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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 12 février 2026 24 minContradictoireFond programmatiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesEurope & internationalInstitutions & élections

Stratégie énergétique : "On a été beaucoup trop mous sur l'électrification des usages", déplore Jean-Marc Jancovici

Au micro : Benjamin DuhamelSource d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:36OuverteRéponse directe

    Vous qui êtes un fervent défenseur du nucléaire, vous applaudissez ce changement d'orientation ?

  • 4:11OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est une bonne façon d'envisager la programmation de l'énergie ?

  • 7:35OuverteRéponse directe

    Parmi les réactions, il y a celle de Marine Le Pen qui s'oppose à cette nouvelle programmation pluriannuelle. Au Rassemblement National, on dit, il faut du 100% nucléaire. Est-ce que c'est envisageable ?

  • 8:50OuverteRéponse partielle

    En tant que citoyenne, je suis choquée du fait qu'on n'ait pas l'occasion d'avoir de réels débats sur des choix qui engagent nos sociétés pour des décennies. Qu'est-ce qu'on répond ?

  • 17:07OuverteRéponse directe

    D'un mot Jean-Marc Jancovici, sur le regard que vous portez aussi sur les maires écologistes qui ont été élus à la tête de grandes villes et qui sont pour certains en difficulté à l'occasion des municipales. Quel regard est-ce que vous portez sur leur bilan ?

  • 20:44OuverteRéponse directe

    Comment est-ce que vous qualifiez cette nouvelle offensive trumpienne ? Il a détruit en même pas un an toute amorce de transition aux États-Unis ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:30Invité politiqueFait
    « Dans les 10 ans qui viennent, le gouvernement veut 6 nouveaux réacteurs de type EPR avec 8 supplémentaires en option. »
  • 4:22PrésentateurChiffre
    « Aujourd'hui, l'électricité représente un peu plus de 20% de l'énergie qui alimente toutes les machines que nous avons en France. »
  • 5:07Invité politiqueFait
    « La consommation d'électricité, elle stagne. »
  • 6:07PrésentateurFait
    « L'Europe est la première zone régionale qui est contrainte sur ses approvisionnements de manière significative. »
  • 7:47PrésentateurChiffre
    « La production nucléaire en France, c'est 350 milliards de kilowattheures, 350 terrawattheures. »
  • 7:56PrésentateurChiffre
    « L'énergie qui permet à la France de fonctionner au total, c'est 2100 terrawattheures. »
  • 11:56PrésentateurFait
    « La civilisation industrielle dans laquelle nous sommes aujourd'hui, avec les 35 heures, les retraites, les congés payés, les gens qui habitent en ville, les machines qui bossent à notre place, etc., tout ça, c'est arrivé avec les combustibles fossiles. »
  • 21:42PrésentateurChiffre
    « Sous Obama la production pétrolière aux États-Unis a augmenté de 80%. »

Temps de parole

  • Présentateur72 %
  • Invité politique15 %
  • Invité9 %
  • Auditeur4 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale.

0:07
Invité politique

Quels seront nos besoins en électricité d'ici dix ans et comment la produire, cette électricité ? Question stratégique pour la France, enjeu de souveraineté, de compétitivité, enjeu climatique aussi, en vue d'une sortie des énergies fossiles. On en parle avec un spécialiste de l'énergie et du climat ce matin et avec vous, chers auditeurs au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Jean-Marc Jancovici, merci d'être avec nous sur France Inter. Vous êtes le président du groupe de réflexion de Shift Project. Vous publiez une étude en vue des élections municipales après avoir consulté 3000 élus locaux sur l'écologie.

Mais d'abord, forcément, c'est l'actualité du jour, la présentation par Sébastien Lecornu de la PPE, la programmation pluriannuelle de l'énergie, c'est-à-dire la feuille de route énergétique de la France d'ici 2035. C'est un texte crucial qui fixe notamment la part du nucléaire et du renouvelable dans la production d'électricité. Ça fait trois ans qu'on l'attend, cette PPE qui a fait les frais des tensions politiques des derniers mois. Il était temps, Jean-Marc Jancovici, la France a besoin de ce cap.

