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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 19 mars 2026 64 min

Iran : après le pétrole... la guerre du gaz

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

que le rasoir 5 lames le plus vendu du marché. ... - A.Casse: Bonsoir.

Bienvenue. Finalement, la France se dit prête à sécuriser le détroit d'Ormuz avec 5 autres pays. D.Trump avait appelé à l'aide samedi dernier.

Pourquoi ce revirement? La guerre a-t-elle franchi une nouvelle étape aujourd'hui? Elle devient la guerre du gaz.

Le plus grand gisement de gaz naturel du monde, le South Pars, a été frappé hier. L'Iran a répliqué en visant le plus grand centre de gaz liquéfié Au monde, au Qatar. F.Encel, bonsoir.

Vous êtes docteur en géopolitique, maître de conférences à Sciences Po. Je rappelle votre livre: "La Guerre mondiale n'aura pas lieu." I.Lasserre, vous êtes correspondante diplomatique au "Figaro".

Votre livre, "Les Fantômes de Munich", est publié aux éditions de L'Observatoire. M.Pirzadeh, vous êtes rédactrice en chef à France 24, ancienne correspondante à Téhéran.

O.Kempf, vous êtes directeur du cabinet stratégique La Vigie et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. Les cours du pétrole et du gaz s'envolent aujourd'hui après les attaques de ces dernières heures.

Le gaz est à plus 35 % et le baril de Brent à plus de 110 dollars. Ca y est, la guerre du gaz a commencé? - F.Encel: Oui, avec tout de suite une nuance: on n'est toujours pas en 73, avec la guerre du Kippour et le 1er choc pétrolier, c'est-à-dire le quadruplement du baril de brut.

Et le doublement, encore, quelques années plus tard. Ensuite, le gaz, oui, effectivement, devient beaucoup plus cher. On en trouve quand même un peu partout.

Je ne dirais pas qu'il y a une véritable guerre du gaz. Il y a une riposte iranienne sur des Etats qui, pourtant, sont officiellement neutres dans cette guerre, qui concerne en principe exclusivement la coalition américano-israélienne et la République islamique d'Iran. Outre l'usage du gaz en guise de riposte de la part de l'Iran, à la fin des fins, cette guerre prend en réalité une tournure plus politique.

L'Iran atteint non seulement le Qatar, qui a toujours été très complaisant avec Téhéran, et qui découvre qu'il peut se faire attaquer par Téhéran...

Donc, peut-être que ça va changer. Mais il y a aussi les autres Etats, y compris les Etats non gaziers. On est sur une fuite en avant de la République islamique d'Iran, qui concerne le pétrole et le gaz, mais aussi des Etats qui sont neutres dans la guerre actuelle. - A.Casse: Est-ce qu'on vit un tournant dans cette guerre? - O.Kempf: Peut-être.

Qu'est-ce qui a déclenché cette escalade? Une attaque israélienne contre une installation gazière iranienne. Les Iraniens envoient un message militaire et politique.

Militaire, en disant qu'ils sont capables de riposter...

Cela fait quelques jours qu'on voit une augmentation à nouveau des frappes iraniennes. Et ils montrent qu'ils sont capables de frapper en riposte. On voit des frappes dans les monarchies du Golfe, mais aussi contre un terminal pétrolier saoudien de l'autre côté de la péninsule, le long de la mer Rouge.

On vient d'apprendre aussi ce soir qu'une raffinerie au nord de Haïfa avait été touché, donc en Israël. Ce n'est pas un pays producteur, mais c'est un message envoyé: "Si vous voulez jouer, on va jouer." - A.Casse: Le gisement South Pars fournit environ 70 % du gaz naturel consommé en Iran.

Il est partagé entre l'Iran et le Qatar? - M.Pirzadeh: Et ça fournit pour les Iraniens mais aussi pour l'Irak.

Dès le bombardement, l'Irak s'est vue privée d'un tiers de ses importations de gaz. On assiste à une guerre hybride, une guérilla menée par la République islamique, qui sait qu'elle ne fait pas le poids face à l'armée américaine et à l'armée israélienne. Elle attaque tous les pays du Golfe.

C'était une surprise, notamment pour Oman, qui entretient de bonnes relations avec la République islamique. Le pays fait d'ailleurs office de médiateur, en général, dans les négociations avec les Américains. En fait, la République islamique use de son pouvoir de nuisance, avec ses drones et ses missiles, pour déstabiliser la région et mener cette guerre psychologique.

Dès 3 semaines de guerre, on retient le ciel de Dubaï qui est envahi par des missiles et des drones iraniens. - A.Casse: Vous mettez quelques mots sur ce qu'on est en train de vivre, I.Lasserre? - I.Lasserre: La guerre asymétrique.

Le régime joue aujourd'hui sa survie. S'il réussit à survivre aux bombardements américano-israéliens, il considérera qu'il a gagné. Il essaie donc d'arrêter cette guerre le plus rapidement possible et il use de tous les moyens qui sont dans sa poche.

Il a commencé au début par les pays du Golfe, ça n'a pas marché. Ensuite, ça a été des pressions sur le pétrole. Aujourd'hui, c'est sur le gaz.

Et c'est la pression encore plus fortement sur les pays du Golfe. Ca risque d'être contre-productif car les pays du Golfe, engagés depuis 3 ans dans un rapprochement avec l'Iran, parce qu'ils n'osaient pas confronter l'Iran, parce qu'ils ont du mal avec le rapport de force stratégique...

Ils se sont donc rapprochés de l'Iran en se disant qu'ils allaient trouver une espèce de compromis, de modus vivendi. Tout ça a complètement explosé. On assiste jour après jour à des pays du Golfe qui se rassemblent davantage vers les Etats-Unis.

Non pas qu'ils soient contents de cette guerre, dont ils sont les victimes et qu'ils n'ont pas choisi de démarrer, mais maintenant qu'elle est démarrée, ils préfèrent être du côté américain. On va voir jusqu'où ça va aller. Verra-t-on un jour les pays du Golfe rentrer dans la danse dans cette guerre?

Rien n'est complètement impossible. L'Iran a perdu les pays du Golfe. - A.Casse: C'est ce que vous dites aujourd'hui.

On en est justement à cette bascule, où les pays du Golfe peuvent se retourner contre l'Iran? - F.Encel: Politiquement, je crois que c'est déjà fait.

Le choc des opinions publiques...

Dans les pays du Golfe, évidemment, c'est un terme un peu fort, les gens ne peuvent pas s'exprimer, mais ils sont pour majorité sunnites. Ils ne sont pas chiites ni perses. Ils sont arabes.

