Quelle politique énergétique pour la France ? Delphine Batho invitée des Entretiens de Terra Nova
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Bonjour, bonjour et merci à Terra Nova de cette initiative. Merci de vos travaux et je salue toutes celles et tous ceux dans cette salle qui s'intéressent aux réflexions politiques sur l'énergie. Toutes celles et ceux qui sont rassemblés, qui nous regardent aussi en streaming, peut-être dans la chaleur d'un certain nombre d'appartements.
Évidemment, moi j'ai un regret qu'il ne s'agisse pas d'un débat en tant que tel, mais d'une sorte de speed dating à la suite des uns et des autres, ce que je trouve bien dommage. Ensuite, en préambule, je voudrais vous demander d'être indulgente et indulgent, car je suis en situation d'hyperthermie depuis 72 heures, venant du Poitou, qui est l'épicentre de la canicule. Donc j'ai volontairement construit un propos relativement simple qui va à l'essentiel et j'espère que soit vous pourrez profiter de la relative climatisation de cette salle pour faire vos deux à trois heures de rafraîchissement par jour, soit que vous ne vous endormerez pas compte tenu des circonstances.
Le deuxième préambule, c'est que la note de Terra Nova est très technique et je le dis d'emblée, je ne suis pas candidate à la fonction de ministre de l'énergie. Je l'ai déjà été et je ne peux m'empêcher de penser que la situation de ces derniers jours, de ces dernières années, illustre tristement l'importance du débat politique que j'ai voulu soulever il y a plus de dix ans sur les conséquences de l'austérité budgétaire appliquée à l'écologie et à l'énergie. Il s'agissait d'un débat politique crucial sur la question de savoir si, oui ou non, on engage la transformation écologique et de la politique énergétique de la France et qui m'a valu d'être démissionnée de force.
La voie choisie à l'époque de la politique de correction, d'accompagnement a coûté depuis très cher à la société française car aucun des événements que nous avons vécu depuis, en termes de flambée des prix des énergies fossiles avec un impact lourd aussi bien sur le plan social que pour la balance commerciale, mais aussi la situation d'arrêt simultané de plusieurs réacteurs nucléaires ou la vulnérabilité face aux canicules telles que nous subissons actuellement, rien de tout cela n'était imprévisible. Cela faisait partie des données fondamentales du débat de l'époque. S'il y a aujourd'hui une montée des radicalités, des extrêmes, ce n'est pas sans rapport avec le fait que si lorsqu'on est en responsabilité, qu'on a la capacité d'agir, on choisit d'accompagner au lieu de transformer, on choisit le filet d'eau tiède au lieu du changement de modèle, on entretient l'idée que tous les gouvernements mènent peu ou prou la même politique.
Cet échec pèse lourd car il y avait à l'époque une occasion d'agir avec toutes les cartes en main, tous les leviers institutionnels, une majorité stable à l'Assemblée nationale et même une majorité au Sénat. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas approuvé la loi pour la croissance verte qui s'est substituée à l'engagement d'une véritable loi de programmation pour la transition énergétique, engagement qui avait été pris initialement. Nous sommes désormais entrés dans le dur.
Nous sommes désormais au pied du mur, parce que depuis plus de dix ans, on vit la continuité de ce moment politique alors qu'il y avait la possibilité d'enclencher un changement de modèle et on comprend en quoi c'est désormais une question de survie pour nos sociétés. J'ai bien compris que l'exercice était de réagir à la note de Terra Nova, donc je vais vous livrer les remarques qu'elles m'inspirent. D'abord, bien sûr, j'ai des points d'accord importants avec vos travaux, sur la sortie des énergies fossiles, sur la dimension évidemment géopolitique de cet enjeu, et pas seulement climatique, même si je ne vois pas pourquoi il faudrait en rabattre sur la nécessité climatique.
Accord également sur l'électrification d'un certain nombre d'usages. Mais d'abord, et pour précision, l'enjeu n'est pas seulement de réduire notre consommation d'énergie fossile, telle que vous l'écrivez à plusieurs reprises dans le document, mais bien de s'en débarrasser complètement, sauf pour des usages très particuliers. Je défends de longue date le fait que le débat sur la composition du mixte électrique entre nucléaire et renouvelable, occulte l'essentiel, à savoir les économies d'énergie et la sortie des énergies fossiles.
