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interviewLCP (sur YouTube)· 23 mai 2025 55 min

La fin de l'obésité grâce aux médicaments ? | État de santé

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Générique ... ... ...

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro d'Etat de Santé, une émission spéciale consacrée à l'obésité et plus précisément à tous ces nouveaux médicaments qui sont commercialisés dans le monde et en France. Vous en avez sans doute déjà entendu parler. Ils sont présentés comme le remède miracle à ce mal mondial.

En seulement 30 ans, le nombre d'obèses a doublé chez les adultes. Il a quadruplé chez les enfants. Est-ce que ces remèdes révolutionnaires vont endiguer cette progression et même faire disparaître l'obésité ?

Que sait-on de leurs effets à long terme ? Seront-ils en France bientôt remboursés ? Ce n'est pas encore le cas.

Il y a 8 millions de personnes potentiellement intéressées, même 10 millions. Ne vaut-il pas mieux s'attaquer à la racine de la maladie ? Dans un instant, ce sont ces questions que l'on va poser à nos invités.

Bonjour à vous d'abord, Anne-Sophie Joly. Ravi de vous recevoir, Anne-Sophie Joly. -Bonjour. -Vous avez publié "Je n'ai pas choisi d'être grosse".

C'est un livre témoignage. Vous dites : "Mon obésité m'a fait toucher le fond, le désespoir, la solitude, la souffrance physique et psychologique, le rejet des autres. Ce combat a donné un sens à ma vie et m'a rendue résiliente.

Je souhaite le partager avec vous." Et en effet, vous êtes une combattante, présidente et fondatrice du collectif national des associations d'obèses, le CNAO. Et vous avez organisé les premiers états généraux de l'obésité.

C'était en mars dernier au ministère de la Santé. Soyez la bienvenue. Bonjour M.

Christophe Proença, député socialiste du Lot, co-rapporteur de la mission Flash de l'Assemblée nationale sur l'activité physique et sportive et la prévention de l'obésité en milieu scolaire. On en parlera tout à l'heure, mais vous voudriez instaurer une mesure, pesée systématique dans les classes de CE2. Et puis, qu'enfin les trois heures d'EPS, éducation physique et sportive, soient respectées en primaire.

Vous êtes l'homme de la prévention, on en parlera plus tard. Professeur Disse, bonjour. Merci d'être avec nous.

Vous venez de Lyon, des Hospices Civils de Lyon, chef de service endocrinologie, diabète, nutrition de Lyon. Il se trouve que votre service est un des premiers prescripteurs d'un de ces médicaments miracles Wegovy, qui est arrivé sur le marché. Vous coordonnez aussi un réseau national de recherche clinique sur l'obésité, le réseau Force.

Vous étudiez également les médicaments en cours de développement. On parlera de la recherche après. C'est intéressant parce que vous nous direz à qui vous souhaiteriez que soient remboursés en priorité ces médicaments.

Pour l'instant, ce sont les patients qui les paient. Parce que tout ça a un coût. Ce n'est pas à vous, l'économiste, que je l'apprendrai, Nathalie Mathieu-Bolh, professeure d'économie dans le Vermont, aux Etats-Unis.

On a profité de votre passage à Paris pour vous faire venir ici. Merci beaucoup d'être là. On est très heureux de vous recevoir.

La lutte contre l'obésité est un sujet qui vous tient à coeur. Parce que votre père, je crois... s'est battue toute sa vie contre cette maladie.

Donc, vous savez la souffrance que ça représente. -Absolument. -Vous l'avez vécue comme fille et souvent, à travers l'expérience des parents, on vit les choses aussi très durement, psychologiquement.

Et donc, vous avez écrit cet ouvrage "Economie de l'obésité". C'était l'année dernière, la découverte. Merci à vous d'être là.

Mais je voudrais qu'on commence justement par les Etats-Unis. Parce que, dans le fond, c'est d'abord aux Etats-Unis que ces médicaments sont apparus comme extrêmement attendus et sans doute aussi extrêmement utiles, parce que l'obésité aux Etats-Unis est proportionnellement plus importante que chez nous. Mais vous, puisque vous habitez aux Etats-Unis, depuis deux ans à peu près ? -Depuis 23 ans. -Non, pardon !

Depuis deux ans que sont apparus ces médicaments. Justement, avec votre expérience de 23 ans, vous avez vu un changement déjà ? -Je n'ai pas vu un changement dans le sens d'une amélioration.

En tant qu'expérience directe, ce qui est frappant quand on traverse l'Atlantique, c'est qu'aux Etats-Unis, il y a beaucoup plus de gens qui sont affectés par l'obésité. -Plus de 40 % de la population américaine, par comparaison, ce n'est pas un titre de gloire, mais nous, c'est 18 %. Plus de 40 % des Américains sont atteints par l'obésité.

Retour en image sur cette déferlante de ces médicaments miracles, notamment le Wegovy. Regardez. Jingle -Tout a commencé en 2021.

La FDA, l'agence du médicament américaine, donnait son feu vert pour la prescription du Wegovy contre l'obésité chronique. Aux Etats-Unis, plus de 100 millions de personnes sont éligibles au traitement. La demande a explosé et les patients ont rapidement été confrontés à des difficultés d'approvisionnement.

Ils se sont alors tournés vers un antidiabétique qui contient la même molécule que le Wegovy, l'Ozempic. Sur les neuf premiers mois de 2022, les ventes ont bondi de 86 %. Le médicament a la cote, notamment chez les stars et sur les réseaux sociaux.

Musique Problème, pendant qu'Oprah Winfrey et Elon Musk affichaient leurs mines amincies, partout dans le monde, des diabétiques ont souffert des pénuries d'Ozempic. Quatre ans après le feu vert de la FDA, l'approvisionnement en médicaments anti-obésité s'est amélioré. Mais le prix reste un frein.

L'administration Trump a récemment rejeté le projet de Joe Biden d'élargir la prise en charge des traitements. Aux Etats-Unis, un adulte sur huit a déjà pris de l'Ozempic ou un équivalent. Et plus de 15 millions de personnes sont sous prescription.

Alors tous les secteurs du commerce se demandent comment s'adapter aux nouvelles habitudes de consommation des Américains. Certaines chaînes de restauration proposent déjà des options plus saines dans leurs menus. Voyant leurs ventes de livres santé et forme fondre, les maisons d'édition se sont reportées sur le thème de la longévité.

Musique Est-ce un bon présage pour les Américains ? Le taux d'obésité chez les adultes est tombé à 40 % en 2023 contre 42 % en 2020. Jingle -C'est tellement populaire aux Etats-Unis qu'il y a des termes génériques.

On parle des stars Ozempic, des tailles Ozempic...

Vous, encore une fois, qui habitez aux Etats-Unis, ces médicaments sont dans le débat en permanence ? -Absolument. Ils le sont parce que, comme vous le soulignez, la prévalence de l'obésité est très élevée.

