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interviewBFM TV (sur YouTube)· 28 mai 2025 12 min

Harcèlement de Brigitte Macron: la prise de parole en intégralité de Marlène Schiappa

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Maintenant, Marlène Schiappa, l'ancienne ministre d'Emmanuel Macron, présidente de l'ONG Active. Si vous êtes là, madame Schiappa, c'est parce qu'aujourd'hui, sur les réseaux sociaux, bonsoir.

0:07
Marlène Schiappa

Bonsoir.

0:08
Présentateur

Vous avez fait part de votre colère contre ceux qui harcèlent le couple Macron et Brigitte Macron plus particulièrement. Dernier motif en date, c'est la fameuse scène de l'avion lors de l'arrivée du président de la République à Hanoï, avec ce que le couple présidentiel, le président de la République, a appelé précisément une chamairie, alors qu'on avait l'impression qu'il prenait une gifle de la part d'Emmanuel Macron. Jamais, dites-vous, une femme n'a été autant harcelée, menacée, intimidée comme madame Macron.

0:37
Marlène Schiappa

Absolument. Merci de me donner la parole sur ce sujet qui me paraît important, parce que je comprends que dans les priorités des Français, la défense de l'épouse du président de la République ne puisse pas apparaître dans leur top 3. Mais moi, je vais vous dire, j'ai fait la loi qui définit les raids numériques et le cyberharcèlement. Et ce que subit Brigitte Macron jour après jour depuis des années, s'est caractérisé dans la loi par ces raids numériques, par ce cyberharcèlement. Et franchement, je trouve qu'on est d'une cruauté, d'une méchanceté vis-à-vis de Brigitte Macron. Aucune personnalité publique n'a jamais subi le déferlement de haine que subit Brigitte Macron.

Et donc moi, je pense qu'il faut un moment que ça s'arrête, qu'il faut laisser Brigitte Macron tranquille, parce que quel que soit le prétexte, je pense qu'il faut déjà arrêter de tolérer ces faits-là. Elle a eu sur elle des critiques absolument terribles pour tout prétexte. On a remis en cause sa dignité de personne, son identité, sa dignité de femme. Vous vous rendez compte quand vous devez attaquer pour démontrer que vous êtes bien une femme, vous êtes bien la maman de vos enfants, mais on est dans une inhumanité, je trouve, absolument terrible. Et le cyberharcèlement fait des dégâts humains. C'est une personnalité qui ne prend pas part au débat politique.

Ce n'est pas une élue, elle n'est pas rémunérée pour accompagner le président de la République.

1:50
Invité

Mais vous qui la connaissez, qui l'avez fréquentée, est-ce qu'elle en souffre ?

1:54
Marlène Schiappa

Elle ne se plaint jamais. Et je suis là de ma propre initiative à titre personnel. Elle n'envoie personne la défendre. Elle ne se plaint pas. Elle considère qu'elle fait son devoir. Elle est dévouée sur la Fondation, les pièces jaunes, des causes comme justement la lutte contre le harcèlement scolaire. Mais moi, je vais vous dire, en tant qu'observatrice, en tant que féministe, je suis vraiment profondément choquée par le niveau de cruauté, de méchanceté et par aussi ce qu'on laisse un peu passer dans les médias.

Parce que que vous ayez de la manipulation, de la manipulation parfois de comptes étrangers, des trolls, des haters, j'ai envie de dire que toutes les personnalités publiques en reçoivent.

2:27
Invité

C'est sur les réseaux sociaux que ça se passe.

2:28
Marlène Schiappa

C'est beaucoup sur les réseaux sociaux. Mais je trouve que d'importer ces débats des réseaux sociaux dans les médias leur donne quelque part une crédibilité qu'on ne devrait pas leur donner. Et cette histoire de l'avion, à mes yeux, c'est un prétexte. Comme quand elle a une jupe trop courte, une frange trop refaite.

2:43
Invité

Alors, on connaissait que l'image est troublante. Pardon, on a un couple présidentiel. On voit Brigitte Macron qui donne un coup. Alors, c'est peut-être une chamaillerie, j'en sais rien. Mais qui donne un coup à son mari. Et en plus, on a dans un premier temps la présidence qui dit « Non, non, non, ces images n'existent pas. C'est l'intelligence artificielle. » Derrière, forcément, ça alimente toutes les interprétations.

