Derrière la polémique Omar Sy : la France face à ses démons en Afrique
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Questions et réponses
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Il est l'un des acteurs français les plus en vogue depuis plusieurs années déjà.
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Mais ce n'est pas pour son prochain film qu'il fait l'objet de discussions endiablées sur les réseaux, mais pour l'entretien qu'il a donné aux Parisiens ce 1er janvier.
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Postule la question.
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Pour en parler, je reçois sur ce plateau mes deux invités de ce soir.
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Qu'est-ce qui cloche ?
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Ça révèle peut-être quelque chose sur le côté médiatique, peut-être ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« « L'Ukraine n'a pas été une révélation dingue pour moi. Je suis surpris que les gens soient si atteints. Ça veut dire que quand ça est en Afrique, vous êtes moins atteints ? » »
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« « Non, Omar Sy, les Français ne sont pas moins atteints, pour la cité, par ce qui se passe en Afrique. » »
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« « Alors oui, il y a une différence de traitement. Il y a un élément qui l'occulte, et à mon avis volontairement, c'est qu'en Afrique, il y a une forte proportion de guerres civiles, y compris dans les pays qui se battent contre le djihadisme. » »
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« « Quant à dire qu'on accueille plus volontiers des réfugiés ukrainiens que des réfugiés africains, la réponse qu'on accueille plus volontiers, la réponse est oui. » »
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« « Pourquoi ? Parce que les Ukrainiens ne posent pas les problèmes d'assimilation, de différences culturelles que peuvent poser certains Africains. » »
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« « La guerre en Libye, qu'il faut-il rappeler, a été provoquée par Nicolas Sarkozy qui n'en avait rien à faire, très clairement, du peuple libyen, mais voulait régler des comptes avec Muammar Gaddafi. » »
- 20:33InvitéFait
« « Quand Omar Sy dit, ben oui, les guerres en Afrique touchent moins les Français. C'est une réalité, c'est une vérité. » »
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« « Depuis 1996, vous avez à l'est du Congo une guerre abominable, où il y a des millions de morts, des millions de déplacés. » »
Temps de parole
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Je découvre ses propos et je suis extrêmement choquée par la teneur de ses propos. Et je me dis comment, en tant que politique, on peut faire de la concurrence sur des drames humains.
Il est l'un des acteurs français les plus en vogue depuis plusieurs années déjà. Intouchable, le film d'Olivier Nakache et Éric Tolandeno l'a révélé au grand public en 2011. Depuis, il enchaîne les succès. Mais ce n'est pas pour son prochain film qu'il fait l'objet de discussions endiablées sur les réseaux, mais pour l'entretien qu'il a donné aux Parisiens ce 1er janvier. Le journal en parle aujourd'hui encore dans ses colonnes, je le cite, un échange nourri et passionnant avec Omar Sy sur la guerre, sur ce qu'elle raconte pendant le film Terrailleur dans les années 14-18, dans les salles ce 4 janvier à celle d'aujourd'hui.
Dans cet entretien, l'acteur déclarera, entre autres, je cite encore, « L'Ukraine n'a pas été une révélation dingue pour moi. Je suis surpris que les gens soient si atteints. Ça veut dire que quand ça est en Afrique, vous êtes moins atteints ? » Postule la question. Selon le Parisien, c'est l'eurodéputé macroniste Nathalie Loiseau qui ouvra les festivités avec un tweet cinglant. « Non, Omar Sy, les Français ne sont pas moins atteints, pour la cité, par ce qui se passe en Afrique. » La polémique est alors lancée et tout le monde s'y engouffre. Ce soir, nous allons nous demander alors ce que cette polémique va bien révéler, polémique bien vide pour nous.
Évidemment, un racisme malheureusement encore bien systémique dans notre société française, mais aussi une méconnaissance de l'international et de l'histoire. Pour en parler, je reçois sur ce plateau mes deux invités de ce soir, Thomas Dietrich, journaliste aux médias que vous connaissez bien sur les questions france-africaines, et Yassata Sec, présidente de l'Association pour la mémoire et l'histoire des tirailleurs sénégalais. Quelle émission bien rythmée. Bonsoir à tous les deux. Bonsoir. Merci d'être là ce soir. Merci pour l'invitation. Avec plaisir. Alors, trois jours que ça dure. Le nom d'Omarcy est régulièrement encore en top tweet, vous l'avez peut-être suivi aujourd'hui.