1:14
Présentateur

Alors l'énergie, c'est un système très lent. C'est un système extrêmement inertiel. Si on prend une centrale nucléaire, puisqu'on parle d'électricité, entre le moment où on décide, où on commence le dessin d'une nouvelle centrale et le moment où la dernière centrale du dessin en question sortira de service, il se passe un siècle. Un réseau électrique, c'est une infrastructure, c'est pareil, dans le pas de temps caractéristique, se compte en demi-siècle ou en siècle. Si vous regardez la façon dont fonctionne le parc de voitures de l'autre côté, un parc de voitures thermique, c'est quelque chose qui met un demi-siècle à se changer de manière significative.

Donc on est sur des pas de temps très longs. On va dire que le pas de temps caractéristique du système énergétique, c'est une vie humaine. Donc c'est quelque chose qui se planifie, c'est quelque chose qui se programme et c'est quelque chose qu'on ne peut pas gérer. Enfin, si on veut être efficace, on ne peut pas gérer à la petite semaine et on ne peut pas dire, exactement comme pour le budget, chaque année on va décider de ce qu'on fait et puis si d'une année sur l'autre on change des orientations, ce n'est pas très grave, ça suivra. Donc on est obligé de faire de la planification et de la programmation. Programmation pluriannuelle, ça dit bien ce que ça veut dire.

Donc effectivement, oui, c'est essentiel d'avoir ce genre de document.

2:19
Invité politique

Ce qui n'empêche pas de changer d'avis. En l'occurrence, la dernière feuille de route, elle prévoyait la fermeture de 14 réacteurs nucléaires. Là, on a totalement changé d'optique puisque dans les 10 ans qui viennent, le gouvernement veut 6 nouveaux réacteurs de type EPR avec 8 supplémentaires en option. Vous qui êtes un fervent défenseur du nucléaire, vous applaudissez ce changement d'orientation ?

2:42
Présentateur

Je déplore surtout l'orientation précédente. C'est-à-dire qu'en fait, avec le système de « je t'aime moi non plus » qu'on a eu entre la France, entre le gouvernement, on va dire, le pouvoir politique et le nucléaire en France pendant 20 ans, on a pris ces 20 ans d'hésitation, on commence à les payer aujourd'hui avec des réacteurs qui mettent du temps à sortir de terre, avec un nucléaire qui coûte cher. Voilà, c'est la sanction directe, j'ai envie de dire, une génération après ces hésitations, on est en train de l'avoir aujourd'hui. Sur les renouvelables, c'est exactement pareil.

En fait, on ne joue qu'une fois, il faut bien comprendre qu'on ne joue qu'une fois quand on planifie un système énergétique. Et donc, si la première fois, on s'est décidé pour des raisons non pertinentes, j'ai envie de dire, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas trait au fonctionnement même du système, ce qui a été le cas quand on a décidé de supprimer 14 réacteurs, eh bien, on se retrouve derrière avec une dette, un héritage qui devient compliqué à gérer. Et c'est la raison pour laquelle il est légitime de beaucoup discuter de ce texte avant de le décider.

Donc, moi, je ne trouve pas ça anormal que ça prenne du temps, qu'il y ait des gens qui expriment des opinions différentes et qu'on prenne le temps d'en discuter. Je trouve ça tout à fait normal.

3:50
Invité

On va détailler la feuille de route et il y a beaucoup de réactions politiques qui disent aussi de la façon dont les responsables politiques français envisagent la question de l'énergie, mais sur les grandes orientations de cette programmation pluriannuelle. Florence le disait, on pousse les feux sur le nucléaire, sur la question des énergies renouvelables, on fait plus d'éolien en mer et sur l'éolien terrestre et le solaire, on ralentit un peu. Le gouvernement dit, c'est un en même temps. Est-ce que c'est une bonne façon d'envisager la programmation de l'énergie ?