Et ce sont des pétromonarchies bédouines. A la tête de ces Etats, il y a des chefs bédouins auxquels on obéit de manière extrêmement claire. Autrement dit, s'il y a une attaque de l'Iran, c'est considéré par un certain nombre de ces Etats, notamment le Qatar mais aussi l'Arabie saoudite, comme au mieux une incompréhension et au pire de la haute trahison, sinon un coup de poignard dans le dos.

L'Iran est donc en train, politiquement, pour l'après-guerre, de perdre les pays du Golfe. - A.Casse: Vous parlez de l'après-guerre, mais si les pays du Golfe se retournent contre l'Iran, est-ce qu'ils ont la capacité militaire de le faire? - O.Kempf: Ils ont des capacités militaires, principalement de l'aviation.

Mais on observe aussi que les Américains et les Israéliens sont assez prudents quand ils frappent l'Iran. Le ciel iranien n'est pas libre. Il y a encore des moyens de défense aérienne.

Il y a aussi une grande question sous-jacente, celle des munitions pour tirer à distance. Tout le problème des Israéliens et des Américains aujourd'hui, c'est que les stocks de munitions s'épuisent. Les quelques munitions qui restent en stock, est-ce qu'elles seraient tirées par les monarchies ou pas?

Donc un investissement militaire est possible, mais je pense que ce serait la dernière option. Ce n'est donc pas pour demain. Peut-être pour la semaine prochaine ou dans un mois, mais pas pour demain. - A.Casse: Il y a un changement de discours, quand l'Arabie saoudite se dit prête à répliquer militairement. - M.Pirzadeh: Les relations entre l'Arabie saoudite et l'Iran n'ont pas toujours été ce qu'elles sont.

Elles ont été rompues en 2016 après l'assassinat d'un religieux chiite. L'ambassade saoudienne avait été brûlée à Téhéran. Les relations étaient rompues.

On était à l'aune d'un conflit qui aurait pu être très important, et finalement, ils se sont réconciliés, sous la houlette de la Chine, en 2023. Je pense que le régime n'est pas dans une volonté de gagner la guerre, mais de durer, de survivre à cette guerre et de résister. C'est un peu la même tactique qu'ils avaient pendant la guerre des Douze Jours en juin.

Là, on est dans une dimension régionale, mais depuis les 1res heures de la guerre. Ils savent très bien...

Cette guerre, la République islamique s'y prépare depuis 47 ans. Ils ont observé ce qui se passait du côté des Américains, ce qui s'était passé en 2003 en Irak. Ils savent qu'on est dans des années électorales pour D.Trump et B.Nétanyahou, que cette guerre est impopulaire aux Etats-Unis.

C'est pour cela qu'ils font pression sur le prix du pétrole. Le régime se reporte sur ce qu'il a comme moyen de pression, donc le détroit d'Ormuz. Cela fait des années qu'il menace de le bloquer.

Que D.Trump soit surpris de cette situation, c'est quand même aberrant. Ils ont les 2es réserves de gaz au monde et les 3es réserves de pétrole.

C'est leurs richesses et leur moyen de pression. - A.Casse: Jusqu'ici, la France avait dit non à l'appel de D.Trump pour l'aider à sécuriser le détroit d'Ormuz.

La France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et le Japon...

Pourquoi ce revirement? - I.Lasserre: Il faut attendre de voir si c'est un véritable revirement.

Je me méfie des grandes déclarations. Je vois difficilement E.Macron rentrer dans la guerre de cette manière.

Par contre, ce que les pays européens pèsent, c'est ce qu'ils peuvent perdre à assumer une rupture frontale avec D.Trump. C'est-à-dire à lui dire un "non" clair et net. - A.Casse: Ils ont quand même essayé de le faire. - I.Lasserre: Oui, et ça a été très mal perçu à Washington. - A.Casse: Il y a eu des pressions en coulisses? - I.Lasserre: Non, je pense qu'il y a eu une réflexion.

La réponse à la réponse de D.Trump, quand il a dit en gros: "Je vais déchirer l'Otan." "Je vous l'avais bien dit, à chaque fois que j'ai besoin des Européens, ils ne sont pas là, ils ne foutent rien, c'est moi qui paye tout..." Il y a aussi l'Ukraine en stand-by, et tous les pays européens qui sont encore pour la plupart accrochés à la défense américaine.

Pour l'instant, ils n'ont pas les moyens d'être autonomes. Donc il y a un changement de ton. Par ailleurs, plus la guerre se poursuit, plus cette guerre devient aussi celle de l'Europe.

Les intérêts de l'Europe sont menacés, les intérêts économiques, mais aussi en matière de lutte contre la prolifération nucléaire. On ne peut pas complètement s'en laver les mains. On est bien obligés de considérer cette guerre.

La logique voudrait qu'on pourrait essayer d'épauler les Américains sans rentrer dans... - A.Casse: Justement, ça inquiète nos téléspectateurs.

Question. - O.Kempf: Non, parce que dans le communiqué, aucun détail n'est donné, ni sur le tempo ni sur les conditions d'engagement.

Je rejoins Isabelle, en disant que c'est finalement une déclaration pour faire plaisir à D.Trump qui, hier, a morigéné successivement Israël, tous les alliés européens avec l'Otan, mais aussi les alliés asiatiques. Ce qu'il a sorti contre le Japon et la Corée du Sud, c'était incroyable!

Ils sont donc tous en train de se dire qu'il faut amadouer quelqu'un qui paraît très en colère et qui est prêt à faire n'importe quoi. Et quand il est prêt à faire n'importe quoi, il est crédible! - A.Casse: Vous pensez qu'il y aura donc rien derrière cette déclaration? - F.Encel: Oui.

D'abord, la défense de la libre circulation maritime, en droit international, vous n'avez pas le droit d'interrompre la libre circulation maritime dans les eaux territoriales. C'est ce que fait l'Iran. La France se fait fort de défendre systématiquement le droit international.

Et puis nous avons des alliés militaires dans la région. Je parle bien d'alliances militaires et pas de simples coopérations commerciales et politiques, notamment avec les Emirats arabes unis, mais nous avons aussi une base aérienne en Jordanie et nous entretenons d'excellents rapports avec d'autres Etats de la région, quasiment tous. De ce point de vue, nos intérêts sont très directement menacés à partir du moment où il y a un risque qu'un de ces Etats déclenche la clause contraignant la France à intervenir directement. - A.Casse: Ce n'est pas parce que la clause est déclenchée qu'on y va directement? - F.Encel: C'est juste, mais si on ne soutient pas un allié qui nous demande, en pleine agression, alors ça signifie potentiellement une perte de crédibilité catastrophique.