Et les commentaires indignés contre l'acteur français affluent de toutes parts, allant même jusqu'à appeler au boycott de l'artiste et de son travail. Qu'est-ce qui cloche ?
Qu'est-ce qui cloche ? Alors, pour moi, déjà, c'est une polémique stérile, une polémique qui n'a pas sa place, certainement pas encore aujourd'hui, et qui, malheureusement, à mon sens, gâche un petit peu la sortie d'un magnifique film. Je pense qu'on reviendra sur le contenu du film et sur l'histoire. Il a juste fait part d'un sentiment et d'un sentiment qui est le sentiment de beaucoup de Français. Et ce qu'il dit, et en plus, on ressort cette phrase du contexte et on n'évoque pas du tout l'interview complète.
Quand il parle des conflits mondiaux et qu'il parle de la guerre en Ukraine et qu'il parle de l'Afrique, il évoque aussi le fait que ça le touche en tant qu'homme, ça le touche en tant qu'humain et que n'importe quel drame humain le touche. Aujourd'hui, c'est une polémique qui est portée par la droite et l'extrême droite. On ne va pas se mentir. Elle est stérile. Certains pensent qu'il a sorti cette phrase pour faire de la pub à son film, mais Omar Sy n'a pas besoin de ça. Omar Sy n'a pas besoin de cette polémique stérile pour pouvoir avoir une audience importante autour de ce film. Donc, pour moi, je pense que les médias devraient éteindre cette polémique. On a fait pas mal d'émissions.
Moi, j'ai fait pas mal d'interviews. J'ai vu aussi que beaucoup de politiques, notamment de gauche, étaient montées au créneau suite à cette phrase qui, à mon sens, n'est pas maladroite et même réaliste. Et il y a un contexte aussi qui est évoqué. Donc, vraiment polémique stérile et vraiment parlons du fond, parlons du film, parlons de l'histoire de France, parlons de ce qui nous anime, nous, aujourd'hui.
On va en parler. Tout avant d'en parler, justement, ça révèle peut-être quelque chose sur le côté médiatique, peut-être ? Peut-être que vous récupérez une petite phrase et en faire un...
Un qui est assez inquiétant parce qu'il y a quand même un film qui parle de gens qui sont morts pour la France, qui sont montés à l'assaut au chemin des dames et qui ont été envoyés en première ligne et après qui ont été renvoyés pour ceux qui avaient survécu chez eux dans des conditions atroces. En 39-45 aussi, des gens qui ont fait partie de la deuxième division blindée du général Leclerc, qui sont partis traverser le Cameroun, le Tchad, le fameux serment de Koufra.
C'était des Tchadiens, des Camerounais, des Congolais, des gens qui sont partis se battre pour la France et quand on les a renvoyés chez eux, on les a renvoyés sans pension, sans rien, sans honneur et même quand ils réclamaient leur solde, on se souvient de ce fameux événement à Thiaroy au Sénégal, on leur tirait dessus et je trouve que faire cette polémique, monter en épingle cette polémique qui est stérile, c'est oublier ceux à qui on devrait rendre hommage et ça, c'est désolant.
On va tenter de le faire ce soir. Alors, en toile de fond, comme vous l'avez rappelé à l'instant, il y a la sortie de ce film « Tirailleurs » de Mathieu Vattier qui sort en salle demain où Omar Sy incarne, je le disais tout à l'heure, un père enroulé avec son fils parmi les soldats sénégalais envoyés à Verdun en 17. Alors, Yaceta, vous qui êtes petite fille d'un ancien tirailleurs sénégalais, on imagine que votre curiosité est au moins piquée par l'institut de ce film. Vous êtes d'ailleurs très engagée pour la mémoire, on le sait, de cette partie de notre histoire. Comment vous voyez, vous, la sortie de ce film-là ? Est-ce que c'est, j'imagine, une bonne nouvelle ? Vous vous en réjouissez ?