3:03
Marlène Schiappa

Vous savez, en termes de communication, parce que je suis communicante aujourd'hui, c'est ce qu'on appelle la confirmation. C'est un biais cognitif. C'est-à-dire, quand vous avez un biais cognitif sur quelqu'un, toutes les images que vous allez voir vont confirmer le biais que vous aviez déjà sur cette personne. Donc, tout un groupe de personnes organisées sur les réseaux sociaux qui ont déjà un biais hostile.

3:21
Invité

Dans les médias, on n'a aucun a priori. On commence simplement une image.

3:24
Marlène Schiappa

Je ne parle pas de vous.

3:25
Invité

Qui a fait le tour du monde. Dans tous les médias, on en a parlé. CNN, aux États-Unis. Enfin bon, bref.

3:30
Marlène Schiappa

Je ne parle pas de vous. Moi, je n'étais pas dans cet avion, vous non plus. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je n'ai pas de raison de ne pas croire ce que dit le président de la République. Mais ce que je dis, c'est qu'il y a un biais cognitif. Et qu'aujourd'hui, quel que soit ce que va faire Brigitte Macron, vous aurez toujours des hordes de personnes qui vont l'insulter, la menacer, la mettre en cause d'une manière extrêmement violente.

3:47
Invité

Comment vous l'expliquez ? Pourquoi est-elle la cible de ce cyberharcèlement et de cette haine ?

3:54
Marlène Schiappa

Alors, il y a d'abord quelque chose qui est inhérent. C'était moindre, parce qu'on était dans une autre époque, mais qui est inhérent à la fonction de première dame. Souvenez-vous Carla Bruni, qui avait été critiquée d'une manière extrêmement cruelle quand elle venait d'avoir sa petite fille à l'Elysée. Et même les magazines féminins étaient très méchants vis-à-vis d'elle. Pardon d'utiliser ce terme, je fais comme si je parlais avec mes enfants, mais c'est la vérité en faisant des montages, etc. C'est une fonction qui cristallise et qui a vocation d'être un peu catalyseur.

Mais Brigitte Macron ne peut pas être le bouc émissaire de tous les problèmes de la situation et de toutes les frustrations qui existent.

4:25
Présentateur

Est-ce qu'il y a un coup classique aussi peut-être aujourd'hui qui ne correspond pas au canon habituel ?

4:30
Marlène Schiappa

Vous avez raison, mais vous savez, en France, on exalte le droit à la différence, le droit à l'indépendance, etc. Et en fait, dès qu'il y a quelqu'un qui a un schéma familial ou un schéma de couple qui sort un tout petit peu du schéma classique, évidemment, on se gausse et on tombe sur ce schéma.

4:43
Invité

Est-ce qu'elle ne subit pas l'impopularité de son mari aussi ?

4:46
Marlène Schiappa

C'est possible également, mais si c'est le cas, je pense que c'est assez déplacé. Moi, j'ai toujours pensé que les familles des élus ne devaient pas être les dommages collatéraux.

4:55
Invité

Pardon, je vous pose la question parce que ça fait réfléchir aussi sur le statut de la première dame. D'ailleurs, il n'y a pas véritablement statut en France. Mais est-ce qu'il ne faudrait pas évoluer ? Est-ce qu'aujourd'hui, il ne serait pas plus moderne de laisser la femme du chef de l'État ou peut-être un jour le mari du chef de l'État vivre sa vie ? Aujourd'hui, dans les couples, c'est comme ça. Chacun a un boulot et on n'est pas toujours en représentation avec la personne avec qui on partage. C'est encore finalement une représentation un peu passéiste du couple.

5:22
Marlène Schiappa

Vous savez, quand vous êtes président de la République, vous avez dans vos prérogatives les relations internationales. Ça veut dire qu'en fait, votre mari est par mon, est par vous, et parcourt le monde toute l'année, et que vous n'êtes jamais avec lui. Donc que son époux...

5:32
Invité

Quand François Hollande est avec Julie Gaillet, la comédienne, elle n'a pas joué le rôle de première dame.

5:36
Marlène Schiappa

Alors je pense que c'était trop court sans vouloir offenser qui que ce soit.

5:39
Invité

Oui, mais elle avait sa vie de comédienne. Je crois qu'elle n'avait pas envie. C'est-à-dire que c'est possible de faire autrement peut-être.