Néanmoins, ce qui me frappe dans l'approche proposée par Terra Nova, c'est qu'elle est linéaire. Elle n'évoque pas les causes de l'évolution actuelle de la situation géopolitique, qui est directement liée au franchissement des limites planétaires qui structurent l'entrée dans ce qu'Arnaud au Rhin appelle le capitalisme de la finitude. Votre approche semble s'inscrire dans une forme de continuité, dans le prolongement des orientations de l'État depuis le Grenelle de l'environnement, et des lois successives depuis, là où cette politique, si elle a donné quelques résultats, n'est ni à l'échelle en termes d'ampleur, ni au niveau de l'urgence en termes de rapidité.
En toute franchise, j'ai un désaccord avec cette approche pour trois raisons principales. D'abord, il y a des travaux de référence qui, à mon sens, doivent guider toute réflexion sur l'énergie. Je pense à l'ouvrage « Sans transition » de l'historien Jean-Baptiste Fressoz, qui démontre l'interdépendance historique entre toutes les énergies et toutes les matières premières.
J'aurais pu citer aussi « Le monde sans fin » de Jean-Covici et Blain, ou encore « L'énergie du déni » de Vincent Mignereau. Bien sûr, il y a des différences d'approche entre ces trois ouvrages, mais il y a un point commun, c'est qu'il faut raisonner en quantité absolue d'énergie consommée. Autrement dit, le sujet principal central qui n'est pas abordé dans la note de Terra Nova, c'est la diminution de la consommation énergétique totale, autrement dit la décroissance énergétique, et non le simple transfert d'usage de telle énergie à telle autre, qui ne paraît pas une approche réaliste dans un contexte où ce que nous constatons, c'est souvent une addition énergétique.
La France importe trois fois plus d'énergie qu'elle n'en produit. L'enjeu n'est pas seulement de substituer une énergie à une autre ou d'électrifier les usages. Je m'inscris en faux contre une approche qui n'interrogerait pas les besoins et qui, à nouveau, concentre le débat sur les modes de production et d'utilisation.
Quelles sont les consommations d'énergie vitale et indispensable pour notre vie quotidienne et pour notre économie ? Est-ce bien raisonnable de tapisser nos villes d'écrans publicitaires lumineux, de nous équiper de sèche-linge, de se lancer sans débat dans la multiplication des data centers ou encore dans la 6G après la 5G ? Autant de choix collectifs qui doivent être débattus.
La deuxième raison pour laquelle je me méfie de l'approche linéaire et de la continuité, c'est qu'elle ne me semble pas tenir compte des scénarios de rupture. Covid, guerre en Ukraine, guerre en Iran, canicule spectaculaire, nous avons changé de régime sur un plan physique, sur un plan économique. C'est un bouleversement historique.
Plus rien n'est linéaire ni stable. A quoi devons-nous nous préparer ? Est-ce que dans les années à venir, le monde va évoluer de façon tranquille et linéaire ?
J'estime qu'il faut prendre au sérieux la situation géopolitique, le chaos climatique, les menaces de Poutine et de Trump. La question numéro 1 est donc de réorganiser notre société pour qu'elle soit plus résiliente et qu'elle organise sa sécurité. Je ne souscris donc pas à l'approche qui consiste à conserver l'organisation actuelle de la société et des usages de l'énergie en pensant qu'il serait possible et qu'il suffirait de tout convertir à l'électricité.
Ça ne boucle pas, comme dirait Jean-Marc Jancovici. Par exemple, convertir le parc automobile actuel de 40 millions de véhicules à peu près à l'électrique sans s'interroger sur le poids des véhicules, sans interroger la problématique des déplacements contraints, l'aménagement du territoire n'est pas une perspective sérieuse. Il n'y a aucun scénario de neutralité carbone qui ne commence par diviser par deux la consommation d'énergie.
Cela plaide, là aussi, pour aborder la situation en commençant par traiter la quantité totale d'énergie consommée. La troisième objection est que l'approche exclusivement par la décarbonation oublie une donnée physique fondamentale, celle des limites planétaires. Séparer les enjeux de l'énergie, de celui de l'effondrement de la biodiversité, de l'eau, des ressources, ne permettra pas à la nation de faire des choix robustes et éclairés.
Cela conduit à prendre de mauvaises décisions, comme le fait de faire de la France la plaque tournante des data centers pour l'IA, sans souveraineté numérique, sans réflexion sur l'empreinte carbone que cela représente, sans égard pour la consommation d'eau et d'énergie. Et je ne parle même pas du débat éthique et politique sur les risques d'un régime de domination de l'humain par la machine. Autre exemple, le projet de défigurer la première zone humide de France, la Camargue, hotspot d'importance internationale pour des millions d'oiseaux, patrimoine inestimable, réserve de biosphère, par une ligne à haute tension alors que des alternatives existent.