4:18
Présentateur

Alors, oui et non, parce qu'il manque un gros en même temps dans cette histoire. Aujourd'hui, l'électricité représente un peu plus de 20% de l'énergie qui alimente toutes les machines que nous avons en France. Parce que l'énergie, c'est la nourriture des machines, c'est à ça que ça sert. Donc, l'électricité en représente 20%, ce qui veut dire que la non-électricité représente 80%. 80% de ce qui alimente les chaudières domestiques ou d'usines, de ce qui alimente les engins qui roulent, qui volent, qui naviguent, etc., c'est aujourd'hui pas de l'électricité, c'est-à-dire essentiellement des combustibles fossiles et un peu de renouvelables chaleurs de la biomasse.

Et le gros enjeu majeur, massif, c'est de passer ces 80% à pas grand-chose, c'est-à-dire d'électrifier tous nos usages. Et en fait, le gros problème qu'on a en ce moment et la raison pour laquelle on a ce débat sur est-ce qu'il faut ralentir ou pas sur les ENR ? C'est tout simplement qu'on a été beaucoup trop mous sur l'électrification des usages.

5:07
Invité politique

Donc là, on stagne. La consommation d'électricité, elle stagne.

5:11
Présentateur

Oui, on ne s'est pas occupé suffisamment vigoureusement de passer à l'électricité, la mobilité, le chauffage et une partie des processus industriels. Ce qui vient d'être annoncé à Dunkerque pour Arcelor, c'est une très bonne idée. Mais ça aurait été une encore meilleure idée si on l'avait fait il y a 10 ou 15 ans. Et c'est bien ça. C'est-à-dire qu'en même temps qu'on augmente la production, si on ne veut pas avoir de problème, il faut augmenter la consommation. Et cet aspect-là de la politique publique aujourd'hui reste très très imparfait.

5:40
Invité politique

Ce qu'il faut dire aussi pour qu'on comprenne bien, c'est qu'il y a un enjeu géostratégique derrière la production d'énergie et la production d'électricité. C'est qu'on veut pouvoir se passer à terme du gaz, du pétrole russe, américain.

5:51
Présentateur

Oui. Alors ça, c'était déjà le cas au titre du réchauffement climatique. Si on veut baisser les émissions de gaz à effet de serre, on veut déjà se passer du gaz et du pétrole d'où qu'ils viennent du reste, qu'ils viennent des Norvégiens, qu'ils viennent des Algériens ou qu'ils viennent des Américains ou qu'ils viennent des Qataris, c'est tout ça, c'est pareil. Là, en plus, l'actualité nous rappelle que même chez les gens qu'on pensait nos copains, c'est parfois pas tout à fait nos copains. Donc, moi, je trouve que l'Europe a été gentiment naïve quand elle a dit se passer du gaz russe, ça ne va pas être un problème, on va retomber sur nos pieds.

Ce n'est pas si simple que ça de retomber sur ses pieds. Il faut savoir que l'Europe, l'Union Européenne, ces chiffres étant respectivement de 99 et 100% pour la France. Et il faut savoir par ailleurs qu'en ce qui concerne le pétrole dit conventionnel, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas le shale oil américain et les sables bitumineux canadiens, la production mondiale est passée par un maximum il y a maintenant plus de 15 ans, en 2008.

Et c'est directement lié à une partie des désordres économiques qu'on constate maintenant en Europe, baisse de la production industrielle, fin de mois de plus en plus difficile pour une partie de la population, baisse de la circulation des marchandises en Europe parce que ça baisse depuis 2008, baisse de la construction en Europe parce que ça baisse depuis 2008. Donc vous avez tout un tas de signaux qui vous montrent que en fait, moi j'ai envie de dire, la décarbonation subie, on y est déjà, c'est déjà en route là, parce qu'on a moins à notre disposition.

L'Europe est la première zone régionale qui est contrainte sur ses approvisionnements de manière significative, ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis parce qu'eux, ils croulent sous le pétrole et ils croulent sous le gaz. On va y revenir d'ailleurs. Et donc nous, on n'a pas conscience de cette réalité physique et on est en train, en ce moment, de réagir de façon beaucoup trop molle par rapport à la réalité physique qui est celle qui nous arrive dessus de manière croissante.

