Guerre en Iran : "Les deux adversaires n'ont pas le même rapport au temps", estiment Florian Louis et Azadeh Kian
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Les Etats-Unis et l'Iran sont-ils en passe de conclure un accord trois mois après le déclenchement de la guerre par les armées américaines et israéliennes et après sept semaines de cesser le feu, le détroit d'Hormuz est toujours quasi bloqué. Le régime iranien a fait la preuve de son emprise sur ce passage stratégique pour l'économie mondiale, de sa résistance aussi et l'on se demande à quoi va ressembler la situation d'après. Deux invités pour nous éclairer ce matin Benjamin avec vos questions évidemment chers auditeurs 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France.
Bonjour Azadekian, merci d'être avec nous ce matin au micro d'inter, vous êtes professeur émérite de sociologie politique à l'université de Paris-Cité et spécialiste de l'Iran. A vos côtés Florian Louis, bonjour, merci d'être avec nous historien des relations internationales et membres de la rédaction du Grand Continent.
Pour commencer, la même question à tous les deux, comment qualifier ce qui se passe depuis le cesser le feu du 8 avril ? Est-ce qu'on est toujours dans une situation de guerre ? Est-ce qu'on est dans un bras de fer ou dans des négociations qui pourraient bien finir par aboutir entre l'Iran et les Etats-Unis ? On est effectivement dans un bras de fer, mais on est surtout dans un bras de fer dans lequel les deux adversaires n'ont pas le même rapport au temps. On voit bien que Donald Trump est pressé pour tout un tas de raisons qui ont été rappelées notamment par Pierre Haski à l'instant, pressé d'obtenir un accord, pressé, j'ai envie de dire, de bâcler un accord.
Et en face, on a des Iraniens qui, évidemment, eux aussi souhaitent, malgré tout, le régime iranien, la fin de cette guerre qui lui a porté des coups très rudes, mais qui a bien compris qu'ils peuvent jouer la montre, ils peuvent attendre et que finalement, plus le temps passe, plus ils se trouvent en position de force face à un Donald Trump qui est vraiment acculé presque à trouver rapidement une paix pour sortir de ce bourbier dans lequel il s'est mis.
Azadekian. Oui, effectivement. Enfin, ce qu'on constate, c'est que déjà hier, les Iraniens étaient beaucoup plus prudents dans leur, disons, annonce parce qu'ils ne font pas confiance à Trump. Ils disent qu'on était en train de négocier avec l'administration Trump par deux fois avant d'être attaqué, pardon, une fois en juin 2025, une autre fois en février 2026. Et donc, ce qu'ils veulent obtenir avant d'aller plus loin, c'est quoi ? C'est l'engagement de Trump de déjà débloquer les avoirs iraniens, ce qui n'est pas encore le cas. La totalité, pas 25%.
Alors, on va en parler, mais effectivement, Trump a annoncé ce week-end un accord imminent avant de considérer qu'il ne fallait pas se précipiter. Il est question d'un déblocage du détroit d'Hormuz en échange d'une levée des sanctions contre le pétrole iranien qui pourrait de nouveau être exporté et d'un dégel de certains actifs iraniens dans les banques étrangères. Est-ce que pour s'en tenir à ça, sans parler du nucléaire, on en parlera ensuite, ce serait un accord crédible, acceptable pour les deux parties ? Alors, de fait, chacun y trouverait son compte.
C'est-à-dire que les Etats-Unis, et derrière eux, le monde entier, ont besoin que le détroit d'Hormuz redevienne fluide pour détendre la pression sur les économies mondiales et notamment sur les hydrocarbures. D'un autre côté, effectivement, pour le coup, ce serait un vrai gain pour les Iraniens qui pourraient les pousser à faire cette concession-là s'ils obtiennent des levées partielles ou totales de sanctions économiques qui leur permettraient au régime de récupérer des avoirs, de l'argent, dont il a bien besoin, une fois de plus, quand même, pour penser les plaies réelles. Il ne faut pas oublier, quand même, qu'ils ont été portés très durs par cette guerre.
