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interviewLe Média (sur YouTube)· 8 mai 2020 13 min

LEUR MONDE D'APRÈS : L'ENFER QUI VIENT

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Salut à toutes et à tous. Nous sommes le 8 mai 2020, 53e jour du confinement en France, 3e jour avant le début du déconfinement façon Macron-Philippe. Vous regardez le quatrième épisode de notre module “L’actu confinée”.

Aujourd’hui, nous allons parler : De l’Allemagne et de son tribunal constitutionnel prêt à tout faire péter pour empêcher la Banque centrale européenne (BCE) de venir directement en aide aux Etats les plus fragilisés par l’épidémie. Des réactions de tribu assiégée de l’exécutif LREM et de l’administration qui, face aux contradictions qui s’élèvent, excommunient, menacent et censurent. De l’application StopCovid, des brigades de traçage du virus et des menaces qui s’accumulent chaque jour sur le droit à la vie privée.

Mais aussi de l’édito-clash entre Maurice Szafran, éditorialiste de l’hebdomadaire pro-business Challenges, et l’historien et démographe Emmanuel Todd, qui nous dit beaucoup de choses sur nos conceptions de la justice et de l’impunité. C’est parti. Est-ce que c’est mal d’être franchement saoulé à l’idée de se taper la dernière interview de Nicolas Hulot, qui a parlé de son initiative Le Temps est venu à nos confrères du média Brut ?

Bonjour à vous monsieur Hulot. On va parler notamment du “monde d’après”, de celui qui va bientôt arriver justement, dont beaucoup espèrent des bonnes choses. Au secours !

Je sais pas pour vous, mais je ne supporte déjà plus l’expression “le monde d’après”. En plus toute cette ambiance bucolique se voulant apaisée, ça fait soit complètement fake soit 100% bisounours. En réalité, on a l’impression que les gouvernements et les patronats se tiennent férocement contre nous, comme des loups blessés prêts à tout pour se rassurer que leur pouvoir est encore réel.

Quitte à tout foutre en l’air. Tu connais l’histoire du scorpion et de la grenouille, Tony ? Un scorpion voulait traverser une rivière.

Le problème, c’est qu’un scorpion, ça sait pas nager. Arrive alors une grenouille. “Hé la grenouille", dit le scorpion, "tu me fais passer la rivière ?” La grenouille d’abord réticente se dit au final que si le scorpion la pique, ils meurent tous les deux donc aucun risque.

Le scorpion monte sur le dos de la grenouille. Ils se mettent à l’eau. Tout va bien.

Mais à mi-parcours, le scorpion pique quand même la grenouille. La grenouille coule, le scorpion aussi. La grenouille : “on va mourir tous les deux, pourquoi t’as fait ça ?”.

Le scorpion lui répond : “parce que c’est dans ma nature”. Prenons l’exemple de l’Allemagne de 2020, et de ses voisins européens, notamment l’Espagne, l’Italie et même la France. Les économies de ces derniers ont BESOIN de mesures exceptionnelles, elles ont BESOIN que la Banque centrale européenne les finance directement.

Sinon, elles s’effondreront. Et l’Allemagne, qui leur vend plein de trucs, perdra des débouchés. Mais quand même.

Mardi dernier, le tribunal constitutionnel allemand a sommé la BCE de s’expliquer sur son choix de secourir en priorité les pays les plus fragilisés, notamment via des rachats de titres publics. Les juges allemands menacent d’ordonner à la Bundesbank, la banque centrale allemande donc, de se retirer de ce programme de rachat de dettes, alors même qu’elle détient 26% des actions de la BCE. En gros, ils menacent de tuer la zone euro, ce qui n’est peut-être pas si grave, et de ruiner leurs voisins du Sud, ce qui est plus problématique.

Ce n’est pas dans l’intérêt de l’Allemagne à moyen terme, mais ils le font quand même. Comme le scorpion de l’histoire. Je ne sais pas ce que pense le Pr Agnès Hartmann des débats sur ce monde d’après qui semble aller de soi.

