11:59
Présentateur

Alors, justement, la licence 4, c'est tout le monde qui est rentré dans un bar ou un restaurant a vu la petite pancarte ovale licence 4. Qu'est-ce que c'est et à quoi ça sert ?

12:07
Invité

C'est le fait de pouvoir, évidemment, vendre de l'alcool dans un troquet ou je ne sais quoi. Alors, évidemment, la fausse bonne idée, c'est de dire, nous allons permettre aux campagnes qui sont un peu désertées de pouvoir remettre de la convivialité. Cette association de la convivialité à l'alcool, c'est une erreur fondamentale et c'est assez malsain parce qu'on peut être conviviaux, regarder un film, jouer, tout ça et ne pas mettre de l'alcool. C'est quelque chose d'absolument inique et cynique.

Et d'ailleurs, je rappelle que notre association Addiction France a mis une alerte là-dessus et a défendu le fait, dans une réunion récente, que ce n'était pas une bonne idée et qu'il y avait des intentions mercantiles qui ne vont pas très loin derrière cette idée, qui est une mauvaise idée.

12:55
Auditeur

Alors, je reviens sur ce que vous disiez concernant le cannabis. D'abord, ce que vous dites dans le livre, c'est intéressant, c'est qu'au départ, vous étiez vraiment opposé à dépénaliser, même à changer le cadre et puis que vous avez un peu évolué sur le sujet. Mais vous savez ce que disent les opposants ? C'est qu'en fait, quand on dépénalise ou quand on libéralise un peu la consommation de cannabis, par exemple en Uruguay ou au Canada, on a vu augmenter la consommation dans les années qui ont suivi la légalisation.

13:20
Invité

Alors, vous le dites bien, qui a suivi. Il y a eu un effet, un effet finalement de mise à niveau pendant un, deux, trois ans. Ensuite, on a une stabilisation. Les jeunes n'ont pas augmenté leur consommation. On a diminué, ce qui est très clairement l'actualité du matin au soir, le trafic et la violence, évidemment. Et on a maîtrisé finalement le contenu. L'idée, ce n'est pas d'inciter les gens à consommer. Mais quand une voiture folle déboule et que vous ne savez pas quoi faire, vous sautez sur le volant, vous remettez un peu dans le cadre et vous essayez de maîtriser le système. Dire qu'on arrête par un changement de cadre légal, le trafic c'est faux.

Pas le trafic, la consommation c'est faux. Mais on a un delta qui permet de perturber finalement ce trafic qui est à l'aise. La prohibition, c'est le moteur du trafic. Que ce soit le cannabis ou autre drogue ou autre tendance.

14:09
Présentateur

Alors, il y a de nombreux témoignages, je le disais, dans ce livre, Addiction, professeur Benyamina. Et puis, il y a le témoignage de Sylvie qui est auditrice d'Inter et qui est avec nous ce matin. Bonjour Sylvie et bienvenue.

14:21
Auditeur

Bonjour Ali Badou. Bonjour docteur. Je vais essayer de dire ce qui n'est pas facile à dire. Je suis une malade alcoolique. J'ai 64 ans et je pense que je consomme de manière déraisonnable depuis 15 ans.

14:40
Présentateur

Déraisonnable, qu'est-ce que vous entendez justement Sylvie ?

14:42
Auditeur

C'est-à-dire qu'il n'y a plus de limites. C'est-à-dire que c'est très insidieux la consommation d'alcool. On m'a dit qu'il fallait que je fasse, bref. Mais bon, la consommation d'alcool chez n'importe quel individu, c'est très insidieux. Moi, ça a commencé par des choses qui ne m'étaient pas fatales. Le week-end, on sort, on a envie de s'amuser, on va danser, on va au restaurant, etc. Et puis après, ça a pris une importance démesurée. Certainement, ça a été consécutif à des épreuves que j'ai connues dans ma vie et auxquelles je n'étais pas du tout préparée.

Mais en fait, la question que je voulais poser au docteur, pour ne pas mobiliser l'antenne, est-ce qu'il pense qu'il y a une des spécificités concernant l'alcoolisme chez les femmes ? Parce que bon, en fait, les femmes se cachent pour boire.

15:43
Présentateur

Merci infiniment pour votre témoignage et votre question. Sylvie, merci aussi pour le courage que vous avez eu pour la poser et vous adresser au professeur Benyamina.

