Michel Barnier à Matignon, "La colère est immense" : le "8h30 franceinfo" de Clémentine Autain
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Bonjour Clémentine Autain. Bonjour. Michel Barnier, Premier ministre de droite, LR. Est-ce que ça veut dire que vous le censurez d'entrée de jeu ?
Oui, et je dois dire ma sidération du choix du président de la République après deux mois d'un vaudeville de très mauvais goût. Et nous sommes là dans une situation hallucinante. C'est un déni de démocratie, c'est un coup de force antidémocratique. Et c'est une nomination en effet qui me révolte. Pourquoi ? Parce que s'il y a un enseignement, un seul enseignement que l'on peut retirer de l'élection du 7 juin dernier, voulue par le président de la République, cette dissolution, c'est qu'il y a eu un réflexe, une mobilisation inédite des Français pour empêcher l'extrême droite d'arriver en tête. Et là, que fait le président de la République ? Il nomme un Premier ministre qui est RN compatible.
Est-ce que vous avez écouté son discours lors de la passation de pouvoir hier soir à Michel Barnier ? Oui. Il évoque les services publics, il évoque le travail, il évoque la sécurité. Est-ce que malgré tout, ce ne sont pas des thématiques qui méritent d'être portées ? Vous pourriez dire, voilà, on peut essayer de lui laisser une chance et éventuellement de discuter avec lui.
Non. D'abord, les services publics, avec quels moyens ? À partir du moment où vous enfermez dans cette logique des 3% voulues par Bruxelles, décidés sur un coin de table et de la réduction de la dépense publique en jouant sur le...
À l'heure actuelle, c'est un intangible, Clémentine Auton.
Oui, mais vous avez une solution, c'est augmenter les recettes. Or, tout le monde sait que M. Barnier, que LR, ne veut pas augmenter les recettes de l'État et cherche à diminuer les dépenses publiques. Donc, puisque vous êtes obsédé par la réduction de la dépense publique, aucune solution n'est possible sur les services publics. Quand il dit, il enfile les perles, trouver les solutions qui marchent, mais qui marchent pour qui ? Est-ce qu'on continue, comme depuis 7 ans, à servir les privilégiés ? Ce qu'a voulu Emmanuel Macron en nommant M. Barnier, c'est d'empêcher que soit remis en cause sa politique, le fond de sa politique.
Et notamment un point, qui est celui de la réforme des retraites, voulue par une écrasante majorité des Français. Donc, comment voulez-vous que nous ayons confiance dans ce Premier ministre qui vient d'un groupe qui a obtenu aux élections européennes 7% ? Vous vous rendez compte ? Qui a un petit groupe avec 47 membres et qui, d'un seul coup, devient...
Dans d'autres pays, ça peut exister, ce type de...
Non, dans d'autres pays, soyons clairs, dans d'autres pays, dans d'autres pays, dans ce qu'on appelle les démocraties, ce qui se passe, c'est que la coalition arrivée en tête est celle à qui on conflit les clés du pouvoir. Ce qui est le minimum demandé en démocratie. Vous dites qu'on n'est pas en démocratie, on n'est plus en démocratie ? Je pense qu'il y a un problème de crise de régime et que le président de la République s'assoie sur les démocraties. Je vais vous dire, ce qui me choque terriblement, c'est qu'Emmanuel Macron a été élu à deux reprises pour empêcher Marine Le Pen d'arriver au pouvoir. Il y a dans ce pays une résistance incroyable, incroyable.
C'est-à-dire à la fois la montée de l'extrême droite, la droitisation du débat politique dans les hautes sphères, ça, ça existe, c'est fort. Et je ne nie pas cette percée de l'extrême droite, elle me préoccupe et elle nous oblige à gauche à être à ce rendez-vous pour empêcher l'extrême droite, notamment de continuer son ascension dans le monde populaire, chez les employés et chez les ouvriers. Donc ça, c'est une chose. Mais en même temps, je constate cette incroyable mobilisation dans le pays pour empêcher à chaque fois d'utiliser les outils. Or, vous savez bien que M. Barnier appartient à une formation politique qui n'a pas joué le jeu de ce qu'on appelle le front républicain.