À Zadekian, là encore, pour essayer de comprendre ce qui ressort de fuite de presse de cet éventuel accord, est-ce qu'il est plausible d'envisager le régime iranien céder ce qui apparaît aujourd'hui comme son principal levier, c'est-à-dire le blocage du détroit d'Hormuz ? Est-ce qu'on peut imaginer l'Iran accepter de le libérer ? Sans péage. Sans péage, non, cela m'étonnerait fort parce qu'ils sont en train aussi, ils ont continué à négocier avec Oman, qui aussi a des eaux territoriales et vont continuer à exiger, effectivement, le paiement, mais ils vont libérer, effectivement, entre guillemets, le détroit.
D'ailleurs, hier, il y a eu une trentaine aussi de navires qui ont pu passer par le détroit. Ils veulent, effectivement, avoir la main, les Iraniens, avoir la main sur les navires qui traversent le détroit, en tout cas, par la partie des zones territoriales, des eaux territoriales iraniennes, mais il ne faut pas oublier que les Chinois ont aussi tout intérêt à l'ouverture du détroit et il ne faut pas oublier... Et donc il y a une pression aussi du régime chinois, notamment après le déplacement de Donald Trump. Et surtout les rapprochements récents, très récents, entre l'Iran et la Chine, encore davantage qu'avant. Mais ça veut dire que la situation
d'après cette guerre, d'après ce conflit, ce serait un détroit payant ? Alors, sans doute, mais peut-être pas sous la forme d'un péage officiel sur le modèle de ce qui se fait, par exemple, dans le canal de Suez parce que ça posera quand même de gros problèmes en soi. De droit international, j'entends le droit, la convention de Montégobé qui régit la circulation en mer ne permet pas cela. Alors, l'Iran pourrait se permettre de le violer, mais sans doute, ce serait de manière informelle. C'est-à-dire, en fait, vous voulez une sécurité, on va vous fournir une escorte, vous n'êtes pas obligés de la prendre, mais voilà, si vous la prenez, ce sera peut-être mieux pour vous et il faudra la payer.
Donc c'est sans doute sous forme informelle que ça se passerait.
Mais juste, ce qui est tout à fait passionnant avec la situation que l'on vit en ce moment, c'est que là, on parle depuis quelques minutes de ce qu'il pourrait y avoir dans cet accord. Ce serait un accord qui, en fait, serait, par rapport à la situation antérieure, Florian Louis, plutôt pas tout à fait défavorable au régime iranien, malgré la supériorité qu'on a commentée américaine, israélienne.
Oui, en fait, ce serait un accord qui traiterait essentiellement des conséquences de la guerre et pas de ses causes. Donald Trump est entré en guerre, il n'a pas toujours été très clair, mais en gros, pour la question nucléaire, pour réduire à néant le programme nucléaire iranien. Et finalement, on nous parle d'un accord de paix qui vise avant tout à régler la circulation dans le détroit d'Hormuz, qui fonctionnait très bien avant l'entrée en guerre et qui ne fonctionne plus depuis la déclaration de guerre.
Donc, on est évidemment très loin d'un accord optimal puisqu'on s'attaque finalement au problème qui n'existait pas avant la guerre et on ne s'attaque pas vraiment à celui qui a justifié l'entrée dans la guerre. Donc, quand des élus républicains aux Etats-Unis estiment que l'accord est beaucoup trop favorable à l'Iran, ils ont plutôt raison.