7:35
Invité

Parmi les réactions, il y a celle de Marine Le Pen qui s'oppose à cette nouvelle programmation pluriannuelle. Au Rassemblement National, on dit, il faut du 100% nucléaire. Est-ce que c'est envisageable ?

7:45
Présentateur

Non. Aujourd'hui, moi j'adore le nucléaire, mais aujourd'hui, la production nucléaire en France, c'est 350 milliards de kilowattheures, 350 terrawattheures. L'énergie qui permet à la France de fonctionner au total, c'est 2100 terrawattheures. D'accord ? Donc le nucléaire fournit 350 sur 2100. Donc si Madame Marine Le Pen est prête à parier toutes ses économies contre les miennes, qu'en l'espace de son mandat, si elle arrive à être élue, elle fait du tout nucléaire, moi je prends le pari devant notaire.

Demain matin, c'est évident que là, on est dans le slogan électoraliste parce que les chefs de parti ont besoin de se différencier par rapport aux autres en promotant des choses, qu'elles soient réalisées ou pas.

8:19
Invité

Marine Le Pen qui elle-même, il y a 10-15 ans, n'était pas une grande fan du nucléaire par ailleurs.

8:22
Présentateur

Non mais on est dans le jeu classique, c'est-à-dire que quand tous ces gens-là sont devant votre micro, ils ont besoin de se différencier du voisin ou de la voisine et donc ils ont besoin d'affirmer des choses qui sont parfois parfaitement farfelues et Marine Le Pen n'est pas une exception dans cette histoire. Je veux dire, tous les chefs de parti font parfois des promesses parfaitement farfelues parce qu'ils ont besoin de se différencier des autres. Mais ce n'est pas parce qu'elle le dit que c'est quelque chose qui est physiquement possible et en l'occurrence, ce n'est pas physiquement possible.

8:46
Invité politique

Alors, on a précisément une question pour vous sur le nucléaire au standard où nous accueillons Hélène. Bonjour Hélène, bienvenue. Oui, bonjour.

8:53
Auditeur

J'appelle parce qu'en tant que citoyenne, je suis toujours choquée du fait qu'on n'ait pas l'occasion d'avoir de réels débats sur des choix qui vont engager nos sociétés sur le plan économique, sociétal, environnemental pour des décennies, voire des millénaires et que tous ces choix, depuis le début du nucléaire, ont toujours été faits sans qu'il y ait un réel débat qui soit possible, y compris avec des professionnels du métier. Par exemple, il y a la CRIRAD qui est un organisme sérieux qui a des arguments par rapport à ça, mais on n'entend jamais ou très rarement ce genre de choses.

Et moi, ce qui m'inquiète, c'est pour non seulement nos enfants, mais les générations à venir, comment on est en train de transformer notre planète en poubelle.

9:51
Invité politique

Bon, alors donc, le nucléaire vous inquiète manifestement. Qu'est-ce qu'on répond, Jean-Marc Jancovici ?

9:57
Présentateur

Qu'en matière d'énergie, en fait, on ne peut pas à tout moment remettre, c'est ce que je disais tout à l'heure, malheureusement, on ne peut pas à tout moment remettre en cause ou remettre en débat l'orientation du moment. On est un peu obligé de temps en temps de faire... Enfin, ce qu'il faut, c'est avoir à un moment un débat qui soit éclairé. Et puis, une fois qu'on a fait un choix, si on en change tous les quatre matins, j'ai envie de dire, là, c'est la plus mauvaise des options. Bon, je n'étais pas là quand on a mis en œuvre... Enfin, si j'étais né, puis enfin, je n'étais pas haut, quand la France a mis en œuvre le programme électronucléaire au sortir des chocs pétroliers.

Donc, je n'ai pas fait d'archéologie pour savoir combien on a consulté la population ou pas. Par contre, je peux vous dire qu'à l'époque, la population n'était pas du tout hostile à ce programme. Qu'il n'y ait jamais eu de la voix donnée aux personnes qui avaient des réticences sur le nucléaire. Alors là, par contre, je m'inscris en faux. Je peux vous dire que, pour vous taquiner un peu, le service public donnait essentiellement la micro aux antinucléaires jusqu'à il y a 2-3 ans.

