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AutreFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 5 avril 2025 59 minContradictoireMixte

Guerre commerciale : Trump contre l'Europe et le reste du monde

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Présentateur

France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent Bonjour à tous. Le monde est en état de choc et quels que soient les dégâts déjà considérables, c'est sans doute l'objectif recherché. Ivre de son pouvoir, Donald Trump inflige à l'économie planétaire un traumatisme sans précédent. Droit de douane à tout va, matraquage tarifaire des pays qui étaient jusqu'à lui les plus proches alliés des Etats-Unis, démantèlement du système qui depuis 80 ans régissait le commerce international pour leurs plus grands bénéfices. En deux jours, les bourses mondiales ont dévissé et d'abord les indices new-yorkais.

Le dollar a fléchi, les chaînes de valeur sont ébranlées, les échanges sont plombés, les acteurs économiques restent stupéfaits, des secteurs entiers sont plongés dans l'inquiétude. Qu'importe, le 47ème président des Etats-Unis a proclamé mercredi soir, depuis le jardin de la Maison-Blanche, qu'il libérait son pays de tous ceux qu'il a qualifiés de voleurs, de tricheurs, de profiteurs, de violeurs, de salopards. Autrement dit, tous les partenaires coupables d'afficher des excédents de leur balance commerciale. La Chine est l'Union Européenne en tête.

L'économie mondiale a basculé dans l'ère MAGA avec sa brutalité, son vocabulaire et ses méthodes de calcul qui ont laissé pantois les économistes les plus blasés. Ce matin, au tableau des punitions différenciées brandies par Donald Trump et qui frapperont mercredi prochain, Washington vient d'ajouter une surtaxe générale de 10%. Partout de Tokyo à Londres, pourtant mieux traité, la même question se pose, comment répondre ? Faut-il déclencher immédiatement des représailles, comme l'a fait hier Pékin, en augmentant ses propres droits de 34% ? Ou faut-il préserver un espace de négociation en flattant celui qui se targue d'être le roi du deal ?

En Europe, à Bruxelles, comme au niveau national, on hésite. La Commission européenne se dit prête à réagir par étapes et à envisager d'utiliser de nouveaux outils de coercition, notamment à l'encontre des géants américains du numérique. À Paris, Emmanuel Macron insiste sur la nécessité d'une réponse vigoureuse au moment où la solidité des liens transatlantiques est aussi remise en cause en matière de défense et de sécurité. À Berlin, le prochain chancelier est sur la même longueur d'onde, mais aura-t-il les moyens de résister aux accommodements espérés par les industriels allemands de l'automobile et de la chimie ?

Les partenaires européens vont-ils rester unis alors que leurs exportations ne sont pas menacées de la même manière ? Au-delà des hésitations tactiques des principaux protagonistes, une question massive reste en suspens. Quelles seront les répercussions du raidissement protectionniste et mercantiliste de l'administration Trump 2 sur l'économie américaine elle-même ? Jusqu'ici, la plus puissante, la plus dynamique, la plus innovante de toutes et quel impact sur la marche du monde ?

Eh bien, c'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous, Elvire Fabry, responsable géopolitique du commerce à l'Institut Jacques Delors, rapporteur du groupe de travail sur les relations Union européenne-Chine. Agatha Kratz, ravie de vous accueillir à nouveau, vous êtes associée de Rodium Group, qui est un centre de recherche extrêmement pointu sur l'économie mondiale et vous êtes responsable du bureau Europe. Éric Chanet, ravi aussi de vous recevoir à nouveau, expert associé sur les questions d'économie à l'Institut Montaigne, ancien chef économiste du groupe AXA, et Shane Vallée, chercheur en économie politique au Conseil allemand des relations étrangères à Berlin.

Éric Chanet, Donald Trump, avec son vocabulaire particulier, s'est écrié mercredi soir « Rich, rich, rich, on va être riche comme jamais ». Bon, ce qu'on voit depuis deux jours, c'est presque de l'autophagie, c'est-à-dire qu'on a vu s'évaporer, en bourse en tout cas, 5,4 trillions de dollars. On a du mal à imaginer ce que ça représente. Oui, je crois que vous aviez utilisé le mot automutilation. Je le trouve assez bien choisi. Les marchés financiers ont immédiatement réagi. Comme il faut bien que l'argent aille quelque part, ça a fait baisser les taux d'intérêt à long terme.

Mais Trump dit, et c'est ce que aussi Scott Besant, le ministre des Finances américain, a dit « Bon, ça sera un petit peu dur au début, mais vous allez voir, les lendemains chanteront ». Et mon analyse, c'est que si ces mesures sont maintenues, c'est ainsi important, si ces mesures sont maintenues, c'est catastrophique à court terme, mais c'est encore pire à long terme. Nous voilà bien partis. Donc les lendemains qui chantent seront des lendemains qui déchanteraient d'une manière très impressionnante. Alors pourquoi ? À court terme, il y a un premier effet massif, c'est qu'on ne sait pas où on va.

Et pour toutes les décisions prises par les entreprises, n'avoir aucune idée de là où on va conduit à un attentisme total, qu'il s'agisse des embauches, des investissements. On fait le dos rond en attendant de comprendre le monde que Trump a préparé. Je parle des entreprises mondiales, mais évidemment, avant tout, des entreprises américaines. Si on va vers les 20% des estimations pour les tarifs mondiaux que les États-Unis introduisent, entre 20 et 25%, c'est au-dessus de ce que la loi Smoot-Hawley, en 1930, avait imposé et qui avait généralisé la récession. Avec les résultats qu'on connaît. Avec les résultats qu'on connaît.

Et une autoroute pour Hitler pour arriver au pouvoir en particulier. Mais l'inflation montera assez rapidement. Elle peut monter de deux points, sachant que... Aux États-Unis. Aux États-Unis. Je vais parler des États-Unis. Sachant qu'on est déjà à 2,5%, 3%. Et donc, on pourrait être entre 4% et 5%. Alors rappelons-nous que si les Américains ont voté pour Trump, c'est qu'ils étaient horripilés par la très forte hausse des prix sorties de Covid. Eh bien là, il y en aura une couche de plus. Et les gens ont une mémoire qui n'est pas si courte que ça. Et il semblerait que pour Pâques, comme les œufs sont devenus trop chers, les Américains vont peindre des pommes de terre. Eh bien voilà.

Mais qui sait si les pommes de terre ne vont... C'est anecdotique, mais c'est grave. Le prix des œufs est une des choses qui a frappé tout le monde aux États-Unis parce qu'il a doublé ou triplé. Donc, inflation très forte, ce qui veut dire affrontement avec la réserve fédérale, quoi qu'il se passe dans l'économie réelle. Ensuite, récession. Ça me paraît maintenant être le scénario de loin le plus probable. Les chaînes de... Vous en avez parlé, mais les chaînes de valeurs ajoutées sont mondialisées. Par exemple, entre les États-Unis et le Canada, il y a des échanges pour des entreprises manufacturées américaines qui consistent à passer 10 fois la frontière.

