Barnier sur le départ... et maintenant, on fait quoi ? Reportage C dans l'air 03.12.2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Michel Barnier, chahuté cet après-midi dans un hémicycle survolté, à la veille d'un vote historique.
La censure dont il est question demain et nous retrouverons, rendra tout plus difficile et plus grave. Ambiance, règlement de compte.
La situation est chaotique, que de mal a été fait à la France. « Certains, d'une extrémité à l'autre, s'apprêtent à jouer le destin de la France et des Français à la roulette russe. »
« C'est de l'inventable ! » « C'est un peu fort du café. C'est un peu fort du café. Ceux qui voteront la motion demain, je le crois, n'aiment pas la France. »
Finalement, à l'Assemblée nationale, personne n'est vraiment satisfait et tout le monde se renvoie la balle.
« Le chaos, c'est aujourd'hui le bloc central qui est en train de le créer, en faisant croire qu'il a été force de discussion et de proposition, ce qui est faux. » « On a un vrai risque que notre système démocratique s'effondre et que ceux-ci aillent un jour vers un régime autoritaire. »
C'est toute la presse qui s'inquiète de l'incertitude liée au vote de demain. Chronique d'une censure annoncée. Un exécutif au bord du précipice. Même les titres étrangers prédisent un chaos politique en France. Pourtant, à 24 heures du coup de grâce, certains membres du gouvernement croient encore au miracle. Toujours la même rengaine, sans eux, ce sera pire. « On est dans un moment critique pour la France. » « Qui peut croire qu'en appuyant sur le bouton nucléaire, on va obtenir un joyeux feu d'artifice ? » « On sait très bien qu'on risque gros. » « Vous mettez des secteurs entiers dans la mouise. » « C'est l'instabilité pour le pays. » « On risque un chaos.
» « L'impôt sur le revenu qui augmente. » « On risque la crise financière. » « Pas d'augmentation, voilà. » « Tous les secteurs seront perdants. » « Regardez bien ce qui s'est passé en Grèce. » « Ce n'est pas ceux qui sont riches qui sont les premiers impactés. » « C'est les plus modestes. » « Le gouvernement tente le tout pour le tout. » « L'entourage du premier ministre affirme que le RN a refusé trois rendez-vous à Matignon avant le 49.3 et accuse l'extrême droite. » « Réponse de Marine Le Pen et de Jordan Bardella cet après-midi. »
« Dans des manœuvres d'enfumage et de désinformation, le parti de M. Attal dénonce une supposée collusion entre le Rassemblement National et LFI. »
« Une motion de censure n'est pas une alliance, c'est l'expression d'une défiance. » De son côté, la gauche se positionne comme il y a cinq mois pour Matignon. « Lucie Castet est de retour. »
« J'ai fait partie de la solution à l'été. Je me suis tenue disponible et je me suis préparée à gouverner avec l'ensemble des forces du nouveau Front Populaire. »
« Et les socialistes assurent que le NFP restera uni. » « Nommer un premier ministre ou une première ministre de gauche, mais avec le souci permanent du compromis. »
« Si ça doit aller dans l'autre sens. »
« C'est le Front Populaire au gouvernement et c'est le Front Républicain à l'Assemblée. » Proposition d'ores et déjà rejetée par l'Elysée, qui aurait plusieurs noms en tête, parmi lesquels Bruno Rotaillot, Gérard Larcher, François Bayrou ou Sébastien Lecornu. Le président de la République rentrera d'Arabie Saoudite demain et pourrait annoncer rapidement un nouveau premier ministre.
Alors nous allons revenir sur les noms des potentiels successeurs de Michel Barnier, mais d'abord cette question de Jean-Luc en Haute-Marne. C'est le grand bazar, oui, mais à qui la faute ? Aux Français, aux élus, au président ?
À tout le monde, par définition. D'abord le président, évidemment, son erreur historique de la dissolution pèse très lourd. Et les Français, du coup, lui en veulent énormément sur ce plan. C'est-à-dire que nous avons un président extrêmement impopulaire et qui, du coup, ne peut pas tout à fait jouer le rôle de grand sage, que les institutions appellent normalement s'agissant du président de la République, par exemple pour réunir des forces politiques et leur demander de trouver des compromis. Président d'un côté.
Deuxièmement, il est clair que les Français ont une responsabilité à partir du moment où ils ont voté aux législatives uniquement pour empêcher des forces politiques d'arriver au pouvoir ou d'y rester, et non pas pour choisir une force pour diriger le pays. On a eu aux législatives, ce qui ne s'était jamais produit sous la Ve République, un vote d'empêchement d'accès au pouvoir et non pas un vote d'attribution du pouvoir. Or, les élections, ça sert à attribuer le pouvoir. Donc, contre les macronistes au premier tour, contre le RN au second, le nouveau Front populaire est sorti en tête parce qu'on l'avait un peu oublié. D'accord. Mais ça ne va pas au-delà.