C'est-à-dire qu'il n'a pas appelé à voter pour les candidats pour empêcher l'extrême droite d'arriver au pouvoir.
Lui-même l'a fait. Il n'est ni RN ni LFI, en l'occurrence.
Oui, alors en renvoyant dos à dos, vous voyez bien que ce n'est pas ce qu'on appelle un front républicain. Renvoyer dos à dos, le nouveau front populaire, quand vous renvoyez...
Il n'est pas le seul à l'avoir fait d'ailleurs.
Précisément, mais quel est le message des électeurs ? Vous l'avez entendu comme moi. Donc après, on va faire des leçons de civisme, on va expliquer aux jeunes, il faut aller voter, ça sert à quelque chose. Moi, ça me rappelle, 2005, quand les Français ont voté non au traité constitutionnel européen et que les présidents successifs ensuite se sont assis sur ce vote. Eh bien ça, je vous le dis, ça produit de la colère, du ressentiment en barre et de la haine et du dégoût vis-à-vis de la politique. Donc ce que fait Emmanuel Macron est dangereux, absolument dangereux.
Vous parlez de coalition, ça suppose des compromis et on revient toujours à ce problème de départ. Vous ne vous dites pas ce matin quand même quelle occasion manquée, quelle occasion on a manquée, nous ?
L'occasion manquée, c'est celle qu'aurait dû choisir le président de la République, de nommer Lucie Castet, qui est...
C'est là où je parle de compromis, vous n'avez pas voulu non plus de, par exemple, Bernard Cazeneuve. Mais qui nous... C'est un homme de gauche, vous ne pouvez pas... Arrêtez, arrêtez. Depuis quand ? Depuis quand ? Depuis quand ? Et vous vous retrouvez avec un premier ministre de droite, enfin c'est ça le résultat.
Depuis quand ? Quand une coalition arrive en tête, c'est le président de la République qui décide si la formation politique de Lucie Castet, le nouveau Front populaire, ne peut pas gouverner. C'est lui qui a décidé. Il fallait lui laisser sa chance. Et d'où vous pouvez imaginer...
Avec qui vous auriez gouverné ? Je veux dire, ça suppose... Projet par projet. Projet par projet. Qu'est-ce qu'a fait Lucie Castet pendant l'été pour établir des ponts avec éventuellement tel groupe, tel groupe, sur tel sujet, sur tel sujet ?
Elle aurait dû être nommée au lendemain... C'était pas un autre boulot de cet été. Non. Le boulot du président de la République, c'était de nommer Lucie Castet. Et Lucie Castet, à la tête de ce gouvernement, aurait cherché, projet par projet, à constituer des coalitions qui permettent... Sur quel projet elle en avait, des coalitions ? Moi, je pense que nous aurions eu une majorité à l'Assemblée nationale pour revenir sur la réforme des retraites. Je pense que nous aurions eu une majorité à l'Assemblée nationale. C'est le Parlement, c'est le pouvoir du Parlement. Puisqu'il n'y a pas de majorité nette, alors laissons le Parlement décider. Et sur de très nombreux sujets...
Précisément, Bernard Casneuve, il avait l'intention de revenir sur la réforme des retraites.
Vous le savez aussi bien que moi... Et d'ailleurs, il n'a pas été nommé. Et d'ailleurs, il n'a pas été nommé. Mais pourquoi il n'a pas été nommé ? Le but d'Emmanuel Macron, en nommant Bernard Casneuve, c'était de fracturer le nouveau Front populaire. Et notamment le Parti Socialiste. Il y a eu un vote au Parti Socialiste, rappelons-le. Et vous le savez bien. Et si il s'agissait de mener les mêmes choix politiques et de chercher les majorités sur les mêmes choix politiques, alors à ce moment-là, il fallait nommer Lucie Casté. Pourquoi Emmanuel Macron a pensé à Bernard Casneuve ou à d'autres au sein du Parti Socialiste, sur l'aile la plus modérée du Parti Socialiste ? C'est pour le fracasser.