15:52
Invité

Oui, hélas, il y a une spécificité. C'est d'abord la culpabilisation des femmes, le retard que les femmes prennent à se faire aider, le regard de la société chez les femmes, c'est terrible. Et puis surtout, hélas, lorsque l'on a dans notre fil active la prise en charge des femmes, l'évocation des histoires terribles, notamment dans l'enfance, dans les maltraitances et parfois dans les sévices sexuelles ou bien dans les accidents de la vie, les femmes payent un lourd tribut. Et ça, c'est une réalité. Et elles arrivent dans le soin tardivement avec des dommages installés. Par contre, une note d'espoir, on peut toujours s'en sortir. Il y a toujours des équipes pour vous aider, madame.

16:30
Présentateur

Et parce que c'est un livre qui est toujours un livre de solutions, d'accompagnement pour toutes les personnes qui seraient malades d'addiction et vous donnez d'ailleurs toutes les étapes, les six étapes pour entamer un processus de sortie, énormément de questions sur l'application Radio France.

16:42
Auditeur

Oui, notamment celle de Laurent et ça rejoint un peu celle de Sylvie sur le rôle de la société finalement dans les addictions. Laurent, lui, demande est-ce que les addictions ne sont pas le revers de la médaille de la société de consommation et de performance ?

16:55
Invité

On a toujours parlé de la société addictogène. Moi, je n'adhère pas à ce concept. Je ne suis pas le seul. Toutes les sociétés, à un moment ou à un autre, d'une certaine manière, contribuent finalement au phénomène qui est celui des addictions. La société, elle peut exposer, mais elle peut aussi protéger. On oublie qu'il y a des facteurs de protection. Tout le monde n'est pas dépendant alors que tout le monde est soumis au même stress sociaux, d'une certaine manière. Lorsqu'on a des informations terribles sur l'économie, sur les problèmes, sur un Covid, tout ça. Et ensuite, il y a les individualités plus ou moins vulnérables qui se retrouvent à trouver une fausse solution.

17:31
Présentateur

C'est ça qui fait qu'on est inégo devant la dépendance ?

17:32
Invité

On est inégo. On est inégo. On est totalement inégo. Évidemment, on reçoit le même stress social, on reçoit les mêmes modifications sociétales, mais tout le monde ne tombe pas finalement dans le travers, entre guillemets, de consommer pour s'en sortir.

17:45
Présentateur

Alors, la liste des addictions, elle est longue, je le disais, et c'est assez intéressant parce qu'on en parlait tout à l'heure dans la revue de presse. C'est l'équipe magazine qui consacre son numéro hebdomadaire au marathon, au marathon de Paris qui aura lieu demain. Et je sais que vous vous êtes inscrit, professeur Benjamina. Je suis inconscient d'aller faire ce marathon. Écoutez, j'espère que vous vous êtes entraîné, mais vous allez donc, et je l'espère, arriver au bout des 42 kilomètres 195.

Et dans le dossier de l'équipe magazine, il y a la description du running, de la course à pied, comme finalement d'une drogue, comme quelque chose qui envahit la vie, qui occupe l'esprit, qui change les comportements, où l'on devient quasiment associable, où en tout cas, on est détesté par sa famille.

18:29
Invité

Il y a de la bigorexie. Alors justement, ça porte un nom. La bigorexie, bon, écoutez, il n'y en a pas beaucoup qui sont bigorexiques, mais quand ils existent, c'est le fait d'être dépendant à l'effort sportif, parce qu'on emballe le système de récompense de manière excessive, avec cette sensation, quand on court, quelle que soit la distance, de se sentir tellement bien, sous l'effet... Malgré la douleur, malgré la douleur, malgré les problèmes, les tendinites, malgré tout ça. Donc c'est une réalité, mais il y en a très peu, je n'ai pas envie de me faire taper dessus demain, lorsque je serai dans mon sas. Il y en a très peu, que les choses soient claires, il y en a très peu.

En revanche, il y a un phénomène particulier, qui, là, voilà, je le dis, qui est celui de, finalement, la pureté dans l'alimentation, ce qu'on appelle l'orthorexie, on mange ce qu'il faut manger, et on oublie quelque chose d'extrêmement important, le plaisir. On oublie le plaisir de manger du gras, quand on oublie le plaisir de manger du succès.

19:20
Présentateur

C'est qu'il n'y a jamais de point de vue moral. Oui, mais en général, quand on parle d'addiction, au tabac, à l'alcool, à la drogue, aux écrans, il y a toujours un jugement moral derrière. Il n'y en a pas dans mon livre. Pas chez le médecin. Non, c'est impossible. Alors, justement, autre sujet qui est assez compliqué, et là, pour le coup, c'est Grégoire, qui ne veut pas passer à l'antenne, il nous le dit sur l'appli, il ne veut pas passer à l'antenne, parce qu'il veut parler d'une addiction qu'il dit ne pas être une maladie, et que vous abordez dans votre livre. C'est l'addiction à la sexualité, à la pornographie.

