Débat sur le budget à l'Assemblée, la stratégie des Républicains pour 2027... Le "8h30 franceinfo" de Philippe Juvin
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Bonjour Philippe Juvin, ça y est le budget arrive dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, 15h cet après-midi, on parle du volet recette, il y en aura d'autres pour ceux qui nous regardent et qui nous écoutent, c'est un cheminement qui est assez long. Donc, volet recette qui a été déjà examiné en commission des finances et qui a déjà été rejeté dans cette même commission. Pour autant, voilà qu'il n'entame pas l'optimisme de Sébastien Lecornu, le Premier ministre, qui s'est exprimé sur le sujet hier.
Je ne dirais pas que c'est un échec. Il y a un rejet du texte. Pour connaître un tout petit peu les différents groupes politiques à l'Assemblée Nationale, j'ai surtout vu un premier tour de piste, un premier tour de chauffe, en quelque sorte, pour lequel chacun est venu avec ses convictions.
Premier tour de piste, premier tour de chauffe, est-ce que vous partagez l'optimisme du Premier ministre ?
Je ne suis ni optimiste ni pessimiste. Simplement, il faut que les Français comprennent comment la fabrique législative fonctionne. Il y a d'abord le texte étudié en commission, c'est ce à quoi on fait référence, puis la séance. Il se trouve que le texte qui est voté ou pas, d'ailleurs, à la fin de la commission, n'est pas pris en compte par la séance. On repart de zéro.
Ça permet un petit peu de se positionner, de voir où on en est.
À quoi ça sert ? Au plan législatif, plus rien, puisque de toute façon, on reprend le texte initial en séance. Ça sert, comme il le dit d'ailleurs, à ce que chacun plante son drapeau ou ses drapeaux en montrant ses priorités. Voilà, ça ne sert qu'à ça.
Donc, il n'y a pas de raison d'être inquiet pour l'instant ?
Non. En revanche, l'inquiétude, elle peut venir du fait que si personne ne change ses positions, par définition, on aura du mal à avoir un accord. Puisque, en commission, les gens ont montré qu'ils étaient très éloignés sur un certain nombre de sujets.
C'est-à-dire que vous redoutez, Philippe Juvin, que ce à quoi on a assisté en commission, finalement, se reproduise dans l'hémicycle ? Que chacun vote pour la mesure dont il a envie et qu'à la fin, chacun, plus ou moins, vote contre ce texte ?
Le risque, c'est que si personne ne fait de pas vers l'autre, par définition, puisque les positions sont parfois même jusqu'à antagonistes, on risque de ne pas avoir de budget. Mais moi, j'attends des débats. En tout cas, c'est comme ça que j'ai essayé de les mener, entre guillemets, parce que ce n'est pas moi qui mène les débats, mais en tout cas les orienter. J'essaye d'amener les gens à une observation qui est l'observation suivante. C'est que, premièrement, nous avons besoin d'un budget. Deuxièmement, nos marges de manœuvre, réellement, elles sont plutôt sur la dépense, qui sont très élevées, plutôt que sur les recettes, qui sont déjà très élevées.
Avec, troisième point, cette difficulté technique, les gens doivent aussi le comprendre, vous l'avez dit, c'est que là, nous votons une première partie, ce sont seulement les recettes, c'est-à-dire les taxes et les impôts. Et là où, en fait, nous n'avons pas de marge de manœuvre, à mon sens, et que la partie sur les dépenses qu'il faut baisser, il faut qu'on arrive à baisser la dépense publique, n'arrivera qu'après dans le débat.
Mais alors, pour bien comprendre, quand même, très concrètement, vous, où elle n'arrivera pas, effectivement, vous qui êtes rapporteur général, vous allez donc siéger, échanger peut-être avec les députés. Comment vous allez faire pour essayer de faire converger un certain nombre de points ? Ou alors, peut-être, allez-vous nous dire que vous n'allez peut-être pas du tout essayer, parce que c'est peine perdue. Mais comment ça marche très concrètement, dans la machinerie, on va dire ?
Alors, d'abord, si, j'essaye en permanence de mettre, en fait, les députés devant leurs responsabilités. Enfin, ils le sont, évidemment, naturellement sans moi, parce que, moi, je respecte tous les députés. Non, simplement, je pense que quand on propose une mesure, il faut en peser toutes les conséquences. Moi, ma crainte, c'est qu'on ait une augmentation à la fin de la pression fiscale et qu'ils souhaitent une augmentation qui pèse sur l'activité, en particulier sur l'activité économique. Pourquoi ?