Ils ont plutôt raison, absolument. Pour l'instant, il n'y a pas d'accord. On parle toujours de protocole d'accord. et de prolonger le cessez-le-feu avec un éventuel accord dans 30 ou 60 jours. Absolument. Mais enfin, il ne faut pas oublier que c'est l'Iran qui a été attaqué par l'armée américaine et israélienne. L'Iran qui a été détruit en bonne partie, on oublie souvent. Il y a plusieurs milliers d'Iraniens qui ont été tués, des milliers de bâtiments, 93 000 immeubles résidentiels et commerciaux qui ont été détruits ou partiellement détruits. Il y a, par exemple, des hôpitaux, des universités, etc. Donc, en fait, l'institut pasteur de Téhéran aussi a été attaqué.
Donc, en fait, qui va reconstruire tout ça ? Les Américains refusent. D'où les exigences des Iraniens de dire qu'il faut avoir des retombées financières pour nous, sinon on ne signe pas. Et on rappelle que le secrétaire d'État, Marco Rubio, a répété ce matin qu'il pensait un accord possible aujourd'hui, alors même que Donald Trump, lui, se laissait, disait ne pas être pressé. Il faut qu'on parle de la question essentielle, Florian Louis, du nucléaire qui, là, serait négocié dans un second temps. Qu'est-ce qui est en jeu ? Qu'est-ce qui est acceptable de part et d'autre ?
Et là encore, on a l'impression, en fait, de revenir aux termes qui étaient déjà ceux de l'accord de Vienne au moment où Barack Obama était à la Maison Blanche et négociait avec le régime iranien.
Alors, les Américains et les Israéliens sur ce point-là ont toujours été alignés pour dire l'Iran ne doit pas pouvoir accéder à l'arme nucléaire sauf que, pour cela, ça suppose d'avoir un degré notamment de contrôle de ce qui se passe si tant est qu'on autorise des centrales nucléaires à rester en activité en Iran qui demandent une grande confiance. Donc, le problème, c'est que même s'il y a accord et on l'a vu précédemment, c'est au nom Trump a dit finalement cet accord il ne le respecte pas il continue clandestinement etc.
Donc, même s'il y a accord il faudra encore être capable de l'appliquer et comme vous le disiez si accord il y a il risque de ressembler à celui de 2015 donc, tout ça pour ça à une différence dont Donald Trump
ne voulait pas rappelons-le dont Donald Trump ne voulait pas
mais à une différence près tout de même c'est que l'accord de 2015 c'était un accord signé entre d'un côté l'Iran et de l'autre côté les Etats-Unis mais aussi la Russie la Chine le Royaume-Uni la France l'Allemagne là on parle d'un deal à deux et ça dit beaucoup de choses aussi de la vision du monde et des relations internationales de Donald Trump c'est-à-dire que même s'il y a la même chose dedans l'ordre du monde qui ressort l'image des hiérarchies internationales qui ressortent est assez différente alors est-ce qu'il est imaginable puisqu'il est question de récupérer l'uranium qui se trouve sur le sol iranien et on a du mal à imaginer le régime iranien autoriser une opération comme celle-là
moi ça me paraît pour l'instant improbable c'est-à-dire qu'autant ils ont accepté de diluer l'uranium enrichi en Iran même sous la surveillance de l'agence internationale de l'énergie atomique voire éventuellement de l'envoyer à un pays tiers comme la Russie ou la Chine mais ils n'accepteraient pas de le rendre aux Etats-Unis d'une part d'autre part les américains disent une seule centrale nucléaire les iraniens disent on est signataires de l'accord de TMP donc traité d'opération nucléaire donc on doit pouvoir avoir le droit à l'enrichir l'uranium même si alors ça je pense que c'est un peu différent de JCPOA signé en 2015 c'est que JCPOA c'est l'accord de Vienne l'accord de Vienne dont on a parlé tout à l'heure et pendant 15 ans par exemple de suspendre l'enrichissement de l'uranium pendant 15 ans et donc et n'enrichir qu'à des fins civiles donc il y a tout ça qui ont déjà proposé en février 2026 avant d'être attaqués par Israël et les Etats-Unis donc en fait ils restent sur les mêmes principes mais je dois dire que de plus en plus j'entends des voix notamment des ultras en Iran qui disent il faut qu'on aille vers à terme pas tout de suite vers la production de la bombe pour se sanctuariser parce qu'on ne peut pas faire confiance aux américains ni aux israéliens donc en fait ce que je vois c'est que ces attaques contre l'Iran finalement ont été au profit des durs du régime qui aujourd'hui parlent vraiment ouvertement de la bombe alors que avant ça n'était pas le cas