Mais si on ajoute le surpoids et l'obésité, on a plus de 70 % de la population américaine qui est soit en situation de surpoids, soit en situation d'obésité. C'est vrai qu'on a quelques estimations par des laboratoires en épidémiologie computationnelle qui estiment qu'on a eu une légère baisse de la prévalence de l'obésité aux Etats-Unis dans les années récentes. Maintenant, il faut être clair sur le fait qu'on ne sait pas à quoi l'attribuer.

Donc, il est possible que ces médicaments aient joué un rôle, mais il y a d'autres explications potentielles. Par exemple, au cours des années récentes, on a eu une hausse très forte des prix relatifs de la nourriture. Et donc, ça a entraîné, par exemple, une baisse des parts servies dans les restaurants. -Effectivement, les restaurants américains serviraient des portions moins grosses.

C'est présenté comme une demande des clients qui ont changé leurs habitudes alimentaires suite à la prise de ces médicaments. Mais on ne sait pas si ça n'est pas aussi la pression sur les prix. -Oui, on appelle ça la shrinkflation. -Mais il faut être prudent.

On en parle énormément. Professeur Disse, entrons dans le vif du sujet avec vous tous, mais quelques éléments de définition avant de voir comment ça se passe en France. Est-ce que ces médicaments sont efficaces ? -Oui. -Bon, d'accord.

Ils sont efficaces ? -Je peux développer. -Allons-y, développons un peu. -Ils sont efficaces dans la gestion du poids et c'est une de leurs indications.

C'est la gestion du poids, c'est-à-dire perdre du poids. Mais quand on prend en charge l'obésité, l'objectif n'est pas juste de perdre du poids. Et ces médicaments ont une efficacité dans la perte des kilos et également sur la réduction de certaines maladies associées à l'obésité.

Ce sont des traitements qui améliorent le diabète quand il est présent, qui protègent le coeur. Ils ont démontré qu'ils protégeaient le foie, qu'ils diminuaient l'apnée du sommeil et même qu'ils diminuaient les douleurs liées à l'arthrose. Donc oui, il y a une efficacité pour l'obésité. -Ce n'est pas que pour la perte du poids ? -Pas uniquement. -Parce que quand on prend énormément de poids, effectivement, on a ensuite des pathologies qui sont provoquées par ce surpoids.

Mais en plus de ne pas développer des maladies, ça en prévient d'autres ? -Voilà. Pour le diabète notamment et pour la protection cardiovasculaire, les bénéfices ne sont pas liés directement à la perte de poids.

C'est lié à la molécule utilisée. Sur l'efficacité, je peux vous donner quelques éléments. Après, il faut un élément de comparaison.

On considère qu'une stratégie qui va faire perdre du poids de manière à peu près efficace, c'est au moins 5 % de perte de poids. Quand je me décide à changer mon mode de vie, on va considérer que ce changement est bon pour ma santé si je perds à peu près 5 % du poids. -En combien de temps ? -Généralement, ces pertes de poids s'étalent sur six à douze mois.

L'aide du médicament, quand c'est Wegovy, le semaglutide, la perte de poids moyenne que l'on obtient, en un an, c'est 15 % de perte de poids. Pour ce qui est de Mounjaro, son concurrent qui est également disponible, la perte de poids moyenne aux plus fortes doses est de l'ordre de 20 à 22 % de perte de poids. Et une chirurgie de l'obésité comme une sleeve gastrectomie fait perdre entre 25 et 30 % du poids.

Donc le médicament oui est efficace, beaucoup plus que nos simples changements alimentaires dans la gestion du poids, moins efficace que la chirurgie, mais des pertes de poids...

Quand on perd 15 % de son poids, clairement on change de cap quoi, on change de cap. -Vous n'avez pas pris ces médicaments ? Non ? -Pas encore. -Pas encore ?

C'est-à-dire ? -Dès l'instant où on aura accès, effectivement, à un remboursement, ça sera avec plaisir. -Mais "ce sera avec plaisir" ? -Oui. -Pour vous, c'est quoi ?

C'est vraiment une bénédiction, ce résultat de la recherche ? On va voir, d'ailleurs, qu'elle a été... -C'est de l'accès à l'innovation, mais effectivement, c'est une bénédiction à plein de niveaux, en fait.

C'est que l'obésité, il y a des gens qui nous disent : "Pas de médicaments, c'est pas une maladie". Voilà, déjà, rien que ça. On nous a très longtemps et encore maintenant, culpabilisés. "C'est un manque de volonté.

Vous n'êtes pas intelligent puisque vous êtes gros. Donc vous le voulez bien." -C'est encore si présent dans la perception qu'on a de la maladie, cette stigmatisation ? -Bien sûr. -"Si vous êtes gros, c'est de votre faute." -C'est de votre faute.

Vous n'êtes pas capable de vous tenir face à un placard ou à un frigidaire. Même les enfants, à tous les âges de la vie, on est culpabilisé. Alors, pourquoi on arrive à prendre du poids ?

Là, je vais relancer à Emmanuel, il y a l'épigénétique. -Il y a la génétique. -C'est plus de 600 portes d'entrée. -Ca veut dire quoi, 600 portes d'entrée ?

Non mais, pardon, c'est vraiment la définition un peu pour les nuls. Ca veut dire quoi ? -L'idée, c'est de considérer effectivement que l'obésité, c'est complexe.

Et on ne peut pas être simplifié à tel point de dire que c'est simplement une problématique uniquement autour de l'alimentation et de l'activité physique. C'est fondamental, c'est important. Mais on a effectivement des causes qui sont multifactorielles.

Il y a une prédisposition. On n'est pas tous égaux. Je pense que si on se mettait tous les deux à manger beaucoup et à arrêter de bouger, je ne suis pas sûr qu'on prenne la même quantité de poids.

On n'est pas tous égaux devant la prise de poids. -On le sait. -Oh !

Ou pas. -Moi je peux manger, je ne grossis pas, Toi tu... -Mais cette prédisposition que l'on a, on peut la recevoir de ses parents, donc un contexte polygénique.

Il y a effectivement des choses que l'on acquiert durant la vie foetale, et sur les deux premières années de vie. Celles où peuvent se constituer notre microbiote intestinal, c'est là où se crée grâce à l'épigénétique l'activation des gènes, soit du stockage, soit de la dépense. Tout ça c'est les 1000 premiers jours de vie.

Et puis, à côté de ça, on est dans un environnement qui a changé, qui est un environnement riche en polluants. -Alors ça, c'est un mot que j'ai découvert. C'est d'ailleurs vous qui me l'avez fait découvrir.

L'environnement "obésogène". Ca me paraît évident, mais...

Et aux Etats-Unis, l'environnement obésogène il est très toxique, en réalité. Mais donc, vous dites, un, ce médicament, oui, on l'attendait. Ca peut induire un changement de perception sur ce que tout le monde ne considère pas comme une maladie. -A commencer par l'Etat.

Il faut que l'Etat français... -Vous anticipez...

On va en parler. -Qu'il le reconnaisse comme étant une maladie. -Tout à l'heure, mais je rebondis, M.

Proença, sur ce que disait Mme Joly. Encore une fois, la stigmatisation. Vous êtes beaucoup intéressé à l'obésité infantile.

