La grande interview : Jérôme Guedj
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8h13, la grande interview CNews Europe 1 avec Jérôme Gage ce matin. Bonjour Jérôme Gage. Bonjour. Député socialiste de la 6e circonscription de l'Essonne et candidat à l'élection présidentielle. Merci d'être là. On va balayer toute l'actualité évidemment. Je voulais qu'on commence par ce qui s'est passé au Parti Socialiste hier soir. Le patron du PS, Olivier Faure, a été désavoué. Les militants PS ont voté pour le mode de désignation des candidats à la présidentielle. Et ce que proposait Olivier Faure a été rejeté. Déjà, est-ce qu'Olivier Faure peut rester numéro 1 du PS ?
Franchement, il fait ce qu'il veut. C'est en conscience qu'on prend ce genre de décision. Je constate que la proposition qui a été faite par le premier secrétaire du Parti Socialiste n'a pas été soutenue très largement par les militants du Parti Socialiste qui ont refusé très clairement la proposition qu'ils défendaient depuis des mois qui consiste en gros, parce que tout ça est affreusement compliqué pour ceux qui ne sont pas à l'intérieur de la machine socialiste, mais qui consistait en gros à dire qu'il fallait s'allier dans le cadre d'une primaire très ouverte avec la gauche écologiste, Marine Tondelier, avec Clémentine Autain, avec François Ruffin ou d'autres.
Et qu'il y a là l'affirmation plutôt de la nécessité d'avoir un candidat issu de ce que moi je défends, à savoir la gauche républicaine, et qui est capable de défendre ses idées, de construire des partenariats avec les autres forces de gauche, mais qui, d'une certaine manière, auront toute forme d'ambiguïté dans la relation avec la gauche radicale, avec la France insoumise.
Or, ceux avec lesquels Olivier Faure envisageait de se frotter, si j'ose dire, pour partie d'entre eux viennent de cet espace politique, même s'ils ont rompu, courageusement, Clémentine Autain ou François Ruffin, ou d'autres continuent à entretenir la possibilité ambigüe, implicite, d'une relation avec la France insoumise. On voit les débats qui traversent les verts en ce moment, où il y a une partie des verts qui très clairement disent qu'il faut aller faire la candidature. Voilà, donc moi, le vote d'hier, il est extrêmement clair.
Il faut un candidat de cette gauche républicaine, qui affirme des positions distinctes à la fois du macronisme déliquescent et évidemment de la fuite en avant qu'incarne la France insoumise. Il n'y en a pas 50 des candidats, ça c'est Raphaël Glucksmann. Il y a d'abord celui qui est face à vous, qui a incarné depuis des mois et des mois la rupture claire avec la France insoumise. Moi, j'ai refusé d'être candidat dans le cadre du nouveau Front populaire en 2024, qui défend une gauche universaliste, laïque, attachée à la question sociale, parce qu'il faut répondre aux souffrances, aux colères, aux espérances de nos concitoyens.
Donc marcher sur les deux jambes, la question sociale, la question républicaine, dans la clarté, dans la crédibilité et la dignité. Je pense que nos concitoyens attendent une gauche crédible et une gauche digne. Ce n'est pas toujours le cas aujourd'hui dans ceux qui parlent le plus fort. Le PS s'est perdu ces dernières années, à cause d'Olivier Ford, qui s'est rapproché de la France insoumise. En tous les cas, on a perdu beaucoup de temps. C'est quand même assez anormal qu'il faille attendre le 9 juillet pour décider de la manière avec laquelle on va désigner notre candidat à l'élection présidentielle. Il y a eu un congrès du PS, c'était en juin 2025, tout le monde l'a oublié.
Dès le lendemain, on aurait dû se mettre d'accord, ce qui était prévu sur justement le processus pour créer une dynamique. Donc, on a perdu beaucoup de temps, on s'est égaré. En effet, c'était le cas notamment au moment des élections municipales, où le PS avait pris une position extrêmement claire de refus de toute alliance avec la France insoumise. Et puis, au gré des circonstances, finalement, a fermé les yeux sur celles qui ont pu se déployer à certains endroits. À certains endroits. Moi, en tous les cas, je combats très clairement cette position. Je pense qu'il y a besoin d'une gauche debout, je vous l'ai dit, une gauche digne et une gauche crédible. Ce n'est pas une gauche molle.