Rappelez-vous, elle a été rendue célèbre par un discours puissant lors de la démission collective de plus de 1000 chefs de clinique en janvier dernier, à l'occasion de la grève de l’hôpital public. Je me suis rendue compte que dans les réunions hebdomadaires où l’on parle avec tout le personnel de ses patients, je devenais une sorte de robot à dire : “quand est-ce qu’il sort ? quand est-ce qu’il sort ? quand est-ce qu’il sort ?” Parce que dans ma tête, je me disais “ça fait 15 jours qu’il est là, il occupe la chambre, je vais pas pouvoir faire du séjour”.

Et c’est les jeunes, les infirmières, qui me regardent. Et maintenant je sais que quand on commence à me regarder comme ça, c’est que je ne suis plus éthique. Je me ressaisis et d’ailleurs je me dis : “N’oubliez jamais pourquoi les patients sont là, rappelez moi cette réalité”.

Avec la crise du Covid-19, elle a pu avoir l’impression que les choses avaient changé, que les dirigeants de notre pays s’étaient rendu compte. Mais très vite, la “nature” a repris le dessus. A priori, on se dit : mais ils sont cons.

Ils pourraient attendre un peu, pas être si grossiers. Mais non. Vous les saoulez avec vos histoires sur le monde d’après.

Et du coup, ils vous crachent au visage. C’est moi le patron ! On en est là.

C’est le temps du déconfinement. C’est le temps des crises d’autorité. Les médecins ne seront plus seulement des comptables auxiliaires.

Ils seront aussi des auxiliaires de police comme l’explique le médecin engagé Karim Khelfaoui. J’ai décidé de faire cette vidéo aujourd’hui pour vous alerter contre trois violations du secret médical qu’est en train d’organiser sciemment le gouvernement. La première c’est qu’ils nous demandent de faire remonter tous les cas positifs.

Mais ça, ça existe déjà dans le cadre des maladies à déclaration obligatoire. Mais en plus, ils nous demandent de recenser toutes les personnes qui vivent avec vous et tous les cas contacts avec leurs coordonnées et leurs adresses pour les faire remonter à l’assurance maladie afin qu’ils leur envoient une brigade sanitaire. Je suis médecin, je ne suis pas flic.

On nous demande contre quelques euros de vous fliquer. C’est hors de question que je viole le secret médical et votre confiance contre quelques euros. Et je sais que beaucoup de mes confrères sont dans le même état que moi, absolument ulcérés qu’on leur demande de transgresser l’éthique la plus élémentaire.

Voilà la première chose. La deuxième, il y a un projet de loi qui est en train d’être examiné aujourd’hui, où ils sont en train de créer de nouveaux systèmes d’information de données de santé et où on va avoir de nouveaux systèmes qui sont sans votre consentement. C’est-à-dire que vous n’aurez plus votre mot à dire sur où vont vos données de santé.

Soi disant que c’est pour la crise Covid, soit disant que c’est dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire et qu’ils pourront pas les garder plus d’un an. Mais on sait ce que ça donne avec l’état d’urgence contre le terrorisme. C’est reconduit six fois jusqu’à ce que ça soit rentré dans la loi organique.

Et la troisième chose est qu’ils sont en train de déployer une plateforme nationale de partage de données de santé, qui s’appelle le Health Data Hub, et qui est propriétaire de ces données ? Les serveurs de Microsoft. On est en train de forcer tous les hôpitaux, bientôt les pharmacies, les dossiers médicaux partagés, tout va se retrouver sur les serveurs de Microsoft.

C’est l’occasion de faire un mini-point sur les dispositifs de traçage du virus d’après le déconfinement. On avait déjà parlé au Média de l’application StopCovid, qui avait suscité une levée de boucliers parmi les spécialistes en cryptographie et les défenseurs des libertés numériques. Au point où le gouvernement avait donné l’impression qu’il renonçait.

Au profit de ce qu’il avait appelé les brigades sanitaires, composées notamment de salariés de l’Assurance maladie, des Centres communaux d’action sociale, des conseils généraux et de la Croix-Rouge. Les généralistes qui ont pris en charge un malade du COVID-19 devront recenser toutes les personnes ayant été en contact avec ce patient. Et transmettre ces informations à l’assurance maladie.

Pour ce travail, les médecins recevront un forfait de 55 euros par patient, pour la consultation, et la saisie informatique. Les brigades entrent alors en jeu, et doivent contacter toutes les personnes qui ont été proches de ce patient dans les 24 heures, les tester, faire la liste des personnes qu’elles auraient pu contaminer à leur tour, et définir si un isolement pendant 14 jours est nécessaire. A ce moment, on s’était dit "ok, ok" on râlait sur l’anonymat et la vie privée avec StopCovid.

