Mélanie Vogel - Le Barbier du matin du 26/03/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mélanie Vogel, bienvenue. Merci. Bienvenue sur Radio-J. Dernière nouvelle, le chiffre du déficit public pour l'année 2023, on savait qu'il ne serait pas bon. Le budget comptait sur 4,9, ça sera 5,5% du PIB en déficit. Panique, faillite, rigueur, c'est ce qui nous attend ?
C'est le résultat d'une politique qui a été menée depuis des années, qui consiste à perdre des recettes publiques en faisant des cadeaux aux entreprises, en supprimant l'ISF, en refusant de taxer les super-profits.
En espérant que ça crée de l'activité et ça marchait depuis des années et ça marche plus.
Oui, et puis ça ne fonctionne pas. On a calculé qu'en 2023, si on avait accepté de taxer les super-profits, on aurait rapporté à l'État entre 10 et 12 milliards d'euros. Bon, on est en train de chercher aujourd'hui 10 milliards. Et seulement, je parle seulement des super-profits. Si on conditionnait les aides publiques aux entreprises, si on décidait de rétablir l'ISF, on a toute une série de recettes qu'on a choisi de perdre. Et donc, à la fin, on dit qu'on ne peut plus dépenser. Et on choisit, comme par hasard, de chercher des économies exactement là où on a besoin de construire de la solidarité, ce qui est nécessaire pour que l'activité du pays continue.
Économie sur le social, économie sur la transition écologique peut-être aussi.
Absolument. Non, c'est dramatique et c'est une logique qui ne va qu'amener au pire. C'est-à-dire que plus on crée de la précarité, moins l'économie va bien, plus on doit dépenser, moins on décide de taxer les comptes. C'est un cercle vicieux.
Alors, le combat n'est peut-être pas perdu, parce que sur la taxe sur les super-profits, il y a des gens dans la majorité, je pense au Modem, qui sont sur votre ligne. Si j'ose dire, si on lâche rien, on y arrive, non ?
Oui, bien sûr, j'espère en tout cas qu'un jour on va y arriver. C'est vrai, il y a aussi au Sénat, chez les centristes, un certain nombre de sénateurs qui, rationnellement, d'un point de vue pragmatique, ont bien compris que le fait qu'en pleine crise, là où les Françaises et les Français, et tous les Européens d'ailleurs, souffraient d'une inflation galopante, du fait majoritairement des super-profits des entreprises, puisque la Banque centrale européenne nous dit que c'est principalement ça, la source de l'inflation, qu'il était anormal qu'on ne puisse pas taxer ces profits-là pour pouvoir les redistribuer.
Donc, ce n'est pas un combat d'extrême-gauche, c'est un combat du pragmatisme en faveur d'une distribution des richesses plus équitable. Donc oui, moi j'espère qu'on y arrivera, mais en tout cas, si on y arrive, déjà il faudra voir qu'est-ce qu'on définit comme super-profit, comment ce sera taxé, est-ce que ce sera permanent, etc.
Et qu'est-ce qu'on fait de l'argent ?
Qu'est-ce qu'on fait de l'argent ? Et puis on aura, dans tous les cas, perdu déjà un certain nombre d'années avec les conséquences sociales qu'on connaît.
L'actualité, c'est aussi ce vote du Conseil de sécurité de l'ONU pour un cessez-le-feu immédiat à Gaza. Est-ce qu'Israël aujourd'hui est une nation isolée ?
En tout cas, il y a un consensus politique qui est devenu là maintenant un consensus onusien sur le fait qu'il faut un cessez-le-feu qui devienne un cessez-le-feu permanent. Bien sûr, il faut qu'il y ait des conditions pour que la paix puisse être trouvée.
Et notamment la libération immédiate des otages ?
La libération immédiate des otages, de toute façon, elle doit être inconditionnelle. Et ça, nous l'avons toujours dit. Sinon, on justifie le fait de faire des prises d'otages. C'est inacceptable. La prise d'otages est un mécanisme inacceptable. Et donc les otages doivent être libérés de manière inconditionnelle.
Netanyahou dit non. Il dit non, nous, on doit continuer la guerre. Ce serait une faute morale de ne pas continuer la guerre, dit-il, pour libérer les otages.
Écoutez, en tout cas, aujourd'hui, les otages sont... Enfin, il y a une certaine partie qui ont été libérée, mais il y a toujours des otages qui sont détenus. Et une négociation en cours. Une négociation en cours, dont évidemment, toutes les... Enfin, moi, je ne connais pas le contenu exactement, et c'est bien normal. Mais en tout cas, ce qu'on peut voir aujourd'hui, c'est que ça n'a pas... Ça fait cinq mois, et il n'y a pas... Tous les otages n'ont pas été libérés. Et il y a un nombre de victimes du côté palestinien, dont une grande partie sont totalement innocents, et elles sont trop nombreuses.
