La grande interview : Dominique Schelcher
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Et notre invité ce matin dans la grande interview CNews et Européens, c'est Dominique Schacher. Bonjour à vous, bienvenue. Bonjour Laurence Ferrari. Vous êtes le PDG de Coopérative U. On va parler évidemment de pouvoir d'achat. La principale préoccupation des Français, c'est d'abord les carburants, si vous le voulez bien. Elles continuent cette crise de peser lourdement sur le porte-monnaie des Français. Il y a eu certes une baisse la semaine dernière, mais le prix du baril est remonté lundi. Alors vous êtes en première ligne. Qu'est-ce que vous avez constaté dans vos stations essence ? Est-ce qu'il y a une baisse de la consommation qui se confirme ?
Les Français ont complètement changé de comportement avec la voiture, parce que l'impact est très fort. Il y a une étude qui est parue il y a quelques jours, et Lab, qui disait, ils ont interrogé les Français. Pour eux, l'impact en moyen par mois, c'est 121 euros par mois. C'est énorme.
Sur la hausse des prix du carburant ?
Rien que par la hausse des carburants, c'est 121 de plus qu'avant la crise. Donc c'est énorme. Donc les Français ont changé de comportement. Ça s'est traduit au mois de mai, le chiffre est tombé avant-hier par moins 18% de consommation chez nous. Donc les gens roulent moins. Quelqu'un me disait, vous savez, d'habitude, on était à l'aise avec ma famille, les ponts du mois de mai, on en faisait deux, voire trois. Cette année, on n'en a fait qu'un. C'était trop cher. Les gens arbitrent et décalent et font, par exemple, du covoiturage, beaucoup, et ce déplacement.
Il y a beaucoup d'enseignes, Dominique Schellcher, qui lancent des promotions pour attirer les clients. Total Énergie a prolongé le plafonnement des prix. Et vous, est-ce que vous avez prévu des gestes spécifiques pour vos consommateurs ?
On est quasiment à prix coûtant depuis le début de cette crise. Parce que c'est un produit d'appel, on a très peu de marge. Notre obsession, c'est d'avoir le bon prix parce que les gens comparent. Les consommateurs, au quotidien, ils ont des applis, ils comparent, ils vont au moins cher. Donc, de toute façon, si vous n'êtes pas au moins cher, vous perdez des clients. Vous êtes sanctionné. Total Énergie, à contrario, lui, maîtrise sa chaîne et peut baisser son prix et plafonner. Voilà, c'est une posture et une position un peu différentes de la nôtre.
Il y a un document administratif qui date d'avril, qui a montré à quel point les distributeurs avaient augmenté leur marge brute depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Marge de 30 centimes par litre, disait ce document au début d'année. Ça a provoqué la fureur de la grande distribution. Votre collègue Alexandre Bampard, notamment, il dit que c'est un document biaisé. Et il pointe du doigt le bénéfice, non seulement des raffineurs, mais bien sûr de la fiscalité qui pèse sur le carburant. Qu'est-ce que vous dites, vous ?
Mais tout à fait. Et c'était une vision brute d'avant, après, uniquement sur le gasoil. Les autres carburants n'avaient pas bougé pour, au final, deux mois plus tard, entendre la porte-parole du gouvernement Maud Bréjon dire « Il n'y a pas de marge abusive dans la grande distribution ». Donc, eux-mêmes l'ont dit. Donc, ce rapport était une fausse piste pour nous faire passer, une fois de plus, je dirais, pour des boucs émissaires.
Et des profiteurs de crise, une fois de plus.
Et des profiteurs de crise. Alors, nous, on a cessé d'expliquer ce que je viens de vous dire, le prix d'appel, le produit d'appel, etc. Et puis, ça n'a pas suffi. Mais au final, ils l'ont dit et on n'en entend plus parler aujourd'hui.
Bercy organise aujourd'hui une réunion avec les distributeurs, vous représentant Iseron. Qu'est-ce que vous voulez faire passer comme message ? Qu'est-ce que vous demandez, vous, sur les carburants spécifiquement ?