Parce qu'une des manières de nous en sortir de ce marasme, il faut que les Français le comprennent bien, c'est qu'il y ait moins d'impôts, qu'il y ait moins de dépenses, mais beaucoup plus, et probablement aussi, et pas probablement, et qu'on ait une activité économique qui fonctionne. En fait, si vous avez de l'activité économique, vous créez de la richesse, et mécaniquement des recettes en plus. Si on avait le taux d'emploi, par exemple, seulement cet exemple, de la Hollande, le taux d'emploi de la Hollande, probablement, nous n'aurions pas de problème d'équilibre budgétaire, en tout cas cette année.
Donc, vous voyez, le sujet, c'est attention à ne pas alourdir le fardeau qui pèse sur les entreprises, parce qu'elles créent de la richesse.
On va parler des mesures d'économie dans le détail, mais concernant le volet recettes, et donc sur les questions de fiscalité, on a vu que, finalement, en commission des finances, la taxe Zuckman, l'impôt sur les holdings, le retour de l'ISF, les droits de succession, toutes ces mesures qui étaient portées par la gauche, finalement, n'ont pas été adoptées, ou alors, dans une version très édulcorée. Est-ce que vous ne vous dites pas que, finalement, quand même, en séance, il va falloir que vous, la droite, le centre, fassiez un geste vers la gauche pour parvenir à un compromis ?
Écoutez, encore une fois, les entreprises françaises, puisque vous parlez de ça, sont parmi les plus taxées au monde. Les plus taxées au monde. Et les entreprises françaises, elles sont en concurrence avec les voisins. Je vais vous donner un exemple. Il y a quelques années, a été créée une taxe sur les yachts. On peut se dire, c'est formidable, un yacht, c'est les milliardaires, etc. Vous n'avez pas de yachts, j'ai pas de yachts, et nous n'en aurons probablement jamais. Et donc, les gens se sont dit, on va taxer les yachts. Voilà. Et on a tellement taxé les yachts que, désormais, il n'y a quasiment plus de yachts en France.
Et la taxe n'a quasiment rien rapporté, de fait.
Le drapeau qui était la proue du yacht a changé. C'est-à-dire, ce n'est plus un drapeau français. Et donc, du coup, ils existent toujours, ils se baladent toujours sur les mers, sauf qu'ils ne sont plus français.
Oui, mais Philippe Juvin, vous avez un autre enjeu qui est aujourd'hui pas seulement un enjeu économique, vous avez un enjeu politique. Et d'ailleurs, les patrons disent eux-mêmes, nous, ce qui nous importe, c'est davantage, d'ores et déjà, de la stabilité. C'est vrai. Quitte peut-être à faire quelques efforts. En tout cas, c'est ce que disent certains. Enfin, voilà, à un moment donné, est-ce que, quand le Parti Socialiste dit, nous, on demande 15 milliards de fiscalité en plus, est-ce que vous êtes prêts, sans peut-être aller jusqu'à 15 milliards, à dire, il faut faire un effort quand même ?
Pour que les gens voient, dans le projet du budget du gouvernement, il y a 14 milliards en plus par rapport à l'année dernière, 14 milliards de recettes, c'est-à-dire de taxes et d'impôts en plus, 14 en plus. Si, effectivement, le Parti Socialiste, mais je n'avais pas ce chiffre précis, mais c'est intéressant, il faudra que j'ai l'expertise en tête, en veut 15 de plus, c'est en fait, il double l'augmentation prévue par le gouvernement. Ça me paraît franchement déraisonnable. Maintenant, il y a des impôts en plus, par exemple, sur les très hauts revenus. Il y a des gens qui ont de très hauts revenus et par des jeux d'optimisation...
Pensez à la contribution différenciée sur les hauts revenus, par exemple.