alors on a justement une question d'Aurélien au standard de France Inter bonjour bienvenue Aurélien oui bonjour c'est un peu la question que tout le monde se pose allez-y voilà à quoi avait servi cette opération à part durcir le rôle des gardiens de la révolution sur une population déjà malmenée bien fait Aurélien à la portée des coups quand même très heureux de régime je pense que je ne sais pas je ne peux pas prédire l'avenir mais il faudra voir justement une fois cette séquence guerrière terminée ce qui va se passer en Iran parce que quand même à la tête de l'Etat au sommet de l'Etat du fait des éliminations auxquelles ont procédé les Etats-Unis d'Israël il y a eu énormément de changements donc le régime va forcément changer puisque les incarnations les têtes ont changé il va sans doute se durcir c'est le plus probable et se durcissant il n'est pas à l'abri de susciter une plus forte contestation civile encore donc ça c'est un pari qui a été fait sur l'avenir donc nul ne peut aujourd'hui dire ce qui n'en résultera mais effectivement cette guerre n'a a priori pas servi à grand chose pour ceux qui l'ont initié parce que finalement ils étaient déjà dans une notamment Israël avait déjà obtenu après les bombardements de juin l'année précédente une assez forte elle avait montré sa supériorité sa capacité à toucher l'Iran au coeur finalement ils n'ont fait que répéter cette démonstration de force qui se termine un peu quand même en un étalement de faiblesse notamment pour l'allié américain sans faire tomber le régime sans régler la question du nucléaire et sans affaiblir tant que ça les capacités balistiques exactement ça vient du fait du refus d'envoyer des troupes au sol qui se comprend et qui à mon avis est la bonne idée qu'ils ont eue mais qui a aussi ses limites parce que si vous n'envoyez pas de troupes au sol vous pouvez difficilement atteindre en profondeur ces objectifs là
Azadekian vous vouliez dire quelque chose je voulais dire que cette guerre finalement a affaibli beaucoup beaucoup la société civile iranienne et a renforcé les gardiens de la révolution qui aujourd'hui sont les maîtres incontestés du régime et de l'Iran il y a des exécutions sommaires pratiquement tous les jours à la fois des jeunes qui avaient été arrêtés en janvier lors des révoltes de janvier ou des personnes qui sont arrêtées qualifiées d'espionnage pour les Etats-Unis ou Israël pour vous dire que voilà on en est là la répression et donc c'est pas une société qui va pouvoir se lever de nouveau contre le régime à court terme vos contacts les gens
que vous arrivez à joindre là-bas sont dans quel état d'esprit notamment ceux qui avaient pu penser que les Etats-Unis les aideraient à faire tomber le régime iranien
écoutez ils ont vite déchanté je dirais le jour même où cette école pourfille à Minab au sud du pays dans une région vraiment déshéritée que je connais d'ailleurs a été attaqué 168 petites filles et petits garçons ont été tués ils ont bien compris et puis après les destructions ont continué ils ont bien compris que c'était pas une guerre de libération mais une guerre pour détruire leur pays et puis aujourd'hui les gens vraiment ne souhaitent qu'une chose la paix une paix durable et pouvoir vivre tout simplement normalement et le taux de chômage a beaucoup augmenté aussi il ne faut pas oublier donc il y a beaucoup de pauvreté