Moi, mes convictions de gauche, elles sont connues. J'ai plaisir à venir les exprimer sur ce plateau, parce que je m'adresse à tous les Français. Et moi, dans la période, je n'ai pas envie de m'enfermer dans un périmètre étroit. Je veux m'adresser à l'ensemble des Français et pouvoir leur dire, il y a une alternative à ce qui apparaît inéluctable.
– Dans les rangs du PS, il y a également Karim Boimran, qui est maire de Saint-Ouen, qui est venu répondre aux questions de Laurence Ferrari, s'est déclaré candidat. C'est un adversaire que vous craignez, Karim Boimran ?
– Non, enfin, d'abord, Karim est un ami. On défend ensemble des positions qui sont extrêmement convergentes. Et c'est pour ça qu'à la fin du processus, je rassure ceux qui pourraient être inquiets, il n'y aura qu'un seul candidat de cet espace politique. Il faut qu'on puisse le désigner dans de bonnes conditions, mais surtout qu'on ne perd pas de temps à justement tout ce qui peut apparaître comme de la tambouille, mais qu'on mette sur la table les propositions alternatives, parce que les Français, ils ont besoin d'un projet contre projet. On a maintenant une candidate du Rassemblement national, elle est clairement en place, on en reparlera si vous le souhaitez.
Mais moi, je veux la confrontation avec le programme du RN. Parfois, je ne comprends pas exactement ce qu'il dit sur le SMIC, sur les retraites, sur la vision de l'économie, sur ses propositions en matière d'écologie. Et moi, je veux démystifier toutes les ambiguïtés, toutes les contradictions qui existent, et dire qu'il y a en effet une gauche qui est capable d'être entendue par le spectre politique large. Vous savez, dans ce pays, il y a beaucoup de Français qui vivent dans des villes, vous parliez de Calrimbo-Amran, qui a été très brillamment réélu à Saint-Ouen. D'abord, en faisant face principalement, lui, à la France insoumise, qu'il n'a pas ménagé.
Et les Français qui vivent dans des villes dirigées par la gauche, des grandes ou des petites, ils voient qu'il y a cette gauche du réel, il y a cette gauche des solutions, qui est capable d'avoir des convictions pour la gratuité des transports à certains endroits, comme Mickaël Delafosse à Montpellier, pour une lutte indéfectible contre les insécurités du quotidien, que ce soit Karim ou Mickaël Delafosse, ou d'autres, la lutte contre le narcotrafic. Donc on sait être pragmatique, et on tord le coup à l'image angélique qui est parfois donnée. – On l'avait oublié avec les alliances avec la France insoumise dont on a parlé. – C'est la raison pour laquelle ça abîme.
Voilà, ça abîme parce qu'à côté, il y a des gens qui ont une stratégie, elle leur appartient, je la combats, qui est celle de la brutalisation, de la conflictualisation permanente du débat public, et surtout de l'impuissance à la fin. Parce que vous savez, dans une élection présidentielle, on vient avec ses convictions, mais il faut s'adresser à l'ensemble des Français. Voilà, il faut être capable de rassembler, il y a suffisamment de difficultés dans le pays. Voilà, on vit une crise internationale, on en parlera peut-être, c'est quand même extrêmement préoccupant.
On vit une crise climatique, franchement, les incendies, la canicule, tout ça, ça nécessite des réponses politiques, économiques, sociales, et on ne peut pas repousser. On vit une crise démocratique, il y a une insatisfaction à l'ensemble de nos concitoyens qui ont l'impression que le pouvoir politique n'est plus capable d'avoir pris sur leur quotidien.
C'est le sentiment de relégation, de déclassement, de mépris que vivent une partie de nos concitoyens, ceux qui vivent dans les villes, dans les sous-préfectures, dans les territoires parfois relégués, qui ont l'impression que quand le service public ne fonctionne pas, quand je n'arrive pas à avoir un rendez-vous chez le médecin, quand la fiche de paye ne permet pas de faire le plein d'essence, il y a un sentiment de mépris. Le RN prospère sur cette colère-là. Moi, je ne conteste pas la colère, je veux apporter des réponses alternatives qui sont celles que les Français ont chevillées au corps.