Les enfants, effectivement, sont très cruels à l'égard de celui qui, dès très jeune, est en surpoids ou même obèse. -Oui, évidemment. Surpoids et obésité, on est parti sur tous ces aspects-là.

Et ce qui a été dit par le professeur, le côté multifactoriel, on le connaît bien. L'étude qu'on a faite est ciblée sur le sport scolaire et sur l'environnement scolaire parce qu'on ne pouvait pas aller sur tous les aspects, sur toutes ces portes d'entrée qui entraînent un surpoids et une obésité. On a beaucoup travaillé sur ce sujet car ça touche les plus modestes.

On ne l'a pas dit là, mais c'est aussi un élément très important. C'est évidemment les catégories les plus modestes le plus impactées et les chiffres sont très importants. En France, l'obésité des enfants, c'est de un à quatre entre les milieux socioprofessionnels. -Ca augmente ? -Oui, c'était 1 % pour les enfants.

Je crois que c'est 6 % maintenant sur les enfants en obésité. Et en surpoids, on est quasiment à 1 sur 5. -7 %, oui. -Et on peut imaginer qu'on sera presque à 1 sur 2. ou 1 sur 3, si on ne fait rien dans les prochaines années. -Si on ne prévient pas, ça, c'est votre marotte, c'est plus que votre marotte.

C'est une mission que vous vous êtes donnée en tant qu'élu. Mais revenons aux médicaments, vous nous avez dit à quel point ils étaient efficaces. Il n'y a aucun doute là-dessus.

Comment ça marche ? Comment sont-ils apparus ? C'est vrai que c'est assez prodigieux.

Et regardez, au départ, c'est vrai que c'est assez inattendu, comme nous l'explique Ségolène Fossard. Jingle -Devant ce gros lézard venimeux du désert, le monstre de Gila, le premier réflexe est certainement de faire demi-tour. L'endocrinologue canadien Daniel Drucker, lui, a décidé de l'étudier et bien lui en a pris.

Cet animal est capable de jeûner pendant plusieurs mois grâce à un métabolisme ralenti. En 1995, Daniel Drucker a découvert que l'une des protéines présentes dans sa salive avait une structure identique à celle du GLP-1. Le GLP-1, c'est l'une des principales hormones fabriquées par nos cellules digestives lors du passage des nutriments dans l'intestin.

Au niveau de l'estomac, elle ralentit la digestion et donne une sensation de satiété prolongée. Dans le cerveau, le GLP-1 agit sur notre circuit de la récompense et permet de réduire les pulsions alimentaires pour les produits gras. Lorsque la sécrétion de cette hormone est perturbée, la glycémie est moins bien contrôlée, les risques de développer un diabète de type II et de prendre du poids augmentent.

Après cette découverte, des chercheurs ont voulu synthétiser cette hormone pour en faire un médicament. Il faudra alors attendre 2005 pour qu'une version synthétique soit approuvée comme traitement contre le diabète de type II. Première molécule, l'exénatide, devait être injectée deux fois par jour et provoquait souvent des nausées.

Pour améliorer la tolérance et la durée d'action, les laboratoires ont modifié les chaînes d'acides aminés afin de rendre les protéines plus stables, plus proches de l'hormone humaine et plus lentes à être dégradées par l'organisme. C'est ainsi qu'est apparu le liraglutide, puis le semaglutide, connu sous les noms commerciaux d'Ozempic pour le diabète et de Wegovy pour la perte de poids. Au fil des années et des essais cliniques, les laboratoires ont continué d'optimiser ces formules, jusqu'à l'apparition de traitements plus récents, comme le tirzépatite qu'on appelle Mounjaro, qui agit sur plusieurs récepteurs et renforce encore l'effet coupe-faim.

Jingle -C'est passionnant, vive la recherche. Ca agit comme un coupe-faim, pour résumer ? -Oui, mais je pense que ce qu'il faut retenir, c'est qu'en gros, on intensifie juste un signal biologique qui existe déjà dans notre corps.

C'est le signal de la satiété qu'on ressent tous quand on a bien mangé. -On va entendre un témoignage là-dessus. -Quand on mange bien, on a ce phénomène de satiété et elle est médiée par des hormones fabriquées par notre intestin.

Et le principe du traitement, c'est d'intensifier ce message. Mais c'est un message biologique qui existe déjà. J'explique à mes patients, on n'est pas avec un produit chimique, on est avec un produit biologique.

On va juste augmenter le signal et vous allez juste écouter votre corps et répondre à ce signal qui va venir beaucoup plus fortement et précocement. -D'abord, il faut en prendre combien de temps ? Est-ce que c'est comme un régime ?

Ca ne marche pas les régimes, on y reviendra. Il faut prendre toute sa vie pour... -Alors, ce qu'on peut dire, c'est qu'en tout cas, la perte de poids, on l'obtient à peu près sur 12 mois.

On continue de perdre du poids sur 12 mois, que ce soit avec Mounjaro ou avec Wegovy. Et au bout de 12 mois, on atteint ce qui s'appelle un plateau. On n'arrête pas la perte de poids quand il n'y a plus de poids à perdre.

On l'arrête pour tous au bout de 12 mois. Ensuite, il faut maintenir le traitement pour maintenir la perte de poids. Si j'arrête le traitement, au bout de un an, j'ai en moyenne repris 70 % du poids que j'ai perdu. -On a déjà ce recul, d'accord. -On a ce recul.

On sait aussi que si on maintient le traitement dans la durée, on a du recul maintenant d'à peu près quatre, cinq ans, on n'y a pas d'échappement. On maintient la perte de poids tant que l'on maintient le traitement. Mais quand on a de la tension artérielle, on prend un traitement pour la tension. -On ne se pose pas la question s'il faut reprendre le produit. -Quand on a la tension artérielle qui est haute, on prend un médicament qui fait baisser la tension.

Mais vous pensez à l'arrêter ? -Non. -Et c'est là le problème.

Pourquoi les personnes qui souffrent de surpoids et d'obésité n'auraient pas le droit à l'égalité aux chances d'un traitement ? La question, elle est là, en fait. Est-ce qu'effectivement, vu qu'on est, excusez-moi le terme, fournisseurs de 18 pathologies associées, le Covid, on a eu l'impact très violent avec des cohortes internationales. 47 % des gens en réanimation, c'était nous.

Surpoids et obésité, 40 % des décès, c'était nous. Donc, on sait la fragilité que l'on a. Et au vu de ce qui se passe, il faut à la fois avoir du curatif et du préventif. -Oui, on va en parler, mais c'est intéressant ce que vous dites.

Pourquoi ne donnerait-on pas le droit aux obèses, aux personnes en surpoids, de bénéficier d'un traitement comme tant d'autres ? -Exactement. -Pour ça, il faut que l'image de l'obésité... -Alors on y va, on y arrive, mais on est toujours, sur l'efficacité du médicament.

On va aller à la rencontre de Laetitia Lévy. C'est Marianne Cazaux qui l'a rencontrée pour Etat de Santé. Elle a bénéficié du Wegovy en prescription précoce, c'est-à-dire avant même que ça puisse être commercialisé.

