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InterviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 21 janvier 2024 13 minContradictoireActualité / polémiqueAgriculture & alimentationÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

"Cette détresse paysanne dépasse les frontières françaises" déplore Laurence Marandola, la porte-parole de la Confédération Paysanne

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:52OuverteRéponse directe

    Est-ce que la Confédération Paysanne demande aussi à être reçue par le Premier ministre ?

  • 1:46OuverteRéponse directe

    Est-ce que ceux affiliés à la Confédération Paysanne manifestent eux aussi ?

  • 4:10OuverteRéponse partielle

    Les agriculteurs sont très endettés, ils ne vendent pas au bon prix. Le plus gros problème, c'est quoi ?

  • 5:22OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il y a quelque chose aussi du basculement des modèles agricoles européens que vous voyez ?

  • 6:27OuverteRéponse directe

    Pour autant, qu'est-ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui ? Pourquoi aujourd'hui les agriculteurs manifestent ?

  • 8:02OuverteRéponse directe

    Quelles sont alors les solutions ? Qu'est-ce que vous appelez exactement changer de paradigme ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:47InvitéChiffre
    « Seulement 10% de la valeur des produits revient aux agriculteurs. »
  • 4:38InvitéFait
    « On met en concurrence depuis très longtemps des paysans les uns contre les autres. »
  • 5:03InvitéFait
    « Un agriculteur n'obtient pas les prix en accord avec ses coûts de production. »
  • 8:17InvitéFait
    « Quand je vends un produit, le prix de ce produit doit absolument prendre en compte l'ensemble de mes coûts de production. »
  • 9:41PrésentateurChiffre
    « Le nombre d'exploitations agricoles en France a baissé de 20% en moins de 10 ans. »
  • 9:45PrésentateurChiffre
    « L'âge moyen des dirigeants des exploitations, c'est plus de 50 ans. »

Temps de parole

  • Invité74 %
  • Présentateur24 %

1,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr.

0:15
Invité

L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois.

0:19
Présentateur

Votre invitée ce matin, Pierre-Hugues, est Laurence Marandola, porte-parole de la Confédération Paysanne, l'un des syndicats du monde agricole. Avec elle, vous revenez sur la mobilisation des agriculteurs qui prend de l'ampleur partout en France. Bonjour Laurence Marandola. Bonjour. Et merci d'être en ligne avec nous ce matin. Depuis jeudi soir, plusieurs dizaines d'exploitants bloquent l'autoroute A64 qui relie Toulouse à Bayonne. Marc Fénaud, le ministre de l'Agriculture, a annoncé qu'il reportait la présentation de son projet de loi. Gabriel Attal reçoit le président de la FNSEA ce soir à Matignon.

Est-ce que la Confédération Paysanne, le deuxième syndicat agricole après la FNSEA, demande aussi à être reçu par le Premier ministre, Laurence Marandola ?

1:00
Invité

Oui, bien sûr, parce que les difficultés en agriculture sont profondes, sont anciennes. Voilà, on voit aujourd'hui cette mobilisation sur l'autoroute depuis quelques jours. Mais je pense que ça fait des mois, des années que la Confédération Paysanne pointe du doigt des grandes difficultés et fait des propositions. Alors évidemment, depuis la nomination du nouveau Premier ministre, on a souhaité le rencontrer. Au moment où je vous parle, on n'est pas encore conviés à cette réunion qui aura lieu cet après-midi ou ce soir.

Ça nous semble dommage parce que l'ensemble des acteurs du monde agricole doivent faire partie de cette réflexion pour essayer d'apporter un peu d'espoir, un peu d'avenir à l'agriculture française.

1:41
Présentateur

Oui, parce que c'est plutôt des agriculteurs associés, affiliés à la FNSEA qui se mobilisent pour l'instant. Est-ce que ceux affiliés à la Confédération Paysanne manifestent eux aussi ? Est-ce que vous vous reconnaissez dans les revendications ?