Alors si à chaque fois, on a 10% de tarifs, on arrête. Et même entre les États-Unis et l'Union européenne, bien évidemment. Encore plus. Je citais le Canada parce que le Canada a été relativement épargné et puis qu'il y a une intégration très forte des deux économies. Donc récession à court terme avec augmentation du chômage qui est augmentée par les licenciements dans la fonction publique, par l'attitude d'attentisme que j'ai signalée, même pour les entreprises qui vont bien. Et donc tout ceci est très mauvais à court terme. Mais voilà, c'est le long terme que je trouve le plus important.

Et les entreprises qui vont bien et les alliés les plus riches, si j'ose dire, les barons de la tech qui étaient tous là empressés au moment de la prestation de serment du président des États-Unis et dont la valorisation vient d'être frappée de plein fouet. Donc, Elvire Fabry, venons-en à ce qui nous concerne aux premiers chefs, nous, Européens, et nous, en France. Est-ce que l'on va voir un défilé de nos dirigeants à Washington ?

On sait qu'hier, et c'est quand même sidérant, la première conversation dont Donald Trump s'est flatté, c'est celle avec le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam, le Vietnam, le pays le plus frappé, ayant l'excédent commercial le plus sidérant avec les États-Unis parce qu'il a servi, évidemment, de plateforme triangulaire, en quelque sorte, pour beaucoup d'entreprises chinoises. Et Donald Trump a dit « j'ai eu une très très bonne conversation ». Donc, et le Vietnam a abaissé ses propres droits à zéro. Donc, est-ce que cela veut dire qu'il y aura des dirigeants européens tentés de suivre le même chemin ?

9:28
Invité

Alors, j'irais qu'heureusement, la politique commerciale est une compétence exclusive de l'Union européenne. Il faut bien le rappeler, on a des débats, là, dans les États membres, mais la décision, elle se fera sur proposition de la Commission européenne au Conseil européen, à la majorité qualifiée. Et on a commencé à entendre déjà des voix un petit peu dissonantes sur le choix des produits qui avaient été introduits dans l'enveloppe pour répondre aux droits américains sur l'acier et l'aluminium. On pense au Bourbon et la menace de Donald Trump de 200% sur tous les vins et champagnes européens. C'est exactement le mauvais scénario vers lequel on s'avancerait.

Et c'est ce que souhaite Donald Trump, c'est diviser les Européens, c'est les amener à venir faire des concessions. Il faut bien avoir à l'esprit que lorsque Donald Trump, là, parle de réciprocité sur les droits de douane, dans le cas européen, on n'est pas tellement sur des écarts de droits de douane importants. Ce qu'il vise, c'est surtout les réglementations européennes, les barrières non tarifaires auxquelles il veut s'attaquer, les barrières sur le numérique, les barrières sur les normes environnementales, qui sont des éléments sur lesquels on ne peut pas négocier en tant que tels. Là, ce sont nos choix collectifs.

On peut décider de les appliquer d'une certaine façon et de manière plus ou moins sévère, notamment sur tout le contrôle des plateformes américaines. Mais pour les Européens, c'est un moment où l'unité des 27, ou en tout cas à 26, si on exclut le vote hongrois, va être décisive pour calibrer la réponse européenne. Et on est en mesure, aujourd'hui, avec les nouveaux instruments que l'on a, de pouvoir faire mal, mais il faut qu'il y ait une coordination très étroite des États membres.

11:16
Présentateur

Ce qui est intéressant, je crois, c'est qu'en matière de commerce, précisément, ce n'est pas la règle de l'unanimité qui compte, c'est la majorité qualifiée.

11:24
Invité

Absolument. Si on était amené, en particulier, à utiliser l'instrument anticoercition, dont on s'est équipé en 2023, mais qu'on n'a pas encore utilisé.

11:36
Présentateur

Donc, c'est quoi, pardon ? Non, elle est au bout de votre face, pardon, puis vous nous direz c'est quoi les instruments d'anticoercition, parce que c'est un terme, effectivement, peu utilisé jusqu'ici.

11:46
Invité

Alors, si la Commission européenne la prend le temps d'apporter une réponse et de dire, voilà, quelle va être la mesure de rétorsion ? Déjà, comment on va réagir ? C'est qu'on a plusieurs instruments, aujourd'hui, sur la table. On a un règlement d'enforcement qui permettrait de répondre déjà aux droits de douane sur l'acier et l'aluminium, y compris face aux droits de douane sur le secteur automobile. Et qui permettrait... Tous ces droits-là sont déjà entrés en vigueur. Absolument. Et qui permettraient déjà d'appliquer des nouveaux droits de douane sur des importations américaines.

Mais on a un instrument qui est beaucoup plus intéressant pour nous et qui permettrait de répondre aux droits réciproques, donc les fameux 20%, qui est cet instrument anti-coercition. On voit bien que Donald Trump, en voulant s'attaquer aux réglementations européennes, nous amène sur un terrain de coercition économique très clair. Et là, pour les Européens, ça veut dire qu'ils pourraient, sur un vote à la majorité qualifiée et sur proposition de la Commission, à la fois restreindre l'accès au marché européen pour les biens, mais aussi pour les services.

C'est très intéressant à un moment, lorsque l'on voit que les Américains, non seulement exportent beaucoup de services vers l'Union Européenne, mais sont très dépendants de notre marché et de l'accès à nos données. Donc sur les services, restreindre l'accès au marché public. On peut cibler des entreprises, plus précisément. On peut même cibler des individus, suspendre les droits à la propriété intellectuelle. Et on peut faire ça de manière cumulative. Donc on a les moyens de faire mal.

Maintenant, il faut que la Commission Européenne calibre et choisisse les services de manière chirurgicale, qui ne sont pas indispensables aux Européens, mais qui permettraient là pour le coup, justement, d'établir une vraie réciprocité.

13:35
Présentateur

Même si cela veut dire que ça nous coûterait plus cher à nous aussi, en termes de consommateurs d'outils numériques en particulier.

13:43
Invité

L'objectif serait éventuellement de mettre en place des taxes sur les services numériques qui n'ont pas un coût pour les Européens, qui auraient un coût pour les entreprises américaines, et d'éviter précisément d'avoir une enveloppe trop importante, notamment de biens sur lesquels on applique des droits de douane, parce que ça aurait aussi un coût pour les Européens. Mais il faut bien garder à l'esprit qu'il faut rentrer dans une logique de résilience. Il va falloir mettre en place aussi des aides pour compenser les secteurs les plus fragilisés. Mais Donald Trump n'est pas là pour s'arrêter aux menaces initiales qu'il est en train d'appliquer à travers ses droits de douane.

14:27
Présentateur

Donc Donald Trump ne va pas s'arrêter. Chahine Vallée, évidemment, les trois économies européennes, qui ont les excédents les plus importants avec les États-Unis, ce n'est pas malheureusement l'économie française, c'est l'Allemagne, l'Italie et aussi l'Irlande, dont on ne parle jamais, mais qui pour des raisons fiscales, et en particulier en ce qui concerne l'industrie pharmaceutique, qui n'est pas encore, je crois, désignée nommément par la Maison-Blanche. Bon, ce sont les trois pays, évidemment, qui, au sein de l'Union européenne, sont en première ligne.