C'est pour détruire le nouveau Front populaire. C'était ça l'objectif. Et donc je pense, et je le redis ici, qu'il ne fallait pas se prêter à cette opération politique, qui est une opération politique qui tue l'espoir et qui vise à recréer de la division à l'intérieur de ce qui a été notre force à gauche, cette unité avec le nouveau Front populaire.
Si je peux me permettre, vous n'avez pas vous-même œuvré tout le temps sur l'unité ? Je veux dire, quand vous faites siffler Bernard Casneuve ou Karim Boimrad aux universités d'été du PS, quand vous parlez d'unité, c'est compliqué quand même.
Je ne fais pas siffler. Ce n'est pas moi qui fais siffler Bernard Casneuve et Karim Boimrad. Ce n'est pas ça qui se passe.
Vous ne faites pas taire les sifflets non plus ?
Si, je les ai fait taire, puisque d'ailleurs Karim Boimrad est devant moi, et il fait un signe en disant non, et à ce moment-là, je fais applaudir. Je le fais applaudir. C'est ça qui se passe. Regardez la vidéo en entier. Et d'ailleurs, je ne comprends pas cette opération de la droite du PS qui vise à quoi ? Qu'est-ce qu'ils cherchent en faisant circuler sur les réseaux sociaux cette vidéo qui donne à voir que des socialistes les ont sifflées ? En réalité, eux n'ont pas l'objectif de maintenir l'ensemble du nouveau Front populaire sur pied. On le sait. Ils ne veulent pas d'alliance avec la France insoumise. Mais moi, je leur dis, et c'est ce que je leur ai dit, et je maintiens.
C'est un point de vue politique. Il n'y a pas d'insultes. Il n'y a pas de volonté de les faire siffler. Il y a une cohérence politique que je défends. Donc, je suis pour l'unité. Mais l'unité, à gauche, elle se fait avec toutes les forces de gauche écologiste, sans exclusive.
La conclusion qui en est tirée, c'est que la gauche n'a pas globalement unie, n'a pas très envie de gouverner. Et Aurélien Rousseau, député de vos rangs NFP des Yvelines, dit que la gauche devra dire vite et sans ambiguïté qu'elle est prête à prendre le risque de gouverner. Est-ce que vous dites ce matin, oui, la gauche veut clairement gouverner ? Mais nous voulons et nous devons gouverner.
Mais je vous le dis très solennellement, que nous ayons encore à faire du chemin pour que les Françaises et les Français, justement, nous sentent unis dans cette détermination à gouverner. Ça, je suis d'accord que nous pouvons, de ce point de vue, faire mieux. Mais n'ayez aucun doute, aucun doute, toutes les formations de la coalition n'ont qu'une ambition. C'est changer la vie des Français. Et pour le faire, il faut arriver aux responsabilités. Donc, aucun doute sur cette volonté de gouverner. Mais pour gouverner, il faut le faire aussi sur des bases politiques qui sont les nôtres.
Or, vous savez très bien que Bernard Cazeneuve, s'il y était allé, il était contre le nouveau Front populaire et pour des raisons de fond. Il était pour l'abrogation de la réforme des retraites. Il était pour des raisons de fond. Au cœur de votre projet. Oui, mais ça ne suffit pas. Ça ne fait pas une politique publique.
Vous préférez ça, ou qui est Barnier, Premier ministre de droite ?
Je préfère que nous gardions la possibilité d'une unité de toutes les forces de gauche et écologie, ce qui est le gage d'un espoir dans ce pays et de la possibilité de transformer le pays. Et si Emmanuel Macron a voulu chercher à prendre des figures qui sont contre le nouveau Front populaire, c'est pour le faire exploser. Et par ailleurs, il y aura d'autres moyens à l'Assemblée nationale de revenir sur cette contre-réforme des retraites, puisque nous devons aller chercher aujourd'hui dans ce Parlement la majorité qui met à bas et qui abroge cette réforme.