Là non plus, je ne suis pas d'accord. Et je plaide pour une approche intégrée et systémique, tenant compte de l'ensemble des limites physiques de la planète et ne considérant pas la biodiversité dont dépend notre santé et notre sécurité alimentaire, comme toujours la dernière roue du carrosse. Dans ces conditions, quelle politique énergétique pour la France ?
Notre priorité, je l'ai dit, ça doit être les économies d'énergie. Ceux-là impliquent une décroissance de la consommation d'énergie et de matières premières pour réduire notre empreinte carbone et nos dépendances et notre vulnérabilité. Dans le contexte que j'évoque dans les années à venir, outre cette priorité principale, il y a trois remarques sur lesquelles je voudrais finir par rapport à la note de Terra Nova.
D'abord, à mes yeux, il faut développer davantage la question de l'adaptation et de la résilience des infrastructures critiques, en particulier des réseaux. Production, transport, distribution, tout est affecté par le changement climatique et donc ça doit être une priorité. Deuxièmement, l'enclenchement d'un changement de modèle pour aller vers une sécurité énergétique plus robuste, plus localisée, plus redondante, même moins complexe, avec les boucles locales d'énergie partagées.
Ce nouveau modèle participerait d'une défense en profondeur contre la hausse des prix, mais aussi contre les risques de rupture d'infrastructures. C'est l'enjeu de l'autoconsommation collective pour les besoins de base. Elle suscite un engouement sur le terrain et d'après l'observatoire d'Enedis, on est passé de 77 opérations en 2021 à 1945, début 2026.
Troisième point, c'est la chaleur et le froid renouvelables. Votre note me paraît trop centrée sur l'électricité, les ENR électriques et le nucléaire et elle occulte à mes yeux l'importance capitale, notamment de la géothermie, des réseaux de froid et des réseaux de chaleur qui font l'unanimité là où ils sont déployés. Et j'espère que j'ai laissé du temps pour les questions.
Voilà. Merci beaucoup. Je vous laisse un peu d'eau.
J'avais une première question, mais vous avez un peu répondu. Dans votre livre, vous parlez notamment de la beauté et la beauté des paysages. Je vous explique à ce titre, vous comprenez que des Français refusent qu'il y ait une forêt entière de mâts d'éoliennes près de chez eux et vous plaidez pour, si j'ai bien compris, plus des petits, pas beaucoup, pas une forêt, mais quelques arbres.
Et j'ai l'impression que sur l'électrification, parce que c'était aussi...
En gros, pardon, je me perds un peu. Vous dites que les paysages, ils les aiment bien, tels qu'ils sont, et qu'ils n'ont pas envie qu'ils évoluent. L'électrification, ça a entraîné beaucoup de lignes à très haute tension.
Vous avez dit que vous étiez hostile à la ligne à très haute tension en Camargue. En aérien. En aérien.
On ne peut pas faire des éoliennes souterraines. Alors d'abord, vraiment, mais je ne vais pas répéter ce que j'ai déjà dit. L'approche qui consiste à ne pas avoir une vision systémique qui intègre tous les impacts et qui considère l'ensemble des limites planétaires est erronée.
Et donc, croire que la transformation qu'on a à opérer aujourd'hui de façon générale, ce serait seulement une question de décarbonation et qu'on peut continuer avec les pollutions chimiques, la destruction de la biodiversité, la destruction des paysages, etc., elle est totalement erronée. Donc ça, c'est la première chose.
La deuxième, en ce qui concerne l'éolien, c'est qu'en fait, on est confronté à une logique de marché qui est complètement anarchique et que donc, on a, dans un certain nombre de territoires, une surconcentration d'éoliennes sans aucune écriture paysagère. Et le territoire dont je suis élue a porté et inauguré avec volontarisme les premiers projets éoliens, mais ensuite, c'est devenu n'importe quoi. Et ça a échappé complètement à la souveraineté locale, à la démocratie locale.
L'État a autorisé des projets contre l'avis des habitants, contre l'avis des élus locaux. Et donc, oui, j'assume, on ne peut pas continuer de cette façon et on ne peut pas mettre toutes les éoliennes de France dans les mêmes territoires et sans écriture paysagère. Ça ne veut pas dire qu'il faille arrêter le développement de l'éolien.