1:53
Invité

Alors évidemment, on partage une grande partie des mêmes difficultés forcément avec nos voisins sur nos territoires. La lecture qu'on en fait est peut-être un petit peu différente. Nous, il nous semble que le levier sur lequel il faut impérativement agir très rapidement, c'est celui des prix et du revenu de la rémunération des agriculteurs. Aujourd'hui, la Confédération Paysanne est mobilisée sur des sujets relatifs aux revenus. On était dans la Nièvre par exemple samedi pour défendre les terres agricoles et du revenu pour les paysans face au développement de l'énergie sur des terres agricoles.

On n'est pas dans les mêmes manifestations aujourd'hui, mais on est bien présent pour essayer de décrypter ce qui se passe sur le terrain et d'apporter des propositions. Ce qui se passe, c'est que la situation d'aujourd'hui, c'est la continuation de ce qu'on vit comme politique agricole, comme politique économique qui ont livré l'agriculture, nos produits alimentaires aux lois du marché et de la compétitivité. C'est un processus qui est en œuvre depuis des décennies, qui a été co-conduit par les gouvernements successifs et par la FNSEA, il faut bien le dire. Du coup, ce n'est pas forcément... Voilà, c'est ça qu'on se doit de dénoncer. Le problème majeur, c'est bien celui du revenu.

Tout le reste, les à-côtés, sont difficiles. Les crises sanitaires, devoir faire face aux difficultés climatiques, aux tempêtes qu'une grande partie des agriculteurs ont subi ces derniers jours, c'est tout à fait réel. Mais si on avait du revenu un peu de trésorerie, moins d'endettement, ce serait plus facile de passer ces caps et de s'adapter, parce que ce n'est pas fini les difficultés climatiques pour nous, de pouvoir s'adapter. Donc la priorité pour nous, c'est vraiment cette question du revenu avec des propositions. D'abord, des constats très concrets. Aujourd'hui, seulement 10% de la valeur des produits revient aux agriculteurs.

C'est un chiffre tout à fait officiel de l'organisation, de l'observatoire de la formation des prix et des marges. Il y a plusieurs leviers indispensables à mobiliser pour résoudre la situation.

4:05
Présentateur

Et c'est vrai qu'avec vous, on essaie de bien comprendre les raisons de cette mobilisation des agriculteurs. Les agriculteurs sont très endettés, ils ne vendent pas au bon prix. L'État ajoute un nombre important de normes. Le plus gros problème, c'est quoi ? C'est qui ? Ce sont les banques ? C'est la grande distribution ? C'est l'État ?

4:22
Invité

C'est le système économique qui est en œuvre depuis longtemps, qui est mis en œuvre par les banques, effectivement, qui est relayé par les politiques publiques, qui fait qu'on met en concurrence le fait que l'agriculture soit une marchandise soumise aux lois de la concurrence. On met en concurrence depuis très longtemps des paysans les uns contre les autres. C'est vrai en France. Des phénomènes d'agrandissement des paysans, des agriculteurs qui mangent leurs voisins, on le voit tous les jours dans tous les territoires français. On met en concurrence entre nous les agriculteurs au sein de l'Union européenne et au niveau international. Et là, tous les agriculteurs européens manifestent.

Pour nous, le principal problème, c'est qu'aujourd'hui, un agriculteur n'obtient pas les prix en accord avec ses coûts de production. Donc la faillite est un peu inéluctible.

5:10
Présentateur

Et là, ce qu'on voit, c'est que tous les agriculteurs au niveau européen manifestent. En Allemagne, à Berlin, on voit des tracteurs devant la porte de Brandenburg. Il y a des manifestations un peu partout, en Pologne aussi. Est-ce qu'il y a quelque chose aussi du basculement des modèles agricoles européens que vous voyez, vous, à la Confédération paysanne ?

5:28
Invité

Oui, bien sûr. Cette détresse paysanne, on va l'appeler comme ça, elle dépasse très largement les frontières françaises puisque les mêmes mécanismes sont à l'œuvre absolument partout, de façon mondialisée, partout. Les agriculteurs sont la variable d'ajustement de ces politiques économiques quelque part. Les consommateurs en sont aussi largement victimes. Et ce n'est pas une surprise pour nous que partout en Europe, les mêmes mécanismes, les mêmes colères, les mêmes difficultés opèrent partout.