Évidemment, c'est une bonne nouvelle, c'est même une aubaine parce que déjà, c'est un film qui va permettre de transmettre cette histoire, une histoire qui est encore trop peu connue aujourd'hui, une histoire de France, une histoire qui est encore mal intégrée dans le récit national français. Et avoir un film comme celui-ci aujourd'hui, grand public, permet en tout cas de transmettre à toutes les générations parce qu'on peut dire ce qu'on veut, mais on dit souvent que les jeunes ne connaissent pas cette histoire, mais les adultes non plus ne connaissent pas cette histoire. C'est une histoire qui a sa place dans les programmes scolaires, mais qui a très peu de place.
On évoque l'histoire des tirailleurs sénégalais, notamment pendant le premier conflit mondial et le deuxième conflit mondial, mais ça reste vraiment trop peu, à mon sens, aujourd'hui. Et le fait d'avoir un film grand public permettra de faire de la pédagogie. Et au-delà d'avoir ce film grand public, j'aimerais rendre hommage à un certain nombre de choses qui ont été faites avant, notamment Stomy Bugsy qui a sorti une pièce de théâtre et qui raconte l'histoire notamment des tirailleurs sénégalais à travers le massacre du Tiaroï. On a des documentaires qui sont sortis, on a des livres qui existent, mais qui ne sont pour le moment pas encore accessibles au grand public.
Et c'est vrai qu'un film avec en tête d'affiche Omar Sy, un film comme celui-ci que j'ai vu et je peux vous dire qu'il questionne beaucoup. Il questionne sur beaucoup de choses, notamment sur la tombe du soldat inconnu, sur l'histoire atroce parfois, sur leur rendement forcé, sur aussi les engagés volontaires et surtout aussi sur le combat qu'ont pu mener ces hommes avec des soldats blancs où ils se considéraient comme étant des frères d'armes. Et aujourd'hui, c'est vrai qu'on a une société qui est extrêmement divisée et un film comme celui-ci peut apaiser un certain nombre de choses.
On va y revenir encore une fois, mais malheureusement, ce n'est pas ça qui fait débat depuis quelques jours, depuis le premier. Et ce qui fait débat, ce qui fait le débat très rageux, j'ai envie de dire, ce terme-là, autour de... C'est en ce sens-là, pardon, sur les propos tenus par Omar Sy sur le conflit russo-ukrainien. On en revient, il faut le commenter. Et sa différence de traitement en comparaison avec les conflits en Afrique. Alors pour cela, je vous propose d'écouter Judith White-Tro, qui est une journaliste au Figaro, hier sur CNews. On regarde.
Alors oui, il y a une différence de traitement. Il y a un élément qui l'occulte, et à mon avis volontairement, c'est qu'en Afrique, il y a une forte proportion de guerres civiles, y compris dans les pays qui se battent contre le djihadisme. En Ukraine, vous avez un État souverain attaqué par un autre État. Ça n'a rien à voir. Alors, à part ça, alors, Nathalie Loiseau et Vardon le rappellent, effectivement, nos soldats français ont donné leur vie au Mali. Ça, c'est quand même extrêmement important. En termes d'immigration, la France accueille énormément de réfugiés africains. En tout cas, il y a un flux important. Donc, on ne peut pas nous accuser d'indifférence. C'est totalement injuste.
Quant à dire qu'on accueille plus volontiers des réfugiés ukrainiens que des réfugiés africains, la réponse qu'on accueille plus volontiers, la réponse est oui. Pourquoi ? Parce que les Ukrainiens ne posent pas les problèmes d'assimilation, de différences culturelles que peuvent poser certains Africains. Donc, ça me paraît tout à fait normal.
Alors, selon la journaliste qu'on veut l'entendre du Figaro, on accueillerait donc énormément de réfugiés africains et tout irait dans le meilleur des mondes s'ils savaient bien s'assimiler aussi bien que les Ukrainiens. Peut-être une réaction. Je vous ai vu réagir un instant.