De quoi s'agit-il ? Vous savez que si vous avez des très très hauts revenus, vous payez de l'impôt sur le revenu très cher, avec une tranche très élevée. Eh bien, il se trouve qu'il y a 0,002% des gens, donc les plus riches des plus riches, qui s'arrangent par des techniques d'optimisation fiscale à payer beaucoup moins. Et donc, cela paye parfois jusqu'à moins de 20% de leur impôt. Donc, on a prévu une disposition qui fasse qu'au moins, ils payent un minimum. Mais une fois qu'on aura mis ça en place, ça rapporte 1,2, 3 milliards. Il en faut 40. Donc, attention au miroir, aux alouettes, qui consiste à dire, en taxant les plus riches, on va régler le problème.
Dans le budget, d'ores et déjà, on taxe les plus riches, on le fait déjà. Et ce n'est pas ça qui va nous régler les 40 milliards. Les 40 milliards qui nous manquent, pardon, je le répète, on peut les trouver. Mais on peut les trouver en baissant les dépenses. Et ça, on a une difficulté en France à baisser la dépense publique. C'est un vrai sujet de gravité. Et j'espère qu'on va pouvoir en discuter à l'Assemblée.
Et en même temps, quand vous entendez Boris Vallaud, le patron des députés PS, qui dit ce matin, en gros, s'il n'y a pas de justice fiscale, pas sûr du tout qu'on puisse discuter de la suite du budget. Ça veut dire potentiellement censure assez rapidement. Comment vous prenez cette, non pas cette menace, mais en tout cas, ça y ressemble fortement ?
Oui, enfin d'abord, le mot, c'est très étonnant, le mot justice fiscale ne devrait pas être synonyme d'augmentation des impôts. Justice fiscale, il faut que ça soit juste pour tout le monde.
On est peut-être en situation de les baisser, là, les impôts, Philippe Juvain.
D'accord, vous comprenez que le mot justice fiscale est pris dans une acceptation presque acceptée par tout le monde. Moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Justice fiscale, ce n'est pas l'augmentation des impôts. Justice fiscale, c'est que chacun contribue à hauteur de ses capacités contributives. Et qu'il n'y ait pas des très riches qui payent beaucoup moins en proportion que...
Ça peut conduire à une augmentation des impôts pour certains.
C'est ce qu'on a fait sur la contribution différentielle des hauts revenus. Mais ça ne rapporte que 1,23 milliard. Il nous en faut 40, vous voyez. Non, mais Vallaud, de toute façon, est un homme de qualité. Mais que fait-il ? Il fait du rapport de force, c'est normal. On commence une discussion, il ne va pas commencer à dire « moi, j'abandonne tout ». Sinon, il est dans une position de force. Je dis aux députés solennellement, attention, un, il nous faut un budget. Parce qu'il faut stabiliser les choses. Les Français en ont besoin, les entreprises, les particuliers, pour avoir votre crédit à la consommation immobilier, etc. Il faut que vous ayez de la stabilité.
Mais en même temps, vous ne pouvez pas dégrader les comptes publics. Pourquoi ? Parce que l'objectif principal du principal du principal, ça doit être de baisser notre endettement. Pourquoi ? Parce que notre endettement devient tellement élevé, que chaque année, nous payons des intérêts de la dette qui sont désormais supérieurs à des budgets aussi importants que l'éducation nationale, en tout cas, qui vont l'être. Le problème, c'est les marges de manœuvre. On ne fait plus que payer des intérêts d'emprunt. Ce n'est pas possible.
Est-ce que vous pensez vraiment que cette Assemblée nationale, la physionomie du Parlement aujourd'hui, est compatible avec un budget qui, effectivement, nous permet de réduire notre dette ? C'est vraiment une question qui se pose.
Elle a été l'année dernière. L'année dernière, on est arrivé à baisser un peu la dette avec la même Assemblée nationale. C'est vrai, il s'est passé quelque chose cet été. Le débat sur la taxe Zuckman a été très révélateur d'un état d'esprit où les gens se sont un peu radicalisés. Ça va être difficile. Mais l'année dernière, on y est arrivé avec la même Assemblée et sans plus de majorité. Donc, les choses sont complexes. Mais il faut absolument qu'on y arrive. Il faut donner de la stabilité au pays.
Un point sur une mesure qui était dans le budget initial, mais que vous avez voulu rétablir en commission. C'est l'abattement de 10% sur les frais professionnels des retraités. Est-ce que, quand même, ce n'est pas un peu de la démagogie ?
