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interviewC à vous (sur YouTube)· 31 mars 2025 9 min

« Je suis Marine » : Musk, Orbán et le Kremlin au secours de Le Pen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- A.-E.Lemoine: Bonsoir, P.Corbé.

On aime votre newsletter "Zeitgeist". Merci de votre présence ce soir. C'est dans les moments difficiles qu'on reconnaît ses amis.

Ces réactions internationales vous étonnent-elles? - P.Corbé: Je rebondis sur le message du fils de D.Trump.

Il fait référence à J.D.Vance, au discours de Munich d'il y a quelques semaines, un discours important, une sorte de structure idéologique du trumpisme.

Dans ce discours, au-delà de ce qu'il disait sur l'immigration et la liberté d'expression, il remettait en cause le modèle de démocratie libérale et décrivait une Europe dévoyée qui serait moralement corrompue et qui refuserait d'accepter la différence dans le débat politique. Il citait ce qui se passe en Roumanie, avec le candidat qui n'a pas pu se présenter. Du point de vue du trumpisme, il y a un parallèle entre ce qui se passe en Roumanie, en France, et ce qui s'est passé avec V.Orban et Bolsonaro.

Il y a cette idée que la gauche au sens large aurait peur des urnes et de la volonté du peuple, et que le seul moyen d'empêcher la volonté du peuple serait, par la justice, d'étouffer la démocratie. - A.-E.Lemoine: C'est l'internationale réactionnaire qui se déploie. - A.Duhamel: Dans toute sa puissance, mais qui n'est pas inventée, qui est réelle et qui progresse.

Ce que dit D.Trump aux Etats-Unis, c'est ce que dit N.Farage en Grande-Bretagne, qui progresse très vite en ce moment.

Partout dans les pays occidentaux, le mouvement gagne. Ce qui se passe en France aujourd'hui, qui est très antagonique, ne signifie pas que ce soit un repli pour le RN, qui s'affiche. Pas du tout.

Ca peut être le contraire. - A.-E.Lemoine: Faut-il s'attendre à une campagne de la part de D.Trump? - P.Corbé: Il a toujours gardé la personnalité de M.Le Pen à distance.

Quand M.Le Pen avait tenté de le croiser à la Trump Tower...

Il y a des liens, depuis plusieurs années, avec S.Bannon, même s'il a insulté récemment J.Bardella qui avait annulé son interview à cause du salut nazi de S.Bannon.

Mais il n'y a pas de proximité entre M.Le Pen et D.Trump.

Mais les trumpistes plus idéologues vont l'utiliser. S.Bannon, ce n'est qu'une émission sur YouTube.

Elle est très influente. Elle est très écoutée, relayée. Ce sera intéressant de voir comment Fox News traitera le sujet.

Dans la journée, ils l'ont traité de façon factuelle. On va voir s'ils vont en faire un élément de politique intérieure américaine. - P.Cohen: Jusqu'à présent, le pouvoir trumpiste s'est tenu à distance de la France, contrairement à l'Allemagne, avec les ingérences massives qu'on a vues pendant la campagne législative et contrairement à la Roumanie, avec l'empêchement de la candidature d'un candidat, et contrairement au Royaume-Uni, avec des messages très agressifs contre K.Starmer.

Il y a eu plusieurs pays européens qui ont été directement ciblés. La France, pour l'instant, quasiment rien. - P.Corbé: Ca va être intéressant de voir si c'est repris par D.Trump ou certains de ses soutiens, ou si ça reste un événement d'actualité internationale.

Ce qui se joue autour de D.Trump, c'est cette question du rapport aux cours de justice, à l'Etat de droit, et la nature du régime de D.Trump, c'est de savoir s'il respectera les décisions de justice, des cours fédérales, de la Cour suprême ou pas.