Donc, en ce qui concerne l'Allemagne, Chahine, est-ce que le prochain chancelier, qui n'est pas encore en fonction, peut résister aux demandes déjà exprimées par les responsables de l'industrie automobile, de l'industrie chimique allemande ?

15:23
Invité

Oui, je pense que oui. Il faut noter que, puisque l'Allemagne a un surplus des plus importants, et notamment que ce surplus est en partie dû aux exportations de véhicules, l'Allemagne est aujourd'hui doublement touchée. C'est-à-dire qu'elle est touchée par les 20% de tarifs douaniers qui sont appliqués à tous les pays de l'Union européenne, mais elle est touchée d'autant plus par les 25% de tarifs douaniers additionnels sur le secteur automobile. Donc, l'Allemagne est aujourd'hui peut-être la plus vulnérable face à la politique commerciale de Trump.

Mais il semble, en tout cas, on verra quand le nouveau chancelier sera installé, mais il semble que cette exposition ne change pas l'engagement de l'Allemagne à répondre de manière assez dure à la politique commerciale de Trump. On a eu quelques déclarations ces deux derniers jours, notamment du vice-chancelier Habeck, qui évoquait ce que Elvire évoquait, c'est-à-dire de s'attaquer aux services. Et je pense que toute la question aujourd'hui en Europe, au-delà de la question des services, c'est aussi de ce qu'on fait sur les biens. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, nous serions fondés à répondre aux tarifs douaniers de l'administration Trump par des tarifs douaniers équivalents.

Des tarifs douaniers équivalents en dollars, c'est-à-dire que ces 20% de tarifs douaniers représentent un dommage de peut-être 75 milliards de dollars. Nous serions aujourd'hui fondés à appliquer aux États-Unis des dommages du même montant, ce qui amènerait à introduire des tarifs douaniers en retour, non pas de 20%, mais plutôt de l'ordre de 40 à 50% si on exclut les produits énergétiques. Et ça, on pourrait tout à fait le faire en étant absolument conforme aux règles de l'OMC. Donc, on a cette option-là, et j'ai envie de dire que c'est l'option la plus simple et la plus évidente, qui ne nécessite pas de mobiliser de nouveaux outils.

C'est une option dure et à la fois coûteuse pour nous, parce qu'en imposant cet tarif douaniers, nous endommagerions nos exports. Et il n'est pas évident que ce soit la meilleure réponse à apporter aujourd'hui. Mais ce qu'il est certain, c'est qu'une réponse combinant services et biens est nécessaire et qu'elle est urgente. Et je pense que tout le monde est aujourd'hui assez sidéré par la rapidité avec laquelle la Chine a répondu. Et je pense que ça met un peu de pression sur l'Union européenne, notamment sur les ministres du Commerce extérieur qui vont se réunir lundi à Bruxelles, de trouver un consensus et un compromis rapide.

17:52
Présentateur

Et dans ce consensus, Chahine, pardon que je vous interromps, mais l'Italie, Madame Meloni, qui s'est tellement flattée de ses amitiés avec le président des États-Unis, avec Elon Musk, on voit, je crois qu'elle était sur la rail hier, elle est quand même très embarrassée, l'économie italienne.

18:14
Invité

Elle a évoqué, avant même que l'administration Trump déclenche cette nouvelle vague de tarifs, elle avait déjà évoqué l'idée que répondre un dollar pour un dollar en matière de tarifs serait une erreur. Donc elle est déjà sur une attitude beaucoup plus conservatrice. Je ne pense pas malgré tout qu'elle ait envie aujourd'hui de se mettre toute l'Europe à dos et d'adopter une position trop pro-américaine dans ce contexte. Donc je pense qu'elle militera pour une réponse plutôt douce et plutôt lente. Mais je ne pense pas, par exemple, qu'elle aille jusqu'à voter contre le consensus.

Et par ailleurs, comme Elvire l'a rappelé, ces décisions doivent être prises sous initiative de la Commission à la majorité qualifiée. Et donc même si l'Italie, et j'ai envie de dire, même si l'Italie et même si la Hongrie ensemble votaient contre, si le reste de l'Union est favorable, ces décisions s'imposeront.

19:13
Présentateur

Agatha Kratz, on sent qu'il y a évidemment, en Europe, et cela s'ajoute encore une fois à toutes les interrogations, sinon les anxiétés, concernant la sécurité et la défense européenne, on sent qu'il y a une convergence, en particulier des opinions publiques. On en discutait ici même samedi dernier, en Europe. Pour autant, est-ce que cette envie de combativité, à votre avis, peut être soutenue à moyen et à long terme, puisque Éric Chanet, d'entrée de jeu, nous disait que ça va être très difficile à court terme, et encore pire à long terme ?

19:56
Invité

Je pense qu'il faut remettre tout ce qui s'est passé les deux, trois derniers jours dans le contexte de la négociation, puisqu'on est dans une phase de négociation. La façon dont on interprète, cher Odium, et pour ma part, les tarifs qui ont été mis en place depuis les deux derniers mois par l'administration Trump, ce sont trois types de tarifs différents. On a des tarifs stratégiques et sectoriels, sur l'auto, bientôt sur l'industrie pharmaceutique, probablement sur les semi-conducteurs, potentiellement sur ce que l'administration appelle machinerie, mais tout ce qui est l'industrie mécanique et de robotique.

Et ces tarifs-là, ils ont pour vocation de ramener une activité productive aux États-Unis. On a un deuxième type de tarifs, qui sont les tarifs à 10%, cette espèce de baseline tarif, comme ils l'appellent, qui sont le niveau de tarif qui est appliqué au monde entier, depuis la décision du 2 avril, il y a quelques jours. Et ces tarifs-là, pour moi, ils ont pour objectif de collecter le revenu nécessaire à l'administration Trump pour baisser les impôts. C'est ce qu'ils ont promis pendant la campagne. Et enfin, on a les tarifs réciproques, qui ont été annoncés il y a quelques jours, et pour moi, ce sont des tarifs qui sont des tarifs de négociation.

Et donc, à l'heure actuelle, on voit une Union européenne qui est extrêmement combative. Elle était déjà combative à l'annonce des tarifs sur l'aluminium et sur l'acier, puisque la Commission a dit très rapidement qu'aux 26 milliards de commerces qui étaient impactés par ces tarifs, la Commission répondrait par un équivalent de 26 milliards de mesures de rétorsion sur un certain nombre de produits américains.