Et un peu utilisées comme bouclier humain, et un peu... L'Egypte n'en veut pas. C'est bloqué de tous les côtés.
Oui, mais en tout cas, il faut... Enfin, là, aujourd'hui, à part une solution diplomatique qui amène à un cessez-le-feu, qui amène à un accord de paix sur une solution à deux États, moi, je n'ai pas d'autre solution. C'est la seule voie. Je veux dire, la seule voie aujourd'hui, c'est la voie diplomatique. En fait, il faut... Enfin, la poursuite de la guerre telle qu'elle est menée aujourd'hui, c'est-à-dire une guerre qui fait un nombre de victimes civiles qui n'est pas, de mon point de vue, acceptable, ce n'est pas, je crois, à long terme, de toute façon, une manière d'arriver à la paix, ni pour les Israéliens, ni pour les Palestiniens.
Après l'attentat en Russie, Vigipirate remonte à son niveau maximum. On est dans une crainte d'attentat, une urgence attentat. Des lycées français, des établissements scolaires français ont été victimes aussi de piratage et de menaces. Est-ce que le législateur, le sénateur peut faire quelque chose ?
Alors, ce que le législateur peut faire, c'est renforcer les moyens de renseignement. Je crois que c'est là qu'on voit que dans les différents attentats qui ont eu lieu en France ces dernières années, c'est là que ça a beaucoup pêché. C'est sur les services de renseignement et notamment sur leur coordination et notamment au niveau européen. On a bien vu au moment du Bataclan qu'il y avait eu un déficit majeur de coordination entre les services de renseignement français et belges. On a besoin d'un renseignement européen. On a besoin de mieux coordonner tous les services de renseignement.
Et ça, effectivement, c'est en partie dans les mains du législateur, en partie parce qu'il faut des moyens humains.
Les Jeux olympiques, moment de risque, est-ce qu'il faut supprimer la cérémonie d'ouverture, la remettre dans un stade ? Est-ce qu'il faut qu'on prenne acte de ce risque trop fort ?
Je ne sais pas. C'est au service de l'État, évidemment, de faire le diagnostic du niveau de risque. Mais en tout cas, on sait que des menaces pèsent. Le terrorisme islamiste, il ne s'est pas arrêté. On a entendu les déclarations du Premier ministre sur les attentats déjoués cette année déjà.
Déjà deux attentats majeurs déjoués.
Voilà. Ce n'est pas à moi d'évaluer le risque et de prendre la décision. Mais évidemment, on sait que ces Jeux olympiques se passent dans un moment où le risque est important. Il faut prendre les décisions pour que la sécurité soit la meilleure possible sans tomber dans un certain nombre de travers qu'on a vus se mettre en place petit à petit où on utilise des moyens de surveillance qui sont censés être temporaires et qui ensuite deviennent permanents dans une démocratie où ça devient très compliqué.
Ça pourrait être des mesures exceptionnelles. Je pense notamment à la reconnaissance faciale par vidéo. Si après, on arrête.
Non, en fait, généralement, on n'arrête pas. Vous savez, à chaque fois qu'on a mis en place des mesures de ce type, on les met en place et puis après, on les fait perdurer avec tous les risques pour l'état des libertés publiques que ça comporte.
Donc, vous avez porté ce grand combat à faire entrer l'interruption volontaire de grossesse dans la Constitution, combat à gagner et après. Est-ce que, par exemple, vous prenez votre petite valise pour convaincre d'autres pays de faire la même chose ?
Alors, la dimension internationale du combat qu'on a mené, elle a été assumée dès le départ.
Avec notamment l'effet américain.
L'effet américain a créé, je pense, les conditions pour que cette demande qui était une demande de longue date puisse être entendue par le législateur et notamment par le gouvernement qui, au moment de l'arrêt de la Cour suprême, a changé de position. Avant, ils étaient contre. Au moment du renversement Roe versus Wade, là, le gouvernement dit c'est intenable d'être contre et on change de position et c'est en partie ce qui rend possible la victoire. Depuis le début, on dit nous le faisons pour montrer un chemin de progrès dans un contexte international de recul des droits sexuels et reproductifs, en particulier du droit à l'avortement. Donc, c'était l'objet depuis le début.
Ça a eu une répercussion mondiale. Le vote au Congrès, ça a fait la une de tous les journaux aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, partout en Europe, etc. Et moi, j'ai déjà, depuis qu'on a voté, un certain nombre de collègues européens qui m'ont fait part de leur initiative nationale pour faire la même chose. J'étais il y a quelques jours en Espagne où il y a une initiative d'une partie du gouvernement pour introduire le droit à l'éviégé dans la Constitution espagnole. Donc, ça essaie, oui, et j'espère qu'on va arriver à mener ce combat, notamment au niveau européen.