11:00
Invité

Je crois, Jean-Marc Jokovici, vous avoir assez régulièrement entendu sur l'antenne de France Inter.

11:04
Présentateur

Oui, oui, mais quand je dis essentiellement, si on regarde les proportions, c'était quand même, et en particulier tout le temps où la gauche a été au pouvoir alliée avec les Verts, c'était quand même essentiellement ça le discours médiatique qu'on entendait. Donc, ça fluctue avec les époques. En ce moment, c'est différent. Moi, ce que je dis juste, c'est qu'en matière d'énergie, c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est juste impossible, c'est juste impossible d'avoir une révision permanente des orientations qu'on prend. On peut les ajuster, mais les réviser en permanence, c'est quelque chose qui malheureusement n'est physiquement pas possible.

Vous venez de nous dire 100% de nucléaire, ce n'est pas possible. Est-ce que 100% de renouvelables,

11:44
Invité politique

c'est possible ?

11:45
Présentateur

Pas plus. Alors, les renouvelables, il faut bien voir que... Enfin, pas plus. Pas plus en conservant la civilisation industrielle. Il faut bien comprendre que la civilisation industrielle dans laquelle nous sommes aujourd'hui, avec les 35 heures, les retraites, les congés payés, les gens qui habitent en ville, les machines qui bossent à notre place, etc., tout ça, c'est arrivé avec les combustibles fossiles. Et la décarbonation consiste à se dire on va garder tout ce que les combustibles fossiles nous ont amené, puis retirer le tiroir du bas, qui est les combustibles fossiles, et on va réussir à garder tout le reste.

Et en fait, mon analyse de la situation, c'est que ça ne peut pas physiquement se passer comme ça. Donc la question, c'est comment est-ce qu'on accepte de gérer nos renoncements d'une certaine manière ? Qu'est-ce qu'on considère comme superflu et qu'est-ce qu'on considère comme essentiel ? Ce qui est absolument certain pour moi, c'est que les 2100 milliards de kilowattheures qui aujourd'hui permettent à la France de vivre comme elle vit, si on a juste des renouvelables ou juste du nucléaire en l'espace de quelques décennies, on ne les a pas.

12:36
Invité

Un mot rapide, Jean-Marc Jancovici, on sollicite votre expertise. Il y a un argument qu'on entend dans le débat, c'est un peu complexe mais c'est très important, c'est ceux qui protestent contre cette feuille de route au nom de ce qu'on appelle la modulation, c'est-à-dire le fait que faire davantage d'énergie renouvelable, ça risque de mettre en danger les centrales nucléaires parce qu'on va moduler l'énergie qu'on sollicite d'elle et que ça pourrait poser des problèmes de sécurité. Vous êtes d'accord

13:00
Présentateur

avec cette critique ? Sécurité, à ma connaissance, sécurité, à ma connaissance, non. Vieillissement et sous-optimisation des centrales, ça oui. Voilà, c'est ça l'enjeu. Une centrale, c'est un système ce qu'on appelle à coût fixe. C'est-à-dire, une fois que vous l'avez construite, l'opérer plus ou moins ne vous coûte pas grand-chose. C'est-à-dire que ça fonctionne 5 000 heures ou 8 000 heures dans l'année, ça vous coûte à peu près la même chose. Enfin, pas tout à fait, mais pas loin. Donc, vous avez tout à fait intérêt à les faire fonctionner le plus souvent possible. parce que vous avez autre chose qui produit à la place, c'est une déoptimisation économique.

Et par ailleurs, la modulation vous oblige à modifier tout un tas de choses concrètes le moment où vous faites la maintenance, le moment où vous faites, etc. Et ça aussi, c'est une déoptimisation économique. Donc, c'est essentiellement ça le sujet.

13:48
Invité

Parlons de votre étude, Jean-Marc Jancovici, l'étude du Shift Project, le résultat d'une grande consultation des maires et des élus municipaux. Ça s'inscrit dans votre programme d'action pour 2027 parce que vous assumez de préparer aussi ces échéances électorales. Ce qui ressort de cette étude, c'est qu'il n'y a pas de rejet de l'écologie chez les élus, pas de tentation d'un retour en arrière. Ça veut dire que malgré le bruit ambiant, malgré ce que certains appellent un backlash écologique, il y a une forme de consensus sur la nécessité d'opérer pour la transition écologique ?

