Guerre en Ukraine: l'interview en intégralité de Jean-Noël Barrot
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
BFM TV est en Ukraine avec le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud. Il nous a accordé une interview exclusive à Kharkiv, la deuxième ville du pays, symbole selon lui de la résistance ukrainienne à l'agresseur russe. En visite pendant deux jours, vous allez l'entendre, le ministre veut réaffirmer le soutien de la France à Kiev au micro de Nicolas Kouadou. Bonjour Jean-Noël Barraud, merci d'avoir accepté cette interview. Aujourd'hui on n'est plus à Kiev, on est dans l'est de l'Ukraine, à quelques dizaines de kilomètres de la ligne de front. Pourquoi avoir choisi de venir jusqu'ici ?
Parce que Kharkiv est une ville symbole de la résistance et de la résilience ukrainienne. C'est une ville qui, à 30 kilomètres de la ligne de front, à 30 kilomètres de la Russie, a repoussé par trois fois l'envahisseur en 2014, en 2022, en 2024. C'est donc un exemple, c'est la deuxième ville de l'Ukraine et c'est une ville dont la population a été héroïque et que nous soutenons au travers d'un certain nombre de projets qui sont portés par des entreprises françaises ou des associations.
Volodymyr Zelensky a annoncé un nouveau ronde de négociations mercredi à Istanbul avec la Russie. Est-ce qu'il faut en attendre sincèrement quelque chose ou est-ce que finalement c'est juste pour la forme ces négociations ?
Ça fait cinq mois que l'Ukraine a marqué sa disponibilité pour un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours et permettant d'ouvrir des négociations conduisant à une paix juste et durable en Ukraine. Je crois que c'est à la Russie désormais d'accepter le même principe et quoi qu'il en soit, la condition pour y parvenir, c'est une rencontre au niveau des chefs d'État entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine et c'est un cessez-le-feu inconditionnel.
Est-ce que la France doit avoir sa place à cette table des négociations ?
Écoutez, on a eu ce débat pendant de longs mois jusqu'à ce que la France accueille pour la première fois les Ukrainiens, les Américains et les Européens à Paris. C'était il y a quelques mois. Nous jouons un rôle évidemment essentiel dans la résolution de cette crise. La semaine dernière encore, la France a joué un rôle majeur pour que l'Europe adopte des sanctions massives contre la Russie pour forcer Vladimir Poutine à cesser le feu.
Justement, ces sanctions, c'est le 18e train de sanctions. Qu'est-ce que ça veut dire qu'on en arrive à 18 trains de sanctions ? Est-ce que ça veut dire que les 17 premières n'ont pas suffisamment porté leurs fruits ?
Si, les 17 premiers paquets de sanctions ont amputé le budget russe de nombreuses ressources qui lui auraient permis. Sinon, peut-être, aujourd'hui, de fragiliser l'Ukraine un peu plus. Ce nouveau paquet de sanctions est beaucoup plus massif que les précédents. Nous avons beaucoup travaillé à faire en sorte qu'il permette d'assécher les ressources pétrolières notamment sur lesquelles s'appuie Vladimir Poutine pour financer son effort de guerre.
Vous avez parlé hier de fraternité d'armes. Votre homologue, que peut faire aujourd'hui la France pour aider son frère d'armes, l'Ukraine, à gagner cette guerre ?
Écoutez, c'est d'abord accentuer la pression sur la Russie en continuant à travailler sur des paquets de sanctions de plus en plus massifs pour faire changer à Vladimir Poutine son calcul qui le conduit aujourd'hui à cibler de manière indiscriminée, de manière inhumaine et indigne les populations civiles ici à Kharkiv ou encore à Kiev et dans les autres villes ukrainiennes. Et puis d'autre part, c'est de poursuivre notre soutien résolu à l'Ukraine, soutien budgétaire, soutien militaire, soutien économique également. Autant de chantiers sur lesquels nous avons échangé avec les autorités ukrainiennes depuis mon arrivée hier.
Depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche, on a vu quand même un changement de paradigme de la part des Etats-Unis au regard de l'Ukraine. Comment est-ce qu'on compose avec quelqu'un comme Donald Trump qui peut changer d'avis entre le lundi, le mardi ou le mercredi ?
Je constate que le président Trump a fixé un ultimatum de 50 jours à Vladimir Poutine pour cesser le feu, sous peine de très lourdes sanctions, de droits de douane de 100% sur la Russie et sur ses partenaires commerciaux. Je constate également qu'il a marqué sa disponibilité à fournir du matériel militaire à l'Ukraine, ce qui est sans doute le signal le plus crédible qu'il a choisi son camp et qu'il a décidé désormais de soutenir l'Ukraine pour aboutir à son objectif, exprimer très clairement depuis le début, qu'il a paix durablement en Ukraine.