Et elle espère bien pouvoir continuer. Reportage. Jingle -Quand on est face à une image comme ça qui est sans cesse déformée, entre la perte de poids, la reprise de poids, etc., plus effectivement toutes les comorbidités qui se développent, c'est vrai qu'on est face à une grosse difficulté et parfois à des impasses.

J'ai fait des régimes restrictifs assez variés. Je suis passée par une chirurgie d'estomac, un anneau gastrique en 2004, une époque où ça se faisait beaucoup les anneaux gastriques. J'ai fini par l'enlever pour des raisons médicales et techniques.

Bien évidemment, j'ai tout repris. Tout le poids que j'ai perdu, je l'ai repris. Le médecin m'a proposé de participer à cet accès précoce qui a été proposé il y a deux ans, je crois, pour tester ce Wegovy.

Moi, je suis arrivée en me disant que de toute façon, ça ne peut pas être pire. Et j'étais plutôt confiante, finalement, sur cette prescription. Musique Au niveau des changements, ça commence par la perte de poids.

C'est quand même assez inimaginable. Moi, j'en suis à 15 kilos. Machine à café J'ai redécouvert ma satiété à travers le Wegovy.

J'avais totalement oublié ce que c'était, la satiété. Jusqu'à présent, j'avais tendance à manger bien au-delà de ma faim. Parce que quand on est conditionné depuis très, très longtemps par des règles alimentaires qui viennent de l'extérieur et qu'à aucun moment donné, on nous a éduqué, on nous a donné les clés pour être attentif à ses sensations alimentaires, à ses sensations de faim, d'envie, de rassasiement.

C'est compliqué de sortir de ce schéma-là. On n'est pas heureux et puis on ne pense qu'à bouffer. Clairement, on ne pense qu'à bouffer.

C'est vraiment des pensées comme ça, obsessionnelles. ... ...

On se dit, il nous faut cet aliment, parce que sinon, je ne vais pas dormir la nuit. Et ça, pour moi, c'est hyper important d'être en paix et d'être tranquille, finalement, par rapport à la nourriture. Bon, effectivement, il y a des effets secondaires, des ballonnements au niveau du ventre.

Ca vous bloque, ça vous immobilise pendant plusieurs heures. Des diarrhées importantes. Quand je regarde finalement toutes les problématiques que je rencontrais auparavant, apnée du sommeil, articulation, je me sens moins essoufflée, je fais moins de pauses quand je marche, je suis moins douloureuse au niveau du dos.

Je retrouve quand même une qualité de vie. Maintenant, quid d'après ? Qu'est-ce qui va se passer ?

Je ne sais pas. Si ce n'est pas remboursé, je n'aurai pas d'autre choix que d'arrêter le traitement à regret, vraiment à regret. Jingle -Voilà, c'est ce type de malade auquel vous, par exemple, vous avez prescrit un médicament précoce, enfin une prescription précoce avant la commercialisation et elle en voit les bénéfices.

Et évidemment, avant de parler du remboursement, on est d'accord, il y a plus d'avantages que d'inconvénients ? -Il y a plus d'avantages que d'inconvénients, clairement, mais il y a quand même quelques effets secondaires. Les effets secondaires, ils ont été très bien décrits par Laetitia, ils sont avant tout digestifs.

Ces effets secondaires, ils sont temporaires, ils sont au début du traitement, sur l'escalade de dose, on doit habituer son corps au médicament et si on passe le cap des trois, quatre premiers mois, il n'y a plus de troubles digestifs. Ils sont d'intensité généralement légère à modérée. -Nous sommes dans la situation suivante en France, il est prescrit à des personnes évidemment cibles, généralement concernées, uniquement au départ par des spécialistes, ensuite les généralistes peuvent renouveler l'ordonnance et ça n'est pas remboursé. par la Sécurité sociale.

Madame Mathieu-Bolh, combien ça coûterait si toutes les personnes cibles devaient être remboursées à la collectivité ? Elle ne va pas aimer ma question, Madame Joly, mais quand même. -Dans la question, si on ne fait rien, Combien ça va coûter ? -C'est la question suivante.

Combien ça peut coûter ? Mais aussi, ça peut faire économiser. -Bien sûr, c'est les questions que les économistes se posent et auxquelles ils répondent avec des études.

Les hautes autorités de santé des pays font ces études pour tous les nouveaux médicaments qu'on considère mettre sur le marché et rembourser. Il y a chaque année des nouveaux médicaments. Ca peut être contre l'obésité, contre le cancer.

On se pose la question, est-ce qu'on devrait les rembourser ? -En termes économiques ou en termes de santé publique ? -Les deux, bien entendu.

Donc, il y a deux critères sur le plan économique, santé publique. Un, c'est le coût-efficacité. Ca veut dire, est-ce que pour un patient, par exemple avec un indice de masse corporelle à un certain niveau, au-dessus de 35, disons, pour un coût donné du médicament, est-ce que le médicament est coût-efficace ?

Est-il plus coûteux de rembourser ce médicament que de traiter les comorbidités ? Voilà, c'est exactement ça. Dans de nombreux cas, et c'est le cas en France, la Haute Autorité de Santé et d'autres autorités de santé d'autres pays trouvent que ces médicaments ne passent pas la barrière du coût-efficacité.

Ils sont trop chers. -Alors, je ne comprends pas, parce que le professeur dit... -Alors que la chirurgie l'a fait. -Le deuxième élément, c'est l'impact budgétaire, c'est-à-dire à quelle population on décide de donner et pour qui on décide de prendre en charge.

Donc bien entendu, si on a une population très large, par exemple, tous les patients en situation de surpoids, ou bien si on a une population au contraire très restreinte, patients avec un indice de masse corporelle correspondant à l'obésité morbide, on n'a pas les mêmes impacts budgétaires. -Quand on parle de 18 % d'obésité, on met surpoids et obésité ou seulement l'obésité ? Là, c'est que l'obésité. -Que l'obésité, 30. -Exactement.

Donc, le problème, c'est qu'également, dans un grand nombre de cas, l'impact budgétaire, on ne peut pas se le permettre à l'heure actuelle avec le prix très élevé de ces médicaments. -D'accord. Donc, il faut voir comment on peut faire baisser éventuellement le prix.

Ce serait la solution. Vous vouliez parler. -Je pense qu'il y a une question sur le prix de ce médicament qui m'interroge.

Est-ce que ce prix est définissable ? Ou est-ce qu'il est le moyen pour des gros groupes pharmaceutiques de faire des revenus dans le monde entier ? Est-ce que c'est ça l'idée ?

Et est-ce que les stars qu'on a vues, qui n'ont pas de surpoids... -Aux Etats-Unis ? -Oui. -Oprah Winfrey, enfin c'est pas le sujet. -Est-ce que des gens qui n'ont pas de surpoids n'ont qu'un risque à prendre ce médicament ?

Il y a deux questions. -Il y a deux éléments dans votre question. Premièrement, comment les prix sont-ils définis ?

Il y a deux grandes approches. Il y a les gouvernements qui négocient les prix avec l'industrie pharmaceutique à travers des accords. Et là, il y a un meilleur contrôle des prix en général.