Ils sont capables d'être solidaires, ils sont capables d'être pas repliés dans le chacun pour soi, mais il leur faut de l'efficacité. Moi, je veux être le candidat de l'efficacité des réponses de la politique publique plutôt qu'un discours de l'impuissance ou du yac à faucon et de la promesse d'un grand soir irréalisable.
Jérôme Guetsch, député PS de l'Essonne et candidat à la présidentielle et l'invité de la grande interview. C'est News Europe 1. Ce matin, Jean-Luc Mélenchon veut apparaître comme le candidat de la vraie gauche. Il dit, la gauche, c'est moi. Il est le candidat de quoi, selon vous ?
Vous savez, je n'ai pas envie de passer mes journées à commenter Jean-Luc Mélenchon. On me reproche d'ailleurs souvent de dire qu'il ne met sur la table que l'inquiétude par rapport à Jean-Luc Mélenchon. Non, aujourd'hui, mon constat, il est que c'est le plus mauvais candidat pour un deuxième tour d'élection présidentielle. Il s'agit de voir les sondages du niveau de rejet et il a tout fait pour être rejeté à ce point. Il s'est éloigné par un moment des rives de la gauche par des positions qui sont contraires à l'identité, à l'ADN de ce parti. Par exemple, il y a des blagues sur les noms de personnes.
Évidemment qu'à gauche, il n'y a pas un gramme de complaisance, de connivence, d'alimentation volontaire ou involontaire de propos jugés antisémites. Moi-même, je les ai dénoncés. Et là, on ne peut pas mégoter. J'entendais votre édito plus tôt sur Europe 1 sur le 120e anniversaire de la réhabilitation du capitaine Dreyfus dans l'identité de la gauche. La synthèse que fait Jean Jaurès, c'est d'être capable de défendre les mineurs de Carmo, l'indignité de leurs conditions de travail et le petit capitaine juif Dreyfus, parce que pour lui, il considère que c'est le même combat, un combat universaliste pour la justice.
Il ne peut pas y avoir de justice sociale s'il n'y a pas de justice tout court. Et donc, ce combat contre l'antisémitisme, c'est l'ADN de la gauche. Et quand je vois, en effet, certains regarder ailleurs, voire alimenter par leurs mauvaises blagues ou leurs écrits des positions, je dis qu'il y a un énorme problème. Et là, ce n'est plus un problème gauche-droite. C'est un problème d'appartenance à une certaine identité républicaine du pays.
On va parler de la laïcité. Vous venez de vous voir confier une mission sur la laïcité. Je voudrais qu'on évoque un dernier nom concernant ceux qui se préparent pour la présidentielle à gauche. Il y a François Hollande qui semble se préparer. Vous le souhaitez ?
En tous les cas, un ancien président de la République, il a forcément des choses à dire dans une élection présidentielle. Il a fait le choix de revenir au premier plan. Il est assis juste derrière moi dans l'hémicycle à l'Assemblée nationale. Et donc, d'une manière ou d'une autre, sa voix sera utile dans le débat. Mais encore une fois... Et de quelle manière vous le souhaitez ? C'est à lui qu'il faut poser la question de savoir s'il veut être candidat. J'ai lu il y a plusieurs mois, il disait qu'il se préparait. Mais moi, je considère que c'est une préparation qui doit être une préparation collective.
C'est la bataille des idées, la bataille du projet sur la ligne politique que je vous ai décrite tout à l'heure, qui est celle de pouvoir incarner, encore une fois, ces convictions fermes. Dans ce pays, vous savez, moi je vais vous dire, je suis nostalgique du clivage entre la droite républicaine et la gauche républicaine. Ce clivage a été grand remplacé, pardonnez-moi le jeu de mots, par un clivage entre l'extrême droite et la gauche radicale. Et ce remplacement a pu s'opérer parce que et la droite républicaine et la gauche républicaine, à un moment donné, on ne comprenait plus ce qu'elles disaient. Elles n'étaient pas audibles. Elles n'étaient pas tranchées dans les positions.