Si on vous comprend bien, Clémentine Autain, mieux vaut rester unis dans l'opposition que gouverner au risque de se diviser. C'est ce qu'on comprend de ce que vous venez de dire.
Mais sur quelle base ? C'est là où je ne vous comprends pas, en fait. C'est sur quelle base gouverner ? Quelle base avait Bernard Cazeneuve et sur quel projet allait-il gouverner ? Chacun sait que s'il y était allé, peut-être aurait-il eu, mais le président de la République en réalité n'en voulait pas, un gel et non pas une abrocation sur la réforme des retraites. Il semble que ce soit ce qui était demandé, le gel et non l'abrogation. Mais surtout ensuite, pour faire quoi ?
Après le Parlement aurait fait son travail, enfin...
Mais ensuite, pour faire quoi ? Pour faire quelle politique ? Pour faire quelle politique ? Si l'on ne s'inscrit pas dans le projet du nouveau Front populaire, c'est pour faire quelle politique ? D'accord ? Et c'est pour décevoir encore. C'est pour avoir un mécano qui brouille toutes les pistes dans lequel vous avez des ministres macronistes. Et à la fin, pour finir avec quoi ?
Une politique de réduction de la dépense publique, une politique qui continue à favoriser les privilégiés parce qu'il y a une logique fiscale qui n'est pas favorable au grand nombre, une politique publique qui continue à mépriser celles et ceux qui travaillent et qui n'arrivent pas à vivre dans la dignité, et de mener une politique qui n'est pas capable, qui ne se donne pas les moyens de renforcer les services publics. Donc tout cela n'est pas une question de personne, tout cela est une question de quelle coalition ? La logique politique, et je suis, je vous le dis, pardonnez-moi, assez étonnée que dans notre pays, les grands médias n'aient pas davantage insisté sur ce fait.
Aucune démocratie occidentale n'accepterait que la coalition arrivée en tête n'ait pas sa chance pour gouverner. Et ensuite, c'était le Parlement qui faisait les choses. Et si on pense qu'il y aurait eu censure ou qu'elle n'aurait pas tenu, il faut au moins lui laisser la chance.
Vous dites vous-même que le vote RN était conséquent, 10 millions d'électeurs, et qu'il vous oblige, vous dites même ça. Ce vote existe autant que le vôtre. Il n'y a pas de majorité dans cette Assemblée.
Oui, mais il y a eu... Mais il faut les trouver. Oui, mais sauf que...
Manifestement, Michel Barnier va la trouver.
Non, il y a un... Contre toute attente, je suis en désaccord avec vous, contre toute attente, nous sommes en tête. D'accord ? La coalition arrivée en tête est celle du Nouveau Front Premier. Premier point. Deuxièmement, premier enseignement de cette élection, la mobilisation contre l'extrême droite. Il y a eu ce Front Républicain qui a fonctionné. Beaucoup, beaucoup, beaucoup de Français se sont mobilisés pour voter qui avait voté au premier tour au Nouveau Front Populaire et est allé voter pour Renaissance au second tour pour empêcher l'extrême droite et qui, de Renaissance, est allé voter pour le Nouveau Front Populaire contre l'extrême droite.
Donc ça, c'est un phénomène massif que nous avons observé dans cette élection. Et on arrive à quoi aujourd'hui ? On arrive à un président de la République qui nous fait du en même temps et de droite et d'extrême droite. Eh bien, c'est scandaleux. Absolument scandaleux.
On va aller dans le fond des sujets dans quelques secondes, juste après le Fil Info. Tout d'abord, 8h45, Damien Mestre.
La nomination de Michel Barnier étant un déni de démocratie, selon Clémentine Autain, la députée du Nouveau Front Populaire, le dit à l'instant sur France Info, le nouveau Premier ministre qui est, selon elle, compatible avec le Rassemblement national. Dans le même temps, Emmanuel Macron condamne, lui, l'intensification des frappes russes en Ukraine. Il le dit lors d'un entretien avec son homologue Volodymyr Zelensky, lui assurant être plus que jamais aux côtés du peuple ukrainien. Pavel Durov dénonce son arrestation par la police française. Sa mise en examen est surprenante et erronée, dit le patron de Telegram dans un communiqué cette nuit.
