Canicule: «La climatisation, oui mais pas partout», défend Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Cyrielle Châtelain, merci de nous rejoindre sur RFI. Alors que l'Europe, la France, continue d'étouffer sous des températures accablantes les plus hautes jamais enregistrées, une canicule qui en tout cas échauffe le débat politique. Et vous voilà, vous les écolos, accusés aujourd'hui par la droite et l'extrême droite de ces conséquences du réchauffement climatique pour avoir, disent vos détracteurs, longtemps fustigé la climatisation et freiné le nucléaire. Qu'est-ce que vous inspire ces attaques, Cyrielle Châtelain ?
Les écologistes sont le seul parti qui, depuis leur création et qui, depuis 1974, alerte de manière très ferme sur la question du réchauffement climatique, écoute les scientifiques et propose des solutions. Donc en fait, c'est absolument ridicule comme accusation.
C'est un mauvais procès, vous sentez les boucs émissaires de ces parties de droite.
Alors, reprenons l'argument de la clim. La question de la clim, c'est une question de l'adaptation. C'est-à-dire qu'il y a en plus même un effet de maladaptation, mais ce n'est pas un élément qui permet de lutter contre le réchauffement climatique. Ça demande d'ailleurs toute l'incompréhension du sujet. L'objectif de lutter, par exemple, contre le réchauffement climatique, ce qu'il faut faire, c'est qu'il faut rénover les logements pour avoir un confort de vie et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ça, ça permet à la fois de s'adapter et de lutter contre le réchauffement climatique.
Mais on voit bien que de la part de la droite et encore plus de l'extrême droite qui considéraient quand même que le réchauffement climatique était une arnaque qui a plusieurs fois fustisé le GIEC, dont certains députés sont encore en train de contester la réalité du réchauffement climatique. En fait, ils ne le comprennent pas, voire même ils ont des politiques
qui amènent à aggraver les choses. Et vous mettez d'ailleurs en avant les maires écolo qui ont été pionniers en termes d'adaptation pour lutter contre ce réchauffement climatique, ce qui n'a pas forcément été le cas. Des partis qui vous mettent aujourd'hui en cause ?
Bien évidemment. C'est-à-dire que comme nous sommes un parti qui ont conscience de la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi du fait qu'il y a déjà des changements qui ont été provoqués, c'est ce qu'on a mis en place dans les politiques. C'est-à-dire que quand on va mettre des arbres, faire des îlots de fraîcheur, ben oui, ça permet de s'adapter. Quand on est par exemple dans des périodes de très forte chaleur, qu'on ouvre des équipements publics comme des musées pour que les gens puissent se rafraîchir, c'est une manière de s'adapter. Et ça, on l'a mis en place depuis très longtemps dans les collectivités écologiques.
Et ça a été d'ailleurs des solutions reprises par de nombreux maires de toute tendance politique. Je reviens un instant sur la climatisation, Cyrielle-Châtelain. Ce n'est quand même plus un tabou pour vous, comme le reconnaît votre patronne Marine Tondelier. C'est quand même un petit changement de pied. Est-ce que vous êtes rattrapé par un espèce de principe de réalité alors que la canicule nous tombe à nouveau dessus ? Absolument pas.
Les écologistes, ils ont quelque chose de très simple, c'est de dire que les solutions uniformes partout, ça ne marche pas. La première question, c'est comment on rafraîchit ? On commence par rafraîchir les villes, mettre de la végétalisation, penser la conception des logements pour être adapté à la chaleur et penser leur rénovation. Et dans cette logique de rafraîchissement, oui, on a des personnes notamment fragiles qu'il faut pouvoir protéger. Donc, on va avoir des espaces climatisés, des espaces de fraîcheur. On va mettre de la climatisation dans les épaves. C'est un outil de protection des personnes vulnérables. Mais ça, on l'a toujours dit. Mais la question, c'est le rafraîchissement.
Et par exemple, la climatisation n'est pas une solution qu'on peut déployer partout de manière individuelle. Ce n'est pas une solution parce que ça nous rend encore plus dépendants d'un point de vue énergétique et qu'en plus, ça réchauffe les atmosphères. Alors que l'objectif, c'est justement de faire baisser les températures et pas de rendre nos villes encore plus chaudes.