Et surtout, elles ne parvenaient pas, c'est le problème pour la droite, c'est le problème pour M. Retailleau, comme c'est le problème pour la gauche que j'incarne, pour certains, d'être soumis au candidatons. À ce jour, elle n'est pas bon, plus audible. Non mais je vous le dis, en effet, à la petite musique que d'un côté le RN imprimait et de l'autre côté la gauche radicale. Il faut être soi-même dans cette période. Et être soi-même, c'est aussi être capable de dire que dans la période, personne ne pourra avoir raison tout seul. Voyez-vous, moi je suis convaincu que le prochain président élu, il n'aura probablement pas de majorité à l'Assemblée nationale.
Parce que la tripartition, voire la quadripartition de la vie politique française, elle ne va pas disparaître sur un claquement de doigts du fait de l'élection présidentielle. Notamment, dans l'hypothèse que je souhaite que Marine Le Pen ne gagne pas l'élection présidentielle et que le candidat qui aura été élu face à elle, je souhaite que ce soit un candidat de la gauche républicaine, l'aura été immanquablement dans le cadre de ce qui s'apparentera à un front républicain.
Et ce candidat-là, en tous les cas, moi je prends cet engagement, si je suis élu, c'est de ne pas reproduire l'erreur d'Emmanuel Macron, qui après avoir été élu en 2022, a dit « J'ai compris le message que vous m'adressez, votre vote m'oblige », mais qui dès le lendemain a appliqué son programme comme si de rien n'était, et comme il n'avait pas de majorité à l'Assemblée, l'a fait à coup de 49-3. Moi je suis, je défends une forme de nuance en politique qui ne nie pas le réel, qui part des convictions mais qui essaye de construire des compromis.
Et dans ce pays, on va parler dans un instant de la laïcité, il y a plusieurs sujets sur lesquels nous devons pouvoir être capables de nous mettre d'accord. Alors on va me dire immédiatement « mais Gage, il veut faire un compromis par-dessus tout ». Après c'est le principe de réveiller, vous savez moi à l'Assemblée nationale, l'année dernière j'ai bataillé pour en effet pouvoir voter un budget et ne pas provoquer une crise institutionnelle, financière, budgétaire dans le pays. Donc moi je prends mes responsabilités d'être capable de discuter avec les gens avec lesquels je ne suis pas d'accord.
Voilà, nos concitoyens ne supportent plus cette espèce de vision où chacun dans son couloir pense avoir raison tout seul et à la fin c'est le discours de l'impuissance, c'est l'inertie, on n'apporte pas des réponses et ça alimente la machine à frustration. Qui est le plus dangereux entre le RN et l'FI selon vous ? Moi je combats de manière irréductible le RN et c'est parce que je le combats de manière irréductible que je constate qu'aujourd'hui la France insoumise n'est pas un rempart, au contraire ça déroule le tapis rouge. Et donc pour...
Marine Le Pen, vous mettez un signe égal entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ?
Je refuse cette hypothèse et c'est la raison pour laquelle je dépose ma candidature, c'est la raison pour laquelle je déploie les arguments que je fais devant vous en disant qu'il faudra organiser une sorte de coalition le moment venu pour pouvoir empêcher la victoire du RN et que ça passe, s'agissant de la gauche, par contenir la France insoumise.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu vient de vous confier, Jérôme Guedj, une mission temporaire sur l'application, la défense et la promotion du principe de laïcité. Vous avez toujours fait de la défense de la laïcité une priorité, vous étiez même secrétaire à la laïcité dans votre parti. La laïcité, vous diriez qu'elle n'est pas respectée partout sur notre sol aujourd'hui ? Mais d'abord, elle n'est pas bien comprise par une grande partie de nos concitoyens.
Il faut rappeler... C'est une grande partie de nos concitoyens, c'est une formule pudique pour dire quoi ? Non, c'est beaucoup de gens, il y a une grande part des Français qui sont attachés à ce qu'elle est. C'est d'abord une loi de protection et une loi d'émancipation. Il suffit de voir les polémiques régulières qui traversent le débat public. C'est une loi de protection. Vous savez, il y a une magnifique phrase d'Aristide Briand, qui était le rapporteur socialiste à l'époque de la loi, qui disait « la loi protège la foi aussi longtemps que la foi ne prétend pas dire la loi ». Donc le principe est clair. Tout est dit.