Pavel Durov accusé de ne pas suffisamment modérer sa plateforme où circulent des contenus criminels. Et puis les scientifiques le répètent depuis des années, ça n'empêche pas les records de chaleur de continuer à s'enchaîner. L'été 2024 est le plus chaud jamais enregistré, selon les relevés dévoilés ce matin par l'Observatoire Copernicus.
France Info
Le 8.30 France Info, Bérangère Bont, Adrien Bec.
Et Clémentine Autain, député nouveau Front Populaire de Seine-Saint-Denis qui siège, on le sait, avec les écologistes. Avant d'être commissaire européen, Michel Barnier, le nouveau Premier ministre, a participé à beaucoup de gouvernements. Il a été aux affaires étrangères, aux affaires européennes, il a été à l'environnement et à l'agriculture. Il a parlé hier de dette écologique. Est-ce que vous lui reconnaissez une sincérité, une ambition sur ces sujets ? Laquelle ? Il a... Son bilan n'est pas nul. Loi Barnier, 95, principe de précaution, création de la Commission nationale du débat public, selon la prévention des risques naturels prévisibles. Ça existe tout ça ?
À une époque où c'était pas forcément une évidence ? 95.
Alors, pour le coup, on va regarder évidemment sur pièce, mais le pédigré de M. Barnier est incompatible avec la bifurcation écologique. Quand vous êtes obsédé par la réduction de la dépense publique, quand vous êtes convaincu que le libéralisme économique, la dérégulation, le tout pouvoir au grand groupe économique, finalement, c'est votre sésame, il n'y a pas de solution pour une transition digne de ce nom. Donc, en effet, je n'ai pas confiance en M. Barnier. M. Barnier, par ailleurs, a un pédigré global qu'il faut regarder. Il n'a pas choisi...
Mais vous jetez son bilan à la poubelle. Ce que vient d'énoncer Bérangère, c'est pas rien.
On peut toujours trouver une petite mesure par-ci, par-là. Mais le problème, c'est la cohérence d'ensemble. Si on pense qu'avec ce gouvernement, on va être à la hauteur du défi qui est devant nous sur le plan écologique, on se trompe totalement et lourdement. Le gouvernement va être fait avec des ministres de LR, avec des ministres de Renaissance, dont le bilan est connu. Le LR se fiche littéralement de l'écologie. Quant à la Macronie, elle fait des mots, elle enfile des perles, et puis ensuite, dans les actes, elle ne prend aucune décision correcte.
Le prendre au mot, vous dites d'être écologique. Ok, est-ce que vous lui tendez des perches sur tel ou tel sujet à Michel Barnier ?
Quelle proposition va-t-il nous faire concrète ? Vous pourriez lui en faire. Comme il dit, nous allons écouter, j'ai entendu, nous allons relancer le dialogue social, je viens avec humilité, je suis dans l'écoute. Mais ça commence par les retraites. S'il est dans l'écoute, est-ce qu'il va écouter la majorité des Français ? Est-ce qu'il va écouter la majorité des syndicats qui ne veulent pas, et qui l'ont toujours dit, de cette réforme des retraites ? Vous l'avez entendu dire ça ? Donc comment vous pouvez avoir confiance dans un homme qui, déjà sur ce point majeur, va empêcher la majorité de trouver...
On avait Clémentine Autain, Daniel Pascal, qui est un proche de Michel Barnier hier sur France Info, et qui disait, oui, connaissant Michel Barnier, ça fait partie des sujets qui peuvent être ouverts, la réforme des retraites. Alors peut-être pas l'abrogation, mais en tout cas, en reparler.