Je ne vais pas revenir à 38, mais les alliances, quand on les signe, il faut les respecter ensuite. - A.Casse: On sait aussi que ce détroit d'Ormuz, c'est un piège.

C'est pour ça que cette mission internationale est compliquée et qu'on a d'abord dit non à D.Trump. - M.Pirzadeh: C'est un détroit international, mais une partie se trouve dans les eaux territoriales iraniennes.

Je me suis penchée, justement, tout à l'heure...

Les parlementaires iraniens commençaient à dire qu'il fallait faire payer un droit de passage pour le détroit d'Ormuz. C'est illégal. Ce n'est pas possible.

Une charte a été faite aux Nations unies pour protéger le transport de navires, et elle n'a pas été signée par les Etats-Unis ni par l'Iran. Bien sûr que c'est un piège, le détroit d'Ormuz, à plusieurs titres. Déjà, les Iraniens ont miné le détroit récemment.

D.Trump les a donc attaqués. Ca veut dire que les Iraniens sont très à cheval pour savoir si entrer et sécuriser le détroit d'Ormuz peut être considéré comme être cobelligérant.

N'oublions pas qu'il y a encore C.Kohler et J.Paris, 2 Français qui sont encore détenus en Iran.

C'est pour ça que la France fait attention. Si l'Europe est considérée comme cobelligérante, n'oublions pas que la République islamique a déjà perpétré des attentats sur le sol européen. La menace est prise très au sérieux par les services de renseignements européens. - A.Casse: On se penchera tout à l'heure sur le scénario de l'intervention au sol.

Il y a eu des révélations faites par des médias américains ou par l'agence Reuters. En attendant, les prix du gaz et du pétrole montent en flèche après le bombardement de plusieurs installations énergétiques. C'est désormais l'approvisionnement mondial en gaz qui est menacé. - Le plus grand gisement gazier du monde touché...

Ces installations iraniennes en feu...

Le résultat de frappes israéliennes sur la zone de South Pars, ce champ gazier dont l'exploitation est partagée entre l'Iran et le Qatar. Des frappes que le président américain s'est empressé d'attribuer à Israël, en prenant ses distances. Une version remise en cause par la presse. - J'ai vraiment du mal à y croire.

Si c'est vrai, c'est encore pire que nous pensions. Qu'Israël entreprenne une action comme celle-ci sans en informer les Etats-Unis ni les prévenir des conséquences? Si c'est le cas, alors nous avons un problème grave car ils échappent à tout contrôle. - Les conséquences n'ont pas tardé à venir.

Riposte de l'Iran, qui frappe l'Arabie saoudite et le Qatar, dont la raffinerie de Ras Laffan, plus grand site de liquéfaction de gaz au monde. Une escalade sans précédent qui touche donc les sites de production énergétiques. Le président iranien prévient... ...

L'inquiétude s'installe sur les marchés, qui ne croient plus à une fin rapide du conflit. - A la une aujourd'hui, les tensions croissantes dans le secteur de l'énergie. - Des installations ont subi des dommages considérables.

Même si le détroit est débloqué, la production pourrait mettre des mois à revenir à la normale. - Alors que le détroit d'Ormuz est toujours fermé, les prix du pétrole continuent d'augmenter et flirtent aujourd'hui avec les 115 dollars le baril. De quoi inquiéter les dirigeants européens, dont le chancelier allemand, au discours désormais plus incisif vis-à-vis de D.Trump. - F.Merz: L'Europe a intérêt à une fin rapide de la guerre, à éviter une nouvelle escalade régionale et une désintégration de l'Etat iranien. - F.Merz qui, avec le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas, le Japon et la France, se dit aujourd'hui prêt à sécuriser le détroit. - E.Macron: Cette escalade est inconsidérée.

Nous défendons l'idée d'un moratoire sur les infrastructures et les personnes civiles dans ce conflit, ainsi qu'une désescalade rapide. La région entre dans une période de fêtes religieuses. Tous les esprits devraient se calmer et le combat devrait stopper pour quelques jours, pour essayer de redonner une chance aux négociations. - Pas sûr que ce soit l'état d'esprit des Américains...

Cet après-midi, le secrétaire à la Guerre s'adressait aux journalistes en conférence de presse. - P.Hegseth: Nos objectifs, définis directement par notre président, restent exactement les mêmes, inchangés, en bonne voie et conformément au plan: détruire les missiles, les lanceurs et la base industrielle de défense de l'Iran, afin qu'ils ne puissent pas se reconstruire.

Détruire leur marine, et faire en sorte que l'Iran n'obtienne jamais l'arme nucléaire. - Selon l'agence de presse Reuters, les Etats-Unis réfléchiraient désormais à envoyer des troupes au sol en Iran. Une information démentie il y a quelques instants par D.Trump. - A.Casse: I.Lasserre, vous avez réagi au sujet de façon intense, et vous allez comprendre pourquoi!

Question. - F.Encel: D'abord, le contrôle sur Nétanyahou, c'est très relatif.

C'est quelqu'un qui a de la personnalité et qui dirige l'Etat d'Israël depuis longtemps. On voit que le rapport de force s'accroît sur la région. Israël ne peut pas prendre de décision stratégique sans, à tout le moins, à l'aval des Etats-Unis et sans en avoir référé aux Etats-Unis.

C'est pourquoi je ne crois pas que les Etats-Unis n'étaient pas au courant de cette frappe. - A.Casse: Pourquoi D.Trump dit-il alors que les Etats-Unis ne savaient rien de cette attaque? - F.Encel: Il faudrait lui poser la question.

Je ne suis pas certain qu'il le sache lui-même! Première hypothèse: il ne veut pas porter la responsabilité sur les coûts de la riposte iranienne sur le Qatar. 2e hypothèse, à laquelle je crois pas mal: ça consiste à dire à B.Nétanyahou que la stratégie visant à faire chuter le régime et à éradiquer ses capacités militaires, ses projections toxiques à l'extérieur des frontières, c'est la stratégie, mais les buts de guerre ne sont pas forcément identiques. - A.Casse: B.Nétanyahou ne pouvait pas frapper cette installation sans avoir prévenu D.Trump au préalable? - O.Kempf: D.Trump, c'est pas la même chose que les Américains.

Pour 15 milliards de raisons, l'image opérationnelle de l'espace aérien au-dessus du Golfe est contrôlée par l'état-major américain. Les avions israéliens ne peuvent pas aller frapper quoi que ce soit dans la zone sans qu'ils soient au courant. Israël rend donc compte à Washington et à la Maison-Blanche.

Est-ce que ça a été dit à D.Trump? Est-ce qu'il a écouté?