Donc, on la voit très combative sur ce front-là, et on va la voir, je pense, très combative sur le front des tarifs réciproques, avec ce qui, me semble, serait une proposition d'un paquet très extensif de contre-tarifs, mais aussi, comme on le parlait, potentiellement d'utilisation de l'instrument anti-coercition. Tout ça, c'est du court terme et c'est de la négociation. Je ne pense pas qu'il y a qui que ce soit en Europe qui ait envie d'avoir une situation globale où on ait des tarifs sur les exportations européennes et des tarifs sur les importations américaines qui restent dans le long terme, surtout au niveau où ils sont aujourd'hui, 20% d'un côté, potentiellement 20-25% de l'autre.

Et donc, il faut comprendre cette combativité comme une combativité de court-moyen terme pour arriver à une négociation avec Trump. Et on voit des pays, tous les pays du monde qui ont finalement chacun une stratégie à eux, mais on voit quand même deux grands groupes, on voit les pays qui ne répondent pas et qui choisissent de ne pas répondre parce qu'ils se disent que finalement, la rétaliation, Trump n'aime pas ça et qu'il ne faut pas se mettre dans une situation où on peut avoir des tarifs en plus et c'est le Japon, c'est le Mexique. Quand on compare Mexique et Canada, le Mexique a été beaucoup plus limité dans sa réponse.

C'est l'Inde, ce sont des pays comme ça qui espèrent obtenir quelque chose d'un deal, d'une négociation et qui espèrent que finalement, au bout de six mois ou d'un an, tout reviendra à la normale. Et ensuite, on a les pays comme l'Union Européenne et la Chine, on en parlait il y a une minute, qui eux choisissent de répondre fortement pour se donner une position extrêmement, une fois de plus de puissance dans la négociation. Aussi, et je pense parce qu'à la fois la Chine et les Européens savent que l'administration de Trump ne les porte pas dans leur cœur et que, quoi qu'il arrive, au bout du compte, ils ont moins de chances d'arriver à une négociation qui soit favorable.

Et donc, on voit une position qui est forte. Long terme, ce sera beaucoup plus dur de tenir cette position. Évidemment, quand on commencera à avoir l'impact sur les économies mondiales, européennes notamment, ce sera difficile. Mais, peut-être mon dernier point est de dire, Éric l'a très bien dit, l'effet de ces droits de douane sont terribles pour le monde. Ils sont avant tout terribles pour les États-Unis. Ce sont les États-Unis qui vont souffrir le plus des tarifs qu'ils s'imposent. Et donc, je pense qu'il y a aussi une stratégie européenne, chinoise, globale, qu'on va voir se déployer, d'attente.

D'attente que, finalement, dans un mois, on voit les chiffres du commerce qui montrent que ça n'a rien changé. D'attente qui vont montrer que dans un mois, l'inflation augmente. D'attente qui vont montrer que dans un mois, on aura enlevé au marché américain et donc aux pensions américaines et aux retraités américains une valeur énorme. Et donc, je pense qu'il y a aussi une espèce de stratégie d'attentisme en disant voyons qui blinks first, qui cligne des yeux en premier, comme disent les Américains, et voyons où on en est dans un mois. Donc, il y a un peu de ça, je pense. Et la négociation, il faut comprendre que c'est le contexte actuel.

24:20
Présentateur

Éric Chanet, on a vu le président de la République, c'était jeudi, après-midi, réunir solennellement un certain nombre de chefs d'entreprise, de représentants de secteurs entiers de l'économie et leur demander de faire preuve de patriotisme et donc d'arrêter d'investir aux Etats-Unis. Apparemment, la réaction de quelques poids lourds a été plutôt négative en disant mais voilà, nous, on n'en a rien à faire pour reprendre une expression plus polie que celle qu'utilise le Figaro qui rapporte certains de ses propos. Le patriotisme économique, ça peut fonctionner dans la conjoncture actuelle ? Je crois vraiment, Agatha a très bien résumé la situation. On est dans une situation de négociation.

Quand je dis que c'est catastrophique pour les Etats-Unis, ça n'a pas complètement échappé à Scott Besant, par exemple. Le ministre des Finances. Le ministre des Finances américain. Et donc, dans une négociation, il faut montrer qu'on est capable de répondre d'une manière importante. Est-ce que demander aux entreprises européennes, puisque le français, c'est quelque chose, mais c'est quand même pas énorme, de ne plus investir aux Etats-Unis peut faire partie de la panoplie de réponses ? Je ne crois pas. Tout simplement parce qu'il n'est pas dans le pouvoir des exécutifs ou de la Commission européenne d'interdire les investissements aux Etats-Unis. Mais tout ça est quand même en trompe-l'œil.

Parce que je voulais vous dire tout à l'heure que si cette politique Trumpion est maintenue, c'est vraiment le statut des Etats-Unis à long terme qui est menacé. Pour être très très court, les trois grands atouts de l'économie américaine depuis longtemps, c'est l'innovation entrepreneuriale. Elle est complètement menacée quand vous avez une économie qui est donnée aux mafieux qui entourent Trump. Donc moins de concurrence. Et je donne à mes copains et pas aux autres. Plus les coupes claires dans les budgets des grandes universités, des centres de recherche. Ça, c'est bien. C'est mon deuxième point.

depuis le nazisme, c'est l'afflux des scientifiques européens qui a permis aux Etats-Unis de devenir la grande base en sciences, en physique, en mathématiques, et tout ce que vous voulez. Or, aujourd'hui, beaucoup de chercheurs ne veulent plus aller aux Etats-Unis. Les universités américaines vont avoir beaucoup de peine à recruter. En plus, des coupes sombres dont vous parliez, qui touchent aussi bien les universités publiques que privées, les universités privées étant très fortement touchées par la baisse des marchés, puisqu'elles ont un gros capital qui leur permet quand même de financer une bonne partie de leur activité. Donc, ce deuxième atout est menacé.

Le troisième, et c'est peut-être le plus important, c'est la règle de droit. Parce que quand même, une des forces de l'économie américaine, c'est que s'il y a des jugements dans les tribunaux de New York, c'est quelque chose qui tient la route. Mais comment faire confiance à l'État de droit quand vous avez un président qui dit je veux me représenter une troisième fois alors qu'aucun constitutionnaliste ne pense que c'est possible ? Donc, à long terme, est-ce que ça sera, si cette politique est maintenue, mais je pense que c'est un gros si, est-ce que ça a du sens de prévoir de nouveaux investissements à long terme dans l'économie américaine ? La réponse est non si on maintient ça.

Donc, ce n'est pas la peine de demander aux entreprises de ne pas le faire. En revanche, il y a les investissements qui sont déjà faits, ceux qui sont programmés. Et là, on ne va quand même pas ajouter, si je puis dire, du mal au mal. Laissons les entreprises le décider. Je pense que vous l'avez très bien dit, c'est sur les questions commerciales. Et là, on a un pouvoir de négociation qui est énorme parce que c'est l'Union européenne dans son ensemble qui répond et non pas tel pays ou telle entreprise. C'est là qu'il faut se bagarrer plus que sur les investissements.

Chahine Vallée, dans une tribune que vous avez publiée il y a quelques jours dans le quotidien Le Monde, vous avez employé cette expression qui est très appropriée, me semble-t-il, s'agissant encore une fois de la manière dont les Européens peuvent répondre à court et à moyen terme à cette politique trumpienne. Vous avez dit extension du domaine de la lutte. Alors, extension à quoi ?