Là, les convictions personnelles, la foi, les croyances privées sont éminemment respectables. Elles doivent rester dans le champ de l'intime, dans le champ d'une discrétion dans son expression, et à aucun moment venir prendre position dans le débat public ou organiser et structurer ce débat public. Donc toutes celles et ceux qui pensent que leur foi religieuse, qui est respectable, justifie leur comportement comme citoyen, ça ce n'est pas possible. Aujourd'hui, pourquoi est-ce qu'on a besoin de cette mission sur la laïcité ? Parce que tout le monde en parle, mais on ne la met pas en œuvre. Il nous manque ce qu'on appelle une politique publique de la laïcité.
Comment on forme les enseignants ? Comment on forme les professionnels du champ médical qui, à l'hôpital, sont confrontés à des contestations du principe de laïcité quand une personne refuse, que ce soit par exemple un médecin homme ou un médecin femme, en sens inverse, qui puissent l'accompagner ? Aujourd'hui, je veux dire, comment ça se passe ? Les médecins cèdent face à ces demandes ? Non, mais c'est la raison pour laquelle… Parce qu'eux, ils ne sont pas protégés. C'est la raison pour laquelle il faut rappeler qu'il y a un principe d'égalité devant le service public.
Mais ce n'est pas un supermarché dans lequel on picore et dans lequel, par petites touches, on vient imposer certaines de ses convictions. Il ne faut pas poser des principes pour les faire appliquer. C'est exactement ça. Aujourd'hui, il n'y a pas de politique publique de la laïcité. Moi, depuis trois ans, je dénonce Jean Castex en 2021, il avait eu une bonne intuition quand il était Premier ministre, il avait mis en place un comité interministériel de la laïcité. L'idée que tous les ministres devaient s'emparer de ce sujet. La seule illustration du fait qu'on a un problème, ce comité ne s'est pas réuni depuis 2021.
C'est-à-dire que, alors que le sujet envahit le débat public, le gouvernement, l'administration ne s'est pas posé la question de savoir comment on y répondait. Donc moi, je veux mettre à plat, avec ma collègue Nathalie Delattre, sénatrice qui travaille aussi beaucoup sur ces sujets, on veut balayer toutes les questions, dans le sport, à l'école, dans les services publics, dans la manière de sanctionner les atteintes à la laïcité. Parce qu'on oublie trop souvent, la loi de 1905, elle avait prévu les atteintes à la laïcité.
Et pour que vous compreniez bien mon propos, et ça va peut-être faire réagir vos auditeurs, dire à une jeune femme, prenons ce cas dans la rue, qui porte le voile, lui dire, pas de ça en France, c'est une atteinte à la laïcité, puisque la loi reconnaît la possibilité d'exprimer sa religion. Et en sens inverse, une jeune femme qui ne porte pas le voile, et qui, dans son entourage, sa famille ou son quartier, se voit dire toute la journée, toi, t'es pas une bonne fidèle, il faut que tu portes le voile, c'est aussi une atteinte à la laïcité, parce que la laïcité, elle sanctionne toute pression à croire ou à ne pas croire.
Et bien vous voyez, si on réhabilite rien que ce principe dans le droit, et qu'on sanctionne ces différentes atteintes à la laïcité, alors on va faire taire les deux instrumentalisations qui existent de la laïcité. Ceux qui disent, c'est pour une partie l'extrême droite ou la droite extrême, qui considèrent que la laïcité, c'est un bouclier contre une religion, en l'occurrence l'islam, ça, c'est pas une bonne manière de voir les choses. Et puis ceux qui, de l'autre côté, disent...
C'est totalement contesté par le RN, ce que vous dites là.
Il y a des instrumentalisations incontestables de toutes celles et ceux qui disent « il y a une tradition chrétienne de la France et la laïcité protège la tradition chrétienne de la France ». Vous savez, la moitié des Français ne revendiquent aucune appartenance religieuse et ils ont envie qu'on leur foute la paix. Mais je dénonçais l'instrumentalisation d'un côté et l'autre instrumentalisation, qui consiste à dire que chacun doit pouvoir aller au bout, si j'ose dire, de sa foi et qu'on arrête d'enquiquiner les gens avec des interdits qui ont été mis et qui sont nécessaires. Et je pense notamment à l'école.