Et puis, il y a d'autres pays comme les Etats-Unis où il n'y a pas de négociation entre le gouvernement et l'industrie pharmaceutique et les prix sont les prix de marché. -Ce n'est pas remboursé aux Etats-Unis. -Non. -La question a été posée au nouveau président qui a dit : "Non, mais je vais essayer de faire baisser les prix." Je ne sais pas s'il va le faire...

En France, ça coûte...

C'est à peu près le même coût aux Etats-Unis et en France ? -Pas du tout. Non. -Aux Etats-Unis, ça peut coûter environ 500 dollars, parfois 1000 dollars si on n'a pas de rabais, par mois. -Et en France ? -En France, c'est beaucoup moins. -280, 300 ? -Wegovy, à peu près, il faut un budget, compter entre 240 et deux 280 euros par mois de traitement. -Encore une fois, aujourd'hui, quand vous prescrivez aux personnes obèses, ça doit sortir de leur poche. -Oui. -Oui. -C'est important. -C'est ça. -Et donc, qui peut mettre 300 euros par mois ? -Pas la cible.

Pas la cible, effectivement. C'est neuf euros par jour. Des fois, on se dit : "Mince, neuf euros par jour, il y a des gens qui dépensent bien neuf euros par jour dans d'autres choses...". -Mais ça fait 300 euros. -Et pour les plus vulnérables. c'est pas jouable.

Et les personnes les plus vulnérables sont les plus touchées. -Exactement. -Parce qu'il y a des déterminants sociaux.

Aux Etats-Unis, c'est évident. Mais en France... aussi.

Aux Etats-Unis, les ouvriers sont plus touchés pour schématiser. -Et surtout les femmes. -Comme en France. -Comme en France, vous dites ? -Oui, notamment au niveau des jeunes. -On voit ça dans la plupart des pays.

Les inégalités de santé liées à l'obésité, elles sont très claires par niveau de revenus dans la plupart des pays. C'est les revenus les plus modestes, les plus touchés. Et les femmes plus que les hommes. -Il y a une chose pas très claire dans mon esprit, pardon. -Un, c'est efficace ? -Oui. -Deux, ça fait économiser compte tenu du fait que ça limite les comorbidités, toutes les maladies associées au surpoids ? -Pas suffisamment.

C'est pour ça que ça ne passe pas l'analyse coût-efficacité. -C'est au-dessous du curseur qui permet du remboursement. Vous êtes tous pour le remboursement ? -Oui. -Et le remboursement à terme, quand il y a des décisions qui seront peut-être révisées, tous les malades ?

Les 18 % ? -On peut peut-être y aller étape par étape. Il y a actuellement une AMM, une autorisation d'utilisation.

On peut l'avoir, normalement, et l'utiliser à partir de 27 d'indices de masse corporelle associé à des comorbidités ou alors au-dessus de 30. Puis après, il y a l'ANSM, l'agence du médicament, la sécurité du médicament, qui dit : "Pour le moment, vous réservez ces traitements aux patients qui ont bien fait tout un parcours de soins selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé, en seconde intention et pas du tout à proposer en première intention." Et du coup, la prescription, on la limite qu'à 2500 prescripteurs pour le moment, qui sont les spécialistes de la maladie.

Donc, c'est des manières quand même d'essayer de contraindre. Je pense qu'il faut, à un moment, rembourser ce traitement pour les patients qui en ont avant tout le plus besoin. -Ca, c'est l'avis du médecin.

Les labos aussi aimeraient bien. Je voudrais vous montrer, on a isolé des affiches de deux laboratoires, le Eli Lilly, qui fait ce fameux Mounjaro, et le Novo Nordisk, alors lui, c'est un pionnier, qui a sorti le Wegovy et l'Ozempic. C'est le fameux laboratoire danois qui a des résultats financiers supérieurs au PIB du Danemark, je crois, grâce à ces médicaments.

Et regardez les affiches. "Les préjugés ne soignent pas l'obésité". Ca, c'est pour bien faire comprendre que c'est une maladie et qu'au titre de maladie, elle devrait être remboursée.

Ils y vont par la définition. "L'obésité, c'est un truc de malade." On utilise une expression un peu triviale pour dire que c'est une maladie.

Et ça inocule l'idée que ça doit être... remboursé puisque c'est une maladie.

Qu'est-ce que vous pensez ? D'abord, est-ce que vous avez subi...

Enfin, subi, non. Est-ce qu'on est venu vous voir, monsieur le député ? Est-ce qu'un lobby, un laboratoire est venu vous voir pour vous dire... -Non, non, pas forcément.

Pas à ce niveau-là. Mais moi, ça m'interpelle. On parlait du prix, mais ce qui m'interpelle sur la question où je n'ai pas eu la réponse, c'est est-ce que c'est utilisé par des gens qui ne sont pas en situation d'obésité en France ?

Actuellement, est-ce que des gens... le showbiz ou ailleurs, utilisent ce médicament de manière inappropriée ?

Voilà, c'est la question. -Alors, l'ANSM est très, très vigilante là-dessus. Donc, tout est fait pour qu'effectivement, des médecins qui n'ont pas le droit de prescrire ne prescrivent pas.

Et si toutefois, il y a des demandes de prescription, l'info remonte immédiatement. Donc après, effectivement, est-ce que ça passe par des réseaux souterrains ? Pour l'instant... -C'est un peu inévitable.

Ce sont des personnes qui ne sont pas vraiment concernées et qui veulent maigrir. C'est des trucs esthétiques. -Ca et puis aussi...

Excuse-moi Anne-Sophie, je te coupe. Dans la notion de mésusage, c'est aller prendre le traitement du diabète, par exemple, pour perdre du poids, pour des raisons esthétiques. Donc c'est surtout ça.

C'est en gros l'utilisation d'Ozempic. -L'Ozempic, à l'origine, c'est un... -Antidiabétique.

C'est la même molécule que le Wegovy. -On a découvert les vertus pour... -L'Ozempic, c'est la même molécule que le Wegovy.

Le même produit, à plus faible dose, très efficace pour contrôler le diabète, qui fait perdre un petit peu de poids. Si je monte la dose, je passe de un milligramme à 2,4, j'obtiens non plus Ozempic, mais Wegovy, un traitement avec l'indication, la gestion du poids, avec ou sans diabète. -Pour le remboursement, est-ce qu'il ne faut pas faire baisser le prix ? -Oui, bien sûr, parce que sur le plan économique, même si on voudrait que beaucoup de monde ait accès à tous les traitements, toutes les pharmacologies possibles, la réalité, c'est est-ce qu'on peut se le permettre financièrement ou est-ce que ça impose un coût sur nos systèmes de santé qui menacent leur pérennité ?

Ca, c'est des questions très concrètes. A l'heure actuelle, ces médicaments sont très chers dans la plupart des cas. Dans les pays où ils sont remboursés, ils sont remboursés pour des classes d'indices de masse corporelle élevés, ce qui est compréhensible.

