François Kalfon - L'interview politique du 17/03/26
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour François Calfon, vous êtes député européen PS, on va bien sûr consacrer l'essentiel de cette interview aux suites des résultats du premier tour des municipales de dimanche, mais d'abord un mot sur la très forte abstention, 42% environ selon les dernières estimations des instituts, participation très décevante, les municipales elles attirent traditionnellement beaucoup d'électeurs, mais là on est 10 points en dessous des municipales de 2008 qui était déjà à l'époque un record d'abstention, je mets un peu à part évidemment celle de 2020 qui se déroulait pour leur premier tour sous épidémie de Covid, qu'est-ce que ça dit de l'état de notre démocratie et du manque d'appétit des électeurs ?
Déjà il y a une forme de désaffection y compris dans les communes rurales, je crois 80 villes dans lesquelles il n'y avait carrément pas de candidats ni finalement d'aucune obédience politique, donc ça c'est un fait, le désintérêt majeur pour la politique puisque la politique a échoué peut-être à transformer la vie des gens. Deuxième chose quand même, on n'en parle pas assez je trouve, en tout cas c'est une marotte en ce qui me concerne, je trouve que toutes les antennes finalement, les fréquences sont louées à un opérateur public qui est l'État, donc en réalité les fréquences devraient participer d'un travail d'éducation civique et de sensibilisation au vote.
Moi je pense que même sur les antennes il devrait y avoir comme dans le temps, dans le service public, du temps d'antenne pour ça, le gouvernement n'a strictement rien fait pour promouvoir cette élection municipale.
Et puis le troisième élément, pardon, il y a une responsabilité des médias, notamment les chaînes d'information continue qui ont consacré, alors c'est très important, je me suis très passionné, 100% de leur antenne au sujet géopolitique absolument majeur, sans consacrer une seconde à la démocratie française, et bien on peut toujours regarder ailleurs comment finalement il n'y a pas de démocratie, comment la guerre vient impacter les démocraties, mais ce serait pas mal de cultiver son jardin, c'est-à-dire le jardin de la démocratie en France, ce qui n'est pas fait par les médias et en particulier par les chaînes d'information en continu.
Alors on revient au jardin de la démocratie en France et on va parler bien sûr de la gauche, c'est embrassons-nous Folleville ou fusionnons Folleville, après les noms d'oiseaux, les ultimatums, les menaces, le PS et parfois les écologistes ont signé des alliances un peu partout avec les insoumis, un peu partout en France pour le deuxième tour, Toulouse, Limoges, Clermont-Ferrand, Brest, Nantes, Avignon ou Strasbourg, ça veut dire que ces villes elles valent bien une messe comme disait Henri Quatre ou une compromission avec Jean-Luc Blanchon ?
Alors d'abord, comme on a un tout petit peu de temps, je vais quand même resituer les choses, il y a cinq villes à l'issue desquelles, à l'issue premier tour où LFI ont été cinq. Vous savez dans combien de villes il y a eu un maire socialiste qui a été réduit au premier tour ? Plusieurs dizaines. Non, pas plusieurs dizaines, 500 villes. Donc à un moment donné, là encore, il y a un gap extrêmement important entre finalement l'attention médiatique et je ne vais pas, vous me connaissez, me défiler pour vous répondre, et la réalité des choses.
Deuxième élément, puisque les LFI vont bien une messe ou une émission de radio, j'en conviens, mais en réalité dans 98% des villes, le score de LFI est en retrait par rapport au score de Jean-Luc Mélenchon.
Oui, mais là, les 500 villes que vous citez, François Calefond, il y a beaucoup de petites villes. Là, on parle de villes d'importance quand même.
Toulouse, Limoges, Clermont. Je sais que vous brûlez d'y arriver, je termine par là. Il y a 80 villes de plus de 30 000 habitants dans lesquelles le Parti Socialiste a gagné ou est en mesure de le faire. Donc voilà, là on est bien dans notre couloir. Ensuite, maintenant, je vous réponds. Il y avait une résolution du bureau national avec des subtilités que seuls les socialistes et quelques journalistes aînés dont vous êtes peuvent comprendre la nuance entre accords nationaux et accords locaux. Moi, je vais vous dire, je l'ai compris à la base.
À la base, c'est que nous ne sommes pas finalement dans le couloir de la gauche quand on a une vision populiste des choses, quand on vante des ministres privés, c'est le cas de la jeune garde, et quand on n'est pas au clair, alors ce n'est même pas déroulant, quand on a des propos antisémites, et là, ils vont toujours dire qu'on ne s'est pas fait attraper. Moi, pardon, mais quand il y a eu ce procès avec cette superbe plaidoirie de Richard Malka, personne n'a plus...
C'était à propos de Raphaël Antoven qui avait expliqué que la France insoumise était, je cite, passionnément antisémite, que la France insoumise les avait appris.
