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interviewC dans l'air· 21 juillet 2025 10 min

Face au plan Bayrou, les syndicats préparent la riposte - Reportage #cdanslair du 21.07.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

pour exprimer leur agacement, pour ne pas dire leur énervement. La CFDT réfléchit à appeler à la mobilisation à la rentrée. - La feuille de route budgétaire présentée par F.Bayrou ne passe pas auprès de la CFDT.

Pour la secrétaire générale du syndicat, M.Léon, certaines mesures sont profondément injustes. - M.Léon: Ca va accentuer la précarisation des salariés, qui sont déjà en difficulté.

Il annonce, dans le cadre de cette présentation, une nouvelle réforme de l'assurance-chômage. On sait qu'il y a eu plusieurs réformes successives. Résultat, il y a eu beaucoup d'économies.

Les efforts ont déjà été faits par les demandeurs d'emploi. On est dans une situation où une nouvelle réforme ne ferait que précariser encore plus. - Chômeurs, fonctionnaires, retraités sont les grands perdants du budget 2026, selon la CFDT, qui dénonce un recul des acquis sociaux avec la piste de suppression de 2 jours fériés et la monétisation de la 5e semaine de congés payés. - M.Léon: Il n'y a rien qui va avec cette monétisation de la 5e semaine de congés.

Pour répondre à un problème de pouvoir d'achat, on va dire aux salariés: "Vous vous payez vous-mêmes cette petite augmentation et vous renoncez à vos congés." Les congés ont pour vertu de préserver la santé au travail. Ca va à l'inverse de ce qu'il faudrait faire.

On est le pays d'Europe qui a les plus mauvais résultats en matière d'accidents de travail et d'arrêts maladie. Et puis, ça va créer un salariat à 2 vitesses. Il y a ceux qui pourront ne pas monétiser, donc bénéficier d'une 5e semaine, et ceux qui n'auront pas d'autre choix que de monétiser pour avoir du pouvoir d'achat.

Il ne faut pas que ce soit le prétexte pour dire: "On fait table rase et on efface tout ce qui a pu être acquis depuis un certain nombre d'années." - Pour M.Léon, les 40 milliards d'euros d'économies sont à chercher ailleurs. - M.Léon: Je suis convaincue qu'on ne peut pas faire face aujourd'hui au défi de la dette sans se dire qu'on a besoin d'une réforme fiscale.

Ca veut dire qu'il faut totalement remettre à plat la question de la progressivité de l'impôt, les droits de succession, pourquoi pas une taxation exceptionnelle sur les hauts patrimoines. On est très favorables à la taxe Zucman chez la CFDT. Instaurer une imposition de 2 % minimum, ça concerne très peu de monde.

Ce sont des gens très riches, qui peuvent contribuer à cet effort. - Le syndicat réformiste se dit prêt à se rasseoir à la table des négociations. Le conclave sur les retraites n'était pas qu'un échec, affirme la patronne de la CFDT. - M.Léon: Dans le conclave sur les retraites, on n'a pas eu d'accord.

Néanmoins, le Premier ministre nous a dit que dans le PLFSS, il y aurait des mesures de justice sur la carrière des femmes, comme on le défendait depuis des mois, et des éléments sur la pénibilité. On va attendre de voir ce qu'il y a, mais ça veut dire que nos 3 mois de discussions n'ont pas été vains. Nous privilégierons toujours la voie de la négociation, à condition que l'on puisse aboutir à un accord.

Si les choses ne bougent pas, la mobilisation sociale n'est pas exclue pour la CFDT. - La CFDT doit rencontrer la ministre du Travail la semaine prochaine. La CGT, elle, appelle déjà à la mobilisation dès le mois de septembre. - L.Sénéchal: On entend que F.Bayrou va devoir négocier avec les partenaires sociaux.

M.Léon a tout de suite évoqué la taxe Zucman. Comme pour le PS, la voie de passage passe par cette taxe Zucman, qu'il va falloir remettre sur le tapis. - A.Bouilhaguet: Oui, c'est vraiment un élément demandé par tous. - L.Sénéchal: Par toute la gauche. - A.Bouilhaguet: Oui, et par les syndicats.

M.Léon est dans une situation délicate. Elle sort d'une négociation longue sur les retraites, ce fameux conclave souhaité par F.Bayrou, qui n'a pas abouti et où, en tant que patronne de la CFDT, elle s'est mise en danger avec le fait de dire: "On ne reviendra pas sur les 64 ans." L'idée, c'est d'aller sur les carrières des femmes, le travail des seniors, les carrières longues, la pénibilité.

Elle s'est fragilisée. Elle veut redonner des signaux à sa base en disant: "Je reste en pointe contre les injustices sociales." Elle veut obtenir des trophées.