Est-ce qu'il a compris les conséquences? Là, on a beaucoup d'incertitudes. - A.Casse: Ou bien, est-ce que D.Trump fait de la politique et parle à sa base Maga? - O.Kempf: Avec le post qu'il a fait sur les réseaux sociaux, il écrit en capitales, ce qui équivaut à crier très fort contre Israël.

Il y a, au moins sur l'action, un désalignement entre les deux. On le sentait déjà depuis 15 jours, car, petit à petit, une divergence s'installe entre Israël et les Américains. - A.Casse: Une divergence dans les buts de guerre...

Est-ce qu'on arrive au point de rupture? - I.Lasserre: Je ne crois pas.

Il y a les opérations militaires qui se jouent quotidiennement et il y a un partage des tâches entre Américains et Israéliens. Les Israéliens font des frappes davantage politiques, contre des installations des Gardiens de la révolution, et les Américains se concentrent sur des frappes visant le nucléaire. Ce partage des tâches se passe très bien pour l'instant.

Après, il y a une 2e étape prévue, mais pas tout de suite, qui sera, une fois que les Américains et les Israéliens auront jugé que le régime est suffisamment affaibli pour qu'ils puissent se retirer et laisser les opposants faire leur job, c'est-à-dire sans parler du régime...

La 2e frappe sera sans doute israélienne, si j'ai bien compris. C'est-à-dire un épaulement militaire à l'aide de drones des opposants iraniens, pour leur faciliter la prise du régime. Sur les buts de guerre, les Américains et les Israéliens ont en partage l'éradication du programme nucléaire, l'éradication des missiles balistiques, de même que la diminution de toute la puissance des affidés et des proxys, notamment le Hamas et le Hezbollah.

Là où il y a une vraie différence, c'est qu'Israël, a fortiori depuis les massacres du 7-Octobre, considère qu'aujourd'hui, ils ont l'opportunité sans doute unique de se débarrasser de manière définitive du problème iranien. Pas que du régime iranien, mais du problème dans sa globalité. A la fois des mollahs qui menacent d'éradiquer Israël, et des affiliés locaux comme le Hamas et le Hezbollah, sans parler des Houthis.

Ils veulent aller jusqu'à la chute du régime. Ils savent que les bombardements ne vont probablement pas faire chuter le régime, mais au moins jusqu'à l'épaulement des opposants, alors que D.Trump imaginait sans doute une solution à la vénézuélienne.

Chaque fois qu'il est intervenu militairement, c'était rapide. Il a envoyé en juin les avions 15 jours en Iran, et il a dit que le programme iranien était kaput! Mais il avait déjà été, de facto, très endommagé.

Au Venezuela, opération absolument spectaculaire, on extrait Maduro, on change la tête du régime et on met à la place une maduriste un peu plus modérée qui dit oui à D.Trump. D.Trump a donc cru qu'il allait trouver un mollah modéré, mais ça n'existe pas!

C'est comme les talibans, il n'y a jamais eu de taliban modéré! Il a totalement mécompris la nature religieuse du régime. Ca n'a rien à voir avec le Venezuela.

D'où la différence sur les buts de guerre...

Les Iraniens ont le temps long. Les Iraniens ont les moyens car ils savent que c'est une question existentielle... - A.Casse: Et le temps court, il est pour? - I.Lasserre: Il est pour Trump.

Mais ça peut aller jusqu'à 5 semaines. - A.Casse: Question. - M.Pirzadeh: Non.

Par contre, ils ont déjà commencé à fêter Norouz mardi. En fait, c'est 3 fêtes. La première, c'était mardi.

On saute au-dessus du feu pour retirer tous les malheurs de l'année écoulée. qui se déroule dehors, car l'Iran est officiellement en deuil depuis la mort d'A.Khamenei.

Il est donc interdit de célébrer Norouz, qui est une fête joyeuse. Et les Iraniens, sans surprise, sont sortis dans les rues pour célébrer cette fête. Malheureusement, les forces de sécurité étaient là.

Des personnes ont été visées par des armes. Demain, c'est la fête du Nouvel An, à 18h16, heure de Téhéran, 15h46, heure de Paris. C'est plutôt un événement familial.

Mais là, les Iraniens sont allés faire quelques courses pour remplir la table, pour préparer des petits cadeaux pour les enfants. Ils vont le faire a minima, cette année. C'est l'équivalent de Noël, pour les Iraniens.

De ce qu'on me dit, ce serait suicidaire pour eux de sortir. 3 personnes ont été exécutées par pendaison ce matin. - A.Casse: 3 personnes ont été pendues aujourd'hui. - M.Pirzadeh: Ils sont là.

C'était lors de leur procès expéditif, sans avocat. Beaucoup se sont battus et ont tweeté sur les réseaux sociaux. L'un d'eux faisait partie de l'équipe nationale de lutte.

Il avait gagné des médailles. Il avait 19 ans. Ils sont très jeunes.

Ils sont sortis pour manifester en janvier et ils ont été accusés d'avoir tué 2 personnes qui faisaient partie de la force de répression, les Faraja, qui ont tiré à l'arme lourde sur la population. Ils ont fait partie des milliers d'arrestations. Ils étaient en cellule de confinement.

Ils avaient été condamnés à mort. C'est un message adressé à la population: "Si vous ressortez, vous allez être pendus." Et c'est aussi un message adressé à Trump.

Il se targuait d'avoir empêché 800 exécutions, avec cette action de janvier...

C'est donc aussi une réponse aux Etats-Unis. Il y a eu 4 pendaisons en 2 jours. On a pendu il y a 2 jours un Irano-Suédois qui avait la double nationalité.

Il était accusé de collusion avec le Mossad. Imaginez le quotidien des 90 millions d'Iraniens: des bombes, plus d'Internet depuis 3 semaines, la répression en cours et le risque de pendaison...

Je perds le contact de jour en jour avec des personnes sur place qui ont peur de me parler. Je pense que certains de mes contacts ont été arrêtés. Je n'ai plus de nouvelles.

Je suis très inquiète, car il y a un black-out total. En janvier, lors du black-out Internet, je n'avais pas senti la répression extrêmement forte, mais là, j'ai l'impression que c'est un cran au-dessus dans la répression. Comme ce régime est prêt à tout pour survivre, pour rester en place, ils sont en guerre contre Israël et les Etats-Unis, mais aussi contre leur population. - A.Casse: Parmi les joueuses de football iraniennes qui avaient refusé de chanter l'hymne iranien, certaines avaient demandé l'asile en Australie.

Sous les pressions contre la famille, 3 de ces 5 joueuses ont accepté de rentrer en Iran. 2 seulement sont restées en Australie. - F.Encel: Il n'y a pas de mollah ni d'ayatollah modéré.