J'ai eu plusieurs points, mais bout à bout, ça fait une ligne, et c'est même plus une ligne. C'est un serpent, un serpent de mer de M. Mélenchon qui, dans une attitude extrêmement cynique, finalement, a décidé de faire de l'antisémitisme un levier électoral. Je viens à Toulouse, puisqu'après, on va pouvoir prendre les autres villes. Puisque question a été posée à notre premier secrétaire, moi, je vais répondre avec clarté à une question que vous n'avez pas posée. Si j'étais électeur à Toulouse, est-ce que je voterais pour M. Picmal ? Picmal, le candidat insoumis. Le candidat insoumis, je vous dis sur ce plateau, je ne voterais pas pour M. Picmal. Est-ce que ça a le mérite de la clarté ?
Je vais le redire une deuxième fois. Je ne voterais pas pour M. Picmal. Voilà. Pour quelles raisons ? Parce qu'après tout, on peut dire, comme certains le font dans mon parti, il y a une distinction entre le national et le local. Moi, je pense qu'il y a beaucoup d'électeurs de la France insoumise qui ne suivent pas le narratif de M. Mélenchon. Et en plus, je l'espère. Donc, il était facile pour M. Picmal d'abjurer. C'est-à-dire de dire, non, il n'est pas drôle, non, il n'est pas judicieux, même s'il n'avait pas la référence de, finalement, transformer...
François Calfon, celui qui a abjuré à Toulouse, c'est le candidat socialiste qui nous a expliqué il y a quelques jours qu'il était scandalisé par les propos antisémites de Mélenchon et qu'il va à la soupe, disons-le.
C'est vrai, un socialiste, l'attraper, ça glisse comme un poisson entre les mains quand on leur pose des questions claires. Moi, vous ne me posez pas des questions, je vous réponds clairement. Donc, vous voulez déjà aller à la prochaine question parce que vous êtes impatient. Oui, M. Briançon, qui lui-même a eu des propos très durs à l'endroit de Jean-Luc Mélenchon, n'a demandé aucune espèce de condition à M. Picmal, du type, je le disais à l'instant, mais au fond, est-ce que c'était une bonne idée de déformer des non-juifs à la tribune ?
Au fond, est-ce que c'est une bonne idée de considérer que la résistance populaire vaut bien une messe et qu'il n'y a rien à demander, qu'il n'y a pas de ménage à faire dans les rangs de la France insoumise ? Toute question qu'à ma connaissance, M. Briançon n'a pas posée. Or, Mme Delga, j'ai lu son interview, parfaite, dans la DPS ce matin, elle dit ce qu'elle en a à dire, c'est-à-dire qu'elle ne changera pas, manifestement, et pourtant, ça peut l'intéresser, ou même d'ailleurs l'entraver, pour Toulouse, qui est la ville préfecture, la ville même de la préfecture de la région d'Occitanie, elle ne changera pas de comportement électoral. Eh bien, moi, je suis en ligne avec Carole Delga.
Alors, vous évoquiez la position prise par le bureau national du PS. Je la rappelle, c'était il y a quelques semaines, elle avait fustigé, la direction du PS, les caricatures complotistes, les propos antisémites intolérables de M. Mélenchon, et exigé des clarifications. Ça y est, ça veut dire que dès qu'il y a une élection qui se profile, comme en 2022, comme en 2024, tout ça s'envole,
et que seule la victoire est belle ? Seule la victoire est belle, ça a fait pchit dans une partie du PS. Mais je tiens à rappeler ce matin, puisque j'étais encore en train d'écouter la radio ce matin, c'est que M. Payan, malgré les mises en scène de manifestations tout à fait pathétiques devant son local, a déposé sa liste en préfecture. Il est vraiment, et c'était le seul cas où même moi j'aurais été prêt à discuter, il y a un risque du Rassemblement national. Sur la liste de M. Alizio, pardon, il y a une dame qui a tenu des propos antisémites. Donc cela valait le coup que nous en discutions. M. Payan, il est droit dans ses bottes, il garde sa ligne.
Et donc il y a des socialistes, même face au risque à Rennes, qui prennent des risques pour leur réélection. Comme Emmanuel Grégoire à Paris d'ailleurs. Comme Emmanuel Grégoire, et j'en cite d'autres. Comme le maire de Lille qui a un accord ce matin avec les écologistes, alors que la France Insoumise cherchait à avoir les écologistes. Je peux continuer, comme Mme Apparet, c'est le cas à Rennes, qui refuse l'alliance avec la France Insoumise. Comme le maire sortant, M. Urmic de Bordeaux, qui, bien que Vert, refuse l'alliance avec la France Insoumise. Je veux aussi qu'on mette le spot sur tous ces gens qui ont gardé les principes avec les risques électoraux.
Mais après tout, le risque électoral, ça fait partie de la vie politique.
Mais alors, puisque vous citez ceux, il y en a aussi, c'est vrai, quelques-uns, notamment parmi les personnalités. François Hollande a appelé à la clarté, etc. Mais pourquoi est-ce qu'il ne dit pas clairement ça, Olivier Faure ? Aucune alliance nulle part avec les Insoumis ?