28:31
Invité

Extension à ce qu'on a évoqué un peu plus tôt, c'est-à-dire sortir d'une logique qui se restreindrait à la question commerciale et à la question du commerce des biens pour toucher aux services. Donc, on a évoqué les services numériques un petit peu plus tôt, les services financiers aussi où on a des leviers assez importants. on pourrait imaginer qu'on pourrait contraindre l'accès des fonds américains à l'épargne européenne, contraindre les opérations des banques américaines en Europe.

Donc, on a un certain nombre de leviers qu'on n'a aujourd'hui pas exploités et qu'on pourrait exploiter en mobilisant ce qui a été évoqué plus tôt, qui est cet instrument d'anticoercition qui ouvrirait justement les portes de nouveaux domaines de la lutte.

Et pour ça, il faut que l'Union européenne accepte qu'on sorte en réalité du champ commercial dans lequel on est peut-être nécessairement perdant et qu'on étende un petit peu à d'autres domaines réglementaires, ce qui implique aussi de prendre des risques puisque vu ce qu'on connaît de la capture de l'administration américaine par les géants du numérique, je pense que si on allait sur ce terrain-là, on s'exposerait à de nouvelles représailles, mais je pense qu'il faut qu'on aille sur ce chemin-là. J'aimerais rajouter un mot sur la question de la négociation qui a été évoquée et par Eric et par Agatha. Je pense qu'ils ont raison, on rentre dans une ère de négociation.

La question est de savoir négociation sur quoi. Et moi, ce que je pense, c'est qu'en fait, nous ne sommes plus dans une négociation simplement commerciale et il y a eu un glissement assez important entre la première administration Trump et la seconde avec l'arrivée notamment de gens comme Scott Besant ou de Stephen Mirren qui est de considérer que les déficits commerciaux chroniques des États-Unis ne sont pas seulement dus à des questions commerciales, mais sont dus aussi à des questions monétaires et notamment à la surévaluation structurelle du dollar.

Ce que Mirren et Besant pensent, c'est que puisque le dollar est la devise de réserve internationale de référence, le dollar est structurellement surévalué et puisqu'il est structurellement surévalué, l'économie américaine souffre d'un déficit commercial chronique. Et donc, ce qu'eux ont en tête, et je pense qu'ils sont aujourd'hui minoritaires dans l'administration Trump, mais je pense que c'est important de le signaler, ce qu'eux ont en tête, c'est une négociation qui inclurait la question des changes et notamment du taux de change bilatéral entre le dollar et le renminbi, mais aussi de manière plus large le taux de change euro-dollar, le yen et compagnie.

Et donc, je pense que ce qu'il est possible d'envidager et ce qui d'ailleurs ne serait pas forcément à notre désavantage, c'est une négociation multilatérale qui sortirait de la question purement commerciale pour venir toucher aux questions macroéconomiques de manière plus générale et y compris à la question de change avec éventuellement une réévaluation du renminbi, un affaiblissement de dollars et peut-être des interventions coordonnées à la manière des accords du Plaza en 1985.

Et donc, je pense que nous, Européens, devons tendre la main aux Américains malgré la gifle qu'ils viennent de nous mettre en proposant un deal de cette nature-là, sachant qu'en plus, vu que l'Allemagne est en train de bouger fortement sur sa politique budgétaire, nous avons des arguments pour dire que les Européens sont déjà en fait en train de faire de leur côté des choses importantes pour résorber les surplus courants structurels européens et que nous sommes un acteur bienveillant de l'économie mondiale aujourd'hui, peut-être plus que nous l'avons été par le passé et nous pouvons accepter un deal de cette nature.

Je pense que ce n'est pas évident que ce soit dans le logiciel trumpien aujourd'hui puisqu'il est plutôt un homme de deal bilatéraux, mais je pense qu'un deal multilatéral de cette nature, dont le cœur est quand même un accord entre les États-Unis et la Chine, serait à notre avantage et puisque la France aura la présidence du G7 l'année prochaine au même moment où les États-Unis auront la présidence du G20, nous avons peut-être là un alignement des astres qui permettrait une telle négociation.

32:16
Présentateur

En espérant que d'ici là Donald Trump ne décide de se retirer à la fois du G7 et du G20 dont on se souvient pendant son premier mandat qu'il trouvait quand même les séances beaucoup trop longues. Agatha Krass, la Chine, on sait bien et ce n'est pas nouveau, ce n'est pas uniquement Donald Trump et ceux que Eric Chanet a qualifié tout à l'heure de mafieux, il faut bien dire que ceux qui entourent, enfin l'équipe actuelle est très différente de l'équipe de Trump. La Chine est la cible principale et il y a là un consensus bipartisan aux États-Unis depuis plusieurs années puisque la Chine a la prétention de dépasser les États-Unis pour le centième anniversaire de la révolution communiste.

Donc là, on a vu que dès hier, Pékin a décidé de répliquer fortement même si on peut penser que les importations de produits américains en Chine sont évidemment bien moindres que ce qui se passe dans l'autre sens. Quel est selon vous le raisonnement de Xi Jinping et de son équipe ce matin ?

33:41
Invité

Alors, je pense qu'il y a deux, trois choses à dire avant de se lancer dans cet exercice, de se demander ce que Xi Jinping pense. Juste de rappeler à tout le monde qu'on pourrait penser qu'à 34%, la Chine sentit moins mal que le Vietnam, moins mal que certains autres pays sur la liste. Mais en fait, ces 34% de droits de douane qui ont été annoncés sur la Chine s'ajoutent à 20%, 10 plus 10 qui avaient été annoncés en février puis en mars sur une raison d'urgence nationale un peu comme le Mexique et le Canada liées aux opioïdes. Et donc, on avait eu déjà deux fois 10% qui avaient été appliqués comme droits de douane sur la Chine. Cela s'ajoute évidemment, donc on arrive à 54%.

En plus de ça, on avait bien sûr sous Biden des tarifs qu'on appelle de section 301 qui avaient été imposés sur un grand nombre de produits dont des batteries, dont des véhicules électriques à 100% si on s'en rappelle et qui s'ajoutent en plus évidemment aux tarifs qui avaient été mis en place par Trump durant sa première présidence. Et donc en fait, si on ajoute tout ça, il y a plusieurs calculs qui ont été faits sur le sujet, mais si on ajoute tout ça, le niveau de droit de douane imposé sur la Chine à l'heure actuelle est de plus de 65%. Donc la Chine est vraiment touchée plus que n'importe qui au monde par ses droits de douane américains.

Et donc ça, c'est très important pour commencer à comprendre comment c'est une ping et réfléchie. On est à 65%, on est dans un contexte d'embargo total, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune exportation chinoise qui va trouver un chemin commercialement viable vers les Etats-Unis dans ce contexte-là.