Ce régime a tenté d'amadouer les Occidentaux à plusieurs reprises et une partie de la population en permettant à des candidats à l'élection présidentielle de participer, sachant que le président a très peu de pouvoir...

C'est le Guide suprême qui dispose des prérogatives religieuses et militaires. Mais on voit bien ce qui se passe ces derniers mois. Ce régime est ultra répressif.

Il reste de nature théocratique. Il est extraordinairement corrompu, par ailleurs. Je rejoins ce qui vient d'être dit.

Il est en guerre contre sa population. Il est capable, aujourd'hui, dans une situation d'adversité manifeste, d'aller jusqu'au bout et de "sacrifier" des centaines de milliers, peut-être des millions, de personnes, pour simplement demeurer au pouvoir. - A.Casse: On apprend chaque jour ou presque qu'un nouveau responsable du régime est assassiné.

La mort la plus spectaculaire, c'est celle A.Larijani, qui avait nargué les Américains en allant manifester à Téhéran lundi dernier. Il a été éliminé.

Hier, c'était le ministre du Renseignement iranien...

Il y a cette stratégie, mais en même temps, le régime tient? - O.Kempf: C'est pour ça qu'on parle de résistance de l'Iran, mais l'Iran est fragilisé.

Il est en guerre, dos au mur et prêt à tout. Mais en même temps, il est fragilisé car il y a des frappes et des bombes qui tombent tous les jours, des assassinats ciblés. Certes, il est préparé militairement à riposter, ce qui explique pourquoi il continue à envoyer des missiles et des drones, à des volumes qu'on ne soupçonnait pas, au bout de 3 semaines de guerre... - A.Casse: Vous êtes surpris vous-même? - O.Kempf: La semaine dernière, on avait observé une décroissance.

On était tombé à 40 drones et 10 missiles. Mais il y a 4 ou 5 jours qu'on voit à nouveau une augmentation. On est repassé à 90 drones et 50 missiles.

Aujourd'hui, on doit être sur cette base...

Ils ont des réserves, ils se sont préparés militairement à conduire cette guerre dans la durée. Politiquement, ils s'y sont aussi préparés. Chaque responsable a 3 ou 4 adjoints.

Mais mettre un adjoint à la place d'un chef, ce n'est pas exactement la même chose que d'avoir le chef en place. Il y a donc une fragilisation certaine du régime, de l'appareil militaire et de l'appareil politique. Mais je rejoins ce que disait Isabelle, souvenez-vous de l'Afghanistan...

Les talibans disaient: "On a le temps, vous avez la montre." Trump a la montre et les Iraniens, aujourd'hui, disent qu'ils ont le temps. Est-ce que c'est vrai?

Ils ont en tout cas plus de temps que D.Trump. - A.Casse: On a l'impression que ce régime est une hydre.

A chaque fois, une nouvelle tête pousse. - M.Pirzadeh: C'est un système très opaque.

Tout est dédoublé. Il y a 2 services de renseignement en Iran. Quand vous êtes arrêté, la 1re question, c'est de savoir si c'est par les Gardiens de la révolution ou par la République islamique.

Il y a 12 services de renseignements en Iran. A.Larijani était identifié comme celui qui gouvernait de facto l'Iran.

Il était mandaté par A.Khamenei pour mener cette guerre à laquelle la République islamique se prépare depuis 47 ans. Il s'est rendu en Russie pour rencontrer V.Poutine.

Il avait été mandaté par A.Khamenei pour préparer des successeurs. Son décès rend le système de la République islamique encore plus opaque.

Après lui, il y a forcément des noms: le ministre de la Justice, le président du Parlement...

Mais des personnalités comme A.Larijani, il n'y en a plus beaucoup. Il était quasiment la quintessence de la République islamique, au même rang qu'A.Khamenei.

Il a construit la République islamique depuis 47 ans. Il a tenu des postes-clés. C'était d'ailleurs surprenant de le voir encore en vie.

C'est pour ça que ça a alimenté les spéculations. On disait que c'était peut-être à lui que pensait D.Trump pour tenir les négociations. - A.Casse: Cette guerre du pétrole et du gaz dont on parle depuis le début semble faire les affaires de V.Poutine.

La Russie est le 2e exportateur mondial de l'or noir, et certaines sanctions sont temporairement assouplies. De son côté, V.Zelensky envoie des experts de drones au Moyen-Orient. - Ce jour-là, en direct à la télévision, le secrétaire du Trésor américain semble quelque peu embarrassé par ce qu'il doit annoncer. - S.Bessent: Afin d'atténuer la pénurie temporaire de pétrole dans le monde...

Nous autorisons l'achat de pétrole russe. - Une levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe, c'est la solution trouvée par les Etats-Unis pour faire baisser les prix. Un cadeau pour le Kremlin, qui salue la mesure. - D.Peskov: Sans l'important volume de pétrole russe, la stabilisation du marché est impossible.

Par conséquent, dans la situation actuelle, nos intérêts convergent. C'est en tout cas notre point de vue. - Jackpot immédiat pour la Russie. - La levée des restrictions concerne environ 100 millions de barils. - Les raffineries indiennes se précipitent. - L'Inde intensifie ses achats de pétrole russe: 30 millions de barils de pétrole viennent d'être achetés à la Russie. - Soit plus de 3 milliards de dollars empochés en quelques jours seulement par la Russie.

La guerre au Moyen-Orient, une aubaine pour V.Poutine, qui a tout intérêt à la voir s'éterniser et à faire tenir le régime des mollahs, un vieil allié. L'Iran lui a longtemps fourni des armes pour sa guerre en Ukraine, les drones Shahed notamment.

Aujourd'hui, le Kremlin rend la pareille et soutient Téhéran avec des renseignements. - L'information vient de tomber: la Russie partage des images satellites avec l'Iran et l'aide avec des drones. - Ce soutien russe est, à mon avis, très important.

Il permet aux Iraniens de cibler bien plus efficacement certains sites, certaines cibles et, pourquoi pas, les navires américains dans le Golfe. - Autre avantage pour Poutine: la guerre au Moyen-Orient semble faire oublier le conflit en Ukraine. Les bombardements continuent pourtant.

Alors, V.Zelensky enchaîne les déplacements européens. Espagne, Royaume-Uni, France...

Il veut recentrer l'attention sur son combat. Sa principale crainte: que l'aide américaine soit détournée vers le Moyen-Orient. - V.Zelensky: Je suis parfaitement conscient que les défis sont importants.

Sur le cas de l'Iran, le fait que nous allons manquer de moyens de défense antiaérienne, qui sont déjà utilisés dans le Proche-Orient, tout ça, ce sont des défis. - Pour garder le soutien de ses alliés, V.Zelensky propose son aide.

