LE RING #16 - FAUT-IL DÉBATTRE AVEC L'EXTRÊME-DROITE ? - LE DÉBRIEF
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous voulez pas vous faire un petit câlard, vous êtes vidéo quand même ? Alors les garçons, quel a été votre plus grand point de désaccord avec l'autre ?
Je te laisse commencer ?
J'en ai aucune idée, il n'y a que ça.
Ouais, je dirais pareil, j'ai trouvé un moment où j'ai pu dire « ouais, t'as raison » dans le débat. Non, non, il y a vraiment...
Sur tout, hein ?
Ouais, fou le désaccord.
Fou le désaccord. Mais ça montre bien que c'est irréconciliable, c'est ça aussi. C'est que les gens aimeraient dire « oui, rassemblez-vous dans le débat politique », c'est pas possible. C'est pas possible. Et c'est tant mieux, même.
Et donc, accord non plus ?
Ah bah non, mais accord encore moins, du coup.
Encore, encore moins, ouais.
Je crois qu'au début, dans les escaliers, on a dû se dire un truc genre « ouais, salut ».
C'est tout.
Et c'est tout, ouais.
C'était probablement faux, d'ailleurs.
Ouais, c'est faux, c'est faux.
Quel est le point qui vous a le plus convaincu chez l'autre ?
Je dirais peut-être la moustache, moi.
La casquette ? J'adore The North Face.
Et est-ce que du coup, ce débat a fait évoluer un peu votre vision ? Bah toi, est-ce que ça t'a fait évoluer sur ta vision de l'extrême droite ? Et toi, peut-être sur ce que pensait Louis de manière générale ou pas forcément ?
Moi, pas forcément. J'avais déjà eu l'occasion de débattre avec des gens de gauche radicale. Ça m'a pas... Non, non, ça m'a pas rapproché. J'aurais peut-être aimé qu'on se rapproche sur les concepts peut-être d'écologie, sur les solutions. Mais je crois qu'on a un peu zappé le moment solution, malheureusement. Mais on se reverra pour débriefer tout ça.
Et moi, non, du coup. Mais encore une fois, c'est normal. C'est parce que c'est pas juste des désaccords de proposition. C'est des désaccords d'idées, même de vision du monde. On ne voit pas le monde de la même manière. Je dis pas qui a raison ou pas. Bien sûr que je pense avoir raison. Mais c'est ça, en fait. À partir du moment où on ne voit pas le monde de la même manière, on peut pas être d'accord sur comment l'organiser.
Pourtant, vous êtes quand même très proche pour des personnes qui sont en désaccord.
C'est ça le problème. C'est qu'on n'a pas le choix de cohabiter. Et c'est ça aussi le point de tension. C'est que si jamais la gauche arrivait au pouvoir, en tout cas ma gauche arrivait au pouvoir, l'extrême droite ne laissait pas faire. Et si jamais l'extrême droite arrive au pouvoir, je ne laisserai pas faire. C'est ça qui vous comprend.
Donc vous pensez que ça va amener à une guerre civile si l'un des deux extrêmes est élu, alors ?
Moi, je ne voyais pas la guerre civile dans cette disposition-là. Parce que peut-être que je sous-estime beaucoup le poids de la gauche dans le débat public et même dans la population. Mais pour moi, c'est vraiment insignifiant. Les gens qui partagent les idées de l'ouïe, pour moi, ne représentent rien.
Mais je me trompe sans doute. Moi, je pense que beaucoup de personnes ne se laisseront pas faire si jamais l'extrême droite arrive au pouvoir. parce que les gens que visent l'extrême droite, c'est les gens des classes populaires. Par exemple, Éric Zemmour qui propose de supprimer beaucoup de cotisations sociales, je pense que ça fera réagir. Les personnes qui vivent dans les banlieues, elles ne vont pas se laisser faire. Peut-être que pour toi, elles ne font pas partie de la gauche, mais il n'empêche que ces gens-là sont visés par l'extrême droite. Et c'est ça aussi ce que j'ai essayé de faire comprendre dans ce débat. C'est que ce n'est pas uniquement un débat de salon autour d'un thé.
On parle de propositions qui ont des conséquences concrètes dans la vie des gens. Il y a des vies qui sont en jeu. Et c'est pour ça que moi, je ne laisserai jamais l'extrême droite arriver au pouvoir.
Qu'est-ce que tu vas faire pour empêcher ça ?
Moi, sincèrement, je pense que si jamais on avait un Éric Zemmour qui arrivait au pouvoir, la question de la violence légitime de l'État serait remise en cause. Moi, personnellement, en tant que citoyen français et en tant que républicain, je ne peux pas laisser un dirigeant que je considère comme antirépublicain arriver à la tête de la France.