Il faut s'appeler aussi que pendant la première guerre commerciale, la Chine avait profité de l'ouverture et puis de la disponibilité de pôles de manufacturing ou de pôles de transchippement qu'on appelle au Vietnam, en Thaïlande et dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est pour faire passer ces produits par d'autres pays où les droits de douane étaient moindres ou alors pour faire ce qu'on appelle un assemblage final où en fait on amenait tous les produits et tous les intrants de Chine, on les mettait ensemble au Vietnam puis on renvoyait tout ça aux Etats-Unis.

C'est plus possible dans le contexte actuel puisqu'en fait on a plus de 40% sur le Vietnam, plus de 30% sur la Thaïlande, plus de 30% sur la Malaisie et donc tout ça s'est mis à mal et donc on va avoir vraiment une situation chinoise qui va se devenir extrêmement difficile. Il faut se rappeler qu'en 2024, la Chine dit qu'elle a cru à 5%. On pense à de taux de croissance de 5%. À Rodium Group, on pense que ce taux de croissance était beaucoup plus proche de 2,5%. Et le seul élément sur lequel on est d'accord avec les statistiques chinoises c'est de dire que 1,4% était lié aux exportations.

Donc ça veut dire que 2 tiers de la croissance chinoise l'année dernière était liée à sa capacité à exporter évidemment aux Etats-Unis, évidemment en Europe, évidemment dans le reste du monde. Ce qui en termes politiques et sociaux en Chine est catastrophique. Exactement, en termes d'emplois, etc. Donc ça, c'est le contexte pour essayer de comprendre ce qui se passe. Je pense que sur les deux premiers mois de la présidence Trump, Xi Jinping pensait que Trump était une colombe au milieu des faucons. Et on l'a entendu dire par plusieurs sources qui nous disaient on pense que Trump peut être acheté. Il est corrompu, vous le disiez vous-même, c'est une mafia.

Il peut être acheté et donc on pense qu'on va pouvoir arriver à une négociation qui soit concrète. Le fait que la Chine soit frappée, le fait qu'elle soit frappée si fort, le fait qu'elle soit frappée plusieurs fois va probablement diminuer la crédibilité d'un deal entre la Chine et les Etats-Unis.

Je pense que si Jinping en est conscient, qui plus est, ce que la Chine est prête à offrir, ce qui est de l'investissement probablement aux Etats-Unis, ça a été mis de côté par un document qui est très important qui s'appelle le America First Investment Policy Memo qui dit en gros que si la Chine investit en quoi que ce soit autre que du textile et des meubles, c'est considéré comme problématique du point de vue de la sécurité nationale américaine. Et donc finalement, il n'y a pas grand-chose que la Chine peut offrir. Elle pourrait offrir évidemment un accord sur le Genminbi, mais elle voit les accords du Platza réévaluer sa devise pour que le Genminbi soit plus cher, moins compétitif.

Ce serait totalement contraire,

37:56
Présentateur

encore plus contraire à ses intérêts.

37:58
Invité

Exactement. Donc ça irait contre ses exportations. Il faut se rappeler aussi que la Chine voit les accords du Platza qui avaient été conclus entre le Japon et les Américains comme le début du déclin japonais. Évidemment, ils veulent absolument éviter le déclinisme japonais des dernières décennies. Et enfin, c'est très dur puisqu'en fait, la tendance, elle est plutôt à la détérioration plutôt qu'à la réévaluation du Genminbi. Donc tout ça se combine finalement dans une espèce de contexte où un deal est peu crédible à mon avis. Alors il y aura des discussions évidemment. La prochaine discussion, elle va se tenir dans les prochains jours sur le cas TikTok.

Il faut se rappeler que Trump avait dit si on arrive à un accord sur TikTok, peut-être que j'accepterais de baisser. Et donc,

38:41
Présentateur

comme j'accepterais, enfin surtout ceux qui ont des enfants jeunes, une application qui évidemment est très différente de Douyin qui est l'équivalent en Chine et donc l'administration Trump veut que ce soit racheté par des entreprises américaines mais ce n'est pas si facile et donc il a été annoncé hier qu'il offrait un nouveau délai pour que ce rachat soit opéré. Elvire Fabry, est-ce que cela veut dire que les Européens ont intérêt dans un tel contexte à se rapprocher de la Chine ?

C'est-à-dire, on sait que évidemment le danger est plus grand encore d'être envahi par les surplus d'exportation que la Chine ne pourra plus déverser aux Etats-Unis et on voit déjà ce qui se passe en Europe avec les voitures électriques chinoises néanmoins est-ce que c'est stratégiquement la chose à faire ?

39:42
Invité

Mais Trump est en train de faire un formidable cadeau à la Chine parce que ce que craignait Pékin ces dernières années c'était non seulement un rapprochement entre les Etats-Unis et l'Union Européenne dans un mouvement de découplage et l'Union Européenne avait été très claire à travers la voix de la présidente de la Commission Européenne les Européens sont pour un dérisking et pas un découplage donc on développe notre propre approche de la sécurité économique en voulant réduire nos dépendances excessives à la Chine mais en ne s'alignant pas complètement sur la stratégie américaine et finalement les dialogues de ces dernières années sous la présidence de Biden n'avaient pas donné grand chose en termes de coordination de mesures anti-Chine s'étaient restées relativement limitées et là d'une certaine façon Trump est en train de nous repousser un peu plus proches j'ai pas envie de dire dans les bras de Pékin mais plus proches de la Chine et pas simplement les Européens c'est aussi d'autres pays à travers le monde et il y a quelques jours il y a eu ce dialogue réengagé entre le Japon la Corée du Sud et la Chine alors la Chine a un peu survendu

40:57
Présentateur

non mais la Chine toujours on se souvient que Xi Jinping avait fait le numéro à Davos en disant nous sommes les apôtres du multilatéral

41:06
Invité

absolument et se positionnant aujourd'hui comme grand défenseur non seulement de l'OMC mais de la mondialisation d'un commerce équilibré même si la Chine n'accepte pas plus de négociations pour encadrer notamment les subventions donc aujourd'hui la Chine se rend bien compte que les Européens pourraient avoir davantage besoin aussi du marché chinois et aussi de l'accès à l'innovation chinoise ce qui nous met dans une position compliquée parce que comme vous l'avez évoqué il y a ce risque que l'on anticipait déjà de réorientation des flux commerciaux chinois qui s'ils n'accèdent pas au marché américain auront besoin d'accéder au marché européen qui est le marché le plus indispensable à la fois en termes de taille et de profondeur de capacité de consommation en particulier on le sait aujourd'hui on en a beaucoup parlé ces derniers mois mais pour leur véhicule électrique mais c'est au-delà de ça même toute leur technologie verte et ça veut dire pour les Européens à la fois prendre des mesures pour ne pas être envahis par des produits d'abord dumper des produits très peu chers qui exercent une concurrence violente sur toute une série de secteurs et on le sait déjà on a des secteurs qui sonnent des cris d'alarme depuis déjà plusieurs mois y compris dans la chimie et la commission européenne a multiplié l'écart de mesures d'enquêtes anti-dumping et aujourd'hui se saisit aussi de nouveaux instruments qui ont été adoptés en plus de l'anticorercition qu'on évoquait tout à l'heure de contrôle sur les subventions étrangères de réciprocité dans l'accès au marché public on a des instruments là aussi qui nous permettent de mettre en place des mesures pour ne pas se laisser envahir par des arrivées importantes d'importation chinoise mais il faut qu'on ajuste justement cet équilibre entre se protéger établir des règles enfin maintenir des règles de concurrence équitable et en même temps maintenir un accès au marché chinois en particulier aujourd'hui on a besoin de transferts de technologies c'est à dire que la relation s'est inversée après qu'on ait opéré des transferts de technologies forcés il faut bien le rappeler pour accéder au marché chinois aujourd'hui on a besoin d'assurer ces transferts de technologies et notamment de conditionner l'investissement chinois sur le marché européen par des clauses de contenu local tout en respectant les règles de l'OMC mais qui favorise les transferts de technologies et l'utilisation d'une main-d'oeuvre