Je pense qu'une des prochaines batailles qui viendra, c'est la contestation de l'application de la loi de 2004 à l'école. Or, elle était absolument nécessaire parce que c'est le lieu où se fabriquent les consciences, où se construit le libre arbitre des futurs citoyens. Et c'est la raison pour laquelle cette loi a été mise en œuvre. Et elle a été même, je vais vous dire, appréciée par les uns et par les autres parce que dès l'instant où il y a une règle, ça protège, si j'ose dire, de prendre une décision individuelle qui sera toujours jugée par son voisin, son proche ou son membre de la famille.
Jérôme Gage, on parle de la dette, l'un des sujets majeurs de la campagne présidentielle ou en tout cas qui devrait l'être, 3 500 milliards d'euros de dette, un peu plus de 3 500 milliards. Vous faites quoi pour la réduire ? Comment éviter le crash ?
D'abord en regardant lucidement que l'état des finances publiques va nécessiter des réponses courageuses. Voilà, moi je ne suis pas à promettre comme Édouard Philippe du sang et des larmes ou de la sueur parce que c'est ce qu'il avait prononcé, mais de regarder lucidement. Il y a quelques jours, on a eu par exemple le comité d'alerte des finances publiques qui a dit qu'il y a un dérapage des comptes sociaux avec une augmentation du déficit.
Donc on augmente les impôts ?
Je vais vous dire, je vais vous dire. Et il faut avoir ce discours de vérité. Il faut faire des économies dans tout le champ des politiques publiques. Vous savez, moi j'étais président de département. Même le social. J'ai été président de département et tous les matins, je me posais la question de savoir... Département paye le RSA. Je me posais la question si, est-ce que chaque euro est bien utilisé et est-ce qu'on peut faire des économies ? C'est la question de l'efficacité, de l'efficience de la dépense publique. Et donc par exemple sur les dépenses sociales, il y a évidemment des actes redondants qui sont prescrits par des médecins.
Il y a des doublons, il y a des gaspillages, il y a même parfois des abus. Et moi, vous savez, j'aime trop la sécurité sociale pour la fragiliser par une forme de conservatisme. Vous voyez par exemple dans ma campagne pour la présidentielle, il y a un sujet que je veux mettre sur la table, c'est pourquoi est-ce qu'on n'a pas la sécurité sociale qui rembourse la totalité des dépenses et qu'à côté on a des organismes complémentaires. Le fait d'avoir des organismes complémentaires, les mutuels ou les assureurs privés, c'est unique dans le monde d'avoir deux financeurs pour vous rembourser vos dépenses de soins. Et bien tout ça, ça a un coût.
Donc la double administration, ça coûte 8 milliards d'euros qui seraient plus utilisés pour mieux rembourser, pour mieux payer les professionnels de santé. Parce que s'il y a des dépassements d'honoraires, c'est qu'ils estiment ne pas être assez payés. Donc oui, il faut faire des économies, il faut qu'elles soient justes et qu'elles ne pénalisent pas nos concitoyens et qu'elles concernent tout le monde. Et oui, il y a un sujet de recettes, incontestablement. La crise de la sécurité sociale, je reprends cet exemple, c'est d'abord et avant tout une insuffisance des recettes ou en tous les cas une injustice dans la sollicitation.
Les revenus du capital ne financent pas assez la sécurité sociale. Les très hauts patrimoines ne contribuent pas suffisamment. Et vous savez, quand j'entends des millionnaires ou même des milliardaires, les grands patrons de la tech et de l'intelligence artificielle qui disent qu'avec l'intelligence artificielle, il va y avoir une telle concentration de richesses au détriment et en provoquant de la destruction d'emplois et qu'eux-mêmes disent qu'il faut qu'on fasse contribuer l'intelligence artificielle, la robotisation au financement de notre modèle social, eux-mêmes ont compris que sinon on allait dans le mur. Donc moi, il faut que toutes les solutions soient mises sur la table.
Les revenus du capital, la manière dont y compris les retraités contribuent de manière plus juste au financement de la protection sociale. Et je suis convaincu qu'eux-mêmes peuvent entendre l'argument parce que ce sont des parents et des petits-enfants et qui veulent que le système de sécurité sociale dont ils ont bénéficié puisse survivre et puisse continuer à être un des piliers comme la laïcité et les services publics de notre pacte républicain.
Merci Jérôme Guedt d'être venu ce matin sur CNews et sur Europe. Bonne journée à vous et à bientôt.
Jérôme Guedj