En fait, je découvre ces propos et je suis extrêmement choquée par la teneur de ces propos. Et je me dis comment, en tant que politique, on peut faire de la concurrence sur des drames humains. C'est-à-dire que quand on a des personnes qui prennent le bateau et qui quittent l'Afrique, ils ne prennent pas ce bateau en se disant on a vu de la lumière et on espère trouver une meilleure vie. Ces gens-là, quand ils quittent un conflit mondial, ils meurent, ils ont perdu des pères, des mères, des enfants. Ils ont été massacrés. Ils quittent des conflits. Et nous, en tant que pays des droits de l'homme, on se doit de les accueillir.
On ne peut pas dire qu'une nation comme la nôtre ne peut pas accueillir ces personnes-là. Pour moi, ces propos-là ne sont absolument pas entendables et devraient être condamnés et même dénoncés.
Alors, pays de la déclaration des droits de l'homme, c'est ça qui fait la différence dans l'histoire. J'imagine que ça te fait réagir aussi parce qu'il y a quand même de l'argument, de l'assimilation des personnes venant de l'Europe de l'Est serait plus facile que les personnes d'Afrique.
De toute façon, c'est une sorte de concours lépine en ce moment pour savoir sur quelle chaîne on sera le plus raciste et le plus indigne vis-à-vis de nos frères en humanité. Et puis, il y a autre chose qu'elle raconte, c'est-à-dire au grand concours du grand n'importe quoi. Elle entend dire, vous savez, en Afrique, c'est des guerres civiles, alors qu'en fait, en Ukraine, c'est une invasion. Alors, tout à fait, il faut bien sûr condamner l'invasion russe de l'Ukraine. Mais en Afrique, c'est quand même un peu plus compliqué que cela. C'est-à-dire, je vois bien le fond raciste et condescendant de son propos qui dit que, voilà, en fait, ce sont des sauvages qui se sont entretus entre eux.
C'est clairement ça. C'est ce qui est en sorte de cette épreuve. Il suffisait de regarder, par exemple, la présentation des conflits qui sont faits en Afrique. Je vous prends un simple exemple, quand il y a eu le conflit en Centrafrique en 2013, où la France est intervenue militairement. On a présenté ça sur toutes les chaînes d'un fonds continu, d'un conflit entre des chrétiens et des musulmans qui ne savaient pas faire autre chose que de s'entretuer.
Personne n'est allé expliquer qu'à un moment, derrière ce conflit confessionnel, il y avait une bataille pour des ressources minières et notamment pour les ressources de l'uranium qui avait fait que la France s'était fâchée avec le président de l'époque, qui s'appelait Bozizé, et a renversé ce président qui a créé le chaos. Mais ça, personne absolument ne l'a expliqué et n'a dit que nous, puissance occidentale, on avait un rôle dans ces guerres-là. Mais on préfère présenter ça sous l'angle, en fait, de tribus quasiment qui se battraient entre eux.
Et il y a aussi cet argument massue qu'on a entendu là, et qu'on va entendre encore de nouveau, vous allez voir, contre Marcy, sur le terrain de la supposée indifférence française envers le sort des peuples africains, notamment ceux des victimes des conflits guerriers, qui est tout trouvé, cet argument massue, la mort de 58 militaires français au Sahel. Et nous, du coup, on n'est pas, ça voudrait dire qu'on est au contraire très engagés, que la France n'a pas de problème avec cela. Alors, je vous propose d'écouter Nathalie Loiseau à ce sujet-là, eurodéputée macroniste hier sur BFM. Mais ce que je trouve injuste, c'est de dire que les Français ne s'intéressent pas aux conflits en Afrique.
Ça m'a choquée parce que je me suis rendue au Sahel, parce que j'ai assisté à des cérémonies à la mémoire de Français qui sont morts. 58 militaires français. 58 militaires de Barkhane français sont morts au Sahel pour essayer d'y ramener la sécurité, sans y parvenir, parce que la gente malienne ne voulait pas de la France. Et j'ai été blessée pour ces familles d'entendre que les Français ne s'intéresseraient pas aux conflits en Afrique. Je crois que ça n'est pas vrai. Alors qu'après, on ait un sentiment de proximité avec l'Ukraine qui est très fort, parce que Kiev est à deux heures et demie de Paris. Parce que j'étais encore, juste avant Noël, à Odessa, à Kiev.