14:16
Présentateur

De ce point de vue, les élus locaux sont beaucoup plus proches de la population dans son ensemble que les élus nationaux. En fait, quand vous regardez la population dans son ensemble, il n'y a pas de backlash non plus. C'est-à-dire, si vous regardez les préoccupations de nos concitoyens, elles sont à peu près identiques aujourd'hui à ce qu'elles étaient il y a deux ans. Elles n'ont pas beaucoup changé. Les préoccupations et les contradictions, incidemment, parce qu'on est tous d'accord pour changer, à condition que ça commence par les autres, souvent. Donc ça, ça n'a pas tellement changé. Et les élus locaux, de ce point de vue, sont assez proches.

Alors, on a souhaité les consulter avant les municipales parce qu'on avait envie de voir comment est-ce que eux se sentaient vis-à-vis de ces enjeux. Donc l'idée, ce n'était pas de leur demander ce qu'ils sont prêts à faire, c'était plutôt de leur demander par exemple s'ils se sentent suffisamment outillés pour ce genre de choses, s'ils considèrent qu'aujourd'hui ils en font déjà ou pas, est-ce qu'ils en font pour des raisons environnementales ou est-ce qu'ils en font au titre d'autres raisons, cadre de vie, santé, pouvoir d'achat, etc. Et c'était ça qu'on cherchait à tester.

Alors, pourquoi est-ce qu'on s'est intéressé aux élus locaux, enfin aux maires plus exactement, parce que c'est des élus un peu hybrides, c'est des élus et en même temps c'est les chefs d'entreprise. C'est-à-dire le maire, il a des effectifs, il a un banquier, il a des prestations de services à assurer, donc en fait il n'est pas très éloigné d'un chef d'entreprise et ça nous intéressait de voir comment est-ce que ces gens-là se sentaient.

15:31
Invité politique

Justement, qu'est-ce qu'ils vous disent sur à la fois leur latitude et les freins qui les empêcheraient à l'échelle de leur ville de mener une vraie politique ?

15:38
Présentateur

Ils nous disent plusieurs choses, d'abord il n'y a pas que les villes, il y a des territoires ruraux aussi, il y en a beaucoup des territoires ruraux, ils nous disent plusieurs choses. La première chose qu'ils nous disent c'est que l'environnement est quelque chose d'important. Ça se place toujours dans les objectifs prioritaires, alors la revitalisation du centre-ville peut en être un aussi, mais l'environnement arrive très très haut et ça arrive encore plus haut pour les objectifs du prochain mandat, c'est-à-dire c'est un objectif qui gagne en importance.

La deuxième chose qu'ils nous disent c'est que ça se vend pour des raisons qui sont des raisons locales, c'est-à-dire qu'en fait contribuer à un effort global, c'est quelque chose qui pour eux parle moins que d'obtenir un bénéfice local sur le cadre de vie, la facilité à se déplacer, le pouvoir d'achat de leurs électeurs, enfin voilà, c'est la santé de leurs électeurs, etc. Donc en fait les politiques locales elles vont avec des enjeux locaux. Mais ils ont des vraies marges de manœuvre les maires ? J'en suis pas encore là, là pour le moment je disais les motivations à agir c'est là qu'elles sont.

La troisième chose qu'ils nous disent c'est que il n'y a pas de préférence, enfin il n'y a pas de différenciation forte selon la couleur politique. Et ça c'est quelque chose qui est extrêmement intéressant et ça nous renvoie à ce qu'on disait tout à l'heure sur le fait que les élus nationaux devant votre micro ils ont besoin de dire l'exact inverse de ce que dit le type d'en face ou la nana d'en face parce qu'ils ont besoin de se différencier. On sent beaucoup moins ça au niveau des élus locaux où sur un certain nombre de questions en fait il n'y a pas de différenciation marquée sur beaucoup de questions selon la couleur partisale. Mais donnez-nous

17:07
Invité politique

quelques exemples en fait. c'est quoi la mise en pratique concrète d'une politique écologique et en faveur du climat ?