Alors, ce sont des réunions de suivi de points entre tous les acteurs pour faire le point de la situation. La première chose, c'est un échange d'informations, de savoir s'il y a une visibilité. Mais la visibilité, tant que le conflit n'est pas réglé, elle est compliquée. Donc, pourquoi la petite bonne nouvelle, et vous l'avez dit, c'était une baisse la semaine dernière, parce que les nouvelles étaient plutôt bonnes et le baril est passé sous la barre des 100 dollars. Il y est toujours, d'ailleurs. Mais lundi, quand on a compris qu'il n'y avait pas de résolution du problème, il est remonté. Donc, on vit au jour le jour. Ça, c'est le premier point.
Le deuxième point, c'est le sujet de la disponibilité. Y a-t-il un risque dans les semaines qui viennent de pénurie ? Ça n'est absolument pas le cas. Moi, je n'ai aucune information sur un risque de pénurie. Et il faut en plus avoir en tête qu'en France, on a des réserves stratégiques qui permettraient, au cas où, même si un des carburants venait à manquer, de débloquer ces fonds stratégiques pour tenir plusieurs semaines. Donc, pour l'instant, à ma connaissance, pas de risque à ce niveau-là.
Il y a eu des aides qui ont été annoncées, un peu renforcées par le gouvernement, qui sont passées 3 millions de travailleurs modèles, grands rouleurs, de 50 à 100 euros. Vous l'avez noté, ça a impacté la consommation ou pas du tout ? Ça a zéro impact chez vous ?
Pas réellement, puisque la consommation est en baisse en volume. Mais ceux qui sont concernés, je crois que ce sont 500 000 personnes, après l'ouverture du site, qui se sont mobilisées, évidemment, ça les aide. Et moi, je plaide depuis le début pour des aides ciblées aux plus grands rouleurs, aux infirmières qui ont besoin de leur voiture tous les jours. C'est, je pense, comme ça qu'il faut aider ceux qui en ont besoin.
Donc, pas de baisse générale de la TVA, pas de blocage des prix. C'est pas ce que vous réclamez, vous, Dominique Schellcher ?
Non, parce que là, c'est le chef d'entreprise aussi qui parle, qui connaît le déficit public de la France, qui sait que notre marge de manœuvre est limitée, qui sait que la dernière fois qu'on a fait une opération pour tout le monde, ça nous a coûté 7 milliards. Je pense que 7 milliards pour tout le monde, on n'en a pas les moyens. Donc, oui, l'orientation d'aider ceux qui en ont le plus besoin est la bonne à court terme. Donc, après, voilà, peut-être qu'il faudra s'adapter. Si la situation dure, il faudra s'adapter.
Mais l'exécutif est catégorique, donc il n'a plus les moyens. C'est ce que vous venez de nous dire, de financer le quoi qu'il en coûte. Est-ce que ça fait plonger la consommation au plan général ? Est-ce qu'il y a les recettes fiscales qui ne rentrent pas d'un côté ? Et est-ce que ça fait plonger la consommation ?
Plonger véritablement sur l'ensemble, non. Mais il y a un fort attentisme, il y a un fort décalage pour un certain nombre de gens et les consommateurs arbitrent. Donc, concrètement, la semaine dernière, il faisait beau. Il y avait la fête des mères, qui est une fête vraiment emblématique. Les gens ont envie de se réunir en famille. Il y avait une ambiance un peu sportive. Tout ça était des ingrédients qui ont fait que la consommation était très forte. Elle a été bonne aussi au premier trimestre, mais uniquement sur l'alimentaire. Uniquement sur l'alimentaire. C'est-à-dire, on se concentre sur l'essentiel, sur le repas, sur l'assiette, sur les moments de convivialité en famille.
Et tout le reste est très, très arbitré. Donc, acheter évidemment une télé, mais même acheter un salon de jardin, il faisait très beau. On a vendu très peu de salons de jardin la semaine prochaine, la semaine dernière. Je pense que les gens repoussent ce type de dépenses. Parce que, soit ils n'en ont pas les moyens. Je rappelle que 4 Français sur 10 actuellement se serrent la ceinture. Ils sont 4 sur 10. Ou d'autres se disent, je ne sais pas de quoi l'avenir est fait. Il y a cette guerre. Il y a aussi la présidentielle, elle est dans la tête des gens. Déjà, en disant, il y aura peut-être des décisions qui vont nous contraindre. Est-ce que les impôts vont augmenter dans un an ?