5:43
Marlène Schiappa

Ça a duré très peu de temps, pardon, sans offense, mais voilà, il était avec Valérie Trier-Weiler et précédemment avec Sélène Royer. On est sur une autre configuration que je ne bouge pas non plus, évidemment. Bien sûr, mais vous vous souvenez...

5:53
Invité

Parce que c'est même compliqué pour la première dame parce qu'elle n'a pas vraiment un rôle. Alors on lui dit de faire un peu d'humanitaire, mais surtout de ne pas s'exprimer parce qu'elle pourrait gêner son mari. Pardon, mais je ne trouve pas très moderne. Vous qui êtes féministe,

6:02
Marlène Schiappa

je trouve que c'est une représentation

6:03
Invité

de la femme un peu à l'ancienne.

6:04
Marlène Schiappa

Souvenez-vous qu'en 2017, nous avions essayé de mettre en place une charte qui ne prévoyait pas de rémunération, mais qui prévoyait d'encadrer justement ce rôle de l'épouse ou de l'époux du chef de l'État. Il y a eu une bronca à l'époque contre ce statut, ce qui me fait dire que dans notre histoire en France, l'épouse du chef de l'État, il n'y a eu que des femmes jusqu'à présent, cristallise quelque chose de négatif C'est ce que je dis quand je dis égard à l'histoire de notre pays.

6:30
Invité

Et vous voyez, je me souviens que Mme Merkel, lorsqu'elle était chancelière, on ne voyait jamais son mari. Est-ce que ça manquait à la politique allemande ? Je ne suis pas sûre.

6:37
Marlène Schiappa

Je ne sais pas, mais Brigitte Macron, elle n'a pas de compte Twitter, elle n'a pas de compte Instagram, elle ne poste jamais aucune photo de l'État.

6:42
Invité

Elle est au Vietnam en ce moment en représentation officielle.

6:44
Marlène Schiappa

Bien sûr, mais elle ne prend pas la parole sur les sujets politiques. Vous ne l'avez jamais entendu, on ne sait pas pour qui elle a voté.

6:48
Invité

On dit parfois d'un influence, notamment sur ces systèmes de prédilection, l'éducation nationale. Il a même été écrit que peut-être certains ministres étaient en poste parce que Brigitte Macron les soutenait. Ce n'est pas vrai, ça ?

7:00
Marlène Schiappa

Écoutez, moi, je ne sais pas, je ne suis pas dans les conversations de couple, mais qu'une femme discute avec son mari, je dois vous dire, moi, je discute avec mon compagnon tous les soirs de mes sujets et des tiens. Et ça me semble normal, et ce n'est pas pour ça que l'un ou deux prend les décisions pour l'autre. Donc je pense qu'on est dans le cadre d'une relation et d'une discussion tout à fait normale. Mais ce que je veux dire, c'est que rien ne justifie ce cyberharcèlement, cette haine. Et si j'ai un message à passer, c'est peut-être laissons Brigitte Macron tranquille et arrêtons d'en faire le bouc émissaire général de toutes les frustrations de ce pays.

7:28
Présentateur

Emmanuel Anizon est avec nous. Elle est grand reporter au Nouvelle Obs. Elle a écrit ce livre, L'affaire Madame, chez StudiFact. Bonsoir, Emmanuel Anizon. Pourquoi est-ce que Madame Macron, Emmanuel Macron, pardon, Brigitte Macron, cristallise autant de haine ?

7:47
Invité

Alors, il y a d'abord des spécificités au couple. C'est-à-dire que déjà, elle a 24 ans de plus qu'Emmanuel Macron. Donc le couple intrigue. Ils se sont en plus rencontrés jeunes. Et il y a aussi, dans leur communication, vous le soulignez à l'instant, quelque chose de très verrouillé qui ne fonctionne pas très bien aujourd'hui. C'est-à-dire que la communication sur toute la vie de Brigitte Macron, la communication autour de leur vie de couple qui passe encore par des médias, des magazines officiels de façon très, très, finalement, un peu surannée. C'est une communication qui ne fonctionne plus à l'ère des réseaux sociaux.

Et en fait, toutes ces petites crispations sur leur communication, sur leur vie d'avant, éveillent beaucoup, beaucoup de curiosités. Et aujourd'hui, on est à l'ère des réseaux sociaux et effectivement à l'ère où tout le monde creuse et tout le monde fantasme et tout le monde imagine. Et c'est ce qui s'est passé d'ailleurs avec cette affaire autour de Brigitte Macron et cette histoire autour de son genre, c'est-à-dire le fait qu'en décembre 2021, une femme expliquait qu'elle était en fait un homme, qu'elle était en fait son frère. Et cette petite vidéo sur Internet a pris une ampleur folle puisqu'elle est aujourd'hui passée au niveau américain.