17:15
Présentateur

Quels sont les leviers qu'est-ce qui se passe

17:16
Invité politique

le plus souvent ?

17:17
Présentateur

Alors les leviers on ne leur a pas demandé quelles étaient les actions qu'ils mettaient en oeuvre le plus souvent. Par contre on leur a demandé par exemple ce qu'ils constataient déjà en ce qui concerne les conséquences du changement climatique. Donc là on a beaucoup de maires qui nous ont répondu qu'ils constataient déjà des conséquences et quand je dis beaucoup c'est qu'il n'y en a que quelques pourcents qui nous disent moi j'ai rien constaté du tout. Je vais le dire comme ça. Donc c'est ultra minoritaire. Alors sans surprise vous allez avoir les canicules la moitié des mers par exemple nous disent qu'ils ont déjà constaté les effets du retrait gonflement des argiles.

Qui fissurent les maisons ? Oui alors c'est quelque chose qui concerne la moitié des maisons individuelles dans ce pays c'est que l'argile se gonfle quand il est humide et se contracte quand il est sec et quand vous avez une alternance de périodes très humides et de périodes très sèches ce que le changement climatique va renforcer ça crée un effet de cisaillement dans le sol qui va fissurer les murs. La moitié des mers nous disent moi j'ai déjà constaté ça.

18:13
Invité politique

C'est quand même tout ce que vous nous dites là c'est paradoxal parce qu'on a l'impression d'être dans un retour en arrière. On a eu l'annonce de la suppression des ZFE les zones à faible émission c'est sur le point d'être enterriné par le Parlement et il n'y a pas tellement de candidats par exemple pour soutenir pour venir à la rescousse de ces zones où il ne faudrait plus faire rouler les vieilles voitures.

18:35
Présentateur

De candidats à quoi ? Aux municipales ? Ah ! Les ZFE ça concernait surtout les grandes villes donc alors dans les grandes villes il y a une différenciation en fonction de la taille de l'agglomération dans les répondants et plus l'agglomération est importante plus les élus un ils considèrent enfer pour l'environnement

18:56
Invité politique

deux

18:57
Présentateur

moins ils se sentent désemparés donc en fait mais ce qui est assez normal je veux dire quand vous êtes maire d'une commune rurale de 2000 habitants les moyens que vous avez à votre disposition sont considérablement plus faibles voilà mais les ZFE nous on les a interrogés sur les enjeux environnementaux globaux de manière globale on les a pas interrogés sur telle ou telle mesure de façon particulière

19:21
Invité

D'un mot Jean-Marc Jancovici sur le regard que vous portez aussi sur les maires écologistes qui ont été élus à la tête de grandes villes et qui sont pour certains et même pour beaucoup en difficulté à l'occasion des municipales quel regard est-ce que vous portez sur leur bilan Bordeaux Strasbourg

19:35
Présentateur

Lyon je ne porte aucun regard parce que je ne suis habitant ni de Bordeaux ni de Strasbourg ni de Lyon est-ce que vous considérez qu'ils ont je ne sais pas regarder en détail leur politique ce que je considère simplement c'est que vous pouvez avoir plein de raisons pour lesquelles ils sont en difficulté ça peut être des raisons liées effectivement à un enjeu local qui est mal passé et ça peut être lié aussi aux alliances électorales qui se font ou qui ne se font pas vous avez une étude d'une association qui s'appelle Parlons Climat je ne sais pas si vous connaissez qui a été publiée il n'y a pas longtemps qui dit que 55% des français qui considèrent que l'environnement est un enjeu prioritaire votent à droite donc en fait mais c'est très cohérent avec ce que j'ai dit tout à l'heure sur le fait qu'au niveau des enjeux locaux il n'y a pas de différenciation forte selon la couleur la couleur politique alors il y en a une évidemment mais pas nécessairement très très forte ce qui veut dire que le fait que des maires écologistes enfin du parti écologiste conservent leur mandat ou pas moi je n'ai pas regardé en détail si ça voulait dire que la population se détourne de ces enjeux ou si c'est lié à d'autres causes