il y a une situation économique à une crise majeure qui pourrait de fait s'améliorer si de nouveau l'Iran peut exporter son pétrole si des avoirs des gels d'avoirs sont levés ça ça pourrait donner un souffle d'air probablement mais on est dans une économie qui est quand même très corrompue notamment au moins les gardiens de la révolution donc si bénéfice économique il y a ils ne bénéficieront sans doute pas à l'ensemble de la société
Florian Louis je voudrais qu'on essaye aussi de comprendre les conséquences pour la région si d'aventure un accord de cessez le feu et la fin de la guerre était tacté d'abord par rapport à la situation vis-à-vis d'Israël l'Israël qui continue ses frappes contre le Hezbollah qui on le rappelle est l'un des bras armés du régime iranien on sait que le régime iranien souhaite que le Liban soit inclus dans l'accord alors que Benjamin Netanyahou lui revendique le droit de se défendre et le droit d'Israël de se défendre là encore quelles conséquences il faut en tirer Benjamin Netanyahou serait quoi mis devant le fait accompli d'un éventuel accord lui aussi serait affaibli
ça va dépendre évidemment le contenu de l'accord sur la question nucléaire puisque c'est ça vraiment qui l'intéresse et c'est aussi pour ça on voit bien que lui-même fait pression sur Trump alors quel moyen a-t-il réellement d'obtenir des choses de Trump je ne sais pas mais ça va vraiment dépendre de cette question-là qui est cruciale pour Israël cependant quand même très vite mais la situation de la dissuasion entre Israël d'un côté et l'Iran de l'autre est quand même très favorable à Israël aujourd'hui bien plus qu'elle ne l'était au 7 octobre 2023 quand a commencé la séquence guerrière dont on parle là encore il faut se souvenir qu'il y a encore trois ans de là Israël était entouré des fameux proxys les alliés divers et variés
même si le but de guerre assumé du gouvernement israélien était de dire il faut faire tomber le régime
oui en tout cas c'était surtout de s'attaquer au programme nucléaire en passant éventuellement par un changement de régime donc ça de fait ils n'y sont pas parvenus à éradiquer le programme nucléaire donc c'est un vrai problème qui fait craindre non pas comme on le disait le retour de la prospérité mais qui fait craindre la fameuse stratégie israélienne de la tondeuse à gazon qu'on est en train de voir ils ont attaqué en juin ils réattaquent maintenant et donc sans doute que dans six mois dans un an ou dans deux ans on aura de nouveau des bombardements pour empêcher justement l'Iran d'être capable à la fois de se doter de l'arme nucléaire et de se doter même de défenses anti-aériennes qui affaiblirait qui tuerait cette supériorité écrasante qu'ont aujourd'hui les Israéliens et les Américains dans le ciel iranien il faut peut-être dire aussi un petit mot de nouvelles alliances et des fractures à l'occasion de ce conflit oui et surtout en fait moi la leçon que je tire de tout ça il faut mettre ça dans le temps long la séquence elle commence en 2023 et le 7 octobre la leçon de tout ça au Moyen-Orient c'est le triomphe du chacun pour soi en fait il y avait un certain nombre de groupes le Hezbollah d'États la Syrie de Bachar el-Assad qui comptaient sur l'appui de l'Iran et en fait face à Israël l'Iran n'a rien fait et tous ces régimes tous ces groupes sont terriblement affaiblis inversement il y avait des États qui comptaient sur le soutien des États-Unis les pays du Golfe notamment l'Arabie Saoudite et bien ils ont été bombardés par l'Iran sans que les États-Unis puissent faire grand chose et donc la leçon que chacun tire de tout cela c'est les alliances même avec la première puissance mondiale même avec l'Iran finalement ça ne vous protège de rien c'est chacun pour soi et donc ça prélude je pense certes de recomposition qu'on est en train de voir mais surtout de beaucoup de déstabilisation parce que chacun va chercher à s'armer jusqu'aux dents à la fois défensivement avec des dômes de fer à l'israélienne et offensivement avec des arsenals balistes des arsenals balistiques comme l'Iran Azadekian c'est ça que vous voyez aussi vous pour les mois les années à venir une situation qui va être de plus en plus éruptive