Quand vous allez à Irpin, à Boucha, ça ressemble à Viroflay. Donc vous avez l'impression que ça se passe chez vous. Alors les Français d'origine africaine, je pense, doivent apprécier ces propos tenus à l'instant par l'eurodéputé macroniste qui semble bien vouloir voir. J'ai l'impression qu'une France un peu blanche, catho et chrétienne, et bourgeoise peut-être. Rappelons au passage qu'elle aura passé une partie de sa jeunesse militante dans les rangs de l'extrême droite. Qu'auriez-vous pu répondre à l'élu, là, si elle serait là sur ce plateau ce soir ?
Encore là, elle sort complètement des propos d'Omarcy. Et vraiment, là, on se dit qu'on marche sur la tête. Très clairement, moi, je n'arrive pas à comprendre comment on peut tenir de tels propos, comment on peut comparer la mort de 58 soldats aux propos tenus par Omarcy. C'est juste, pour moi, c'est impensable. D'ailleurs, elle est revenue sur ses propos. Elle a atténué un peu plus ses propos parce que, justement, des personnes de son rang...
Ça a réagi, mais elle les a tenues. C'est important de les revenir dessus.
Elle les a tenues et elle les a tenues maladroitement. Et ce n'est pas la première fois que Nathalie Loiseau tient des propos extrêmement maladroits. Après, comme vous l'avez dit, elle vient des rangs de l'extrême droite. Et encore une fois, c'est une polémique qui est portée par la droite et l'extrême droite. Et vraiment, je pense qu'on devrait éteindre cette polémique et parler vraiment du fond et de la situation aujourd'hui aussi des personnes issues de l'immigration qui peuvent aussi vivre difficilement dans nos territoires français. J'ai envie de parler aussi de la situation des anciens tirailleurs sénégalais qui vivent aujourd'hui des situations extrêmement complexes.
On n'en parle pas. On ne parle pas de ce fond-là. Mais aujourd'hui, on a une quarantaine d'hommes qui vivent sur le territoire français dans des conditions difficiles, pour la plupart dans des foyers à Doma, dans des chambres, et qui souhaitent rentrer chez eux, terminer leur fin de vie chez eux. Ils ont donné pour la France et on ne leur permet pas cela aujourd'hui. Donc, revenons vraiment sur le fond des choses et arrêtons cette polémique et parlons du film et parlons de la situation des personnes qui sont vraiment dans des situations très complexes.
Thomas, là, tu as entendu aussi cette séquence-là. Tu l'as découvert ce soir ou tu l'avais déjà ?
Non, je l'avais déjà entendu, mais c'est un propos qui est sorti régulièrement comme une sorte, on demande une injonction à la gratitude. On demande à des gens qui, par leur couleur de peau, sont différents, soi-disant, de remercier la France parce que, soi-disant, elle serait intervenue au Mali et que des soldats seraient tombés en luttant contre le djihadisme. Alors, oui, c'est vrai, il y a eu 58 morts et bien sûr qu'il faut le déplorer et bien sûr qu'il faut leur rendre hommage. Mais il faut se souvenir. En fait, dans le narratif, le narratif est complètement faussé.
Si vous demandez à un Malien, à un Sénégalais, à un Nigérien, est-ce que la France est venue faire du bien au Mali en luttant contre les djihadistes ? Ils vont vous dire, mais en fait, la France est venue réparer ce qu'elle a créé. Parce que ce qui a créé l'instabilité au Sahel, c'est la guerre en Libye. La guerre en Libye, qu'il faut-il rappeler, a été provoquée par Nicolas Sarkozy qui n'en avait rien à faire, très clairement, du peuple libyen, mais voulait régler des comptes avec Muammar Gaddafi et peut-être des comptes financiers puisque Muammar Gaddafi est soupçonné d'avoir financé l'élection présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy.
Et c'est la chute de la Libye qui, parce que Muammar Gaddafi, tout dictateur qu'il était, était un peu le garant de la stabilité au Sahel, qui a permis au djihadisme de proliférer d'abord aux Normalies et de s'étendre ensuite aux pays limitrophes. Donc finalement, la France n'est pas venue se sacrifier en Afrique, au Sahel. Elle est venue réparer ce qu'elle avait créé. Déjà, peut-être que ça, en changeant ce storytelling, il faut en parler. Et après, c'est vrai, ce que Yaya Sieta est très vrai, c'est-à-dire qu'il faut revenir au fond du film, de ce qui est important, de ce que ce film porte comme parole.