Justement, ces sanctions promises par Trump en cas de refus de cesser le feu de la Russie, vous y croyez totalement à leur mise en œuvre à l'issue de ces 50 jours ou pas ?
Depuis des semaines, nous nous coordonnons avec les sénateurs américains qui ont eux aussi conçu un paquet de sanctions un peu à l'image de celui que nous venons d'adopter au niveau européen, qui est très dissuasif et qui a vocation à presser, à pousser Vladimir Poutine à cesser le feu. Je souhaite vivement que ce paquet de sanctions américains, qui est aujourd'hui soutenu par la quasi-intégralité des sénateurs américains, puisse être adopté au plus vite.
Dernière question, M. le ministre. Très rapidement, en une phrase, est-ce qu'aujourd'hui l'Ukraine a les moyens de gagner cette guerre sur le terrain militaire ?
En tout cas, elle a la force d'armes pour le faire et c'est ce qui compte le plus puisque dans cette guerre d'agression, c'est avant tout au moral des Ukrainiens que Vladimir Poutine cherche à s'en prendre.
Jean-Noël Barraud en direct d'Ukraine avec Nicolas Kouadou et la caméra de BFM TV. Thierry Arnaud, que faut-il retenir de l'intervention du ministre des Affaires étrangères ? Tout d'abord, la détermination de la France de continuer à soutenir l'Ukraine face à l'agresseur russe.
Oui, et de ce point de vue, j'allais dire, l'image compte autant que les mots, le geste compte autant que les mots, le geste consistant à se rendre dans cette ville de Kharkiv. À Kharkiv, on est à 500 kilomètres à l'est de Kiev. Olivier, on est que, Nicolas le rappelait, à quelques kilomètres seulement, quelques dizaines de kilomètres de la ligne de front. C'est une ville qui continue d'être prise d'assaut par les missiles et par les drones russes presque quotidiennement. Des milliers d'immeubles ont disparu, des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées, des centaines de victimes civiles sont à déplorer dans cette ville de Kharkiv.
Et la présence d'un ministre français dans cette ville, aujourd'hui, pendant quelques heures, c'est évidemment un geste de solidarité très fort. Pour le reste, effectivement, c'est la réaffirmation, à la fois dans le geste et dans les mots, que la France se veut être finalement le fer de lance de la diplomatie européenne pour soutenir l'Ukraine, militairement, financièrement, diplomatiquement, auprès du président américain, pour le convaincre d'être sur cette ligne également, et essayer de contraindre progressivement la Russie d'arriver à la table des négociations.
Alors on sait qu'il y aura ce dialogue qui est prévu à Istanbul, mais pour autant, dont on n'attend pas de miracle, et qui fera une pression beaucoup plus forte encore pour faire évoluer la position russe.
– En tout cas, Jean-Noël Barraud se félicite du changement de position de Donald Trump, qui désormais, selon lui, soutient fermement Kiev.
– Oui, alors vous avez raison d'être prudent dans la forme, parce que avec Donald Trump, on n'est jamais à l'abri d'un revirement dans l'autre ou dans l'autre. Mais pour autant, on a vraiment le sentiment, effectivement, pour le coup, d'une évolution qui est quand même assez claire, et qui va dans un sens qu'on peut facilement identifier. On est passé d'un Vladimir Poutine formidable, interlocuteur avec qui on pouvait discuter, avec lequel on pourrait négocier, à des déclarations qui se sont multipliées, pour dire finalement, à chaque fois qu'il me parle, dit Donald Trump, tout ça se passe très bien, il est très gentil avec moi, mais en réalité, il continue à faire ce qu'il veut.
– En gros, il me mène en bateau. – Il me mène en bateau, il me balade, et c'est la raison pour laquelle, effectivement, le président américain a issu cet ultimatum. Alors, cet ultimatum, il est à double détente, parce qu'il y a la menace de sanctions qui sont potentiellement très puissantes. – Ultimatum qui va jusqu'en septembre. – Mais effectivement, l'autre volet de la pièce, si l'on peut dire, c'est qu'il laisse 50 jours à Vladimir Poutine pour poursuivre sa guerre, on arrive à échéance le 2 septembre, et puis à l'échéance, il y a évidemment une question, est-ce qu'il mettra ces menaces à exécution ? Est-ce qu'il acceptera d'aller jusqu'au bout de ces sanctions ?
Il faut rappeler que ces sanctions, elles ne touchent pas seulement la Russie, elles touchent prioritairement, pour faire mal à la Russie, les pays qui achètent le pétrole russe, c'est-à-dire principalement l'Inde et la Chine. Est-ce que Washington est prêt à se mettre Pékin à dos pour faire plier Vladimir Poutine ? C'est une question évidemment qui reste posée. de la Russie et de la Russie.
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Jean-noël Barrot