J'avais une deuxième question avant de prendre des questions dans la salle. Vous dites qu'il faut diviser par deux la consommation énergétique. La chaleur actuelle me laisse penser que, en gros, tout le monde dit qu'il faut faire des choses, puis on se rend compte quand la canicule arrive que rien ne s'est passé, qu'on a très chaud, surtout qu'il y a plein de bâtiments qui ne sont pas adaptés.
Du coup, comment on peut diviser par deux la consommation énergétique ? Est-ce qu'il faut aller vite ? Qu'est-ce qu'il faut cibler d'abord ?
Est-ce qu'il y a beaucoup de transports ? C'est des gens dans leur voiture ? Est-ce qu'il faut développer encore plus vite des transports en commun ?
Comment on y arrive ? Alors, d'abord, il y a une chose qui est évidente, qui sont les travaux d'économie d'énergie dans le bâtiment, dont on voit bien qu'ils deviennent des travaux de sécurité civile par rapport aussi aux vagues de chaleur. Donc, la transformation de notre habitat, la transformation de nos villes, c'est la première urgence.
Ensuite, en ce qui concerne la mobilité, dans le prolongement du propos que je viens de tenir, il faut sortir de ce qu'est la philosophie des politiques publiques depuis le Grenelle de l'environnement, qui se qualifiait derrière les termes de report modal. C'est-à-dire l'idée qu'on va passer d'une voiture thermique à une voiture électrique et puis tout continue pareil. C'est-à-dire que la structuration générale des territoires et de l'aménagement du territoire a été faite autour de la voiture et il suffirait de convertir.
Ça ne matche pas, en fait. Et c'est pareil pour l'ensemble des transports, qui est le domaine dans lequel notre pays est le plus en échec en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Donc, ce qu'il faut faire, c'est interroger le besoin de déplacement.
En fait, aujourd'hui, dans notre vie de tous les jours, on a énormément de déplacements contraints, des déplacements dans lesquels ont perdu du temps, des déplacements qui sont une souffrance. Et donc, pour prendre un seul exemple, le Forum Vie Mobile a montré qu'en France, aujourd'hui, de façon assez simple, 4 millions de salariés pourraient échanger de postes de paire à paire, gagner 35 minutes de temps libre par jour, réduire de 47 % leurs déplacements contraints et gagner 1 500 euros dans le porte-monnaie sur une année entière. Donc, c'est une autre approche.
C'est une approche aussi par l'aménagement du territoire et par le fait de rapprocher les endroits où on vit et les endroits où on travaille, pour prendre un exemple très concret. Est-ce que vous avez des questions ? Une question ?
C'est moi qui ai tous les micros, je crois. Non, c'est bon. Bonjour et merci.
Yves Marignac de l'association Négawatt. En fait, vous avez commencé par poser le fait que cette note était surtout technique. L'approche de Terra Nova est appelée à une vision plus politique.
Et comme vous avez ensuite fait allusion au débat national sur la transition énergétique qui avait lieu effectivement quand vous étiez ministre, mais revenu le fait qu'avait émergé dans ce débat la notion peut-être pour poser correctement toutes les questions que l'on pose ici, de repenser au fond, et je le dis parce qu'aujourd'hui, on va avoir les candidats de la gauche démocratique pour qui je pense que c'est un sujet commun, repenser la question du service public de l'énergie qui, à mon sens, a été dévoyée par différentes politiques ces dernières années. Donc j'aurais voulu vous entendre sur ce point. Est-ce que politiquement reposer les principes d'un service public, inclut la protection contre les effets du changement climatique, etc., est un moyen d'avancer vers une vision commune des politiques à mener ?
Merci. Alors je ne sais pas s'il y a une vision commune compte tenu du point de vue critique que j'ai énoncé précédemment. Je ne crois pas.
Je ne crois pas que tout le monde soit pour la décroissance énergétique. Par contre, j'espère que tout le monde, oui, est pour le service public. Parce qu'en fait, on est, quels que soient les choix, devant une ampleur d'investissement dont il n'est pas vrai que le marché...
La preuve, d'ailleurs. La preuve. Le système a été libéralisé et on est dans cette situation-là.
Donc non, je ne crois pas à la main visible du marché pour prendre à sa charge des investissements qu'ils considèrent par définition comme non rentables. Du coup, ça veut dire qu'il y a une vraie décision démocratique à prendre sur ce qui est pertinent en termes d'investissement et sur la comparaison des différents choix et des différentes options qui sont devant nous. Ceci renvoie quand même à un problème plus général qui est celui de la conception européenne.