43:42
Présentateur

locale donc bon courage à la commission européenne parce qu'on est véritablement de plus en plus sur deux fronts une question encore réponse brève malheureusement l'heure avance le Mercosur donc ça va relancer malgré les réticences françaises ça va relancer le besoin de ce grand accord de libre-échange avec les pays d'Amérique latine

44:09
Invité

la situation actuelle montre encore plus qu'il y a quelques mois qu'il y a une dimension géopolitique géoéconomique très forte dans cet accord qu'on a absolument besoin de diversifier rapidement nos marchés d'exportation mais aussi d'importation pour certains minerais critiques essentiels et il est temps qu'on ait un débat sérieux notamment en France sur cet accord parce qu'avoir une classe politique qui est à 100% et opposée à un accord comme celui-là et qui n'est même pas en mesure de ratifier l'accord que l'on a avec le Canada dont on voit d'abord tous les bénéfices positifs mais aujourd'hui encore plus qu'on a absolument besoin de cet accord et même trouver d'autres débouchés aussi en particulier en Asie du Sud-Est parce qu'il va y avoir une concentration enfin un approfondissement des échanges commerciaux en Asie du Sud-Est qui va se confirmer dans les mois années qui viennent et il faut être présent au-delà déjà des accords que l'on a avec le Vietnam la Corée du Sud le Japon et c'est ce que la Commission européenne a engagé en accélérant des négociations aujourd'hui avec la Thaïlande les Philippines mais il y a aussi derrière l'Indonésie la Malaisie avec l'Inde on sait que ça va être compliqué il ne faut pas être trop optimiste c'est toujours compliqué mais il faut poursuivre

45:33
Présentateur

les négociations Éric Chanet venons-en à l'autre aspect on a beaucoup exploré évidemment les volets commerciaux à la fois Etats-Unis et Union européenne ça représente quand même je crois à peu près un tiers des échanges mondiaux avec la Chine bien sûr il y a le volet le dollar et la politique monétaire américaine et on a vu hier le président des Etats-Unis dire ce serait quand même bien que la banque centrale américaine baisse les taux d'intérêt et quelques heures après le patron de la Fed Jonathan Powell qui a dit l'inverse qui a dit c'est pas le moment et de toute façon avec ce qui vient d'être annoncé sur le plan des droits de douane chômage inflation récession aux Etats-Unis donc est-ce qu'on va là pour retourner dans le champ proprement états-unien est-ce qu'on va là vers un affrontement entre la Fed institution indépendante et la Maison-Blanche oui je crois qu'on est déjà rentré dans cet affrontement que le président Trump avait préparé rappelons-nous quand même que c'est lui qui a nommé Jay Powell mais pour souligner l'importance de ce sujet c'est que l'importance elle est politique plus d'inflation c'est quelque chose qui peut faire perdre les mid-term elections aux républicains si en plus il y a une récession et qu'il y a plus de chômage et que les marchés financiers continuent à dévisser quand même pour les américains via leur fonds de pension c'est leur retraite et leur retraite future et surtout les électeurs Maga 40% bon je vais pas vous embêter avec des chiffres mais cet affrontement il est dans le tuyau si je puis dire et la grande question ça sera est-ce que la réserve fédérale considère que le surcroît d'inflation dû aux tarifs douaniers est transitoire ou pas et Jay Powell a déjà donné une indication dans ce sens là il dit bah oui c'est peut-être possible de considérer que ce pic des prix est transitoire auquel cas c'est l'économie réelle donc l'emploi le chômage qui devrait avoir la plus importance pour les décisions du comité de politique monétaire si nous regardons à travers le pic d'inflation et que l'économie se détériore dans ce cas là il peut y avoir il me semble que Jay Powell a déjà de son point de vue donné la possibilité d'un compromis avec l'administration mais il n'est pas tout seul au sein du comité de politique monétaire qui s'appelle le FOMC aux Etats-Unis beaucoup des gouverneurs et beaucoup des membres du FOMC sont d'un avis différent et se disent si on a une inflation à 4 ou 5% il est impossible de baisser les taux d'intérêt car c'est la crédibilité de la Fed à long terme qui est en jeu alors imaginons que la Fed ne baisse pas les taux là le ton peut vraiment monter est-ce que l'administration ou est-ce que le congrès peut changer le statut de la Fed c'est quasiment impossible il faudrait une majorité bipartisane mais il existe d'autres options juridiques qui sont assez terrifiantes et qui sont défendues par des juristes côté Trump je parle de gens qui cultivent ces idées depuis longtemps et qui disent dans le fond la démocratie américaine le fondamental de la démocratie américaine c'est que c'est le peuple qui a le pouvoir et qui représente le peuple c'est le président le président nomme les directeurs des agences qui ne sont pas complètement indépendantes quand même Christine et bien s'il a le pouvoir de les nommer il a le pouvoir de les révoquer quelle que soit la cause qu'il invoque et non pas seulement comme c'est prévu aujourd'hui en cas de comportement criminel d'un dirigeant d'une agence il risque d'y avoir cet affrontement entre l'administration Trump et la réserve fédérale va probablement passer par la cour suprême qui aura à statuer là-dessus et si jamais la cour suprême donnait raison aux fondamentalistes le président nomme il peut virer alors là je pense que pour les marchés financiers ça serait une catastrophe auprès de laquelle celle auxquelles nous assistons maintenant serait une rigolade parce que les marchés obligataires dévisseraient aussi alors ça rejoint ce que vient de déclarer le président du Council on Fund Relations à New York M.