Et vous prenez d'ailleurs, dans votre plan, pour agir contre ce réchauffement brutal du climat, la mise en place de refuges climatisés en cas de canicule. Il y a également dans ce plan le congé climatique, on y reviendra. Et une feuille de route également pour rénover les bouilloires thermiques. C'est sur ce thème le projet de loi du logement du gouvernement qui a été présenté ce matin en Conseil des ministres, qui reprend une partie de vos amendements, Cyril Châtelat.
Absolument. Depuis maintenant plus d'un an, avec Nicolas Bonnet au sein du groupe Écologistes et Sociales, la Fondation pour le logement, mais aussi des députés insoumis et socialistes, nous travaillons un projet de loi sur la rénovation des bouilloires thermiques, c'est-à-dire tous ces endroits qui deviennent invivables l'été. Nous avions plusieurs propositions, dont des propositions qui vivent, de manière un peu immédiate, à faciliter l'installation de volets, de brise-soleil, des questions des brasseurs d'air. Donc c'est en gros, comment est-ce qu'on facilite ? Avec des grands plans, par exemple, il y avait l'idée d'un plan volet.
En fait, aujourd'hui, si on n'a pas de volet, il est encore plus chaud chez soi. Et donc il y avait, un, le fait d'avoir ces plans, deux, faciliter l'adoption de l'agé de copropriété, trois, pouvoir le financer par des prêts collectifs. Donc en fait, c'est vraiment des mesures très concrètes, un peu techniques, mais qui visent à faciliter la vie et à pouvoir installer de manière très rapide des choses simples, mais qui permettent de faire baisser la température de quelques degrés en attendant un plan massif de rénovation des bâtiments.
Le fait que le gouvernement reprenne comme ça dans son projet de loi certains de vos amendements, est-ce que ça veut dire qu'il y a une prise de conscience du gouvernement face à l'urgence ?
Ça veut dire qu'heureusement que les écologistes ont travaillé. Non mais je suis contente qu'ils le reprennent. Mais ça démontre qu'en fait, ils n'ont rien fait, qu'ils n'ont pas d'idée. Donc tant mieux, si on peut le mener au bout, si ça peut être adopté, c'est très bien. C'est un combat qu'on mène maintenant, je vous le dis, depuis plusieurs mois. Mais en fait, ce n'est pas une surprise ces canicules. Chaque année, c'est pire. Donc voilà, heureusement, par rapport à votre question du début, voilà à quoi ça sert des écologistes d'avoir des mesures concrètes dans les projets de loi pour lutter contre les bouilleurs thermiques.
Aujourd'hui, en raison de cette canicule, le climat va nécessairement être un des sujets de la campagne présidentielle et pas se limiter à un seul débat sur la climatisation ?
Ça doit être un débat de la présidentielle. Moi, j'en suis convaincue parce qu'en fait, là, on parle de la chaleur. Mais si on se souvient, il y a peu de temps, on avait des énormes inondations. Ça aussi, l'augmentation des intempéries, c'est lié au réchauffement climatique. On parlait de la difficulté que vivent les agriculteurs. Une grosse partie des pertes de culture, c'est aussi lié au réchauffement climatique, que ce soit la chaleur, que ce soit les grêles précoces. Et donc, en fait, oui, c'est un sujet à la fois de l'adaptation et de la lutte contre le réchauffement climatique doit être un sujet. C'est le sujet principal de la campagne présidentielle.
Et le retour de la canicule déjà annoncé pour le mois de juillet devrait aider à cette prise de conscience, en tout cas au maintien de ce sujet dans le débat pour la campagne. Parce qu'on a tendance à oublier dès que les températures deviennent modérées.
Oui, et ça, c'est le problème de la politique au thermomètre. Mais comme je vous le dis, ce n'est pas seulement les pointes de canicule. C'est l'augmentation des intempéries. Aujourd'hui, ça devient une question quand même économique, la capacité à continuer une vivité économique quand on a la succession des intempéries. C'est une question de santé publique. Si on reparle canicule, France Santé a publié les chiffres. C'est 5700 morts l'été dernier en raison de la chaleur. Donc, on voit bien que cette question-là, en fait, c'est une question, bien sûr, de préservation de l'environnement, mais c'est d'abord une question de préservation de notre santé.
Un enjeu de santé nationale qui doit être dans la campagne présidentielle. Merci, Cyrielle Châtelain. Merci à vous. Bonne journée. Retrouvez l'intégralité des podcasts RFI sur l'application RFI Pure Radio.
Cyrielle Chatelain