Donc, il y a des gens qui disent, on met de l'argent de côté.
Dominique Schelscher, vous disiez qu'il y a eu une petite pic de consommation sur le week-end de la fête des mains. Qu'est-ce qui a été privilégié, par exemple, dans les produits qui ont été achetés alimentaires ?
Un boom complet des fruits et légumes. Et ça, c'est une bonne nouvelle parce que ce sont des produits sains. Je vais vous dire, on n'a même pas trouvé assez de camions pour aller chercher dans le sud tous les fruits et les légumes qu'on commandait dans le nord. On a eu des difficultés. Il y a eu quelques ruptures dans les magasins parce qu'il n'y avait plus assez de transport. Les glaces, énormément. La semaine dernière, il y avait des ruptures aussi. Et tout ce qui était pour le barbecue, la viande et tous les produits de saison. Voilà. Donc, non, non. Les Français, en même temps, ils sont inquiets.
Et à ces moments-là, ils cherchent un peu à se faire plaisir dans la cellule familiale avec les amis.
Il y a aussi l'inflation, le sujet de l'inflation. En France, elle augmente 2,8% pour l'instant. On prévoit même pour certains, Michel-Édouard Leclerc, que ça pourrait monter à 4% d'ici la fin d'été. Est-ce que vous craignez que cette inflation soit durable ? Et évidemment, quel impact, là encore, la consommation ?
Je ne comprends pas la position de mon confrère Michel-Édouard Leclerc à dire que ça va être 4% à la fin de l'été. Moi, je n'ai aucun signal que ça puisse être à ce niveau à la fin de l'été. Il n'y a, à date d'aujourd'hui, aucun impact de la guerre en Iran sur les prix dans les magasins. L'inflation qui est... Sur aucun produit ? Sur aucun produit. Il y a un impact, comment dire... Enfin, l'inflation est due à la hausse de l'énergie et des carburants. Uniquement ça. Mais pas des produits alimentaires pour l'instant. Et je pense que les gens ont plutôt constaté des baisses ces derniers temps, qui sont le résultat de nos négociations commerciales.
Les produits de droguerie, parfumerie, hygiène ont baissé. Les produits à base de blé ont baissé. Il n'y a que la viande ou les œufs, par exemple, qui ont pu augmenter encore un peu pour des questions de...
Protéines pas chères.
Oui, voilà. Et des questions de pénurie. On manque d'œufs actuellement. Donc, quand le marché est tendu, il y a des petites hausses.
Donc, vous ne comprenez pas qu'on sonne l'alerte et qu'on veut faire peur aux Français ? C'est ça que vous nous dites ?
Je ne comprends pas. Je n'ai pas de signe pour dire ces 4%. Bien sûr que si le conflit dure, le gouvernement va sans doute de nouveau nous réunir. Pour l'instant, il a dit que vous traitez les situations au cas le cas. Mais il n'y a pas de réouverture des négociations qui laisserait craindre une augmentation des prix généralisés. Et je vais vous dire, tout notre boulot, c'est d'essayer de tout faire pour que ça n'arrive pas. De prendre les camions qui livrent nos magasins, ça nous coûte tous les jours plus cher. Mais on prend sur nos marges pour l'instant et on ne veut pas le faire payer aux consommateurs qui n'en a pas les moyens.
Dominique Schelcher, vous parlez des négociations commerciales. Vous étiez engagé à être un rempart contre la hausse des prix. Est-ce que les industriels de leur côté veulent à nouveau réouvrir ces négociations ? La FNSEA le demande aussi. Est-ce que vous allez dire OK ou pas ?
Il y a des requêtes, mais pas du tout au même niveau qu'au moment de la guerre en Ukraine. Au moment de la guerre en Ukraine, c'était des dizaines, voire des centaines de millions d'euros de hausse qui étaient demandés très vite au bout de deux mois. Là, on n'en est pas du tout dans ces proportions-là. Donc on dialogue, on discute avec un certain nombre d'industriels. Il y aura des endroits peut-être, il y aura des hausses ponctuelles, mais je ne vois pas le 3 ou 4%.
Et vous ne voyez pas de réouverture des comptes commerciales ? À court terme.