Moi, je ne l'ai pas encore vu, mais j'ai une histoire un peu personnelle qui m'a beaucoup touché. Un jour, j'étais en Guinée, j'étais en reportage en Guinée, et j'étais invité à une radio locale, un journal local. C'est très connu qui s'appelle Le Lynx. Et donc, j'ai fait une émission pour échanger sur le journalisme. Et à la fin de l'émission, puisque c'était une émission en direct, il y a un monsieur qui était venu à la radio et qui m'attendait. Et en fait, c'était le fils d'un tirailleur guinéen. Il est venu avec son gros dossier. Et il m'a dit, est-ce que vous pouvez m'aider et faire quelque chose pour moi ? Et puis, bien sûr, je ne savais pas quoi faire. Et j'ai eu honte à ce moment-là.
J'ai eu honte que mon pays, la France, ait fait combattre dans ses rangs des gens qui ont perdu leur vie, qui se sont sacrifiés, qui ont perdu des années de leur vie, et qui, en plus, ont été renvoyés dans leur pays d'origine sans rien, et qui, parfois, plus tard, ont été massacrés. On parle de Tiaroy, mais aussi, il faut oublier que le 8 mai 1945, quand on fête la libération de la France, à Sétif, en Algérie, on réprime très violemment. Il y a eu des milliers de morts des Algériens qui manifestent pour leur indépendance. Et on pourrait aussi parler de toutes ces répressions oubliées à Madagascar en 1947.
Comment, en fait, on a récompensé les gens qui se sont battus pour notre liberté en les privant de leur liberté ? Et ça, bien sûr, c'est complètement occulté dans le débat avec des petites phrases.
Justement, comment vous l'expliquez ? Vous qui, en fait, d'ailleurs, votre combat, une grande partie de votre vie, pour rétablir, ma foi, l'histoire et la vérité. Comment vous expliquez qu'il y ait là l'oiseau ou d'autres qui affirment, nous nous sentons, nous, la France, évidemment, naturellement, presque plus proche de l'histoire des Ukrainiens ou d'autres pour s'en les nommer que celle de l'Afrique. C'est pas grave, c'est loin, c'est normal, c'est comme ça. Tout simplement parce qu'ils ne connaissent pas leur histoire.
Tout simplement, vous pensez qu'ils ne la connaissent pas ? Il y a le fait de ne pas connaître son histoire. Et il y a après, bien évidemment, des relents racistes, mais ça, on ne peut pas changer les gens. Mais par contre, nous, à notre niveau, en tant qu'élus, en tant que responsables associatifs, on se doit de transmettre cette histoire. Et transmettre cette histoire, ça passe par quoi ? Ça passe par des émissions comme la vôtre, ça passe par des films, ça passe par des documentaires et ça passe aussi par des choses qui sont extrêmement symboliques, telles que des cérémonies commémoratives.
Moi, avec mon association, ce que je fais, par exemple, chaque année, c'est qu'on va raviver la flamme du soldat inconnu sous l'arc de triomphe pour rendre hommage aux soldats venus d'Afrique, du Pacifique et des Antilles. Pourquoi est-ce qu'on fait cela ? Il y a toute une symbolique autour de ça, mais c'est aussi de faire venir un certain nombre de personnes et de transmettre cette histoire. Une personne qui va venir à l'arc de triomphe va essayer de se renseigner, de chercher, de savoir quelle est l'histoire de France. L'histoire de France, elle est riche de sa diversité. On a eu, certes, l'histoire de l'esclavage, on a eu l'histoire de la colonisation.
Aujourd'hui, il faut qu'on le dise très clairement. Pourquoi il y a des Noirs en France ? C'est clairement issu de l'histoire de l'esclavage et de l'histoire de la colonisation. Les soldats issus des colonies ont permis la libération de la France. On a voulu le nier pendant un certain nombre d'années, sauf qu'on a une génération aujourd'hui qui est demandeuse, qui est en recherche. On a les réseaux sociaux, on a le développement du numérique, on a des jeunes chercheurs historiens qui font des vidéos et qui permettent d'avoir accès à cette histoire, ce qu'on n'avait pas il n'y a même pas dix ans. Il y a dix ans, on n'avait pas toutes ces informations.