Alors, pour que les gens comprennent bien, les retraités, en fait, bénéficient de 10% d'abattement. Mais là où c'est plus compliqué, parce que personne ne l'a vu, c'est qu'en fait, ce n'est pas 10%. 10% avec un plafond. C'est-à-dire qu'ils ne peuvent pas baisser de 10%. C'est tout le débat, en fait, du pouvoir d'achat général des Français. Moi, je crois à la théorie de l'assiette du voisin. C'est-à-dire que les Français sont prêts à faire des efforts quand l'autre en fait aussi.
Alors, quels seraient les efforts faits par les retraités ?
Il faudrait qu'ils fassent des efforts à hauteur de ce que font les autres.
C'est-à-dire ?
Je vais vous donner un exemple. J'ai proposé, et ça a été refusé par la Commission, de faire un effort sur tous ceux qui bénéficient de ce qu'on appelle de taxes affectées. En fait, il y a des tas d'organismes en France qui bénéficient d'impôts ou de taxes qu'on leur affecte. Et cette année, le produit de ces impôts augmente. C'est-à-dire qu'ils auront un peu plus d'argent en 2026 qu'en 2025. J'ai dit, écoutez, c'est difficile, il faut qu'on baisse la dépense. Donc, on va dire que tous ces organismes toucheront leur recette de l'année dernière, 2025. C'est-à-dire qu'on n'augmente pas leur recette. C'est du voisin.
Ça, ce n'est pas un effort complètement sur des personnes privées.
Si, c'est sur des organismes, mais qui ont des effets immédiats sur des personnes privées. Ça a été une avalanche de, mais non, vous n'y pensez pas, on n'y arrive pas. Le problème, c'est notre incapacité chronique à baisser la dépense. C'est ça, le vrai sujet.
Est-ce que vous comprenez que le gouvernement veuille en passer, justement, par un effort supplémentaire demandé aux retraités pour compenser cette suspension de la réforme des retraites, dont on entend beaucoup parler ?
Moi, je pense que, malheureusement, tout le monde devra faire des efforts. Mais encore une fois, la question, c'est l'effort partagé. Il ne faut pas qu'une catégorie de gens, par exemple les retraités, se disent, nous, on fait des efforts et pas les autres. Vous voyez, je pense que c'est ce sujet.
Ce n'est pas vraiment le cas. Ces dernières années, les retraits ont été revalorisés, etc. Il n'y a pas eu de saignée du côté des retraités.
Non, il n'y a pas eu de saignée, mais il n'y a pas eu de saignée de la part de personnes. Encore une fois, je crois que les retraités sont prêts à faire des efforts. Il faut simplement que tout le monde en fasse. Et les efforts doivent être réellement partagés.
Partagés et équitables, comme vous le disiez. Philippe Juvin, vous restez avec nous. On va se retrouver dans quelques secondes, juste après l'essentiel de l'actualité. En une minute, il est 9h moins le quart. Et c'est Manon Lombard-Brunel.
Elle est soupçonnée d'être l'un des corbeaux dans l'affaire Grégory. Jacqueline Jacob, la grande tante du petit garçon, est de nouveau entendue aujourd'hui par la justice. Convocation en vue d'une mise en examen pour association de malfaiteurs criminels. Des expertises graphologiques la mettent aujourd'hui en cause. Plus de 3 700 amendements et des débats qui s'annoncent houleux. Après son rejet en commission, la partie recette du budget de l'État arrive aujourd'hui dans l'hémicycle. Les députés ont 7 jours pour l'examiner. Les relations entre les États-Unis et la Colombie continuent de se tendre.
Le gouvernement colombien accuse désormais les Américains de commettre des exécutions extra-judiciaires dans les Caraïbes et le Pacifique. Avant-hier, l'administration de Donald Trump a annoncé deux premières frappes dans cette zone contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue. Et puis l'heure de la revanche a bientôt sonné peut-être pour l'équipe de France Féminine de football. Après leur élimination en quart de finale de l'Euro, les Bleus retrouvent l'Allemagne. C'est cette fois en demi-finale allée de la Ligue des Nations. Le début de la rencontre, c'est à 17h45. France Info Le 8.30 France Info Adrien Beck Mathilde Sirot
Vous êtes toujours avec nous Philippe Juvin, député Les Républicains des Hauts-de-Seine, député au cœur de la bataille budgétaire et parlementaire puisque vous êtes rapporteur général du budget à l'Assemblée, on le rappelle. Venons-en maintenant dans le détail à une mesure que vous avez défendue en commission cette semaine et qui a beaucoup fait réagir sur le logement. Vous avez présenté un amendement au budget afin de permettre aux locataires de logements sociaux de devenir propriétaires de ces mêmes biens au bout de 20 ans d'occupation. Alors sous réserve de respecter bien sûr certaines conditions. Cet amendement, il a été rejeté.