En reparler, mais là, ce qu'on demande, c'est l'abrogation. C'est moi qui le dis, c'est pas lui. Oui, je sais bien, mais ce que les Français veulent, c'est ne pas travailler deux ans de plus, parce que c'est injuste, et que rien ne justifie cela. Est-ce qu'il prend l'engagement de cela ? J'ai entendu hier, il n'y a pas d'engagement de la sorte. Donc reprendre un dialogue avec les syndicats, sans reprendre cette discussion qui est essentielle, et de commencer par dire, ok, on a entendu, on va abroger, eh bien je pense que c'est le meilleur moyen d'attiser la colère, et la colère s'exprimera dès demain.
Vous le savez, il y a des manifestations dans toute la France, et j'appelle à manifester demain, parce que la colère est immense devant ce coup de force antidémocratique, et la façon aussi de s'asseoir sur l'aspiration des Français sur la réforme des retraites, comme sur d'autres sujets. Vous le savez, M. Barnier, franchement, sur bien des sujets, il rejoint les thèses de l'extrême droite. Même Marion Maréchal-Le Pen hier a tweeté en disant que M. Barnier tienne ses promesses sur l'immigration.
Restons sur la réforme des retraites, vous dites, voilà, c'est un gouvernement, et Jean-Luc Mélenchon dit que c'est un gouvernement RN, RN, LR, voilà, enfin, bon, en gros, le gouvernement est dans la main du RN, mais si vous voulez abroger la réforme des retraites, vous serez dans la main du RN, de la même façon.
Mais non, ça n'a rien à voir, vous mélangez différentes choses. Être dans la main du RN, là, aujourd'hui, c'est qu'il a choisi un Premier ministre qui soit compatible avec la non-attendée. Il a fait ce choix-là. Il aurait pu faire un autre choix. Dire, Lucie Casté, avec le nouveau Front populaire, arrivée en tête, on leur donne leur chance, et Renaissance ne censure pas le gouvernement. Et là, on ne se met pas dans la main de l'extrême droite.
C'est de l'arithmétique dans les deux cas, Clémentine.
Non, ce n'est pas de l'arithmétique, c'est de la politique. Ce n'est pas de l'arithmétique, c'est de la politique.
Dans les deux cas, si le RN vote avec vous, le gouvernement, effectivement, peut tomber. Dans les deux cas, si le RN vote avec vous, la réforme des retraites peut être abrogée.
Mais ce n'est pas de l'arithmétique. Là, vous parlez de l'ensemble d'un gouvernement, d'un côté, et de l'autre, vous parlez d'une mesure. Vous savez, la Macronie, qui n'avait pas de majorité ces deux dernières années, a réussi...
Encore donc sur un gouvernement, mais pas sur une mesure.
Non, mais elle a voté beaucoup de choses. Parce qu'en fait, sur le plan économique, elle est d'accord avec la Macronie. J'entendais Jean-Philippe Tanguy nous expliquer qu'il y avait un gros problème de dette, qu'il fallait rentrer dans les clous des 3%. C'est quand même nouveau qu'ils le disent sans phare. Au fond, sur l'austérité, sur la dérégulation, sur la fiscalité, l'extrême droite est assez d'accord avec la Macronie. Et comme la Macronie, maintenant, sur l'immigration, sur les sujets qui tiennent à cœur à l'extrême droite, elle vient sur ces terres. Bien sûr que la compatibilité devient étonnante, déstabilisante, insupportable aussi.
Elle est insupportable parce qu'à deux reprises, les Français ont voté pour Emmanuel Macron pour qu'ils nous débarrassent de l'extrême droite, pour qu'ils l'empêchent. Donc la situation dans laquelle on se trouve est ahurissante, ahurissante et révoltante. C'est pourquoi nous allons vers une crise de régime. Parce que ne croyez pas en même temps que l'extrême droite va faire des cadeaux durablement au président de la République. Il s'est mis dans sa main en choisissant le Premier ministre que l'extrême droite accepte. Mais ensuite, vous pensez qu'ils vont attendre sagement et voter tout sagement. Non. Donc l'année qui s'ouvre va être d'une très grande instabilité.