Elle a été relayée beaucoup par l'extrême droite, mais beaucoup plus largement aussi par les influenceurs trumpistes aux États-Unis, par les Russes et dans plein de pays. Et on se rend compte à quel point aujourd'hui ce genre de rumeurs et de fantasmes circulent et à travers les réseaux sociaux fonctionnent. Je tiens à dire d'ailleurs qu'elle n'est pas la seule, contrairement à ce que vous disiez tout à l'heure sur le plateau, à subir ce genre de choses. C'est-à-dire que Michelle Obama, elle aussi, on a dit qu'elle était un homme. La première ministre néo-zélandaise aussi, la femme du président du gouvernement espagnol aussi.

Donc c'est quelque chose qui est assez général et qui illustre de manière beaucoup plus large que le couple Macron, une défiance.

9:45
Présentateur

Du coup, Emmanuel, ça lui interdit aussi de prendre la parole et de s'expliquer parce que ça alimenterait encore davantage ses comptes complotistes et autres. Elle avait porté place, il y a eu condamnation.

9:58
Invité

Il y a plusieurs écoles. Tout à fait. Alors au départ, le couple Macron, enfin Brigitte Macron et plus largement, la communication de l'Élysée a décidé effectivement de prendre ça un petit peu de haut. Mais en fait, c'est devenu impossible tant ça a pris de l'ampleur. Elle a attaqué en justice. De même qu'elle a attaqué en justice, et le procès va arriver cet été, certains de ceux qui ont relayé cette affaire. Mais elle ne s'exprime pas... Enfin, vous voyez, par exemple, Michelle Obama, par exemple, a décidé, elle, de jouer une forme de transparence.

C'est-à-dire que, ok, on dit que je suis un homme, je montre ma famille, je montre mes photos de famille, je fais un documentaire, je raconte dans un livre toute mon histoire personnelle. Je ne sais pas si c'est la bonne solution. Mais en tout cas, il y a des écoles différentes. Et clairement, effectivement, l'école, en tout cas pour l'instant, de la communication de Brigitte Macron et de l'Élysée est celle d'attaquer en justice, mais de ne pas répondre à ses affaires sur le fond, par une forme, on va dire, qui pourrait être une communication un petit peu plus souple. – Direct.

11:03
Présentateur

– Merci Emmanuel Alnison, avec Vincent Serron.

11:05
Invité

– Je rebondis sur ce que disait Emmanuel, à ce que Brigitte Macron ne devrait pas prendre la parole et affronter finalement ses rumeurs, parfois ses calomnies, comme l'a fait lui-même d'ailleurs Emmanuel Macron. Il avait démenti les rumeurs d'homosexualité, je me souviens, pendant sa campagne, ça avait d'ailleurs surpris tout le monde. Il n'hésite pas à le faire directement. Il a pris la parole pour dire que dans l'avion, c'était une chamaillerie, que le mouchoir n'était pas un sachet de drogue, donc il le dit carrément, est-ce que Brigitte Macron devrait faire pareil ?

11:32
Marlène Schiappa

– Mais vous savez, Brigitte Macron n'aime pas attirer l'attention sur elle, et vous observerez, elle ne fait jamais rien qui puisse la mettre. – Mais malgré elle, elle attire l'attention forcément. – Malgré elle, vous avez raison, elle attire l'attention. Moi, je crois qu'aujourd'hui, le fait qu'elle prenne la parole n'éteindrait pas finalement ces sphères complotistes, ces haters qui ne verraient que ça. Et puis, pardon, mais il y a une histoire humaine derrière. On a instrumentalisé le décès du frère de Brigitte Macron.

Est-ce que vous pensez que si c'était l'un de nous, on aurait envie de reparler du décès de notre frère ou de notre sœur pour se justifier sur le fait qu'on n'a pas usurpé son identité ? On est à un niveau de glauque dans ce qui est inventé pour lui nuire qui est absolument terrible.

12:05
Présentateur

– Merci Marlène Schiappa d'être venue sur le plateau de BFM Story. – Merci Marlène Schiappa.