C'est la clé du pouvoir de D.Trump: le respect ou non de l'Etat de droit. - A.-E.Lemoine: Et le respect de la Constitution, qu'il faut remanier à sa guise pour pouvoir se maintenir au pouvoir au-delà de la limite des 2 mandats imposés par la Constitution américaine. - A.-E.Lemoine: Il réfléchit sérieusement à un 3e, voire à un 4e mandat. - P.Corbé: Ca fait plusieurs fois qu'il a eu ce ton léger en semblant plaisanter sur cette question.

Mais pour la 1re fois ce week-end, à NBC, il a dit que c'était sérieux. Il confirme une hypothèse qui serait non pas de changer la Constitution, parce que ça nécessiterait des conditions difficiles à tenir, mais que J.D.Vance ou un autre se présente comme président, choisisse D.Trump comme vice-président en 2028.

Une fois investi, il démissionne et choisit D.Trump. Trump serait alors promu président.

C'est une Poutine. C'est ce qui s'est passé en 2008, quand Poutine a pu devenir Premier ministre. - A.-E.Lemoine: Ce n'est pas possible en France?

Un ancien président démissionne, ça convoque immédiatement des élections? Imaginons que J.Bardella est élu...

Si J.Bardella démissionne, la Constitution française ne permet pas cette substitution? - A.Duhamel: Il peut y avoir une démission suivie d'une élection présidentielle.

A l'issue de celle-ci, il pourrait y avoir une interversion des rôles. C'est peu probable, mais ça n'est pas impossible. - A.-E.Lemoine: Le pouvoir sans limite, c'est déjà ancré dans l'opinion américaine?

Ce n'est plus tabou? - P.Corbé: Il arrive préparé, organisé.

La stratégie est de tester les limites de l'Etat de droit pour étendre les pouvoirs présidentiels, de prendre des décrets dont il sait qu'ils sont illégaux. Il sait qu'il aura des recours, qu'il va les perdre. Il veut aller jusqu'à la Cour suprême pour obtenir, sur certains points, une sorte d'élargissement du pouvoir présidentiel.

La question est de savoir si, quand la Cour suprême lui donnera tort, il respectera la décision de la Cour suprême ou pas. Sur le droit du sol, par exemple. On a vu des choses inquiétantes sur des points précis où il a contourné les cours fédérales pour ne pas avoir à les respecter. - P.Lescure: Puisqu'on est en Amérique du Nord, il y a le Groenland.

Après la visite la semaine dernière de J.D.Vance sur la seule base militaire de l'île, les discussions ont continué tout le week-end. "Nous allons obtenir le Groenland à 100 %", a dit D.Trump dans une interview à NBC. - P.Cohen: La phrase sur le Japon... - P.Lescure: C'est dingo. - P.Corbé: Oui, mais il n'est pas le seul à penser cela aux Etats-Unis.

Le Groenland, ce n'est pas un territoire européen. C'est un territoire sur le territoire...

Les Danois sont des colonisateurs. Il considère que l'intérêt suprême des Etats-Unis est de contrôler ou de superviser le Groenland. Il est possible que tout cela se termine par un accord militaire qui ferait qu'il contrôlerait les passages.

Ca permet aussi d'électriser sa base et de repousser sans cesse ce qui paraît possible. Il y a l'idée d'une présidence impériale liée à l'âge d'or dont il a parlé dans son discours d'investiture. - A.Duhamel: Les Etats-Unis ont dénoncé les impérialismes durant des décennies.

C'était à la fois les vieilles puissances européennes et les nouvelles puissances qui apparaissaient, notamment au Kremlin. Aujourd'hui, c'est exactement l'inverse. Il est en train d'enfiler les vêtements des impérialistes du XIXe siècle. - A.-E.Lemoine: Il s'est même comparé à Napoléon. - A.Duhamel: Quand on va savoir à quelle sauce on va être mangés avec l'augmentation des taxes d'importation, on verra la nouvelle forme d'impérialisme. - A.-E.Lemoine: Merci à tous les 2 d'être venus sur notre plateau.

Alain, on écoute vos analyses sur BFMTV tous les jours à...

L'heure m'échappe. - P.Corbé: A 17h50!