Et moi j'appelle les électeurs et les électrices à ne pas se résigner, à se mobiliser. Tout peut bouger très très vite. Y compris, on le sait, des scénarios de démission du président de la République.
Justement, la destitution que proposent les Insoumis, vous l'avez votée, vous l'avez signée plutôt, avec quatre autres membres des écologistes et trois communistes. Vous avez hésité, notamment parce qu'elle a peu de chances d'aboutir, disons-le. Pourquoi avoir signé, finalement ? Pour un scénario qui est peu probable.
Oui, mais c'est un message que l'on envoie. C'est aussi l'expression du niveau de la colère. J'ai observé que... Mais il y a un peu de démagogie, pardon. Non, ce n'est pas de la démagogie.
Je veux dire, attention, on va destituer. Et puis en fait, vous ne pourrez pas destituer. Vous n'aurez pas les majorités nécessaires,
notamment au Sénat. Il y a 48 à 49 %, 48 au 49 % des Français qui sont favorables à cette idée de destitution. Et je pense que c'est aussi une manière d'enclencher un débat, un débat au bureau de l'Assemblée nationale, potentiellement un débat à l'Assemblée nationale et d'exprimer, d'exprimer le souhait que tout cela s'arrête. Ça ne suffira pas, ça n'ira peut-être pas au bout. Ça n'a pas été discuté aussi avec les partenaires, ceux que je regrette. Néanmoins, en signant, je veux dire aussi que je suis en phase avec la façon d'essayer de chercher tous les moyens pour qu'Emmanuel Macron cesse de nuire au pays, cesse de nuire au pays.
Est-ce qu'on peut poser la même question pour Jean-Luc Mélenchon ? Est-ce qu'il doit partir ?
Écoutez,
c'est important, c'est un personnage central. Vous êtes sorti du Nouveau Front Populaire ou plutôt des Insoumis, notamment pour des accords dans le fonctionnement de ce parti. Est-ce qu'il n'a pas sa responsabilité dans la situation aujourd'hui, dans la nomination d'un Premier ministre de droite ? Et est-ce qu'il n'est pas le temps de réfléchir à sa sortie de scène politique ?
Ce n'est pas moi qui vais décider de la sortie ou de l'entrée de scène de Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que vous la souhaitez ? Il a apporté au débat public, il peut continuer à apporter au débat public. Est-ce qu'il fait du mal à la gauche ? Attendez, la question, ce n'est pas tout ou rien. Donc moi, je ne raisonne pas comme ça. J'ai eu des désaccords et il n'est pas possible d'en avoir à la France Insoumise. J'en ai pris acte puisque nous avons été mis à la porte. C'est ça la vérité. Mais garde un rôle central.
Nous avons été mis à la porte pour avoir défendu l'Union, pour avoir défendu la démocratie interne, pour avoir dit que sur l'affaire Castenins il y avait des problèmes, pour avoir absolument plaidé pour une culture de l'Union. Voilà pourquoi nous avons été mis à la porte. Pourquoi vous n'allez pas jusqu'au bout ? Après tout,
je veux dire de dire effectivement, il faut changer. J'ai l'impression d'avoir
porté mes idées. Vous à titre personnel, j'entends bien. Oui, d'avoir dit mes convictions et de l'avoir payé dans la France Insoumise au prix fort. Donc ne me dites pas que Jean-Rachine pour autant, pour autant, si on veut gagner dans ce pays, il va falloir gagner avec toutes les composantes du nouveau Front Populaire. Donc moi, je ne viens pas là avec mon sac de ressentiment vous expliquer que oui maintenant la France Insoumise non, ce n'est pas ça.
On n'est pas sur le ressentiment, on est sur la politique. Oui, je suis sur la politique.
Qui est le meilleur leader de ce nouveau Front Populaire ? Mais c'est deux choses différentes. Vous me dites est-ce que Jean-Luc Mélenchon doit... Il a pris cette place-là. Non, attendez. Est-ce que Jean-Luc Mélenchon doit quitter la vie politique dehors, etc. Ou est-ce qu'il doit être le leader ? Ce sont deux questions pour moi différentes. Jean-Luc Mélenchon... Il doit être le leader ? Ce sont deux questions différentes. Bon, on va les poser. Pour l'instant, celle qui est leader, c'est celle qui est candidate au poste de Premier ministre.
