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interviewFrançois Ruffin· 6 juin 2024 5 min

Coup de colère contre ce député de la majorité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité

Je voudrais rebondir sur les propos tenus par M. Ruffin concernant les contrats de travail en CDD et en intérim qui seraient des emplois précaires. Je dirais plutôt qui étaient des emplois précaires. Aujourd'hui, je pense que chacun d'entre nous ici au sein de la Commission Affaires Sociales visite des EHPAD, est en contact avec des dispositifs de maintien à domicile. Et tout le monde se plaint aujourd'hui que le CDD est devenu un mode de travail. Le CDD est un emploi aujourd'hui voulu.

Les personnes vont travailler là jusqu'au mois de juin et puis juillet-août ne vont pas travailler parce que leur CDD a pris fin et ne vont pas vouloir les reconduire en CDI ni même le reconduire en CDD sauf à partir du 1er septembre.

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François Ruffin

J'éprouve une certaine colère en CDI par des gens qui ici gagnent 7500 euros et ont un rapport à la précarité qui est quand même très détendu. Oui, oui, oui, oui. La semaine dernière, moi, je me trouve à Grigny où je rencontre des jeunes qui enchaînent les contrats précaires, qui, là, suivent une formation en fibre optique et qui espèrent, en cumulant plusieurs boulots, pouvoir un jour s'installer dans leur vie parce que là, ils sont condamnés à 24-25 ans à continuer à habiter chez leurs parents.

Je suis à Amiens et c'est une animatrice qui me dit « Moi, dans ma vie, j'ai envie d'avoir des enfants, mais comment je peux imaginer avoir des enfants en n'ayant pas de contrat stable et avec mon copain qui n'a pas de contrat stable non plus ? » Et comment on peut imaginer de pouvoir se construire et de pouvoir construire ? Entendre que les CDD, ce n'est pas des contrats précaires, c'est une souffrance. La précarité est une souffrance. Il n'y a personne qui s'installe avec joie dans des bouts de boulot comme ça. Si on ne comprend pas qu'on déstabilise les gens, qu'on déstabilise la société en construisant sur un espèce de sable du travail comme ça, on est cuit.

Et enfin, quand j'entends que vous donnez l'exemple des EHPAD, mais pourquoi les gens ne s'installent pas dans l'emploi, dans les EHPAD, parce qu'ils ont le sentiment de ne pas bien faire leur travail ? Il y a 15 jours, j'ai un rendez-vous avec une aide-soignante qui me parle de son boulot et qui me dit « je n'ai pas le temps de m'asseoir sur un lit pour prendre la main d'une mamie. J'ai l'impression d'être comme à l'usine et d'enchaîner ». Forcément, si c'est ça le boulot, plutôt que d'être ici, de le réglementer et d'améliorer la qualité de vie au travail, on ne va pas s'en sortir. C'est la cinquième réforme en cinq ans.

La précédente n'est pas encore évaluée et elle n'est même pas encore complètement appliquée. Déjà, comme un hamster dans une cage, on passe à la réforme suivante par-dessus les syndicats et par-dessus l'Assemblée. Les économies sont chiffrées à 3,6 milliards d'euros et ça semble en fait l'objet central de cette réforme-là. Mais on a zéro étude d'impact, on n'a pas de simulation lunédique. Donc, on veut savoir qui sera touché. Combien il y a de personnes qui vont passer au RSA ? Quels vont être les effets sur l'égalité homme-femme ? Qu'est-ce qui va se passer en particulier pour les seniors ?

Parce que chez les 50-64 ans, un ouvrier sur deux du bâtiment qui n'est ni en emploi ni en retraite, c'est un ouvrier sur trois de l'agroalimentaire, c'est un ouvrier sur quatre de la manutention, c'est une aide à domicile sur cinq qui, à cet âge-là, n'est plus en emploi et n'est pas encore en retraite, notamment parce que, vous le savez, il y a une explosion des inaptitudes dans le pays et là-dessus, vous ne faites rien. On est à deux fois plus d'inaptitudes qu'il y a dix ans, on est à 100 000 inaptitudes par an qui concernent en premier lieu les professions que je viens de citer et sur eux, vous ne faites rien. Eux, ils ont le droit à la triple peine.

Ils ont le droit à un travail qui les maltraite, ils ont le droit à une retraite qui s'allonge et derrière, ils n'ont même pas le droit au chômage. Voilà sur qui, concrètement, vous décidez de taper aujourd'hui. Et je vous assure que, par votre manière que vous avez eu de traiter le mouvement des Gilets jaunes, le mouvement des retraites l'année dernière, la manière dont vous continuez à passer sur la société comme un bulldozer, comme si elle ne comptait pas aujourd'hui, c'est un facteur majeur qui nourrit le vote de l'extrême droite. Voilà votre responsabilité. En matière d'emploi, c'est une constante depuis sept ans maintenant que nous subissons la Macronie.

La part d'emploi stable dans le pays a diminué de cinq points. Au bénéfice de quoi ? Au bénéfice des CDD, au bénéfice de l'intérim, au bénéfice de l'apprentissage et au bénéfice d'une explosion des contrats d'auto-entrepreneurs, qui est un peu un idéal de la Startup Nation. Ce que ça produit de vouloir toujours de l'emploi fluide, flexible, mobile, dans une espèce d'idéal de vie liquide, ça déstabilise les gens. Je suis convaincu, moi, aujourd'hui, que les Français sont en attente de stabilité.

Et le fait de ne plus avoir des métiers avec un statut, statut, ça veut dire pouvoir se tenir debout, avoir à la place des bouts de boulot à combler de manière permanente comme ça, est un facteur d'instabilité qui fait fuir vers le vote que vous verrez dimanche soir. C'est la première cause de ce vote-là.

La deuxième cause de ce vote-là, c'est que quand on s'assied, comme vous le faites, de manière constante, sur les partenaires sociaux, sur la société, sur y compris l'Assemblée, puisqu'il n'y a pas de doute que cette proposition-là, elle va venir dire qu'il y a une opposition de l'Assemblée à la réforme de l'assurance-chômage et que néanmoins, vous allez passer par-dessus, le gouvernement va passer par-dessus. La question que se posent les gens, c'est si c'est ça la démocratie, à quoi bon la démocratie ?