Et il faut bien comprendre qu'on subit, on est victime de ces politiques, de ces pouvoirs en place, des gouvernements successifs, qu'ils soient nationaux, européens, et de la FNSA ou au niveau européen du COPAC OGK, qui nous ont menés dans l'impasse qu'on vit aujourd'hui.

6:23
Présentateur

Vous le disiez, cette détresse, elle est profonde, elle est ancienne, je reprends vos mots. Pour autant, qu'est-ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui ? Pourquoi aujourd'hui les agriculteurs manifestent ? Qu'est-ce qui a bougé ces derniers jours ?

6:35
Invité

C'est qu'il y a une accélération de ces difficultés, la hausse des coûts de l'énergie, des coûts de production. Pour nous, agriculteurs, on l'a subi comme tout le monde. Mais comme on était tellement fragiles déjà économiquement pour une grande partie d'entre nous, c'est vraiment la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Pour nous, c'est davantage cette tension économique, la hausse de nos coûts de production, qu'on ne peut pas répercuter dans les prix, c'est juste inadmissible. Chaque fois, on est de plus en plus en difficulté. Bien davantage que des questions de normes environnementales ou ce genre de choses qui est parfois mis en avant.

Pour nous, les normes, elles sont aussi destinées à protéger, nous protéger, nous paysans, protéger notre santé, celle des consommateurs, protéger l'environnement, qui sont d'abord nos facteurs de production. Une terre en bon état, des eaux de bonne qualité, c'est indispensable aussi pour qu'on puisse continuer à produire dans le futur.

7:30
Présentateur

Les paysans sont peut-être aussi ulcérés d'être les boucs émissaires du dérèglement climatique alors qu'ils en sont les premières victimes.

7:37
Invité

Exactement. On en est les premières victimes avec d'autres populations. Et on a aussi, et c'est la bonne nouvelle, on a aussi des solutions, il y a des pratiques sur de nombreuses fermes qui permettent d'avancer pour faire face aux dérèglements climatiques et s'adapter aussi.

7:55
Présentateur

Nous sommes avec Laurence Marandola, la porte-parole de la Confédération Paysanne. Quelles sont alors les solutions ? Qu'est-ce que vous appelez exactement ? Vous dites changer de paradigme, ça veut dire quoi ? Ça veut dire harmoniser les prix en Europe ?

8:07
Invité

Oui, ça va partir beaucoup des règles économiques. Ça va être de travailler sur la prise en compte des coûts réels de production. Quand je vends un produit, le prix de ce produit doit absolument prendre en compte l'ensemble de mes coûts de production qui varient, qui en ce moment montent, c'est clair, en particulier à cause du coût de l'énergie et la rémunération de notre travail. Et c'est possible, je voudrais citer le cas de l'Espagne qui a fait un travail ces dernières années sur une loi qui s'appelle les chaînes alimentaires et qui commence à fixer un socle de base à partir duquel on peut commencer à discuter avec l'industrie agroalimentaire et la grande distribution.

En France, les lois EGALIM n'ont pas permis, jusqu'à aujourd'hui, d'assurer ces prix minimums qui prennent en compte vraiment les coûts de production. L'autre possibilité, qui est absolument indispensable, c'est que si on veut obtenir ces prix, on ne peut pas en même temps de l'autre main laisser la France et l'Union Européenne signer des accords de libre-échange qui, eux, dans ce cas-là, continuent de nous condamner de façon irréversible à jouer ce rôle de la compétitivité et de la concurrence accrue au moins offrant. Voilà, c'est vraiment ces deux leviers économiques qu'il faut absolument activer et très rapidement.

Sinon, une grande partie de la profession s'en relèvera pas et on sera incapable de pouvoir donner une vision d'avenir et pouvoir renouveler les générations installées des jeunes.