Non, le gouvernement surveille. Et je pense que la prochaine échéance importante sera sans doute la rentrée. Mais il faut que ce conflit se règle.
Oui, mais ça, ça ne dépend pas du tout de nous. Un mot de ce rapport sénatorial, adopté le 19 mai dernier dans le cadre de la commission d'enquête sur la grande distribution, qui pointe le doigt que vous faites des marges démesurées. On voit que vous êtes vraiment le bouc émissaire sur de nombreux sujets. Il y aurait encore une fois, sur 100 euros dépensés par les consommateurs, 40 euros reviendraient. Vous reviendrez contre 8 euros pour les agriculteurs, 14 euros pour les industriels. Vous infirmez ces chiffres. Qu'est-ce que vous en dites, Dominique Schellcher ?
Je m'inscris totalement en faux face à ce chiffre-là précis. Et c'est pour ça que je dis que...
Rapport sénatorial.
Je sais bien, je respecte au plus haut point, bien sûr, le travail des parlementaires. Mais je regrette, comment dire, l'instrumentalisation de certains chiffres qui font croire aux Français, à nos clients, aux consommateurs, qu'on se mettrait 40% de la valeur dans la poche, dans la chaîne alimentaire. Ce n'est pas du tout ça. Déjà, là, on ne parle pas de marge, mais de valeur ajoutée. En plus, c'est une valeur ajoutée agrégée. Là-dedans, il y a la restauration, les grossistes, les commerçants en général et la grande distribution. Si c'est que nous, c'est 9%. Et ce n'est pas du résultat final, c'est la part qui va dans la chaîne de valeur à la grande distribution.
Mais là-dessus, on a des charges à payer. Et au bout du compte, il nous reste sur 100 euros, 2 euros. 100 euros, 2 euros. 2 euros, c'est 2% de résultat net. Donc, vous voyez, c'est cette forme-là que je regrette d'avoir jeté en pâture un chiffre. Donc, tout le monde me parle, tous les journalistes, et vous le faites, vous aussi ce matin, qui laissent penser qu'on a qu'à part une valeur. Ça n'est pas la réalité. Et là où c'est très fort aussi, c'est d'écrire le compte d'exploitation d'un magasin. Je l'ai fait devant la commission parlementaire. Il y a des vidéos qui circulent, qui ont été reprises ces derniers temps. On n'a pas été écoutés là-dessus.
Et on dit encore des chiffres énormes comme ça. Je le regrette.
Et vous inscrivez en faux, évidemment. Il y a aussi dans ce rapport une dénonciation des méthodes de négociation qui auraient recours à la menace, l'intimidation, la contrainte sur vos fournisseurs. Est-ce que ce sont les méthodes que vous vous employez ou pas du tout ?
Écoutez, c'est des exemples, je pense, excessifs. Bien sûr, tout n'est pas parfait. Et on revient de loin dans la grande distribution. Mais ce qui se pratique aujourd'hui n'a rien à voir avec ce qui se pratiquait il y a 20 ans, 15 ans peut-être. Je pense qu'on a beaucoup progressé. Je pense qu'il y a encore des choses à améliorer, mais qu'on est loin un peu de la caricature totale qui a été faite. On est présenté comme des monstres. Et je vais vous dire, moi, j'ai 1 200 patrons derrière moi, indépendants. Quand ils ont entendu ça, quand ils connaissent leur quotidien, ce qu'ils vivent dans les territoires de France, ils se sont dit, mais ce n'est pas possible. Ce n'est pas nous.
Ce n'est pas comme ça. Et voilà. Donc, oui, il y a des choses à améliorer, bien sûr. On ne cesse de les améliorer, mais on n'est pas dans cette caricature totale et unique dans ce sens-là.
Et il y a encore un collectif de responsables de grandes enseignes, soi-disant de supermarchés et de grands écrits industriels, qui auraient publié anonymement, bien sûr, un rapport dans lequel ils dénoncent les pratiques de leur propre secteur. Donc, la grande distribution baisserait les marges sur les produits emblématiques, mettons Coca, Bière, Nutella, pour se rattraper sur les produits bio et qualité. Qu'est-ce que vous dites là encore ?