Si on n'allait pas à la bibliothèque, on n'avait pas ces informations. Donc pour moi, c'est de la méconnaissance, c'est aussi de la stupidité, excusez-moi du mot, mais c'est aussi un peu de stupidité. Mais tant qu'on ne transmettra pas cette histoire à l'ensemble des Français, il y aura forcément ces relents racistes. Et je ne vais pas défendre l'extrême droite, je ne suis pas du tout, vraiment je combats leurs idées, mais souvent, les personnes issues des rangs d'extrême droite, quand ils parlent de l'histoire des tirailleurs sénégalais, des tirailleurs sénégalais, ils en parlent bien. Parce qu'ils ont cette notion d'hommes qui ont défendu la patrie. Alors vraiment, je vomis...
Le côté nationaliste, finalement.
Je vomis vraiment toutes les idées venant de leur rang. Ils le savent et je les combats. Mais le rôle, en tout cas, ce qui a été...
Vous reprochez à la gauche de ne pas assez investir ce terrain ?
Ils reprochent à une partie de la classe politique de ne pas investir assez ce terrain. Le travail de mémoire est essentiel. Aujourd'hui, encore plus avec cette jeune génération et aujourd'hui, encore plus avec le climat nous avons dans lequel on est confrontés encore aujourd'hui. Et tant qu'on ne transmettra pas toutes ces histoires, tant qu'on ne fera pas le nécessaire pour que ça soit pleinement intégré dans les manuels scolaires, dans le récit national français, où on n'est pas obligé d'interpeller un président de la République pour organiser une commémoration.
Ce que j'ai fait en 2019, j'ai dû interpeller Emmanuel Macron pour que le 75e anniversaire du débarquement de Provence ait sa place entière en tant que cérémonie nationale, ce qui n'avait pas été prévu avant. Alors qu'au mois de juin, on commémore les débarquements de Normandie comme il se faut, en grande pompe, on invite des chefs d'État et on oublie carrément de faire exactement la même chose pour le débarquement de Provence. Et le débarquement de Provence, c'est des soldats venus du Sénégal, d'Algérie, du Pacifique et des Antilles. Pourquoi on ne le fait pas ? Pourquoi on l'oublie ? Pourquoi on le nie ?
Est-ce que là, il y a peut-être le spectre de la France-Afrique que tu étudies encore aujourd'hui ? Ou qu'est-ce qui explique cette affaire-là ?
Tout ça est bien sûr lié. Ce que fait Issa Tart en promouvant la mémoire des tireilleurs sénégalais, c'est important et ça se répercute aujourd'hui dans la situation telle. Quand Omar Sy dit, ben oui, les guerres en Afrique touchent moins les Français. C'est une réalité, c'est une vérité. Alors moi, je ne jette pas la pierre à 67 millions de Français. Je jette la pierre au système, à la classe politique, au système médiatique. Quand par exemple, depuis 1996, vous avez à l'est du Congo une guerre abominable, où il y a des millions de morts, des millions de déplacés, des viols sur les femmes et tout ça que le docteur Mukwege qui a pris Nobel de la paix tente de réparer. Et personne n'en parle.
Personne n'en parle parce que non seulement il y a de l'indifférence, mais on construit cette indifférence parce que derrière ces massacres entre guillemets, entre tribus rivales soi-disant, il y a des gros intérêts en jeu. Qu'est-ce qui se passe à l'est du Congo ? On y extrait notamment le coltan qui permet de fabriquer nos ordinateurs, nos téléphones et donc qui va nourrir et qui est essentiel à des grosses firmes américaines. C'est pareil pour les intérêts économiques français qui sont en Afrique et tout ça, les intérêts des ports de Bolloré, les intérêts dans l'uranium qui sont là.