Dans un monde qui a changé, dans un nouveau régime économique qui est celui du capitalisme, de la finitude, la religion de la concurrence libre et non faussée ne peut plus tenir. Et si elle vise à nous tirer en permanence une balle dans le pied, nous couper les jambes et nous couper les bras, on ne peut pas continuer comme ça. Donc oui, moi, je suis favorable au retour à une logique de pôle public ou de service public de l'énergie.
Et c'est aussi un des problèmes que j'abordais quand on parlait de l'éolien. C'est une logique de marché qui aboutit à cette situation parce qu'il n'y a pas de planification, il n'y a pas de programmation. Si ça marche, je veux bien poser une question.
Oui. Dédon Buche, bon, ça fait 32 ans que je suis dans l'énergie, mais je ne vais pas vous parler de mégawattheure, je vais vous parler de gouvernance. La dernière fois qu'il y a eu un travail sur la gouvernance dans l'énergie, dans l'écologie, ça ne remonte même pas à vous, Mme Bateau, ça remonte à Nicolas Hulot en 2007 quand il a imposé d'une part le Premier ministre en charge de la transition écologique et puis surtout de mettre le ministère de l'énergie sous la coupe de l'écologie.
Ça a tenu 15 ans, dont une année sous votre règne. Ça a disparu en 2022 dans la confusion qui s'est en suivie. On est toujours dans ce nouveau système.
On a, je ne vais pas être trop méchant, mais enfin, on n'a plus vraiment de ministre de l'écologie. Enfin, on n'a plus vraiment de ministre en général, mais plus vraiment de ministre de l'écologie. On a une double tête, la DGEC a joué une des ministres devant.
On a une double tête, je ne vais pas être très sympa pour la double tête non plus. D'un côté, la DGEC et de l'autre côté, la Creux. Bon, je ne sais pas très bien à qui elle rencontre et de qui elle dépend, qui pour les praticiens de l'énergie comme moi, sort un arrêté tous les deux jours, trois jours, quatre jours, ça dépend des semaines.
Généralement contradictoire avec celui de la semaine d'avant. Je suis un peu étonné que la note de Terra Nova que j'identifiais comme quelque chose d'assez politique ne parle que de technique et ne parle pas du tout de politique. Est-ce que, je ne sais pas, certains candidats comptent remettre la question de la gouvernance, de l'énergie et de l'écologie de façon générale en France au cœur du projet ou est-ce qu'on compte laisser le système s'autopiloter comme c'est actuellement en ayant fait un bon gros retour aux années Pompidou et suivant l'énergie sous la coupe de Bercy.
C'est parti, mon kiki. Merci. Je souscris.
J'ai constaté ces dernières heures qu'il y avait même maintenant un projet de grande réorganisation, autrement dit, de démantèlement des services du ministère de l'écologie. Donc, oui, j'ai porté un regard critique sur tout ce qui a été fait depuis le Grenelle de l'environnement. Ça ne veut pas dire que rien n'a été fait.
Et je considère que la création de ce qui s'appelait le grand ministère par Jean-Louis Borloo était une avancée et qui correspond à ce que je disais sur la nécessité d'avoir une approche systémique, limite planétaire, globale. Donc, oui, le départ de la DGEC à Bercy n'est, à mes yeux, pas une bonne chose. Mais, puisqu'on est là, permettez-moi de vous appeler à l'action et à la mobilisation sur le risque encore plus grave qui est celui du démantèlement de l'ADEME.
L'ADEME, il est invraisemblable dans le contexte dans lequel on est d'envisager d'amputer l'ADEME de la moitié de ses effectifs pour leur faire faire le travail des DREAL. C'est extrêmement grave, ce serait extrêmement grave comme régression pour notre pays. Après, sur les sujets de gouvernance, vraiment, je pense que l'histoire a largement démontré que le problème n'est pas tellement celui de la personnalité des ministres de l'énergie ou de l'écologie successifs que les choses se jouent à l'Elysée et à Matignon.
Une question. Je remercie. Oui, bonjour, bonjour, madame Bateau.
Merci pour votre intervention et votre conviction. Je pense que c'est déjà très intéressant. Moi, je voulais revenir un petit peu sur la philosophie sur les futurs énergétiques, c'est-à-dire la sobriété ou la diminution de la consommation.
Évidemment, je pense que personne dans cette salle et en dessous n'ira contre l'idée de diminuer la consommation. Là où je vous suis moins, c'est qu'on a l'impression que ce n'est pas pris en compte aujourd'hui. J'ai sous les yeux un document qui s'appelle la stratégie nationale bas carbone, SNBC, que vous devez connaître, qui a fixé il y a déjà plusieurs années la diminution de la consommation énergétique totale de la France de 40% à l'horizon 2050.