20:43
Invité politique

On ne peut pas ne pas parler Jean-Marc Jankovici de ce vaste retour en arrière qui est à l'oeuvre aux Etats-Unis puisqu'on a un président américain Donald Trump qui est climato-sceptique et qui va aujourd'hui abroger un texte fondateur pour la lutte contre le changement climatique avec une dérégulation des émissions de gaz à effet de serre comment est-ce que vous qualifiez cette nouvelle offensive trumpienne il a détruit en même pas un an toute amorce de transition aux Etats-Unis ?

21:12
Présentateur

Alors les Etats-Unis moi je ne sais pas s'ils avaient jamais amorcé une transition vous savez sous Obama C'est signataire de l'accord de Paris par exemple Oui oui mais ça n'engage comme disait Pasqua les promesses n'engagent que ceux qui les croient vous avez plein de pays qui ont signé l'accord de Paris qui n'ont absolument pas respecté l'Espagne par exemple n'ont absolument pas respecté la trajectoire pendant longtemps et il ne lui a rien arrivé donc la question est plutôt de savoir ce qui se passe en pratique sous Obama la production pétrolière aux Etats-Unis a augmenté de 80% donc les Etats-Unis c'est un pays qui s'est construit par la violence sur un territoire immense doté de ressources immenses la culture américaine est hostile à la limite globale de manière générale je veux dire c'est comme ça ça sera moi ça fait 10 ou 15 ans que je dis que ça sera le dernier pays à s'occuper sérieusement de la question du réchauffement climatique mais là on a quand même le sentiment la limite est un truc qui ne leur parle pas

22:09
Invité

mais il y a un cap qui a été passé parce que c'est à dire que là on a un président des Etats-Unis qui est climato-sceptique et qui par ailleurs agit aussi comme une sorte de désinhibiteur pour d'autres pays dans la lutte

22:19
Présentateur

contre le réchauffement climatique il est climato-sceptique parce que 80% des républicains sont climato-sceptiques vous avez Trump n'est pas l'homme qui façonne l'Amérique Trump est l'émanation d'une partie de l'Amérique c'est comme ça qu'il faut le voir donc aux Etats-Unis vous avez une différenciation politique extrêmement marquée je dis bien extrêmement marquée sur le rapport au fait et à la science extrêmement marquée qu'on n'a pas du tout chez nous et heureusement donc 80% des républicains sont climato-sceptiques et 20% des démocrates c'est très très très marqué en fonction de la préférence partisane et la façon dont moi je vois la chose c'est que en gros cette histoire-là c'est pas que les gens ne croient pas à la science c'est que c'est le prétexte c'est le cachex qu'ils trouvent pour dire en fait le programme politique qui va avec le respect de la limite ne me convient pas c'est en fait c'est ça le vrai sujet et ça ne leur convient pas parce que aux Etats-Unis la question du respect de la limite globale est un truc qui est culturellement très compliqué pour eux c'est voilà un pays qui nous ressemble beaucoup plus de ce point de vue à mon avis c'est la Chine la Chine est un vieux pays qui a connu la famine la maladie qui est dirigée par des ingénieurs et on voit bien qu'eux sont en train de s'occuper du problème d'une manière qui est radicalement différente de celle des Etats-Unis donc les Etats-Unis et aux Etats-Unis comme la limite ça ne leur parle pas en fait Trump est assez cohérent avec ça et il cherche à s'approprier par tous les moyens possibles toutes les ressources qui permettent de continuer la trajectoire comme avant

23:46
Invité politique

Merci beaucoup Jean-Marc Jancovici je signale qu'on a eu beaucoup d'éditeurs qui nous ont appelé ou nous laissé des messages sur le nucléaire c'est un sujet qui fait toujours énormément parler merci d'avoir été avec nous ce matin Sous-titres par Juanfrance

Stratégie énergétique : "On a été beaucoup trop mous sur l'électrification des usages", déplore Jean-Marc Jancovici · Pourquijevote