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interviewLe billet d'humeur de Patrick Kanner· 27 mai 2026 6 min

La chronique de Patrick Kanner du 27/05/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Merci de nous rejoindre ce matin sur Radio-G. Merci d'être avec nous. Et c'est toujours un plaisir de retrouver le mercredi matin, une semaine sur deux, Patrick Cannaire, ancien ministre, sénateur du Nord, président du groupe socialiste, écologiste et républicain au Sénat. Bonjour Patrick. Bonjour Eliana. Merci d'être avec nous ce matin. Alors le projet de loi dit Riposte pour encadrer les RAF parties, lutter contre les rodéos urbains, le protoxyde d'azote, etc. a été adopté. On l'a appris hier soir par le Sénat. Alors est-ce que c'est une bonne nouvelle selon vous ?

0:36
Patrick Kanner

Alors tout d'abord, permettez-moi de dire que ça ne règle pas tous les problèmes. Bien au contraire, puisque hier encore à Nantes, un jeune de 17 ou 18 ans, je crois, a été tué une balle dans la tête. Tout cela lié au narcotrafic. Donc nous avons des priorités qui malheureusement ne sont pas totalement traitées dans notre pays. Mais lutter contre les rodéos urbains, les RAF parties, lutter contre l'usage détourné du protoxyde d'azote, c'est bien sûr une bonne nouvelle. Et je sais combien ces phénomènes empoisonnent les Français. Ils sont la cause de nombreux drames, parfois terribles, qui endeuillent les familles partout sur notre territoire.

Et c'est pour cette raison qu'avec mon groupe, le groupe socialiste, nous avons étudié ce texte de bonne foi et sans idéologie. On a même rajouté des mesures qui vont pour nous dans le bon sens, avec notamment nos collègues Audrey-Niconelle et Christophe Chailloux, qui nous donnent quelques exemples. Nous avons fait adopter des mesures très concrètes. Un arsenal pénal renforcé en matière de vente à la sauvette et trafic de tabac. On voit comment ça se passe, notamment dans les gares parisiennes. L'interdiction de la vente du protoxyde d'azote aux non-professionnels. Ce protoxyde d'azote qui est un danger, notamment aussi pour les jeunes.

Rétention du permis de conduire à titre conservatoire en cas de délit de rodeo urbain. Ou encore des restrictions aux véhicules surpuissants pour les conducteurs novices qui les louent et qui, parfois, deviennent des armes par destination. Donc, voilà, on a fait des améliorations dans ce texte, mais pourtant, nous ne l'avons pas voté.

2:07
Présentateur

Alors, pourtant, votre groupe s'est abstenu. Pour quelles raisons, exactement ?

2:13
Patrick Kanner

Ce n'est jamais satisfaisant pour un parlementaire de s'abstenir. Il vaut mieux voter pour ou voter contre. C'est plus net, c'est plus clair. Mais sur un texte de la sécurité comme celui-là, nous avions des réserves. Je tiens à le dire. Et nous nous sommes abstenus pour trois raisons principales. La première raison, c'est que certaines mesures sont inefficaces. C'est notamment le cas de ce qu'on appelle maintenant les amendes forfaitaires délictuelles, qui évitent les procès. Alors, sur le papier, on peut dire que c'est bien, mais elles ont été étendues, ces amendes forfaitaires, à tout va même.

Contre les mortiers, donc les feux d'artifice, les rêves parties, les rodéos, le protocole d'azote, et toujours plus pour les stupéfiants. Or, c'est un dispositif qui fonctionne mal. Il y a moins d'un tiers de ces amendes forfaitaires délictuelles qui sont recouvrées. Et il y a plus d'un milliard cent millions qui sont aujourd'hui dehors, non recouvrés par le fisc français. Donc, c'est vraiment pas un bon système pour, j'ai envie de dire, dissuader les contrevenants. Deuxième raison, c'est la dilution des responsabilités.

Avec ce texte fourre-tout, ce sont tantôt les douaniers, tantôt les agents de police judiciaire, tantôt les agents privés de sécurité, que l'on veut doter d'équipements, de prérogatives similaires aux policiers, aux gendarmes, aux officiers de police judiciaire. Donc, tout le monde est responsable de tout, et finalement, on est responsable de rien. Et puis, il y a une troisième raison, au nom de l'autorité, certaines mesures interpellent sur le plan des libertés. Ce texte banalise, par exemple, certains procédés techniques ou technologiques qui n'ont rien d'anodat.

La reconduction anticipée de la vidéosurveillance algorithmique, l'accès accru des services de renseignement aux données judiciaires et mettant en cause ce qu'on appelle dans notre droit constitutionnel la séparation des pouvoirs. Eh bien, ce projet de loi, largement inspiré, disons-le, par M. Bruno Rotaillot, est une nouvelle illustration d'une surenchère sécuritaire, sans avoir vraiment les moyens d'agir. Donc, c'est pour cela que nous nous sommes abstenus.

4:10
Présentateur

Alors, sur un tout autre sujet, on en parlait, Patrick. On traverse actuellement une vague de chaleur inédite pour un mois de mai. On peut attendre jusqu'à 38 degrés, d'ailleurs, localement, aujourd'hui. Le Premier ministre, justement, va faire des annonces, apparemment, demain. Qu'est-ce que vous en attendez ?

4:29
Patrick Kanner

Alors, permettez-moi d'abord de penser à nos concitoyens qui, aujourd'hui, suffoquent, notamment les personnes âgées, les plus vulnérables d'entre nous. Et je pense, par exemple, aussi aux parents qui ont la boule au ventre chaque matin lorsqu'ils emmènent leurs enfants dans des écoles qui ne sont pas adaptées et qui sont de véritables passoires thermiques. J'y reviendrai. Le gouvernement a déjà fait état de sept morts liées directement, je cite, ou indirectement à la chaleur. Et hier, pour le deuxième jour consécutif, et ça va continuer aujourd'hui, nous avons battu des records insupportables avec cette chaleur terrible.

Vous l'avez dit, Sébastien Lecornu va s'exprimer ce jeudi, dans le cadre d'une réunion interministérielle. J'espère qu'il traitera de l'urgence, les questions de l'appui du public, de l'état de naf phréatique ou encore du risque de feu de forêt qui va être beaucoup plus tôt que les années précédentes. Il y a aussi les mesures à moyen et long terme parce que nous ne pouvons pas nous contenter de subir et de nous adapter à chaque fois, presque doigt mouillé, à des situations épouvantables. Et puis, je voudrais terminer en parlant d'un sujet concret, c'est celui des passoires thermiques.

Les passoires thermiques, c'est le logement qui sont des bouloirs, finalement, thermiques, où la température monte à 35, 40 degrés, parfois dans la journée, voire même la nuit. Et donc, il y a tout juste un mois, le gouvernement a annoncé vouloir en remettre 700 000 sur le marché locatif pour répondre à la crise du logement. C'est un non-sens absolu. Le gouvernement doit revenir à la raison. J'espère que M. Lecornu le dira jeudi, donc, demain, dans la journée.

5:59
Présentateur

Eh bien, on verra cela. En tout cas, dès demain, sachez que la vitesse maximale autorisée pour les véhicules sera réduite en raison aussi d'un pic de pollution qui est attendu. Merci beaucoup, Patrick Canard, d'avoir été avec nous ce matin sur Radio-G. On vous retrouve le mercredi matin, une semaine sur deux. Restez avec nous.