Là, on veut changer le marché. Ce n'est pas nous qui avons un jour décidé de vendre le Coca-Cola sans marge et un peu plus de marge sur certains produits frais. Le marché s'est stabilisé comme ça. Et donc, je comprends les lanceurs d'alerte, ils disent, oui, changez vos pratiques. Et parfois, les lanceurs d'alerte, comment dire, nous titillent et nous poussent à changer de comportement. Mais changer le marché qui s'établit comme ça en France, mais dans le reste du monde aussi, on ne va pas pouvoir le changer tout seul. Et si les gens en face nous disent, mais oui, mais changer tous vos pratiques en même temps, ça, ça voudrait dire, c'est de l'entente.
Et ça, c'est strictement interdit en France. Donc, on ne peut pas contraindre le marché. Je sais que certains en rêvent, mais ça n'est pas possible.
Dominique Schellcher, on est sur CNews et sur Europe 1. Hier, l'Assemblée nationale a largement adopté la loi d'urgence agricole. Troisième texte sur l'agriculture, examiné en moins de trois ans, avec notamment l'allègement des normes sur l'élevage, la gestion de l'eau, la souveraineté alimentaire, la problématique des loups ou encore le revenu des agriculteurs. Vous dites Banco pour cette nouvelle loi d'urgence agricole ?
Écoutez, elle est nécessaire pour le monde agricole qui est dans notre chaîne. Le maillon aujourd'hui, fragilisé, donc il faut l'aider. Cette loi était très attendue. Donc, il y a plein de choses positives pour eux et c'est tant mieux. Bien sûr, il faut avancer. Nous, on est soutien depuis la première heure de la loi EGalim, mais il faut parfois juste un peu de l'équilibre et particulièrement défendre avant tout l'agriculteur. Et parfois, dans ces lois, se glissent des choses. Pour d'autres acteurs, c'est là où on est vigilant, mais elle va dans le bon sens.
Il y a aussi la question du revenu des agriculteurs. Quelques amendements et les filles ont été adoptés, avec l'appui d'ailleurs du Rassemblement national, pour instaurer des prix planchers dans les négociations commerciales entre agriculteurs et industriels. Est-ce que vous y êtes favorable ?
Les prix planchers, non, parce que ça, c'est anti-marché, anti-équilibre du marché. Donc là, il faudra voir de quelle façon le texte va aller au bout, parce que c'était le premier vote cette semaine. Les prix planchers ont toujours démontré par le passé que ça déséquilibrait le marché, que ça ne fonctionnait pas dans la durée. Donc là-dessus, je suis beaucoup plus prudent. Aider, continuer à améliorer, égalime, parce qu'il y a encore des choses à faire là-dessus, oui, mais le prix plancher n'a jamais en réalité fonctionné.
Dominique Schellcher, le Mercosur est entré en vigueur le 1er mai dernier. Je me rappelle que vous étiez là sur ce plateau il y a quelques semaines en disant que vous ne commercialiserez pas dans vos supermarchés de la viande ou de la volaille, issus de cet accord. Promesse tenue ?
Je vous le reconfirme, et c'est le cas à date d'aujourd'hui. On a été très vigilants et on continue à être très vigilants. Il n'y aura pas de ces produits-là dans nos rayons. Voilà, je reconfirme.
Même si des groupes très forts, brésiliens, pratiquent des prix ultra compétitifs, ça ne sera pas dans vos rayons ?
Non, parce que le grand danger actuellement, quand il y a une tension sur le pouvoir d'achat comme ça, c'est effectivement les importations. C'est clair et net. Nous, on continue à défendre l'origine France. J'appelle même les Français à voir ce que j'appelle le réflexe origine France. Quand vous achetez un produit, une plaquette de beurre, une boîte d'œufs ou le fameux émental râpé, tournez le produit et vérifiez s'il est d'origine France ou pas. Et s'il ne l'est pas, ne l'achetez pas. C'est la meilleure façon quotidienne de soutenir nos agriculteurs.
Un dernier mot concernant les salaires. Le SMIC a été revalorisé de 2,4% face à l'inflation au 1er juin. Est-ce que c'est une hausse qui vous semble suffisante ? Certains partis politiques veulent aller plus loin, déposer une proposition de loi pour indexer les salaires et l'inflation.