Froman il a dit en fait les Etats-Unis se rapprochent du modèle chinois un nationalisme capitaliste d'état Agatha Kratz on aurait pensé à tout sauf à ça

50:21
Invité

oui et je pense qu'évidemment les différences sont grandes également mais la formule

50:28
Présentateur

est quand même

50:28
Invité

frappante mais je pense qu'en tout cas on s'éloigne d'un modèle qui est un modèle que l'Europe aime beaucoup qui est un modèle basé sur les règles et les règles internationales et les règles politiques et les règles constitutionnelles je pense que cette semaine on a vu la mort de l'OMC de l'Organisation Mondiale du Commerce puisqu'en fait si chaque pays s'engage dans une négociation bilatérale avec les Etats-Unis ça veut dire que l'OMC ne sert plus à rien puisque l'OMC était censé maintenir des niveaux de droit de douane à un niveau plurilatéral donc oui je pense que le plus important finalement dans ce que dit Eric c'est de souligner le niveau d'incertitude incertitude sur la politique américaine incertitude sur la politique de la Fed incertitude sur le niveau des droits de douane à court moyen long terme puisqu'en fait les négociations toute négociation prendra du temps donc combien de temps vont rester les droits de douane qui viennent d'être annoncés incertitude sur les chaînes de valeur etc etc et ça c'est terrifiant

51:25
Présentateur

Chahine Vallée brièvement est-ce que cette cette incertitude elle est crainte appréciée dirait-on en franglais de la même manière dans toutes les capitales européennes selon vous Chahine

51:49
Invité

non pas exactement mais je pense même ceux qui oui vous m'entendez

51:56
Présentateur

oui absolument on vous entend on vous écoute même

51:59
Invité

vous m'entendez

52:00
Présentateur

oui absolument allez-y

52:02
Invité

très bien oui non je pense que même les capitales européennes qui avaient un a priori favorable à l'administration Trump sont en train de déchanter vous aviez évoqué Mélanie et Orban plus tôt on les entend quand même beaucoup moins aujourd'hui donc je pense qu'il y a quand même beaucoup moins d'espoir aujourd'hui dans ce que cette administration peut produire et je pense que la comparaison avec la Chine qui vient d'être faite est presque optimiste je pense que le modèle américain aujourd'hui de cette nouvelle administration s'approche beaucoup plus du modèle latino-américain du Venezuela ou de l'Argentine en matière de politique économique ou poutinien des institutions donc je pense que poutinien poutinien vient d'ajouter Eric Channet parmi ceux qui étaient oui oui et je pense que du coup même ceux qui en Europe adulaient le modèle Trump il y a peu sont en train de déchanter d'ailleurs on voit que le trumpisme fait beaucoup moins d'émules y compris à l'extrême droite en Europe donc je pense qu'il y a quand même un retour à la réalité

53:06
Présentateur

Elvira Fabry essayons de conclure cette conversation sur une note peut-être je n'ose pas dire optimiste mais en tout cas dynamique en ce qui concerne précisément l'Europe nous avions cette conversation ici même samedi dernier les opinions publiques européennes ça déplaît évidemment en France en particulier à des franges de l'opinion publique en France et à son personnel politique mais il y a une envie d'Europe une envie d'une protection européenne d'un moment européen et ce qu'on peut imaginer espérer que cette nouvelle frappe cette nouvelle gifle Trump infligée par Donald Trump aux Européens coupable selon son expression toujours très raffinée d'avoir entubé les Etats-Unis d'Amérique est-ce qu'on peut espérer en ce moment européen

54:12
Invité

là on a beaucoup parlé de la réponse à Trump la réponse bilatérale et la coordination avec les pays tiers mais en fait la première priorité pour les Européens là c'est d'abord de renforcer la compétitivité de l'Union Européenne compétitivité capacité de défense puisque là quand on parle des réactions des capitales et de ce moment de déniazement si je puis dire le terme est un peu brutal mais vis-à-vis des Etats-Unis on voit aussi que l'on est on ne parle pas simplement de commerce on parle de capacité de sécurité et vous en parlez suffisamment dans cette émission et pour tous les pays notamment du nord de l'Europe qui s'était beaucoup tourné vers les Etats-Unis pour les garanties de sécurité et pour un commerce très intense vivent ce double moment de choc et pour l'Union Européenne ça signifie d'abord compter sur nous approfondir le marché unique on en a parlé approfondir enfin d'abord mettre sur pied une stratégie de politique industrielle dans le secteur de la défense et beaucoup plus largement les chantiers sont énormes on a pris du retard mais on a un potentiel de croissance économique par l'approfondissement de ce marché unique si on se dote d'une capacité d'investissement donc ça passe par les propositions des rapports l'Etat-Draghi et notamment une union de l'épargne et de l'investissement la fameuse union des marchés des capitaux aller chercher l'épargne des Européens investir dans l'innovation et la recherche se doter là aussi d'une capacité en matière d'industrie de défense mais aussi réduire nos dépendances dans le secteur digital donc compter beaucoup plus sur nous-mêmes et je dirais qu'on est à un moment où il faut retrouver l'unité que l'on a connue au moment du Brexit quand les Européens évitaient de prendre des positions dans les capitales de manière désordonnée et il faut accélérer aujourd'hui notre capacité d'investissement est comptée d'abord sur nous-mêmes donc en effet on a entendu ces deux derniers jours notamment les courants d'extrême droite dans différents états membres se dissocier en disant que c'était la faute de l'Union Européenne si on était frappé par ces droits de douane de Donald Trump mais aujourd'hui il s'agit au contraire de passer le pas vers un degré d'intégration européen beaucoup plus clair

56:53
Présentateur

mais on en revient toujours aux recommandations de deux Italiens remarquables donc Enrico Letta et Mario Draghi Mario Draghi on a envie d'imaginer un hôtel où on mettrait des bougies Saint Mario Draghi faites en sorte que vos recommandations soient appliquées par nos différents gouvernements d'un mot Eric Cheney pour l'économiste que vous êtes au delà des vœux pieux c'est jouable pour l'Europe brièvement je pense qu'il faut penser long terme et que les trois points que j'ai signalé qui faisaient la force de l'économie américaine innovation entrepreneuriale science et règle du droit c'est là qu'il faut aller à fond en Europe il faut être plus compétitif il faut avoir un droit européen et il faut miser massivement sur la science misons sur la science et misons sur le dialogue et je vous remercie bien évidemment tous les quatre d'y avoir contribué brillamment ce matin Eric Cheney vous publiez plusieurs papiers l'un fort intéressant dans la revue Telos et évidemment les analyses que vous publiez sur le site de l'institut Montaigne Elvire Fabry sur le site de l'institut Jacques Delors bien sûr vos analyses et en particulier le décryptage avec Michèle Bertolini de l'arsenal de défense commerciale européen contre ce que vous appelez l'impérialisme de Trump Agatha Kratz sur le site de Rodium Rodium ça s'écrit R-H-O-D-I-U-M je le précise parce que nous sommes à la radio et que les analyses de Rodium sont toujours extrêmement précieuses Chahine Vallée vous avez co-signé avec David Amiel un papier dans le monde sur l'urgence de déployer un arsenal de défense économique crédible à la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud à la technique Guillaume Ficheux Laura Duteche-Pérez m'a aidé à préparer cette émission comme la documentation de Radio France bien sûr et dans un instant voici les carnets de santé de Marina Carrère d'Encos très bon week-end et à samedi prochain M.A.

59:14
Locuteur

M.A. M.A.