Maintenant, il faut que les prix baissent. Et je pense qu'ils vont baisser parce qu'il y a non seulement des brevets qui arrivent à expiration. Depuis 2023, il y a des brevets qui expirent et les brevets liés à liraglutide, sémaglutide et tirzépatide vont expirer d'ici 2039. -C'est loin. -Mais progressivement.

Ca expire progressivement. Entre temps, il y en a d'autres. Entre temps, ce qui se passe, c'est qu'il y a environ, à l'heure actuelle, une quinzaine de biosimilaires qui sont... -De ? -De biosimilaires, de molécules de GLP-1.

Qui sont en phase trois d'essai clinique, qui montrent des résultats prometteurs. Il y a également... -Donc qu'il y aura plus de concurrence et que ça fera baisser les prix ? -Exactement. -C'est là-dessus qu'il faut compter, sur l'offre et la demande.

On ne peut pas avoir une action...

Qu'est-ce que vous suggérez, vous, Madame Joly ? -Alors, ça a été dit un peu par Emmanuel tout à l'heure, c'est qu'on puisse avoir un remboursement pour les patients qui en ont le plus besoin. Donc, moi, je dirais IMC 35 avec comorbidité. -Alors, IMC 35, indice de masse corporelle, c'est-à-dire qu'on prend sa taille et qu'on divise par son poids Ou l'inverse. -Exactement. -C'est le poids divisé par la taille. -Ce sont les recommandations de la Haute Autorité de Santé calquées sur les chirurgies bariatriques avec une comorbidité associée ou à partir de 40.

Effectivement, ce serait déjà un premier champ parce que là, on est entre guillemets sur des urgences de prise en charge. Donc là, on est sur un rapport bénéfices-risques. -On n'attend pas la baisse des prix on rembourse. -Moi, évidemment, je ne vais pas être du côté du ministère des Finances.

Et les conversations qu'on a, effectivement, avec le ministère de la Santé, DGS, c'était l'objet aussi des premiers états généraux de l'obésité le 3 mars dernier, sous le haut patronage du président de la République, avec le soutien et au ministère de la Santé, c'est l'urgence capitale de faire des choses. Et dans "faire ces choses", c'est comment on peut prendre en charge les patients qui en ont le plus besoin, et pas les laisser avoir une santé qui se dégrade. Et de l'autre côté, faire de la prévention, de l'information et du cadrage sur l'affichage du Nutri-Score, sur les publicités de tous les formats, radio, télé, web et les réseaux sociaux ; et de retravailler les compositions des recettes de l'agroalimentaire.

C'est impératif qu'on sache ce que l'on mange, pourquoi on le mange et de la transparence des recettes. -Et donc, la prévention, évidemment, c'est extrêmement important. Mais d'abord, sur le remboursement, M. le député, vous votez des lois au bénéfice des Français.

Vous en pensez quoi ? -Oui, sur les cas, évidemment, qui mettent en danger la vie des gens. -Car il y a des problèmes budgétaires en France. -Oui.

Après, c'est des choix politiques aussi et des priorités qui sont données. Mais quand les gens sont malades, il me semble qu'il est nécessaire, à un moment donné, que l'Etat assume ses responsabilités. -Et c'est là où on a besoin du courage politique, mais du vrai courage politique, acté. -Qui consiste en quoi ? -A passer à l'acte. -A rembourser. -Le remboursement.

Le courage, dans le débat politique, c'est de faire des économies, aujourd'hui. C'est plutôt ce que disait... -Oui, mais ne pas nous prendre en charge c'est une bombe à retardement qui sera beaucoup plus violente que de compter trois picaillons, excusez-moi, mais là, on parle de la vie avec des risques de cancer multipliés par quatre et par huit. -Madame Mathieu-Bolh nous a expliqué que le rapport coût-efficacité n'est pas encore atteint. -Il faut quand même souligner que les études faites par les hautes autorités de santé sont des études très sérieuses par des gens qui ne sont pas seulement des gens qui font de la compta, ce des gens qui sont très impliqués dans la santé publique, qui ont des formations médicales et économiques.

Et ce sont des calculs qui prennent en compte le traitement des comorbidités. Et donc, je pense simplement, sur le plan économique, il faut être prudent. On n'a encore pas énormément de recul sur les effets à long terme de ces médicaments, comme vous l'avez souligné. -Il y a des risques ? -On ne les connaît pas car on n'a pas énormément de recul. -On a quand même le recul chez les patients diabétiques.

Par exemple, sémaglutide, ça fait bientôt 15 ans qu'on l'utilise. Liraglutide, 15 ans. 10 ans, à peu près, le sémaglutide.

Donc, on a quand même le recul. S'il devait y avoir une bombe qui devait sortir d'un effet indésirable au long cours qui devait arriver, on l'aurait déjà vu, si vous voulez. -D'accord. -Mais ce que je veux dire, c'est que les simulations pour le coût-efficacité et les impacts budgétaires, ils prennent en compte différentes classes d'indices de masse corporelle, le coût des traitements alternatifs, etc. -Vous défendez le sérieux et ça n'est pas seulement une approche comptable.

C'est ce que vous dites. Ca a fait ses preuves. -Oui.

C'est une approche de santé publique. -Il y a bien un moment où il faut un arbitrage. Cet arbitrage, il se défend.

Vous l'entendez, Madame Joly. -Oui, mais je ne suis pas complètement d'accord. -Ca ne nous étonne pas.

M. Proença -Pour l'Etat, il est aussi important de regarder le prix du médicament et de travailler sur la création de ces médicaments, que nos laboratoires aussi travaillent sur ces sujets-là. Parce qu'actuellement, toutes ces créations, tous ces laboratoires qui bossent aux Etats-Unis, pourquoi ces produits-là n'ont pas de fabrication ou de conception en Europe ?

Et c'est le cas sur d'autres sujets. -On va bientôt avoir un Ozempic français ou pas ? -Ozempic français, je ne sais pas.

Ce que je peux vous dire, en tout cas, c'est que la plupart des gros industriels du médicament ont dans leur "pipeline" des molécules pour l'obésité en cours de développement. Là, on a deux traitements disponibles, mais revenons dans cinq ans, vous aurez sept, huit, neuf, dix molécules disponibles. -Une question, au passage.

Est-ce qu'il y a des alternatives ? Vous avez parlé tout à l'heure de la chirurgie bariatrique. Elle a ses limites.

Il y a des patients qui se font opérer et puis ils reprennent le poids parce qu'en réalité, on n'a pas réglé des problèmes infiniment plus profonds. Les médicaments vont se substituer à la chirurgie ? -Non, il faut considérer que les médicaments, c'est une arme complémentaire et il faut avoir une vision du traitement de l'obésité, un petit peu comme la prise en charge du cancer.

On n'oppose pas la chimiothérapie avec la chirurgie. On n'oppose pas, c'est complémentaire. La question qui se pose, à l'heure actuelle, c'est plutôt, dans l'algorithme, où on positionne le médicament par rapport à la chirurgie.

Avant, pendant, après ? -On ne sait pas encore. -On ne sait pas encore la position du médicament.

Est-ce que le patient qui va accéder à la chirurgie doit avant avoir bénéficié d'un médicament ? On se sait pas. -Oui, voilà. -Et vous ? -Oui, c'est exactement ça.