Est-ce que vous allez le présenter à nouveau dans l'hémicycle ?
Il a été rejeté donc je ne vais probablement pas le présenter. Mais c'est quoi l'idée générale ? L'idée générale c'est que je crois que la France doit devenir une France de propriétaires. Il y a des gens qui ne pourront jamais devenir propriétaires parce que les banques ne leur prêtent pas par exemple. Et donc c'est une mesure, je fais très attention à ce que je dis, mais qui a été proposée il y a maintenant plusieurs décennies en Grande-Bretagne par Margaret Thatcher qui avait permis aux locataires de logements sociaux de devenir propriétaires à des conditions très strictes. C'est en particulier les conditions de sécurité.
C'est-à-dire que vous devez pendant 20 ans être absolument strict sur la paisibilité, la sécurité dans les immeubles et dans les entourages. Donc ça aura eu un effet majeur sur la sécurité, sur la paisibilité. Brutalement, toute personne aura été poussée à très bien se comporter. Sauf que malheureusement, les choses sont évidemment plus complexes et ça ne se fera pas en tout cas dans cette mesure, dans cette possibilité. Mais l'idée c'est que ça existe déjà, on peut acheter son logement social ?
On peut l'acheter parce que là, en l'espèce, si on regarde bien, je suis allé voir quelques annonces de biens en location au titre de HLM. Ce n'est même plus des bonnes affaires que vous feriez faire aux locataires. C'est quasiment moitié moins que le prix du marché.
Non, en fait, ce n'est pas tout à fait exact. Ma proposition est évidente. Je l'ai vérifié. Je vais vous le dire. En fait, ma proposition est techniquement un peu complexe à expliquer. Mais l'idée, c'est que tous les 5 ans, vous avez un abattement sur le prix. Et au bout de 20 ans, cet abattement tombe. Et vous devenez propriétaire, en réalité, pas du logement, mais pas du foncier. En fait, ça existe déjà, ça s'appelle le bail réel et solidaire. Vous pouvez d'ores et déjà espérer acheter votre logement social le premier jour où vous y êtes, en achetant que le logement, mais pas le foncier. C'est ce qu'on appelle une dissociation entre logement et foncier.
Moi, je crois, si vous voulez, à la nécessité que les Français puissent devenir propriétaires de leur logement. Ça peut être cette proposition. Elle existe déjà d'une certaine manière, mais elle n'est pas mise en œuvre. Ce que je veux, c'est qu'elle puisse être mise en œuvre. Elle est complexe, j'entends bien. Et elle donnerait de l'espoir à des Français qui ne peuvent jamais être propriétaires.
Il faudra qu'on y revienne d'une manière technique, plus précise. On a compris que pour l'instant, cette proposition, effectivement, était un petit peu mise sous le boisseau, Mathilde.
Comme beaucoup de choses, malheureusement, dans ce pays, parce que nous n'avons plus de marge de manœuvre. Ça, c'est un vrai sujet politique.
Justement, venons-en au sujet politique. On va parler de la situation de votre famille politique, Les Républicains. Vous le savez, le départ de Bruno Rotaillot du gouvernement a provoqué un certain nombre de remous. D'autant plus qu'il y a des ministres Les Républicains qui ont été reconduits, d'autres qui sont entrés au gouvernement. Écoutez votre président de parti. Il s'est longuement expliqué sur cette situation, hier soir, sur le plateau de LCI.
La manœuvre était la suivante. Et c'était le piège qui nous était tendu. Ce piège, c'était que les LR puissent se dissoudre dans le macronisme, en se reniant.
Il a raison. Est-ce que c'était une manœuvre de la part du président, des macronistes, que de vouloir recruter des ministres Les Républicains ? C'est une erreur de vouloir participer au gouvernement de Sébastien Lecornu quand on est de votre famille politique ?