Est-ce que le prochain combat en termes de droit de société, de droit à utiliser son corps, ce n'est pas la gestation pour autrui ? L'accès à la GPA, bien entendu, GPA éthique, non GPA commercial. Yannick Jadot le proposait dans sa campagne présidentielle.
En tout cas, vous savez, moi, je suis sénatrice des Français de l'étranger. Donc, la GPA est interdite en France, mais elle est autorisée dans un certain nombre de pays.
Et des Français riches vont avoir un enfant par GPA et puis on le régularise quand il revient.
Alors, on le régularise de façon très, très compliquée depuis la loi bioéthique, puisque depuis la loi bioéthique, on a interdit la retranscription automatique des actes de naissance et donc on impose aux parents d'adopter leurs propres enfants. Processus qui peut prendre des années et qui, dans le cas d'une séparation, d'un décès, etc., peut engendrer des situations dramatiques. En tout cas, ce que je voulais dire, c'est que moi, je vois la situation pragmatique. La GPA existe dans le monde. Qu'on soit pour ou qu'on soit contre, ça existera au Canada, aux États-Unis, en Grèce, etc. Donc, il faut quand même se poser la question.
Qu'est-ce qu'on fait dans la situation où, de toute façon, des personnes y ont accès ? Les enfants qui naissent de ces GPA, ils n'ont rien fait. Je veux dire, ils ne sont pas responsables On ne va pas les punir d'être nés comme ça. Je veux dire, on n'est jamais responsable des conditions dans lesquelles on a été procréé. Et donc, ils méritent les mêmes droits que tout le monde. Et donc, je pense qu'effectivement, il y a un débat à avoir sur est-ce que c'est plus intelligent de continuer à avoir une situation actuelle où on interdit la GPA. Et donc, on a de toute façon des couples, 80% des couples hétérosexuels, par ailleurs, qui vont à l'étranger pour faire des GPA.
Et puis ensuite, de manière extrêmement compliquée, avec une insécurité juridique très forte pour ces enfants, on crée de la difficulté. Ou est-ce que c'est plus intelligent d'essayer de trouver les conditions en France d'une GPA qui serait, dont les caractéristiques éthiques, seraient acceptables pour la société française ? Moi, je penche plutôt vers la deuxième option. Il faut se rendre compte que si on ne fait pas ça, de toute façon, on continue dans la situation actuelle avec des Françaises et des Français qui ont recours à la GPA, à l'étranger, qui continueront à le faire. Donc, voilà, c'est une question, je veux dire, c'est une question pragmatique qu'il faut se poser.
Est-ce que l'écologie politique est en panne dans ces élections européennes ?
Non, écoutez, non, je ne pense pas. De toute façon, vous savez, moi, j'ai fait beaucoup de campagnes européennes. Généralement, c'est vraiment dans les dernières semaines que se dessinent les tendances. On a, voilà, je pense, la société française qui n'est pas encore rentrée totalement dans la campagne. En tout cas, voilà, moi, je sais que l'avenir du continent et au-delà le dessin du monde dans la prochaine décennie dépend de ces élections. La question, c'est de savoir est-ce qu'on arrivera à avoir une majorité au Parlement européen en faveur de la justice climatique, en faveur de la justice sociale, en faveur de la démocratie.
Et moi, je sais que la force du groupe écologiste, c'est ça qui a donné le pacte vert européen, c'est ça qui a donné un certain nombre de mécanismes pour contrer Victor Orban, c'est ça qui a donné le salaire minimum européen, etc. Et donc, voilà, moi, je sais quels sont les enjeux, je sais pourquoi on se bat. Et voilà.
Une union avec la liste Glucksmann-Place public-PS aurait donné un effet de force quand même incroyable. Quelque chose a peut-être été raté, là, non ?
Non, je ne pense pas. C'est mieux d'avoir un râteau élargi ? Écoutez, on porte des projets qui, à certains égards, peuvent se combiner au Parlement européen, c'est le cas. Et puis, sur certains autres aspects, on n'est pas d'accord. On n'est pas d'accord avec le groupe socialiste au Parlement européen, sur les traités de libre-échange, sur les règles budgétaires, sur la PAC. Ce sont des sujets importants où nous avons des désaccords. Et donc, de toute manière, nous siégeons dans des groupes différents. et je pense que c'est la seule élection, l'élection européenne, où on a ce mode de scrutin qui, pour moi, est le meilleur mode de scrutin qui existe, la proportionnelle, intégrale.
Donc, la proportionnelle, c'est le système qui permet aux forces politiques de présenter en transparence leurs projets. Et donc, c'est ce qu'on fait et les électeurs choisiront.
Résultat, le 9 juin, Mélanie Vogel. Merci, bonne journée.
Merci. Merci beaucoup, Christophe Barbier. On vous retrouvera demain à 7h45. Votre invité sera Laurent Escur, secrétaire général de l'Union nationale des syndicats autonomes.
Mélanie Vogel