C'est un élément complémentaire. Sur des personnes qui ont une très forte obésité morbide, avant de passer au bloc, il faut réduire les risques. Ca peut être aussi un moyen de réduire les risques avant de passer au bloc opératoire, ou en complément de post-opératoire à long terme de l'intervention chirurgicale.

Donc non, l'un n'oppose pas l'autre, c'est vraiment complémentaire. -Et pour compléter, en France, on fait beaucoup de recherches cliniques sur les médicaments, la chirurgie, la position. Est-ce que c'est pertinent de traiter les gens par des médicaments juste avant la chirurgie ?

Est-ce que c'est efficace une fois qu'on reprend du poids après la chirurgie ? On a des études en cours en France, dans les équipes françaises. On est assez en pointe, au niveau mondial, sur l'essai de répondre à ces questions pour aider à construire les algorithmes. -Nous sommes en pointe.

Tant mieux. Vous l'avez dit tout à l'heure, Madame Joly, l'obésité, elle est encore mal connue. D'ailleurs, elle n'est pas considérée, par beaucoup, comme une maladie.

Avant d'essayer de comprendre pourquoi, comment on peut y remédier, parler de la prévention, un petit point sur les idées reçues qui continuent de circuler sur l'obésité. Regardez. Jingle -L'obésité augmente et pourtant, certaines idées reçues persistent jusque dans le cabinet des médecins.

Première idée reçue : les gros mangent mal. C'est partiellement faux. Si l'obésité peut être causée par l'alimentation, d'autres facteurs sont également en cause.

Il existe notamment une prédisposition génétique à l'obésité. Ainsi, 70 % de la prise de poids est liée aux gènes. Psychologie, environnement, horloge biologique ou même le microbiote intestinal seraient aussi responsables.

Deuxième idée reçue : l'IMC suffit à déterminer si une personne est en surpoids. Calculé par une formule simple, le poids divisé par le carré de la taille, l'indice de masse corporelle, ou IMC, sert à estimer la masse grasse d'un individu. A plus de 25, il serait en surpoids et au-dessus de 30, en obésité.

Mais cet outil standardisé est en fait réducteur et incomplet. Il ne prend pas en compte le degré d'adiposité. Ainsi, deux personnes peuvent avoir un même IMC et pourtant avoir une masse grasse différente.

Par exemple, l'IMC d'un sportif peut être élevé car le muscle pèse plus lourd que le gras. Troisième idée reçue : quand on est gros, il suffit de faire un régime. Surtout pas.

Dukan, jeûne intermittent, cétogène, ces régimes à la mode peuvent faire perdre du poids drastiquement à court terme. Mais à long terme, ils sont désastreux et vont favoriser une reprise de poids plus importante. En s'habituant à la privation, le métabolisme se ralentit et le corps va stocker plus de calories pour survivre.

Au moment où on reprend ses habitudes, le corps s'accroche à ces nouvelles calories et on grossit. Ainsi, 95 % des régimes sont des échecs. Plutôt qu'un régime, les nutritionnistes encouragent à travailler sur le rapport à l'alimentation et rééquilibrer ses habitudes alimentaires sur le long terme.

L'obésité est un phénomène mal connu, même des médecins. Et ces idées reçues peuvent avoir des conséquences graves sur le soin et la prise en charge des personnes obèses. Jingle -On apprend plein de choses. 95 % des régimes échouent, c'est accablant.

Vous, les médecins, vous ne connaissez pas tous exactement ce que c'est que l'obésité. Mais puisqu'on parle des idées reçues, quand on est député et qu'on veut faire des propositions dans ce domaine, c'est un frein le fait que cette maladie ne soit pas considérée comme une maladie ? -Oui, ça l'est certainement.

Et puis, je le dis souvent, au niveau des enfants, notamment, on aura une bombe à retardement dans les années qui viennent si on ne fait rien, puisque ça aura un impact sur les finances même de la République. Mais comme c'est dans quelques années et qu'on a un délai, on attend. En fait, il faudrait réagir beaucoup plus vite quand on le peut et quand les enfants, justement, commencent à avoir des prédispositions et qu'on peut repérer.

C'est vraiment toute l'idée du message qu'on voudrait faire passer. -L'IMC, ça, c'était une idée reçue aussi. Ce n'est pas forcément pertinent, Professeur. -Alors, à l'échelle... -On rappelle, le rapport poids-taille. -Poids divisé deux fois par la taille.

Et à partir de 30, normalement, on définit que ça permet de définir l'obésité. -Donc, on prend son poids et on le divise... -Et on le divise deux fois par sa taille.

Par sa taille et de nouveau par sa taille. -Ah oui. -Par sa taille et on redivise par sa taille. -Merci.

A partir de 30, normalement, l'Organisation Mondiale de la Santé nous dit que ça correspond à l'obésité parce que c'est censé être le reflet de notre quantité de masse grasse, qu'on ne mesure pas directement. C'est un indicateur, peut-être pas très juste, de combien j'ai de gras dans mon corps. A l'échelle d'une population, 1000 personnes, c'est assez fiable.

A l'échelle de l'individu, ce n'est pas du tout fiable. Pour le même indice de masse corporelle, par exemple, une femme est beaucoup plus grasse qu'un homme. Un sujet âgé sera beaucoup plus gras qu'un sujet jeune.

Donc, on se rend compte que, par exemple, il y a pas mal d'hommes qui ont un indice de masse corporelle entre 30 et 35 qui n'ont pas d'obésité, qui n'ont pas d'excès de masse grasse, si on mesure réellement la masse grasse. Il n'y a pas d'excès de masse grasse. Et à l'inverse, pour la femme, entre 25 et 30 d'IMC, où on n'est pas censé avoir une obésité, on a beaucoup de femmes qui ont déjà un excès de masse grasse et qu'on pourrait considérer comme porteuse d'une obésité. -On continue sur les idées reçues.

Ca n'est pas considéré comme une maladie, l'obésité ? -Non, pas encore, pardon ! -Ca n'est pas considéré dans la nomenclature de la Sécurité sociale.

Qu'est-ce que ça veut dire, le fait que ce soit pas considéré comme une maladie ? -C'est plus en plus inscrit à la HAS, même à l'ANSM. Ca commence à être inscrit, mais parce qu'on est quelques-uns à pousser comme des malades.

Mais alors, je fais ma liste au Père Noël, moi, je souhaite vivement, et c'est là que je parle de courage politique à tous les niveaux, à commencer par, effectivement, le président de la République et le Premier ministre et le ministre de la Santé à nous dire que l'obésité, c'est une maladie. -C'est reconnu par l'OMS, c'est reconnu par l'Italie, la Suisse, le Portugal et l'Allemagne. En France, on a fait plein de choses et pour autant, on n'appelle pas un chat un chat.

Ce qui permettrait aussi d'avoir de la formation au cursus initiaux de tous les professionnels de santé. Ce qui n'est pas le cas. C'est excessivement dangereux et ça les met également en porte-à-faux.