Et puis, dernière chose, évidemment, les députés, le Bloc central et les Républicains soutenaient Barnier. Je ne sais pas si Barnier va en parler ce soir, mais ça a été un soutien catastrophique. Catastrophique, en vérité. Ils se sont déchirés entre eux, ils n'ont pas travaillé correctement à l'Assemblée nationale, ils n'ont pas fait corps pour soutenir Barnier, sauf hier où ils s'y sont mis. Et par ailleurs, le RN a joué la politique du pire. Ça s'est développé à partir du procès, des réquisitions du procès, et de la victoire de Trump aux États-Unis, qui au fond a donné une clé sur le thème.
Il faut être absolument anti-système, aucune complicité avec les gouvernants, si on veut succéder à Macron le jour venu.
Je voudrais vous montrer cette affiche, cette communication du groupe Renaissance, main dans la main pour faire tomber le gouvernement. C'est-à-dire qu'ils communiquent depuis quelques heures sur le fait que le RN va voter avec la France insoumise, que c'est une alliance, au fond, pour faire chuter le gouvernement. Ça semble profondément agacé, Marine Le Pen.
Oui, c'est l'agace, mais ça n'ira pas très loin, parce qu'au fond, le RN communique sur le fait qu'ils veulent juste faire tomber le gouvernement, qu'ils ne pactisent pas. Bon, après, il y a une alliance de fête, quand même. Et cette alliance ne s'arrête pas là, c'est-à-dire que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont tous deux un intérêt qui est convergent, c'est de faire trébucher au plus vite Emmanuel Macron pour provoquer une présidentielle anticipée. Les deux la réclament, donc il y a un moment, on peut quand même considérer qu'il y a cette alliance entre les deux, que Marine Le Pen le veuille ou non.
Et il ne faut pas oublier, à l'intérieur de cette alliance-là, le rôle déterminant du Parti Socialiste, quand même.
On va en parler. Dans un instant, je voudrais juste qu'on boucle la boucle sur le RN, puisqu'on a entendu l'ensemble du gouvernement cibler Marine Le Pen, faisant preuve d'irresponsabilité. Et on voit bien que le RN, désormais, est en première ligne pour assumer la responsabilité de ce qui est en train de se passer. C'est un problème pour Marine Le Pen ou pas ?
Je pense que c'en est un qu'elle n'a pas forcément réalisé dans son ampleur, dans l'effet de vague du séisme. Un peu comme on l'a dit tout à l'heure de la décision de dissolution, c'est-à-dire que c'est un de nos constitutionnalistes qui disait que c'était le syndrome de la menthe religieuse, les pouvoirs qui s'annulent comme ça, entre la motion de censure et la dissolution. Cette espèce de pulsion de mort, elle est très paradoxale dans la manière dont les institutions le vivent. Et il y a un peu d'impulsivité, il y a un peu de psychologie, il y a un peu de tout ça dans la motion de censure. Donc je pense que l'agissement de Marine Le Pen a peut-être été aussi un peu précipité par sa base.
Donc il y a eu quelque chose qui l'a un peu dépassé dans cette prise de position. Mais maintenant les conséquences elles sont délétères parce que si elle arrive à faire le marche-pied à un gouvernement de centre-gauche, alors là elle a vraiment tout perdu. Si elle pactise avec un nouveau gouvernement mais qui finalement joue sur ses plates-bandes, elle peut y perdre aussi. Et il y a quand même cet effet de déstabilisation du système financier, constitutionnel. Il y a vraiment des conséquences de cette motion de censure qui vont être quand même ou une revalorisation si vraiment le président de la République arrive à remettre la barre et à se dire bon c'était un loupé mais on va y arriver.
Soit au contraire une déstabilisation des institutions sur le long terme qui peut quand même...
Elle peut être tenue pour responsable, vous pensez à ça ?
Moi je pense qu'elle fait un coup de poker. Elle sait très bien qu'il y a un risque immédiat qui est que le vrai visage de l'extrême droite surgit, c'est pas le parti de l'ordre, c'est le parti du désordre. Donc elle sait que dans un premier temps c'est ce qui va lui être reproché et que ça peut lui coûter notamment dans l'électorat de droite traditionnel. Donc ça peut l'empêcher d'élargir son arc. Mais je pense qu'elle fait un calcul à beaucoup plus long terme qui consiste à dire vous verrez en fait, et tout dépend du président de la République, si le président de la République renomme très rapidement un successeur à Michel Barnier, finalement tout peut rentrer dans l'ordre.
Les marchés ne s'agitent pas trop. Et peut-être que dans 2-3 semaines elle pourra nous dire vous voyez il ne s'est rien passé, je vous avais dit qu'il ne se passera rien, il ne se passera rien. Donc finalement ce n'était pas si grave. Puis vous voyez le nouveau gouvernement, il n'est pas si mal. Donc en fait pour ce qu'elle calcule, c'est quand même quelqu'un, c'est un animal politique hors normes. Il faut lui reconnaître. Donc je pense qu'elle se dit, on regarde, allez dans plusieurs mois ce qui va se passer, j'en dirai, oh, pas si grave finalement, on verra.
Michel Barnier