9:31
Présentateur

Vous parliez de lois en Espagne, justement, en France. Marc Fénaud voulait présenter en Conseil des ministres une loi pour justement que de nouveaux agriculteurs s'installent. Le nombre d'exploitations agricoles en France a baissé de 20% en moins de 10 ans. L'âge moyen des dirigeants des exploitations, c'est plus de 50 ans. Il y a aussi un enjeu pour la profession qui est vieillissante et il y a un enjeu de renouvellement des générations là aussi ?

9:57
Invité

Bien sûr, bien sûr. La France, comme tous les pays, a besoin pour nous à la Confédération paysanne d'agriculteurs nombreux. C'est le gage de la souveraineté alimentaire d'avoir une alimentation produite le plus localement possible. Et on attendait beaucoup de cette loi d'orientation agricole. Le président Macron l'avait signalé avec ce défi de renouvellement des générations.

Ce qu'on a vu de cette loi qui aurait dû être présentée la semaine prochaine, c'était très peu d'ambition, très peu d'ambition sur le nombre d'agriculteurs que souhaite notre pays à très court terme et très peu d'ambition sur les questions de revenus et prix dont on vient de parler pourtant très longuement et très peu d'ambition également sur, par exemple, l'accès au foncier, la répartition du foncier pour que tout le monde, un maximum de porteurs de projets avec un gros travail sur leur rémunération puissent s'installer. Donc dans l'état actuel, cette loi manquait cruellement d'ambition et on verra si elle peut évoluer.

Mais si on ne change pas de paradigme économique, de règle économique de fixer des prix raccords avec les coûts de production, cette loi sera un coup d'épée dans l'eau.

11:05
Présentateur

Vous saluez la décision de Marc Fénaud de décaler la présentation de ce projet de loi au mois de mars ?

11:12
Invité

Alors l'urgence est là, mais si ça permet d'obtenir des propositions plus ambitieuses, allons-y.

11:21
Présentateur

Emmanuel Macron, la semaine dernière, lors de sa conférence des presses, a peu évoqué les territoires. On avait l'impression qu'il y avait pas mal de sujets un peu parisiens. C'est ce qu'on voit aussi dans les polémiques en ce moment dans la presse. Je pense notamment à celle sur Amélie Doux ou Déacacera qui semblent être des polémiques très parisiennes. Est-ce qu'il y a aussi un mépris des territoires du pouvoir ? Est-ce que vous, à la Confédération Paysanne, vous vous considérez un petit peu mis de côté ?

11:49
Invité

Alors, il y a deux choses. Les territoires ruraux, pour beaucoup, ce sentiment d'abandon est réel, en particulier de la part des services publics, de l'hôpital, de la santé, de façon indiscutable. Sur l'agriculture, ce sentiment de manque de reconnaissance des agriculteurs vis-à-vis de la société est réel. Il y a un éloignement entre le monde urbain et le monde rural. Ça, c'est indéniable. On ne peut pas laisser dire que l'agriculture est un secteur abandonné des politiques publiques. Il y a quand même la politique agricole commune, des mesures de fiscalité qui accompagnent l'agriculture. On ne peut pas laisser dire ça.

En revanche, l'accompagnement des agriculteurs, le soutien, les subventions ne sont pas pour tout le monde. Il y a des pans de l'agriculture, des modèles, des filières qui sont largement bénéficiaires, soutenus, reconnus par les pouvoirs publics. On pourrait penser aux céréales et d'autres secteurs qui sont largement abandonnés. Le plus flagrant, c'est sûrement la question des fruits et des légumes. Il y a un besoin de rééquilibrage pour que l'ensemble des types d'agriculture, des filières agricoles puissent se sentir vraiment accompagnées.

12:55
Présentateur

Merci beaucoup, Laurence Marandola, d'avoir été ce matin sur RCF. Je rappelle que vous êtes la porte-parole de la Confédération Paysanne et vous êtes vous-même éleveuse. Merci beaucoup d'avoir été ce matin sur notre antenne.