Souvent, on construit cette indifférence parce qu'elle profite à la classe politique qui a intérêt à cacher ces conflits, les causes réelles de ces conflits. Et je pense que c'est justement en faisant œuvre de mémoire et en jetant un regard aussi lucide sur notre présent qu'on arrivera à faire en sorte que ces conflits-là soient enfin pris en compte, mais pris en compte sur toutes leurs dimensions et pas avec ce regard raciste, colonialiste. Moi, j'ai l'impression qu'on est à la fin du XIXe siècle.
J'ai l'impression que j'entends des fois Jules Ferry, que j'entends Victor Hugo qui était un grand homme mais qui a quand même dit au passage que « Ah oui, Dieu offre la terre aux hommes et puis Dieu offre l'Afrique à l'Europe, prenons-la. » Et je pense qu'on n'a pas fait tout à fait le deuil de notre empire colonial et qu'on continue à considérer finalement les Africains comme des races inférieures comme c'était le cas à la fin du XIXe siècle.
Et pour finir, peut-être que la boucle se boucle. On espère, avec la sortie de ce film, demain, que vous avez vu du coup en avant-première, ce qui n'est pas mon cas encore. J'ai hâte de ne me spoiler pas. Je ne spoilerai pas.
Vous avez vu, j'en ai pas parlé.
C'est vrai. En tout cas, vous l'avez bien vendu. On ira le voir dès demain. Donc, je rappelle qu'il sort demain en salle. Est-ce qu'on peut espérer y voir un objet majeur de vulgarisation ? Peut-être un premier dans notre histoire médiatique, en même temps culturelle et donc politique. Et puis, une autre question en même temps, à côté de ça, est-ce qu'il y a d'autres leviers existants ou à créer que vous pouvez peut-être nous illustrer ce soir pour qu'on puisse construire des ponts, abattre les murs qui nous séparent manifestement ?
Plein de leviers sont possibles. Un film comme celui-ci sera de toute façon un très bon levier, comme je l'ai dit dans mes propos liminaires, notamment sur l'accessibilité au grand public. Et ensuite, il y a l'espace public qu'on peut modifier. C'est-à-dire qu'on peut nommer, renommer des rues en mettant en avant des personnages historiques de ces histoires. Et d'ailleurs, quand j'avais interpellé le président Emmanuel Macron sur le débarquement de Provence, il avait lancé cet appel au maire en demandant au maire de nommer et de renommer des rues pour rendre hommage aux soldats venus d'Afrique. Certains ont suivi, d'autres non. Il faut qu'il y ait beaucoup plus d'effets.
Donc, il y a l'espace public qui nous permet cela. Il y a aussi les musées. On a beaucoup d'œuvres qui regroupent des œuvres issues de cette histoire. On a la possibilité aussi, comme l'a fait Stomy Bugsy, à travers une pièce de théâtre, à travers des documentaires. On a beaucoup de jeunes aussi qui font pas mal de vidéos sur les réseaux sociaux. Les leviers sont nombreux. Le tout, c'est de pouvoir les saisir et vraiment de les mettre en place. Mais je crois vraiment qu'en modifiant l'espace public, en mettant beaucoup plus en avant dans les cérémonies officielles cette histoire...
Les programmes scolaires, vous en parlez tout à l'heure aussi.
Les programmes scolaires en font partie. Les discours aussi prononcés par nos politiques sont extrêmement importants parce que ça permet aussi de renvoyer un certain nombre de messages. Les leviers sont nombreux. Nous, on est là en tout cas pour inciter cette dynamique et on le fait. J'ai été contactée par pas mal de maires de collectivité qui souhaitent s'en saisir. On a aussi dans le 18e arrondissement une place qui va s'appeler Place des Tirailleurs Sénégalais. Au niveau de la porte de Clignancourt, c'est vraiment énorme. Et puis, du coup, ça questionnera. On peut mettre une plaque, on peut apposer aussi un certain nombre de choses.
On peut faire des parcours pédagogiques parce que l'espace public français regorge de cette histoire. Le tout, c'est vraiment de la faire ressortir et de la montrer au plus grand nombre.
De le faire. Des actes, évidemment.
Des actes concrets.
Et qui sont nombreux apparemment et évidemment. Merci beaucoup à tous les deux pour cet entretien. Merci, Thomas. Merci. Merci à Seta d'avoir cité l'invitation ce soir.