Donc, en fait, si vous voulez, c'est juste de remettre l'Eglise au milieu du village, dans la bienveillance de tous. -Vous voudriez, au passage, on en avait parlé avant l'émission, que, par exemple, ce soit la Grande Cause Nationale 2026. -2026, avec un plan... -Vous avancez sur ce sujet, vous sensibilisez les autorités, vous avez des indices qui vous laissent penser que ça peut prospérer ? -Alors, on a fait les premiers états généraux de l'obésité sous le haut patronage du président de la République le 3 de mars avec le ministère de la Santé dans cet objectif-là d'obtenir la grande cause 2026.

Et d'obtenir aussi un plan obésité comme un plan cancer, interministériel, sur dix ans renouvelable. C'est capital parce qu'il faut prendre la problématique à 360 degrés. Il faut faire de l'information, il faut faire de la prévention, il faut réguler les publicités, il faut réguler les composants des recettes de l'agroalimentaire...

Il faut protéger la population et il est du devoir des Etats de protéger les populations. -Protéger les jeunes, c'est votre sujet, M. Proença Surtout quand on voit que 95 % des régimes échouent, il faut essayer d'intervenir avant.

Et donc, vous, vous prenez des programmes d'éducation physique et des pesées, vous appelez ça mesures, pesées au CE2. Mais il y a déjà des visites médicales à l'école. -Alors justement, ce qui nous a beaucoup surpris, c'est que ce qu'on a connu ici, la visite médicale classique qu'on faisait tous les deux ans, on va dire, à l'école primaire, elle a disparu, elles n'existent pas, par manque de personnel de santé.

Les enfants voient souvent quelqu'un à la grande section, et entre la grande section et la sixième, c'est un désert. Les enfants, si les parents ne les amènent pas voir un spécialiste ou un médecin, il peut se passer plusieurs années sans qu'on sache ce qui se passe. Donc l'idée, ce n'est pas forcément de les peser, de les mesurer, ce n'est pas de les stigmatiser, mais c'est de faire un bilan de santé de premier niveau, que pourrait faire un infirmier ou une infirmière, de manière simple, et renvoyer ensuite les enfants qui présentent des difficultés vers un spécialiste, vers un médecin, vers un comité sportif, vers une fédération de sport qui pourrait l'accueillir.

Enfin, mettre en place quelque chose avec les parents, en repérant très tôt, avant la puberté, puisque tous les spécialistes nous l'ont dit, si on réagit avant la puberté sur le surpoids, notamment, on a une réactivité beaucoup plus importante. -C'est pas trop tard ? -C'est beaucoup plus efficace. -Elle est plus précoce.

C'est dans le primaire, parfois. -C'est pour ça qu'on avait ciblé CE2, l'âge du CE2 pour faire cette visite médicale qui s'est transformée en pesée-mesure, mais qui est un bilan de santé qu'on aimerait obligatoire et qui a disparu dans la réalité des faits. -Donc c'est ce que vous souhaitez instaurer.

Vous pensez que vous allez pouvoir l'obtenir ? -Je l'ai porté au niveau des ministres. -Parce qu'il faut des personnels de santé qui se déplacent dans toutes les classes. -Pour moi, c'est essentiel.

Encore une fois, s'il n'y a pas la prévention, ça va nous coûter beaucoup plus cher. -Le rôle de l'éducation nationale, je le répète, il est capital. Il est capital.

Les 30 minutes d'activité physique par jour qui étaient dans le dernier mandat du président de la République. Certaines écoles le font, d'autres ne le font pas. Ce n'est pas par hasard qu'on demande de faire de l'activité physique.

Et activité physique, ce n'est pas nécessairement du sport. C'est bouger son corps, en fait. C'est là où il faut vulgariser l'information. -C'est quoi la différence ?

Vous pouvez jouer, jouer au ballon, courir, vous pouvez... -C'est du sport mais pas dans le cadre d'un cours. -Mais vous bougez, votre corps, il bouge.

La composition des cantines scolaires, cuire des pâtes pendant trois heures, c'est plus des pâtes, c'est du sucre. Non, mais c'est du bon sens. Ca, c'est les états généraux de l'alimentation.

C'est le travail que fait le CNA, le Conseil national de l'alimentation. C'est le travail du PNNS, le Plan national nutrition santé. C'est de ça dont on a besoin.

On a besoin de la SNANC ? -La SNANC ? -C'est la fin de l'émission, mais en deux mots. -Mais il y a des choses qui sont mises en place.

Il faut qu'elles prennent oeuvre, il faut qu'on travaille ensemble, il faut qu'on protège la population. -Là, vous pouvez travailler ensemble. Vous êtes sur les mêmes sujets, les mêmes combats. -Juste un chiffre, trois heures de sport à l'école primaire, les données qu'on a, c'est une heure et demie maximum.

C'est-à-dire qu'avant de faire 30 minutes d'activité physique, commençons par faire déjà ce qui est prévu dans les programmes et une activité physique tous les jours avec les enfants. -Vous préconisez quelque chose en particulier ? Rapidement. -La prévention, c'est clé, surtout si on veut incorporer de nouveaux médicaments dans nos systèmes de couverture maladie.

Evidemment, pour baisser les coûts, il faut lutter contre l'environnement obésogène. Dans le type de reportage qu'on voit, il faut faire attention à dire que l'obésité n'a rien à voir avec ce qu'on mange. Je comprends qu'on ne veuille pas discriminer les personnes obèses, et on a des preuves qu'il y a de la discrimination sur le marché du travail, mais ce qu'on mange est déterminant.

C'est dans les données. -La qualité alimentaire. -La qualité et la quantité.

La hausse de consommation de nourriture, et en particulier la consommation de "junk food", c'est un élément déterminant qui explique la hausse de l'obésité. -L'alimentation transformée est très mauvaise. -Donc il faut lutter contre l'environnement obésogène en limitant l'emprise de l'industrie agroalimentaire qui produit de la "junk food" et du soda et qui distribue ces produits à des coûts très bas. -Il faut agir sur l'industrie, sur l'éducation.

C'est de la prévention de ce qui n'est pas complètement considéré comme une maladie. -Il faut cadrer l'agroalimentaire. -Les taxes sur les produits de "junk food", la limitation du marketing, les labels nutritionnels, tout ça, c'est très important. -Tout ça, c'est important, c'est un cercle vertueux.

Le mot de la fin, Professeur Disse qui voit les malades qui viennent dans son service et qui... -Oui, mais on voit les patients en souffrance, mais avec un certain degré d'espoir, je trouve, depuis deux ans et l'apparition de ces nouvelles stratégies thérapeutiques.

Je pense que ces médicaments vont aussi permettre de, justement, reconnaître la maladie un petit peu plus comme une maladie. -Et ce n'est pas un choix de vie, je le répète. Et il faut que les choses, elles continuent, elles avancent et que le remboursement soit acquis. -Ca change aussi le regard, ces médicaments, le regard qu'on porte sur l'obésité.

Encore une discrimination forte. C'était vraiment passionnant de vous entendre. Merci infiniment à tous les quatre.

Merci de nous avoir suivis dans ce nouveau numéro d'Etat de santé. A bientôt. Générique