Alors, ce n'est pas divisé par deux, je vous l'accorde, mais c'est passé de 1600 TWh sans faire trop de chiffres à 930 TWh et tout ça sont dans les documents publiés par le RTE qui est le gestionnaire du réseau qui est en charge de la traduction. Donc, je voulais vous questionner simplement de mon impression, cette diminution de la consommation, elle est bien prise en compte dans la stratégie de la France et elle est bien prise en compte dans l'électrification. L'un ne va pas contre l'autre.
Or, vous aviez l'air de laisser entendre que ce n'était pas du tout le cas. Donc, je voulais vous entendre sur le sujet. Merci.
Oui, parce qu'en pratique, ce n'est pas du tout le cas. Quand on prend la décision de stopper ma prime rénov', quand vous avez parlé tout à l'heure des arrêtés qui changent tous les deux jours, quand on organise l'instabilité permanente des dispositifs de politique publique sur les économies d'énergie, qu'on change les règles du jeu tout le temps pour que les citoyennes et les citoyens ne savent plus comment ça marche, les artisans ne savent plus quels sont les travaux qui sont éligibles et pas éligibles. la question des moyens consacrés n'est pas du tout au niveau des besoins, ni en termes de rapidité, ni en termes d'ampleur.
Donc, oui, il ne suffit pas d'écrire...
Vous savez, le bilan qu'on doit faire quand même depuis le Grenelle de l'environnement, on a fait plein de lois. Dans les lois, il y a écrit « La France se fixe pour objectifs » patati patata. Donc, on a plein d'objectifs.
Les documents cadres, SNBC, PPE, etc., c'est pareil, il y a plein d'objectifs. Alors, il faut avoir des objectifs.
Je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas avoir des objectifs. Mais la question qui est posée, c'est les moyens concrets de les atteindre. Est-ce qu'on a éradiqué les logements passoires dans notre pays ?
La réponse est non. Est-ce qu'on a éradiqué dans notre pays les logements bouilloires qui sont les mêmes que les logements passoires ? La réponse est non.
Et on en paye les conséquences aujourd'hui en termes de sécurité civile. Donc non, je ne considère pas aujourd'hui qu'il y a une politique tambour battant pour les économies d'énergie. Sinon, on n'autoriserait pas, par exemple, je ne sais pas moi, ou d'une approche systémique sur l'empreinte carbone.
Vous voyez, quand l'État s'apprête à autoriser 4 nouveaux gigas entrepôts de Amazon en France, alors qu'on a déjà 600 avions gros porteurs qui décollent de Chine chaque jour pour l'Europe. Voilà. Donc, on n'est pas aujourd'hui dans cette logique de réduction de la consommation d'énergie et de matières premières du pays dans la dimension intérieure et aussi dans la dimension importation.
Je vais finir avec une question sur, vous avez parlé d'électrification et dans toute la stratégie d'électrification du Premier ministre, il y avait un volet sur le numérique avec l'accompagnement et la facilitation des implantations des data centers. Vous avez évoqué le sujet. Quel est, pour vous, est-ce qu'il faut faire des choix ?
Sur quelle base ? Est-ce qu'il faut un moratoire complet ? Est-ce qu'il ne faudrait que des acteurs français ?
Est-ce que...
Pour moi, il y a d'abord une question de débat préalable sur l'IA au service de quelle société, dans quel domaine ? On ne va pas désinventer l'IA. Mais est-ce qu'on veut laisser toute la création artistique être vampirisée par l'IA générative ?
Est-ce que tous les emplois dans tous les domaines doivent être vampirisés par l'IA ? Non, moi, je suis désolée, il y a un choix de société. Et donc, je comprends la problématique de concurrence internationale et de course à l'IA, mais nous, nous devons faire valoir un modèle européen et un modèle français.
Et donc, oui, les data centers annoncés, c'est au service de qui, en fait ? De quelle intelligence artificielle, sous souveraineté, de quel pays ? Et avec quelle consommation d'énergie, quelle consommation d'eau, quelle consommation de terres agricoles, etc., etc.
Donc, oui, pour moi, il y a des choix préalables et je souhaite que la question de l'intelligence artificielle soit un des éléments importants du débat de la prochaine élection présidentielle. Merci beaucoup. Merci beaucoup.
Delphine Batho