tout à fait d'abord on constate par exemple qu'aujourd'hui les Émirats Arabes Unis qui ont signé l'accord d'Abraham avec Bahreïn et le Koweït sont ensemble on rappelle juste pour les auditeurs les accords d'Abraham qui étaient des accords de relations économiques avec Israël avec Israël l'Arabie Saoudite ne l'a pas signé avec le Qatar et bien sûr Oman qui sont plutôt qui ont pris leur distance de plus en plus avec les Émirats Arabes Unis d'autant qu'on a appris que pendant la guerre Netanyahou aurait visité les Émirats Arabes Unis donc ça ça a fait que il y a maintenant comme ça a été dit il y a une stratégie de la part des Saoudiens en particulier des Qataris aussi et des Omanes aussi d'avoir des bonnes relations avec l'Iran et nous sommes C'est quand même un renversement renversement et d'ailleurs n'oublions pas que l'Arabie Saoudite a fait appel aussi au Pakistan il y a aussi des avions pakistanais qui sont aujourd'hui stationnés aussi en Arabie Saoudite afin de protéger l'Arabie Saoudite contre toute attaque et plus les Américains donc en fait la demande des Iraniens de dire aux Américains il faut vous éloigner de la région du Golfe Persique c'est en train d'être un petit peu partagé par les autres aussi par les autres exception en fait des Émirats Pour terminer cet entretien il faut qu'on parle des conséquences immenses pour les Etats-Unis et pour Donald Trump personnellement est-ce que vous diriez Florian Louis que c'est une sorte de point de rupture de son mandat cette aventure iranienne compte tenu là du bilan qu'on en fait depuis une vingtaine de minutes
C'est vrai que la rupture il y en a eu d'autres avant parce que c'est pas la première fois que Donald Trump qu'on pensait très réticent à utiliser la force dans des expéditions à l'étranger s'est lancé dans des expéditions sauf que jusqu'à présent elles avaient plutôt réussi du point de vue américain on pense au Venezuela ou à la première séquence de bombardement sur l'Iran là il s'est beaucoup plus enlisé parce qu'il n'a pas su terminer cette guerre en fait il aurait dû proclamer la victoire très vite c'était pas une victoire mais en tout cas il aurait pu le vendre comme une victoire si au bout d'une semaine deux semaines après avoir décapité le régime finalement il avait dit voilà c'est gagné c'est super donc là il a laissé effectivement le temps jouer contre lui et désormais effectivement ça va être utilisé on voit ça l'est déjà alors par ses adversaires démocrates mais aussi au sein même du camp républicain où déjà la succession est quand même
c'est-à-dire il y a d'un côté chez les républicains ceux qui de toute façon considéraient par principe qu'il ne fallait aucune intervention c'est-à-dire les magas purs et durs et les faucons qui considèrent qu'à la fin l'Iran s'est renforcé il y a ceux qui considèrent qu'il ne fallait pas y aller
et il y a ceux qui considèrent que maintenant qu'on y est il faut aller jusqu'au bout et ils risquent effectivement de mécontenter les deux avec évidemment sur le fond de tout cela au-delà des allégeances partisanes démocrates ou républicains un prix de l'essence à la pompe qui touche tous les américains et tout le monde au-delà des Etats-Unis d'ailleurs ça veut dire qu'il va avoir quand même beaucoup beaucoup de mal à faire passer cette opération pour un succès alors que c'est la démonstration d'un échec plutôt flagrant ça va compter ça dans les élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre on sait que on peut vite oublier si le pétrole de nouveau baisse et qu'on fait le plein tranquillement ça peut compter mais on sait aussi que Donald Trump est un animal politique très fort qu'il a surmonté d'autres défaites annoncées donc on verra après c'est traditionnel aux Etats-Unis aux élections de mi-mandat le pouvoir en place est généralement désavoué donc déjà sans problème ça se passe généralement mal pour celui qui est au pouvoir si vous rajoutez tout ça ça présage quand même des choses assez difficiles pour lui des résultats électoraux difficiles maintenant les urnes parleront