Écoutez, l'augmentation des salaires est importante par rapport au sujet du pouvoir d'achat. Et pour aider les Français face à des charges contraintes qui sont de plus en plus lourdes, pour moi, la plus grande chose à faire, peut-être dans le cadre de la présidentielle 2027, c'est de réduire l'écart entre le brut et le net. Aujourd'hui, un Français touche 52% de ce qu'on appelle super brut, donc le salaire, toutes charges comprises, c'était 70% il y a 50 ans. On fait trop porter au travail, au travail, le coût de la protection sociale, des retraites. Ça n'est plus possible comme ça. On trouve des économies ailleurs pour réduire les charges sur les salaires.
Et nous, on s'engage, patron, en tout cas chez nous, à augmenter les salaires. Ça, c'est une piste fondamentale. C'est revaloriser les salaires et redonner aussi de l'espoir aux jeunes qui arrivent sur le marché du travail et pour qui, parfois, les salaires sont un peu trop justes. Donc ça veut dire baisser les charges patronales, on est d'accord ? Absolument, absolument, en faisant des économies ailleurs. Et nous, on s'engage, en baissant ces charges, à le répercuter sur une hausse de salaire.
Des économies sur quoi, par exemple ? Qu'est-ce que vous proposez, Dominique Schercher ?
Je pense que, dans la protection sociale, il y a des pistes à trouver. Tout le monde sait qu'il y a une question sur les retraites, qu'il faudra retravailler. Voilà, donc ça, ça appartient plus aux hommes politiques.
Et les jeunes, vous avez raison, ils sont très impactés par le chômage, seigneurs aussi. Je rappelle qu'on est seigneurs à 55 ans dans ce pays.
Tout à fait. Et au-delà de la revalorisation, en 2027, il faudra redonner une vision, un projet aux jeunes qui en manquent terriblement en ce moment, quand on dialogue avec eux.
Et quand vous avez vu ce qui s'est passé ce week-end, les violences liées à la victoire du PSG, vous vous dites que c'est une jeunesse en déshérence, une jeunesse qui n'a plus de but, qui n'aime plus son pays ? Une partie, évidemment, ne va pas globaliser.
Nous, en tout cas, vous savez ce qui me frappe, c'est beaucoup de parents qui nous disent ces derniers temps « Bon, moi, ma vie est faite, mais je suis très inquiet pour l'avenir des jeunes. » Et donc, les jeunes se posent plein de questions. Un, le salaire. Deux, comment je paye un logement ? Je n'y arrive pas sans l'aide de mes parents. L'intelligence artificielle, comment va-t-elle impacter ma vie professionnelle ? À tous ces sujets-là, il faudra apporter des réponses fortes l'année prochaine. Sinon, on va perdre une partie de la jeunesse.
Donc, c'est un appel au candidat que vous lancez aujourd'hui, demain, que je suis là.
Mais absolument, parce que, voilà, c'est le résultat du dialogue qu'on a avec nos consommateurs. Les gens se posent beaucoup de questions, beaucoup d'attentes par rapport à ce 2027. Et c'est le type de message qui nous passe. Combien de gens me disent « Vous avez la chance de passer de temps en temps à la télé ? » Donc, dites-leur ça, dites-leur ça. Donc, je relaisse que les gens nous disent.
On s'occupe de l'avenir. Un tout petit mot de l'été, vous voyez comme quoi sur la consommation ? Les Français vont se faire plaisir ou ils n'auront pas les moyens de se faire plaisir ?
Moi, je pense que déjà, là, c'était très positif ces derniers jours. Il y a la séquence Coupe du Monde qui, traditionnellement, est plutôt positive. Je pense que beaucoup de Français vont rester en France. Donc, ça, c'est plutôt bon pour la consommation, pour les restaurants, pour peut-être la grande distribution. Donc, voilà, je pense que jusqu'à la rentrée, ça pourrait être positif. Et c'est important parce que la consommation soutient la croissance de la France. Quand le PIB était à moins zéro en premier trimestre, heureusement que la consommation tient.
Merci beaucoup, Dominique Schercher, avec cette petite lueur d'optimisme. Bonne journée à vous sur CNews et sur Europe 1.