Il a dit le contraire, puisqu'il a dit que s'il était à Toulouse, il voterait pour M. Picmel. Parce que c'est une question d'orientation politique. Vous savez, moi, je veux dire, ça remonte à très, très loin. Ça remonte au congrès d'Aubervilliers, au lendemain, finalement, de la défaite de François Hollande. La défaite, la non-présentation de François Hollande. Oui, la non-présentation. En tout cas, la fin de ce cycle électoral. Je me souviens encore d'Olivier Faure et de tous ses proches, et beaucoup aux partis socialistes, qui avaient la hantise d'être sifflés dans les manifestations. Mais vous voyez, quand je vois M.... Et il ne fallait plus être sifflé, c'était ça, la ligne.
Donc en l'été, quand vous avez ça comme ligne, vous mettez sous les radars de la gauche, de la gauche, de l'extrême-gauche. Et moi, pardon, mais je prends comme une légion d'honneur d'être sifflé et vilipendé dans la manifestation de Saint-Étienne, où M. Glucksmann a été poursuivi au nom de sales sionistes par des membres de l'extrême-gauche. Je n'ai absolument pas envie d'être applaudi par les gens qui stigmatisent les uns les autres sur la base de leur patronyme.
Mais alors, Olivier Faure, puisque c'était la question.
Je vous ai répondu qu'ils considèrent que le centre de gravité de la gauche, en tout cas, c'est l'analyse que j'en fais, se situe non pas au cœur du Parti Socialiste, et la gauche qui fonctionne dans le bon sens, c'est quand la gauche sociale-démocrate, républicaine, universaliste, est dans la locomotive de tête. Je pense qu'ils considèrent, et c'est ça le fond de l'affaire, d'où son choix de la primaire, de ce que nous appelons la petite primaire, c'est que le centre de gravité de la gauche se situe à la gauche de la gauche.
Et cette gauche de la gauche, elle est dévorée par un certain nombre de passions tristes, dont l'une qui est les relents antisémites, dont l'autre qui est, pardon, parce qu'ils accusent le double standard, c'est-à-dire que moi, je le dis ici au micro de Radio-J, je me bats pour la Palestine, je me bats contre les bombardements à Gaza, mais je me bats aussi, et je n'entends pas beaucoup la gauche de la gauche le faire, pour le mouvement des femmes, Femmes-Vie-Liberté, les femmes sont emmurées en Afghanistan, emmurées, et je n'entends pas en Afghanistan aussi, virgule, en Afghanistan, parce qu'elles ne sont même plus audibles sur nos antennes, c'est pour ça que vous me reprenez, eh bien, il n'y a pas beaucoup de gens dans la classe politique en général, et en gauche en particulier, qui disent, il est inacceptable que les femmes ne puissent plus aller à l'école, ne puissent plus aller à l'université, ne puissent même plus sortir de chez elles.
Qui le dit ? Eh bien, moi, je le dis, et je pense que la gauche, elle doit pouvoir dire, comme je le redis à l'instant, eh bien, il est insupportable qu'il y ait des bombardements à Gaza, comme il est insupportable que les femmes soient emmurées en Afghanistan, sans double standard, en fonction de qui oppresse qui.
Alors, François Calfon, il y a la gauche, je reviens en France, mais il y a aussi l'ERN, réélection au premier tour de Louis Alliot à Perpignan, David Racheline à Fréjus, Steve Brioua, près de 78% à Hénin-Beaumont. Bon résultat à Nice, où Éric Ciotti a une large avance sur 13 points sur le maire sortant Christian Etrosy, à Marseille, on l'a dit, à Toulon, où Laure Lavalette enregistre 42% au premier tour. Ça vous inquiète, cette poussée du RN, notamment sur l'arc méditerranéen ?
Enfin, ça m'inquiète. Par exemple, Toulon est à portée de canon, si j'ose dire, du Rassemblement National, mais les gens qui ont un tout petit peu, dont vous faites partie, qui ont un tout petit peu de culture politique, savent que dans les années 80-90, de mémoire, le RN gérer déjà Toulon. Donc non, enfin, malheureusement, c'est la logique de ce qu'est la poussée considérable du RN au niveau national. Mais pareil, je vais rétablir une vérité sur votre micro. Les deux partis politiques qui sortent largement en tête, finalement, à l'issue du premier tour des municipales, c'est le Parti Socialiste et les LR. Donc je veux bien qu'on regarde que les tendances inquiétantes.
Alors il paraît que c'est fini. Eh bien, j'appelle tous les électeurs à se réunir autour des candidats républicains à Toulon pour faire battre Mme Lavalette.
Merci François Calfon d'avoir répondu aux questions de Radio-J. Merci à tous les deux. Et demain, votre invité David sera ? Sylvain Maillard. Très bien, merci. Et à bientôt, à demain.
François Kalfon