Pardon, mais hier, quand Michel Barnier est nommé, dans les trois minutes, la personne qui s'exprime dans votre camp, c'est Jean-Luc Mélenchon.
Oui, Marine Tondelier s'est exprimée à la minute également et Olivier Faure n'a pas tardé à dire, et je suis d'accord avec lui, qu'il y a une crise de régime. Donc, notre problème, si vous voulez, c'est d'arriver maintenant à ce que le nouveau Front populaire se structure de bas en haut. Donc, j'appelle à ce qu'il y ait des assemblées du nouveau Front populaire partout en France et il faut qu'au sommet, on ne bascule pas dans des déchirements, on ne retourne pas dans, finalement, la course à chacun fait ses propositions dans le dos des autres pour essayer de reprendre le nouveau Front populaire
doit devenir une sorte de parti, Clémentine Autain, c'est un petit peu ça ce structure.
Une fédération, une coalition, mais une coalition qui tient comme patronne de bas en haut. Je dis que Lucie Casté est pour l'instant l'incarnation que le nouveau Front populaire existe et est possible. Donc, elle a un rôle à jouer, bien sûr qu'elle a un rôle à jouer dans la période que nous traversons et je trouve qu'elle a depuis demain tenu tout ça avec brio. Donc, il faut qu'elle ait sa place dans cette coalition mais c'est une coalition, elle doit être diverse et si vous parlez de leadership, on a un leadership pour le poste de Premier ministre et ensuite, et peut-être plus tôt que prévu, il faudra avoir une méthode pour désigner notre candidature à la présidentielle.
Voilà ce qui est devant nous et pour cela, il faut plus de nouveaux Front populaires, il faut continuer à travailler notre projet, il faut être crédible aux yeux des Français comme étant une force cohérente, diverse, mais cohérente et de ce point de vue, je vous assure, on a beaucoup, beaucoup de travail.
Il ne nous reste même pas 30 secondes, mais vous êtes députée de Seine-Saint-Denis, j'avais très envie de vous demander comment les Jeux Olympiques et Paralympiques s'achèvent dans deux jours, comment la Seine-Saint-Denis, est-ce que la Seine-Saint-Denis va profiter durablement de ces Jeux ?
Ça, c'est difficile de le dire dès aujourd'hui et j'ai constaté que dans d'autres pays, d'ailleurs, quand il y avait eu des JO, c'était dans le temps qu'on voyait si les promesses de ce qui devait durer étaient tenues. Donc, nous nous jugerons, si j'ai envie de dire, ça a été un moment de joie pour beaucoup de ces guanots dionysiens. À mettre au crédit de qui ? De ceux qui ont organisé ces JO. Après, vous savez que j'ai aussi... Le président, le maire de Paris... Voilà, mais vous savez aussi que j'ai quelques critiques sur ces fêtes et des inquiétudes sur le coût environnemental de ce type d'événements.
Et quand on profite de ces Jeux pour investir dans la Seine-Saint-Denis, parfois on se dit mais pourquoi on n'aurait pas pu faire ces mêmes investissements pour les pratiques sportives en dehors de ce type de fêtes ? C'est quand même une vraie question.
Merci Clémentine Autain. Merci d'avoir été l'invité ce matin du 8.30 France Info, député Nouveau Front Populaire de Seine-Saint-Denis. Merci Bérangère Bonte. À suivre dans quelques minutes les informés avec Renaud Delis. Bien sûr, nous reviendrons sur la nomination de Michel Barnier. Un Premier ministre. Et pour quoi faire ? Et avec qui ? Et puis, quel rôle pour le Front Républicain dans cette nomination avec la gauche qui s'insurge, on l'a entendu avec Clémentine Autain. C'est à suivre.
Clémentine Autain