C'est pour ça que tout à l'heure, je pointais que le concept central de ce débat, c'était pas tellement l'extrême droite, mais la démocratie. Moi, si quelqu'un d'extrême gauche arrive au pouvoir, j'en m'en désolerais, mais je ne mènerais aucune action violente. Ce n'est pas mon rôle. Et je ne crois pas qu'il faut retourner à l'état de nature dès lors qu'on a un désaccord politique. À l'inverse, Louis estime que s'il n'est pas d'accord, au nom d'un bien fondé, peut-être légitime, mais s'il n'est pas d'accord avec l'élection démocratique, il prend les armes. Je vous laisse comprendre qui représente la plus grande menace pour la démocratie actuellement.
Je trouve un peu excessif de parler d'armes. C'est d'ailleurs plutôt le fantasme de l'extrême droite parce que je n'ai jamais mentionné le terme.
Non, mais quand il dit que tu remettras en cause la violence légitime de l'État, tu ne vas pas commencer à... Non, bien sûr que non.
Tu sais, il n'y a pas que la violence. Et d'ailleurs, il faudrait être complètement fou pour essayer d'aller s'attaquer à la police. Je veux dire, déjà, il y a la question morale qui est un débat intéressant, mais il y a aussi le fait que ces gens sont dix fois plus armés que nous. Moi, je me suis déjà retrouvé en manifestation face à des policiers assez véhéments. Je sais très bien que personne ne fera jamais le poids. Après, la question, et c'est ça que j'essaie de faire comprendre, ce n'est pas un débat d'idées. Ce n'est pas parce que je ne suis pas en accord. Je ne suis pas d'accord avec l'idée de cette personne-là, donc je vais faire un caprice.
C'est le jour où on mettra des personnes avec qui je suis proche ou même moins proche, mais parce qu'eux, pour une raison discriminatoire, on leur enlèvera des droits ou on les réprimera, je ne pourrais pas laisser faire.
Même si c'est la volonté des Français ?
Oui, mais est-ce qu'on peut vraiment considérer qu'une élection est légitime quand vous avez 50% des gens qui s'abstiennent ? Non, parce que... C'est eux qui souhaitent. Non, mais si jamais... Il y a aussi beaucoup de personnes qui remettent en cause le système démocratique et qui ne vont plus voter parce qu'ils n'y croient pas. Après, si jamais il y a 90% des Français qui décident d'aller voter pour ce truc-là, ce n'est pas mon pays, alors il n'y a pas de problème. Et par contre, sur le fait que la gauche qui arriverait au pouvoir et l'extrême droite seraient toutes douces et toutes gentilles, ce n'est pas vrai. Il suffit de regarder à chaque fois que vous avez eu un gouvernement de gauche.
Pas en France, même d'ailleurs en France, quand la gauche... Enfin, si l'extrême gauche arrivait au pouvoir, ne croyez pas que l'extrême droite le serait pas. On n'a pas eu des ligues fascistes dans la rue. Mitterrand, ce n'est pas l'extrême droite. Mais même, regardez, à chaque fois que vous avez un pays d'extrême gauche qui arrive au pouvoir, toujours l'extrême droite, la droite, et même parfois avec le soutien du centre, tentent de mener une contre-révolution. Et la politique, c'est... Non, mais la politique...
Quel exemple, en exemple ?
Cuba. Ne serait-ce que l'exemple de Cuba. 179 tentatistes d'assassinat contre Fidel Castro. Le Venezuela, par exemple, avec tous les désaccords que je peux avoir avec les politiques qui sont menées par ces pays... Ah oui, c'est vrai que les mecs de gauche soutiennent... Moi, par exemple, tu vois, je ne soutiens pas le Venezuela. Pourquoi ? Parce que je ne soutiens pas les dictatures. Mais il y a quand même une question qui se pose de si vous avez 50% du pays qui s'abstient, que vous avez l'extrême droite au pouvoir et qu'elle décide de mener des politiques contre les migrants, contre les personnes de couleur, contre les personnes musulmanes, je ne laisserai pas faire.
Quel est l'invité que vous aimeriez voir débattre au Crayon ?
Je pense qu'un Youssoupha contre un identitaire, ça pourrait être contre un Damien Rieux. Ça pourrait être très sympa.
Karis contre Jean Messia. J'y ai pensé et ça me ferait beaucoup rire.
Quelle est la citation qui vous accompagne au quotidien ? Si vous en avez une, une phrase, une citation, qu'importe.
Abdel Malik, « Quand t'insultes ce pays, quand t'insultes ton pays, tu t'insultes toi ».
J'ai plus le nom, mais vous le retrouverez facilement. Être de gauche, c'est d'abord penser au monde, ensuite penser à son pays, ensuite penser à sa famille, et après penser à soi. Être de droite, c'est l'inverse.
Écoutez, merci à vous d'être venu au Crayon. C'était un vrai plaisir de vous recevoir. C'était Sixtine pour le Crayon.
Louis Boyard