Elle joue assez gros. - L.Sénéchal: Avec cette histoire de 5e semaine de vacances qui pourrait être monétisée par les salariés, c'est une idée lancée par la ministre du Travail.

On a l'impression que c'était un pavé dans la mare, que ce n'était pas une bonne idée. - A.Bouilhaguet: Effectivement, c'est A.Panosyan-Bouvet qui l'a annoncé en marge. - L.Sénéchal: Il s'est fait déborder par A.Panosyan-Bouvet?

Ou il était au courant? - A.Bouilhaguet: Je pense qu'ils ont un panier de courses.

Lui a envoyé en chiffon rouge les jours fériés. Ca a agité. Et par-derrière, elle, de manière plus politique, a mis ce sujet sur la table.

On voit l'idée d'inciter à travailler plus, d'augmenter la feuille de paye. C'est un système qui a déjà été prouvé avec la monétisation des RTT, mais on sait déjà ce que disent les syndicats. "C'est un coup de canif dans les 35 heures, c'est un prétexte pour éviter la question de la revalorisation salariale." On sait que ça risque de ne pas aboutir.

Les négociations vont commencer début août, mais il y a de fortes probabilités pour qu'elles n'aillent pas jusqu'au bout et qu'on n'entende plus jamais parler de cette 5e semaine monétisée. - L.Sénéchal: A ces chiffons rouges, j'ajoute la baisse du livret A, qui va passer de 2,4 % à 1,7 %.

Cette nouvelle baisse est une mesure sociale désastreuse et confiscatoire pour les classes moyennes et populaires. C'est M.Le Pen qui dit ça sur son réseau social.

On a l'impression qu'il y a plein de chiffons rouges qui agitent une forme de colère. Question. - B.Teinturier: Les "gilets jaunes", c'est un mouvement très spécifique.

On y fait à chaque fois référence. Je n'irai pas sur ce terrain. Mais qu'il y ait un mouvement de contestation, c'est un marronnier.

A chaque été, on nous dit que la rentrée va être difficile. 9 fois sur 10, il n'y a pas de mouvement de contestation. Pour qu'il y en ait un, il faut des objets concrets, précis, qui suscitent la colère et l'opposition.

Là, il y en a. Potentiellement, en fonction de ce qui va être retenu et mis dans le débat, il y a des objets, comme la 5e semaine monétisée ou les jours fériés, ou encore un certain nombre de choses sur la santé, qui peuvent constituer des points très concrets pour les Français qui peuvent donner lieu à une potentielle mobilisation. Est-ce qu'on part de haut pour mieux négocier, et puis tout va se calmer?

Je ne sais pas. Personne ne le sait. Mais on a là des annonces qui suscitent plus que de l'inquiétude.

Elles vont susciter de la colère, de l'opposition. A un moment donné, on ne peut pas exclure que ça se coagule. - L.Sénéchal: Est-ce qu'on part de haut pour mieux négocier, A.de Guigné? 44 milliards, c'est plus que ce qu'on avait imaginé.

On parlait de 40 milliards, et la feuille de route, c'est 25 milliards. - A.de Guigné: Les 4 milliards dont on parlait viennent des investissements supplémentaires dans la défense, d'où les 40...

C'est toujours l'idée. Le budget, ça se passe toujours comme ça. On commence assez fort.

Bercy a plein de propositions, et après, on négocie. C'est un exercice différent. F.Bayrou ne peut pas atterrir beaucoup plus bas.

Il parle à différents publics et aux investisseurs. Mais il y a évidemment des marges de manoeuvre. Je pense typiquement à la proposition d'A.Panosyan-Bouvet, ministre du Travail...

C'est un ballon d'essai. C'est une nouvelle variation de travailler plus pour gagner plus. C'est assez agressif, mais c'est pour remettre cette idée qu'il faut travailler davantage.

Sur la nouvelle réforme de l'assurance-chômage, j'avoue que je suis dubitative. - L.Sénéchal: Elle est censée rapporter jusqu'à 2 milliards d'euros à long terme. - A.de Guigné: Il faut être honnête.

Il y a déjà 2 réformes qui sont passées, qui sont de vraies réformes. En ce moment, la croissance est très faible. D'ailleurs, dans les Trente Glorieuses, la dette baissait et la croissance était très élevée.

C'était la joie des politiques. A l'époque, on avait de la croissance partout. C'était plus facile.

Aujourd'hui, il n'y a plus de croissance. Ca complique tout. Il y a très peu d'inflation.

Il peut y avoir des effets boule de neige, en macroéconomie, très compliqués. Si les taux d'intérêt deviennent supérieurs à la croissance, ça peut s'emballer. C'est arrivé à l'Italie.

Ce sont des éléments compliqués. F.Bayrou ne peut pas s'amuser à dire "40 milliards" pour arriver à 15 milliards.