Écoutez, moi je suis le rapporteur général du budget, donc je suis chargé... Ah, vous êtes membre des Républicains également. Oui, oui, oui, mais je vais y revenir. Et je suis chargé d'essayer de trouver entre tous les députés de tous les groupes un accord pour qu'on puisse avoir un budget en France. Ça, c'est le premier point. Ensuite, qu'un certain nombre de gens qui appartiennent à ma famille politique soient aujourd'hui au gouvernement. C'est le cas. Vous avez vu, il y a des ministres... C'est une bonne chose ? Moi, je suis... Vous savez, vous m'avez déjà interrogé là-dessus.
Je suis le député LR qui, le premier, a dit qu'il fallait qu'on participe au gouvernement alors même que nous n'y étions pas encore. Pourquoi ? Parce que je pense que la stabilité, c'est important pour le pays. Maintenant, je comprends la position de Bruno Retailleau. Il a considéré qu'il n'aurait plus eu les marges de manœuvre supplémentaires pour imposer sa politique. Bon, affaire d'appréciation. Ce que l'a dit Retailleau, c'est pas seulement ce qu'il vient de dire là devant vous. C'est qu'il a dit qu'il fallait qu'on soutienne sans participer. Nous soutenons le gouvernement. C'est ça le plus important.
Mais attendez, Philippe Juvin, quand même, sur le sort réservé à ces six ministres qu'on a vus derrière vous, pour ceux qui nous écoutent, suspendus, ça veut dire quoi, concrètement ? Il va se passer quoi ? Ils ne peuvent plus venir aux réunions, mais s'il y a une élection, ils peuvent quand même avoir l'étiquette ? Enfin, ça veut dire quoi ?
Moi, je souhaite qu'ils continuent à venir aux réunions et je souhaite qu'on puisse continuer à travailler avec eux. Ce sont en plus des ministres qui ont plutôt, je trouve, bien travaillé dans leur domaine. Encore une fois, la position de Bruno Tratailleau s'entend. Il est chef du parti et il veut affirmer une ligne politique.
Il veut faire acte d'autorité quelque part, c'est ça ?
Non, il veut simplement montrer que dans une situation très fluctuante, on peut soutenir une action globalement parce qu'on sait qu'il faut un gouvernement, c'est ce qu'il dit, sans signer la totalité de ce qui sort du gouvernement. En fait, c'est une sorte de soutien qui est un soutien partiel à une action du gouvernement, sur l'essentiel probablement, sur le budget. Il veut probablement se différencier sur d'autres sujets.
Soutien partiel, d'autant que votre groupe à l'Assemblée nationale n'est pas assuré de voter ce budget.
Mais aucun groupe. Aucun groupe. Vous savez, Horizon n'a pas voté. Horizon, le Modem, les centristes n'ont pas voté. Le budget en commission, d'ailleurs, je crois ne pas me tromper, je suis même certain de ne pas me tromper, il n'y a que les députés qui viennent du parti présidentiel. De Renaissance. Aucun autre député n'a voté le texte.
Philippe Juvin, est-ce que quand même vous comprenez que cette position de Bruno Retailleau, qui était au gouvernement il y a encore une dizaine de jours, qui a fait un petit peu, qui a bien participé à la chute du premier gouvernement, le Cornu, qui participait quand même et qui aujourd'hui dit qu'il ne faut plus participer, est-ce que vous comprenez que pour les Français, et j'allais même dire pour vos électeurs, ce soit quand même un peu illisible ?
Je comprends que c'est compliqué, bien sûr c'est compliqué, je ne vais pas vous raconter, bien sûr c'est compliqué, mais on est dans une situation où en fait il n'y a pas de majorité. Donc, comme il n'y a pas de majorité, en tout cas il n'y a pas de majorité stable pour tous les projets, il y a des majorités qui se dessinent en fonction des articles, on l'a vu dans la loi de finances, il y a eu des articles qui ont été soutenus par les uns et pas par les autres, d'autres articles par les autres et pas par les uns, on voit bien qu'on est sur une majorité fluctuante. Donc je comprends, les gens sont perdus.
En fait en France, le drame c'est que nous avons l'habitude depuis des décennies d'avoir des majorités homogènes, stables, on appuie sur un bouton, les gars votent tous pareil. Là ce n'est plus le cas. Donc je comprends que les gens soient perdus, bien sûr.