Des soldats ukrainiens, experts dans la défense antidrone, ont été envoyés au Moyen-Orient. - V.Zelensky: L'Ukraine possède la plus grande expérience au monde en matière de lutte contre les drones d'attaque.

Sans cette expérience, il sera très difficile pour la région du Golfe, comme pour nos partenaires en Europe et en Amérique, de mettre en place une protection efficace. Nous sommes prêts à aider ceux qui nous aident. - V.Zelensky fait aussi pression sur les 27 pour obtenir les 90 milliards d'euros d'aide promise en février.

Tout faire pour que V.Poutine ne soit pas le grand gagnant de la guerre au Moyen-Orient. - A.Casse: Question. - I.Lasserre: Oui.

V.Poutine va se servir de la guerre d'Iran pour financer sa guerre en Ukraine. C'est terrible.

Ca lui donne 6 mois de plus, un an de plus. D'un côté, on a une rentrée d'oxygène du côté russe, grâce à cet argent du pétrole. De l'autre côté, on a une sortie ukrainienne avec, chaque jour qui passe, de moins en moins d'intercepteurs et de défenses antiaériennes pour les Ukrainiens, qui se démènent et qui, sur le terrain depuis un mois et demi, reprennent des kilomètres.

Ils tiennent et sont résilients. Ce qui est terrible, c'est qu'on voit qu'il y a un gap qui ne va forcément durer très longtemps. Les Ukrainiens font tellement d'efforts pour développer leur défense et leur industrie de défense, leurs usines de production de drones...

Ils ont compris qu'ils ne pouvaient pas compter uniquement sur les Américains et les Européens. Ils disent aujourd'hui que les seules vraies garanties de sécurité sont les leurs. Ils sont en train de passer le turbo.

Il y a encore ce moment où il faut les aider. Ils ont encore besoin de l'aide des Européens. - A.Casse: Elle est bloquée pour l'instant.

V.Zelensky espère que ça va changer. On est à ce moment-là où V.Poutine profite de la guerre.

Il aide le régime avec des drones. Pourtant, D.Trump ne s'en émeut pas.

Il ne réagit pas. - F.Encel: C'est vrai.

Sur Poutine, je serais plus nuancé. Les Russes achètent peu d'armes à l'extérieur. Il y a les fameux drones Shahed.

Depuis 4 ans, ils ne parviennent pas à percer le front ukrainien. Pour le reste, ils construisent leurs armes eux-mêmes. Ca lui fait du cash supplémentaire, c'est incontestable. - I.Lasserre: Notamment les salaires. - F.Encel: Il va pouvoir rétribuer les soldats et leurs familles, dont celles qui ont perdu l'un de leurs garçons.

En même temps, cette guerre illustre, et le fait est que le régime islamique sera de toute façon considérablement affaibli, la nullité de la présence géopolitique russe dans la région. Il n'y a plus de bases en Syrie, il n'y a aucune espèce d'alliance et pas de coopération réelle avec des Etats du Golfe. La République islamique d'Iran n'est pas un allié.

Ou alors V.Poutine ne la soutient pas. On n'a Pas vu de submersibles, d'insubmersibles, de chasseurs russes tenter de défier les Américains ou les Israéliens.

En réalité, Poutine n'est pas un acteur important de cette région. Petite pirouette assez stupéfiante: V.Zelensky peut arriver dans le Golfe crânement, alors qu'il n'y pesait pas grand-chose, avec une expertise face à des drones iraniens qui frappent les Etats.

A l'inverse, l'Ukraine devient un acteur extérieur certes, mais un acteur positif et précieux pour des Etats du Golfe très solvables. Ils vont pouvoir lui acheter cette expertise. - A.Casse: Il peut aussi en tirer profit? - F.Encel: Quelque part, heureusement. - M.Pirzadeh: Ce qui est incroyable...

La séquence à laquelle on assiste, il y a la levée des sanctions sur la Russie...

Mais aujourd'hui, l'Iran, avec la Corée du Nord, est le pays le plus sanctionné du monde. Il y a un embargo sur le pétrole iranien. Il y a eu une petite accalmie sur l'accord sur le nucléaire, où les Iraniens vendent 4 millions de barils par jour.

Il y a le double discours des menaces de D.Trump et des confidences d'anonymes du renseignement, qui disent qu'un contrôle de l'île de Kargh, la fameuse île où se concentre une grande partie du pétrole iranien, pourrait être américain. La politique de sanctions favorise les Gardiens de la révolution.

Ils se sont toujours enrichis avec. Le pétrole est vendu à la Chine, à l'Inde, à des prix dérisoires. Les rares navires qui arrivent à passer sont des pays comme le Pakistan...

Il y a 3 jours, un pétrolier est parti vers le Pakistan. Ils ouvrent le détroit d'Ormuz pour leurs pays alliés. S'il y a un allégement des sanctions, ça veut dire que la République islamique a un peu gagné.

Elle a réussi à faire plier D.Trump. - A.Casse: Est-ce que l'intervention au sol se précise?

D.Trump a démenti tout à l'heure. Mais Reuters dit qu'il y a un plan pour envoyer des renforts supplémentaires au Moyen-Orient.

L'une des solutions envisagées, selon 4 sources qui parlent à Reuters, serait de déployer des troupes sur le littoral iranien. Un général a annoncé que les forces américaines engageraient désormais des avions et des hélicoptères dans le sud de l'Iran. Est-ce que vous voyez cette intervention au sol se préciser? - O.Kempf: Le rôle des états-majors est de construire des plans, surtout quand tout ne se passe pas comme prévu.

Clairement, pour les Américains, tout ne se passe pas comme prévu. Les côtes sur le détroit d'Ormuz sont des falaises abruptes avec des infructuosités partout, qui ont été aménagées sur 200 km. Ca a été aménagé depuis des années par les Iraniens, qui ont trouvé des grottes, creusé des tunnels, qui peuvent envoyer des camions ou des pick-up avec des lanceurs...

Occuper 200 km d'une côte assez escarpée, dans une situation de guerre, sachant que pour débarquer, vous allez difficilement envoyer des bateaux...

Il faudra tout faire avec des hélicoptères et avec une défense sol-air qui sera active...

On nous parle de 2500 ou 5000 hommes. Une brigade fait 5 ou 10 km. Pas 200.

Rendez-vous compte. C'est un entonnoir. - A.Casse: Il y a aussi l'île de Kargh, 25 000 km2... - O.Kempf: Qui est au fond du Golfe.

Comment on fait pour y aller? On envoie des bateaux, alors que les Iraniens regardent tout? On envoie des navires de débarquement?

Non. On y va avec des engins qui volent alors que les Iraniens sont là? Tout est envisageable.