Il dit qu'elle est mal documentée sur Internet, et il faut la replacer dans son contexte. Qu'est-ce que vous pouvez lui dire, Grégoire, pour l'éclairer ?

19:58
Invité

Qu'elle existe, qui sont plus nombreux qu'il n'y paraît, et que l'addiction au porno, à la sexualité, ce n'est pas le plaisir, tel que je l'ai évidemment énoncé tout à l'heure. Ce sont des personnes qui ont une activité effrénée, permanente, avec parfois la chosification du partenaire. On a affaire à des personnes qui ont une activité qui les obsède.

20:20
Auditeur

Et plus vraiment de plaisir, vous le dites d'ailleurs.

20:22
Invité

Il n'y a plus de plaisir. Il y a même des douleurs, parfois, à une autosatisfaction. Je ne rentre pas dans les détails, les gens ont compris. Et donc, on est sur quelque chose qui est obsédant, et qui écarte, et qui n'est plus en relation avec l'autre.

20:34
Auditeur

Alors, ce qui est rassurant, quand on vous lit, c'est quand même que, oui, les addictions évoluent, oui, il y en a de plus en plus dans certains domaines, mais il y a aussi des solutions qui évoluent. En revanche, la réponse des pouvoirs publics, comment vous la voyez-vous ? Parce qu'il y a eu un plan, un grand plan de lutte contre le narcotrafic qui a été annoncé avec un parquet spécial, un régime carcéral spécial, etc., donc qui ne vous concerne pas directement vous, médecin, mais comment vous observez cette réponse ? Aussi, par exemple, le Sénat qui veut pénaliser la consommation du protoxyde d'azote, le gaz hilarant.

21:06
Invité

Moi, je vois ça comme un dispositif boiteux pour qu'une politique drogue, disons, je me mets à la place des ministres, entre guillemets, marche et elle doit marcher chez les deux jambes. Très bien, le narcotrafic, très bien, la sécurité, très bien, la protection des Français, couille de la santé. Et je pense que c'est extrêmement important.

21:22
Auditeur

Et ça, ça manque aujourd'hui.

21:23
Invité

Ça manque, mais honnêtement, je vais être, vous m'avez évidemment présenté comme président de la Fédération Française d'Addictologie, des contacts ont été établis avec le ministre de la Santé et je sais qu'il y a des choses qui sont en cours d'organisation. J'espère qu'ils seront à la hauteur, qu'on aura les moyens de mettre en place la deuxième jambe.

21:41
Présentateur

Vous êtes répliqués, la deuxième jambe qui manque. Vous êtes rarement satisfait malgré tout par les pauvres.

21:44
Invité

Oui, mais on a parlé des lobbies, on a parlé des difficultés aussi à amener des sujets parce que les Français, on pense qu'ils ne sont pas prêts. C'est faux. Nous avons, avec la plateforme et le fonds Addicted, lancé un sondage à risque interactif. Les Français sont conscients que l'addiction est une maladie. Les Français, maintenant, ils sont très nombreux à le savoir et donc ce n'est pas un vice, ce n'est pas une perturbation de la société, c'est quelque chose qu'il faut prendre comme toutes les maladies à bras-le-corps et mettre en place tout ce qu'il faut pour pouvoir aider les Français à sortir et sortir de la culpabilité.

22:17
Présentateur

Là est la culpabilité aussi. Avec des protocoles ciblés, comme vous le dites, culpabiliser n'est pas la solution. D'ailleurs, c'est le titre d'un des encadrés de votre livre et il y a un mot que je trouve important, essentiel même, vous parlez de liberté. Vous dites que vous préférez l'expression en route vers la liberté, même à celle de guérison. En tout cas, c'est passionnant. Il y avait encore énormément de personnes à l'appel au standard d'Inter pour vous interroger, professeur Amine Benyamina. Addiction, point, et addiction au pluriel. Manuel de premier secours, c'est d'utilité publique et c'est publié chez Marabou. Bonne journée, bon courage pour le marathon.

On prendra de vos nouvelles et de vos courbatures. Ça roule.

23:00
Auditeur

Merci.

23:01
Présentateur

Merci. Merci. Merci. Merci.