Et du coup, le gouvernement renonce à l’appli pour faire un bon vieux flicage administratif à l’ancienne, même s’il sera assisté par ordinateur. Mais au final, on aura aussi l’appli Stop Covid. Normalement à partir du 2 juin.

Mais sans la participation d’Apple, qui a refusé de valider la technologie de traçage très centralisée choisie par le gouvernement. On ne sait pas comment ledit gouvernement se débrouillera pour que StopCovid soit disponible sur les Iphones. Alors, je vous vois d’ici, en train de dire que de toute façon, vous n’avez pas de smartphone ou que vous l’avez bizarrement cassé comme ça, par hasard.

Eh ben, Cédric O, le secrétaire d’Etat au numérique, a pensé à vous. Le gouvernement planche sur un bracelet électronique pour les populations non connectées. Vous ricanez et vous vous dites “de toute façon, ça ne sera pas obligatoire, leur bidule”.

Eh ben, dans un post de blog Cédric O. vous explique que si vous refusez son truc pour des “raisons philosophiques”, c’est que vous “acceptez un risque significatif de malades et de morts supplémentaires”. En gros, vous êtes presque un assassin.

Ils sont nerveux hein ? Deux petites infos pour s’en convaincre. Le groupe La République en marche a exclu sans ménagement la députée Martine Wonner.

Pourquoi ? Eh ben parce qu’elle a refusé de voter le plan de déconfinement du gouvernement. Une emmerdeuse, qui avait déjà voté non au glyphosate en 2018 et s’était abstenue au sujet de la loi Asile et immigration.

Et puis, alors que l’école va reprendre, il est urgent de bâillonner les enseignants. Deux journalistes en témoignent sur Twitter. Dans l’éducation nationale de plus en plus de mails sont envoyés en interne pour demander aux instits et enseignants de "ne pas parler aux journalistes sans accord du rectorat".

Sacrée idée de la liberté d’information.” Première fois en 10 ans : coup de fil inouï d'une chargée de comm' d'un rectorat. J'ai osé itv un prof de "son" académie sans lui demander !

Je la cite "Tous vos collègues le font". Le pire ? Sûre de la légitimité du sermon et des exigences.

Est-ce que vous savez que Maurice Szafran, le très macroniste éditorialiste de l’hebdo économique Challenges a frôlé de peu la syncope ? C’est vrai qu’il vit dangereusement. Il a lu la dernière interview accordée par l’historien et démographe Emmanuel Todd à L’Express.

Une interview qui l’a convaincu que Todd, “dissimulé derrière la science et ses recherches”, procède à un “remake soft” des procès de Moscou, et veut nous ramener aux “terribles années du stalinisme”. Le pauvre Manu. Il se voyait autrement.

De toute façon moi je ne suis pas un grand réformateur du capitalisme. Je ne fais pas semblant. Je suis un vieux keynésien, je suis partisan d’un capitalisme régulé par l’État, raisonnable, je suis le contraire d’un révolutionnaire.

Qu’est-ce qu’il a bien pu dire pour énerver à ce point le vieux Maurice ? On a cherché, et on a trouvé. A la question “le monde d’après existe-t-il ?”, il a répondu.

On doit faire des exemples, avec des peines de prison et des sanctions financières. La société française a besoin de morale, et il n'y a pas de morale sans punition. Mais ce n'est pas seulement une question de principe.

Il existe maintenant un vrai risque d'explosion sociale, parce que les Français savent que leurs dirigeants sont incapables de les protéger. Si l'on accepte encore et toujours un pouvoir qui raconte n'importe quoi grâce à sa maîtrise des moyens de communication et qui s'entête à ne pas régler les problèmes économiques, l'étape suivante ne sera pas une lutte des classes civilisée, mais la guerre civile. Oui, vous avez bien entendu.

Ce sont ces propos tout à fait raisonnables sur la nécessité de lutter contre l’impunité, c’est-à-dire pour l’Etat de droit, qui ont fait paniquer Maurice Szafran. Si vous pensez que notre bon vieux Momo est bien trop fragile, ou que le père Todd devient un horrible robespierriste, dites-le en commentaires. Voilà, c’est fini pour aujourd’hui.

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