Oui, c'est une hypothèse. Cela étant, peut-être que le simple fait de le dire, de lancer la rumeur...

Je sais que les autorités américaines sont habiles et coutumières du fait, ça fait partie de la stratégie. "Je fais semblant de lancer des menaces alors que je ne vais pas le faire." - F.Encel: Démonstration de force de vos forces.

Il faut dissuader l'adversaire. L'île de Kargh est la jugulaire principale de l'Iran. L'Iran n'obtient plus aucune rentrée si elle ne vend pas son brut, à part à l'Inde ou à la Chine.

Militairement, c'est tout à fait faisable. - A.Casse: Déjà 13 soldats américains sont morts. - F.Encel: Le calendrier de ce point de vue n'est pas favorable à D.Trump.

Dans une démocratie, il y a des élections. - A.Casse: On va aller au Liban dans un instant. - I.Lasserre: Une autre chose a été étudiée avec des commandos américains.

Là, on parle du trésor iranien. Un commando pourrait essayer de mettre la main sur les 450 kg d'uranium enrichi, qui ne seraient plus que 250 ou 300 kg, puisqu'une partie serait enterrée...

Ce serait des commandos américains peut-être aidés par des commandos israéliens. Si c'est jugé trop compliqué et risqué, ça peut être une opération aérienne qui enterre cet uranium enrichi pour que personne ne s'en serve jusqu'à la chute du régime. - A.Casse: On en reparlera.

On va au Liban, où se trouve le ministre français des Affaires étrangères. La guerre a fait plus d'un millier de morts et 1 million de déplacés. Nous avons rencontré sur place l'ancienne ministre de la Culture, R.Abdul Malak, et actuelle directrice de "L'Orient-Le Jour".

Elle témoigne du quotidien des Libanais. - Un immeuble en ruine au coeur de Beyrouth après des frappes israéliennes. Tsahal soupçonnait des membres du Hezbollah de s'y abriter.

Une scène qui se répète quotidiennement depuis plus de 2 semaines. Les Libanais pris au piège d'une guerre qu'ils n'ont pas voulu. Parmi eux, R.Abdul Malak, ancienne ministre française de la Culture.

Retournée vivre dans son pays de naissance, elle est à la tête du quotidien "L'Orient-Le Jour". - R.Abdul Malak: Les Libanais sont à bout.

Je le vois partout autour de moi. Les moments de panique, les pénuries d'essence, les files d'attente...

Les embouteillages quand il y a des déplacements forcés de population, le bruit des bombardements assourdissant...

Tout ça, les Libanais l'ont dans leur chair. C'est inscrit dans leur mémoire. C'est aussi une accumulation de crises et de tragédies depuis plusieurs années.

Depuis 2019, avec l'explosion du port, la crise financière, le covid, la guerre de 2024...

Il y avait un moment d'espoir et de répit. On avait cet espoir d'une vie et d'un avenir meilleurs et plus stable. Là, tout s'est effondré. - Celle qui a quitté le Liban à l'âge de 10 ans pendant la guerre civile craint que le conflit d'aujourd'hui ne fasse que commencer. - R.Abdul Malak: Cette invasion israélienne au sud...

On est en train de la voir se mettre en place. Tous les signaux montrent que c'est ce qui se passe. On a l'impression que personne n'arrive à l'en empêcher.

Cette occupation du Sud-Liban a quand même duré de 1982 à 2000, la dernière fois. C'est comme ça que le Hezbollah est né et a été légitimé par une partie de la population. On ne veut pas retomber dans ce schéma aujourd'hui. - Elle pointe aussi la responsabilité du Hezbollah.

Le groupe chiite a lancé la première des roquettes dans le nord d'Israël en soutien à Téhéran. Son journal a ouvertement pris position le lendemain de l'attaque avec ce titre: "Le Hezbollah suicide le Liban." - R.Abdul Malak: Il y a globalement un divorce entre les Libanais et le Hezbollah.

Si on prend les autres communautés religieuses, les sunnites, les chrétiens, les druzes et une partie de la communauté chiite, tout le monde souhaite qu'on sorte de cette guerre. Sa base a été très en colère contre lui de l'avoir entraînée dans cette guerre. La communauté chiite en souffre le plus.

C'est elle qui quitte ses maisons, qui a des morts et des blessés. Tout le monde souhaite que le Hezbollah soit désarmé, qu'il devienne un parti politique classique, si c'est possible. Tout le monde souhaite qu'on sorte de cet engrenage et que ce soit l'armée libanaise qui protège tous les citoyens et aucune autre milice autoproclamée. - Comment y parvenir?

Pour la directrice de "L'Orient-Le Jour", la solution doit venir d'un effort collectif. - R.Abdul Malak: Il y a un réveil qui doit être urgent, que ce soit de l'ensemble de la population, de la population israélienne qui peut pas laisser continuer ça, et de notre gouvernement, qui doit aller au bout de sa volonté de désarmer le Hezbollah.

On peut pas accepter cette fatalité. Comment on se projette dans l'avenir si on doit revivre incessamment les drames du passé? Il faut qu'on arrive à en sortir.

Il doit y avoir une solution politique, un chemin qui mène à la paix. - Au 17e jour des opérations israéliennes au Liban, le bilan s'élève à 968 morts et plus d'un million de déplacés. - A.Casse: On remercie nos envoyés spéciaux sur place.

Quand vous entendez R.Abdul Malak et que vous voyez la une de "L'Orient-Le Jour", vous êtes d'accord avec l'expression? - F.Encel: Tout à fait.

Le Hezbollah a été créé en 1982 par la République islamique d'Iran. Ca a toujours été son inféodé, son outil. Le Hezbollah n'a jamais défendu le Liban.

Il a toujours été l'instrument de la République islamique d'Iran. Pour la 1re fois depuis les accords de Taëf, en 1982, après la première guerre civile...

C'est des accords inter-libanais et inter-arabes. Toutes les milices du Liban devaient être désarmées. Elles l'ont toutes été, sauf le Hezbollah.

C'est devenu un Etat dans l'Etat, très corrompu et narcotrafiquant. Il était très obéissant à Téhéran. Pour la 1re fois depuis 1989, le Premier ministre, vu qu'il est issu d'un ancien parti chiite, exige le désarmement du Hezbollah.

Il dit que ce n'est pas une guerre libanaise mais une guerre importée par le Hezbollah au Liban. Cette instrumentalisation, les Libanais n'en veulent plus. - A.Casse: Y a-t-il un risque de guerre civile? - F.Encel: C'est ce que craignent la plupart des Libanais.