et on parlait tout à l'heure avec Azadekian de l'importance de la Chine qui là aussi plaide pour la réouverture du détroit d'Hormouz Donald Trump qui était il y a il y a quelques jours dans le grand jeu et dans la grande opposition qui structure ce 21ème siècle entre les Etats-Unis et la Chine en réalité la Chine n'a même pas eu besoin de faire grand chose pour se renforcer et voir son principal adversaire ou concurrent affaibli
oui c'est le principe on va dire des vases communicants c'est à dire que sans même se renforcer soi-même tout ce qui affaiblit son rival nous renforce assez logiquement dans un jeu à somme nulle et surtout effectivement les Etats-Unis ont montré que même contre l'Iran avec l'arsenal qui est leur ils ne sont pas capables d'obtenir un résultat décisif et ça évidemment les Chinois en ont tiré des leçons dans d'éventuels affrontements qui pourraient les opposer eux ou en tout cas certains de leurs alliés aux Etats-Unis notamment à Taïwan en mer de Chine et évidemment pour eux c'est un petit peu toute proportion gardée mais c'est un peu ce qu'a été l'Afghanistan soviétique pour les Américains ou le Vietnam évidemment encore avant donc cette idée qu'on a la puissance dominante et rivale qui s'enlise ce qui va la vacciner on va dire contre d'autres opérations hasardeuses et ce qui pourrait ouvrir évidemment des fenêtres d'opportunité ce que vous dites là c'est qu'on a les fermants dans ce qui se passe aujourd'hui d'éventuelles guerres d'éventuels conflits à venir dont les Etats-Unis se désintéresseront et pour lesquels ils n'auront pas la puissance en tout cas ils hésiteront beaucoup plus à y aller et déjà c'était le cas parce que n'oublions pas que jusqu'à présent quand les Etats-Unis ces dernières décennies s'étaient engagés au Moyen-Orient avec des succès très moyens au Grand Moyen-Orient si j'ose dire Irak et Afghanistan ils étaient allés en envoyant quand même des troupes au sol là en Iran Trump s'est bien abstenu de cela ce qui montre que déjà ils ont tiré des leçons de leurs échecs précédents et ils vont en tirer encore plus et donc effectivement ils y réfléchiront encore plus à deux fois voire à trois avant de se réengager et juste un dernier mot à Zadekian avant de se quitter vous qui êtes spécialiste de l'Iran vous êtes plutôt pessimiste pour l'avenir ?
Pessimiste écoutez si cet accord est signé entre l'Iran et les Etats-Unis je pense que on ira vers une paix avec les Américains mais avec les Israéliens c'est une autre histoire Israël a voulu effectivement changer le régime mais a voulu aussi fragmenter le pays et je pense que cette stratégie israélienne qui a été différente de celle des Etats-Unis est toujours d'actualité si vous voulez donc effectivement disons que l'histoire n'est pas finie mais effectivement déjà la population demande la paix pour l'instant et la reconstruction comme je l'ai dit des parties dévastées du pays et un régime qui serait moins répressif je ne dis pas démocratique mais moins répressif afin que la société civile puisse de nouveau monter en puissance il ne faut pas oublier que cette société civile iranienne était vraiment une société civile très en évolution avant et aujourd'hui on en est là c'est-à-dire la crainte de la population donc voilà c'est espérant que cet accord soit signé au moins par les Etats-Unis et l'Iran merci merci tous les deux d'avoir été
au micro de France Inter ce matin et votre livre
Florent Louis d'un mot 1904 jeunesse du XXe siècle aux presses universitaires de France
merci qui
merci merci merci merci merci merci