Un mot, Philippe Juvin, sur la bataille présidentielle qui se prépare aussi, et notamment dans votre camp. Plusieurs personnalités de vos rangs ont accéléré cette semaine. Bruno Rotaillot a annoncé qu'il se lançait dans un tour de France. Xavier Bertrand, lui, se confie dans un livre et il dit qu'il se prépare. Il réunit d'ailleurs ses soutiens demain. On peut citer, bien sûr, Laurent Veuquier, votre président de groupe, qui n'a renoncé à rien. David Lissnard, le maire de Cannes, l'ancien Premier ministre Michel Barnier, peut-être que j'en oublie. Est-ce qu'il faudra un candidat Les Républicains sur la ligne de départ pour la présidentielle en 2027 ?
Mais c'est pire que ça. Enfin pire, c'est mieux que ça. Il faudra un candidat Les Républicains, ça va de soi. Il faudra surtout un seul candidat. Mais il faudra un seul candidat d'une sorte du bloc central, de la droite et du centre.
Ah, donc c'est un seul candidat, mais il faut qu'il soit LR, si on suit bien.
Non, non, nous, les LR, il faudra qu'on mette sur la table une candidature, ça va de soi. Mais à la fin du fin, à la fin du fin.
À la fin, après une primaire ?
Moi, je ne connais pas d'autres solutions pour départager. Enfin, si vous avez un moyen, n'hésitez pas à me le donner. En tout cas, je vous dis, si face à Marine Le Pen ou Jordan Bardella, et face, on va dire, à la gauche unie autour de Mélenchon, nous n'avons plus de deux ou trois candidats, par définition, nous ne serons pas au second tour. C'est une question mécanique. Donc, tous les gens que vous avez cités sont des gens de qualité. Je n'ai aucun problème là-dessus. La question, c'est s'ils vont tous, ou pire, ou même s'il y en a deux ou trois qui y vont, nous ne serons pas au second tour. Donc, il nous faut un système de départage au sein des Républicains, mais aussi au-delà.
Parce que sinon, encore une fois, vous aurez à second tour Mélenchon, Le Pen. Très bien.
Et de l'autre côté, il y a aussi la question qui semble tarauder certains. On pense à des Julien Aubert, des David Lissnard parfois, aussi des François-Xavier Bellamy. La tentation peut-être, quelquefois, d'aller plus proche du Rassemblement National. Est-ce que vous, vous êtes plutôt sur une ligne de dire, bon, il faut pouvoir composer ? Ou est-ce que, comme un Xavier Bertrand, vous dites, ni RN, ni LFI ?
En fait, le sujet a été tranché. Vous voyez bien qu'à l'Assemblée Nationale, c'est ça qu'il faut regarder. Quels sont les votes de l'Assemblée Nationale ? Est-ce qu'il y a des votes communs entre nous et LFI ? Non. Est-ce qu'il y a des votes communs entre nous et RN ? Non. Le RN a son identité, LFI a son identité, nous avons la nôtre.
Le RN a voté quand même beaucoup avec le Centre en Commission des Finances concernant le budget.
Non, mais tout le monde a voté sur des amendements divers, avec tout le monde. Il y a eu beaucoup de votes LFI-RN. Ah, il y a des bons votes et des pas bons votes ? C'est pas ça, c'est pour vous dire que vous pouvez pas prendre l'exemple d'un amendement en disant, regardez, ils se sont alliés. En réalité, il y a eu des alliances...
L'union des droites, ça ne vous parle pas ?
Non, parce que je vous dis, si vous commencez comme ça, en fait, vous n'existez plus. Vous n'existez plus. Je pense que la droite et le centre sont majoritaires, en fait, aujourd'hui. La droite et le centre, la droite telle que la mienne, et le centre sont majoritaires. Le problème, c'est que parfois, nous sommes tellement idiots que nous allons y aller à plusieurs, et là, nous risquons de perdre, donc il faut s'unir.
Et c'est ainsi que ça se termine. Merci, Philippe Juvin, député Les Républicains des Hauts-de-Seine, rapporteur général du budget à l'Assemblée. Et donc, bon travail qui vous attend pour ces prochaines heures. Merci Mathilde Ciro et merci d'avoir suivi le 830 France Info.