Mais les Libanais les plus courageux, ou les plus conscients de la nécessité de rebâtir un Etat libanais, considèrent que l'armée libanaise doit enfin prendre en charge la lutte contre la branche militaire du Hezbollah, qui peut très bien être un parti politique comme un autre. - M.Pirzadeh: Quand on parle d'un million de déplacés au Liban, 1 million, c'est comme s'il y avait 10 millions de déplacés en France.

Il y a 6 millions d'habitants au Liban. Les Libanais payent une guerre qui n'est pas la leur. Le Hezbollah a été créé pour protéger la République islamique.

Pendant quelque temps, c'était historique que le président J.Aoun demande au Hezbollah de se démilitariser. La question qui se pose maintenant, c'est: est-ce que cette base populaire du Hezbollah va se détourner du Hezbollah pour favoriser les Libanais?

C'est presque une bataille entre l'Etat libanais et le Hezbollah. Les partisans du Hezbollah également. - A.Casse: Le chef de la diplomatie française est sur place.

L'Union européenne appelle à la désescalade. - I.Lasserre: Pour l'instant, c'est le temps de la guerre.

Les propos d'appel au désarmement, d'appel à la désescalade, tombent dans le vide, d'autant que la France ne participe pas à cette guerre. C'est bien de le dire. La France a aidé le Liban.

Elle veut continuer à le faire. C'est compliqué. Elle est en partie pénétrée par le Hezbollah.

Est-ce qu'on peut régler le problème du Hezbollah, comme celui du Hamas, si on ne règle pas le problème du régime islamique à Téhéran? Non. On voit bien que ça n'a pas marché jusque-là.

La guerre menée par Israël contre le Hezbollah après le 7 octobre 2023...

Le Hezbollah s'était réarmé. L'Etat islamique avait décentralisé ses commandements, dont un commandement au Liban. Il avait exporté des cadres des Gardiens de la révolution pour faire repartir la machine. - A.Casse: On passe à vos questions. - O.Kempf: Anéantir, non, totalement, non, mais dégrader suffisamment pour que, dans la durée, ça pose des problèmes gigantesques...

Dès à présent, pour redémarrer les installations arrêtées, ça prend des semaines. Une installation qui a été touchée, dégradée et un peu cassée, ça se compte en mois. Si ce qui a été engagé hier se répand sur l'ensemble des systèmes de production pétroliers et gaziers, c'est plusieurs mois voire un an.

Ca va avoir des conséquences très longues. - A.Casse: Ca peut même prendre plusieurs années.

C'est ce que dit le dirigeant de la principale compagnie qatarie. - O.Kempf: La question est "anéantir totalement".

Sans aller jusque-là, il y a rapidement des moyens de dégradations profondes qui auront des conséquences durables. La hausse des cours du pétrole...

C'est pas parce que, demain, il y a un accord trouvé et que le détroit d'Ormuz est rouvert, que subitement, on va perdre 20 centimes dans notre litre d'essence. - A.Casse: Question. - F.Encel: Je ne le crois pas.

On reste sur une guerre régionale dans ce schéma. On n'est toujours pas dans une véritable guerre régionale. Il y a une guerre entre la coalition...

Entre les Etats-Unis et Israël d'une part et le régime iranien d'autre part. Dans une guerre, vous avez 2 belligérants. Sinon, c'est une agression.

La République islamique d'Iran agresse un certain nombre de pays non belligérants, une grosse dizaine, jusqu'au sud-est de l'Europe. Mais il y a décision politique, pour l'instant, de ne pas riposter. Je ne crois pas à une extension régionale et encore moins mondiale.

D'autant que les Etats que vous venez de mentionner, les Etats du Golfe, disposent pour certains d'une alliance avec la France. La plupart sont déjà alliés des Etats-Unis. Or, les Etats-Unis frappent déjà l'Iran.

Par une espèce de faux paradoxe, je ne crois pas à une extension possible, même si les Etats ripostaient contre l'Iran. - A.Casse: Vous êtes d'accord, Olivier? - O.Kempf: Est-ce qu'on est partis sur une guerre mondiale avec un assassinat d'un archiduc quelque part?

Non. C'est pas ça. C'est pas cette mécanique.

L'histoire est aujourd'hui très localisée dans le Golfe. Ca ne débordera pas très loin. - A.Casse: Question. - I.Lasserre: Intervenir peut-être au niveau national pour essayer... - A.Casse: Sortir le carnet de chèques.

C'est pas dans les tuyaux. - I.Lasserre: C'est ce qu'on fait en France quand ça devient compliqué. - A.Casse: Le téléspectateur doit faire référence à la mission internationale qui se dessine dans le détroit d'Ormuz. - I.Lasserre: Elle est floue pour l'instant.

Je me prononcerai pas sans connaître les détails. Ca peut changer de tout au tout. On en sait assez peu. - A.Casse: Question. - I.Lasserre: Les Etats-Unis peuvent-ils monnayer... - A.Casse: Question.

Je pense que c'est contre un engagement de Trump pour soutenir l'Ukraine. - I.Lasserre: Hier, on craignait que V.Zelensky et l'Ukraine plus généralement, n'arrive pas à retirer les bénéfices de son aide aux pays du Golfe, parce que les Européens, auxquels il est associé, diraient "non" à Trump.

C'est un peu plus compliqué. Il rend un fier service. Il faudrait convaincre les pays du Golfe de ne pas aider Zelensky. - A.Casse: C'est une très bonne question.

Dans ce communiqué signé par la France et 5 autres pays, je ne sais pas si vous avez été surpris, mais on peut l'être. La France avait dit non à D.Trump.

Pourquoi y a-t-il un oui? Est-ce que l'Ukraine a été mise sur la table? - F.Encel: J'en ai pas la certitude.

C'est une hypothèse. L'autre, c'est un seuil limite de gravité au-delà duquel on ne peut pas ne pas intervenir sans ne plus se considérer comme une puissance mondiale. La France et le Royaume-Uni sont des Etats qui se représentent encore, et qui mettent encore des budgets tout juste nécessaires pour incarner de véritables puissances. - A.Casse: Question. - M.Pirzadeh: Les Gardiens de la révolution et la personnalité la plus élevée, mais c'est les Gardiens de la révolution qui ont pris le pouvoir.

Il n'a pas été visible, blessé probablement. - A.Casse: C'est une information gardée.

Merci. Tout de suite "C à vous". - A.-E.Lemoine: Au programme ce soir, l'inquiétude en Grande-Bretagne avec une multiplication des cas de méningite. 2 décès et la crainte d'une épidémie.

L'arrivée de plus en plus précoce des moustiques dans l'Hexagone.

Iran : après le pétrole... la guerre du gaz — Georges Naturel · Pourquijevote