Sécheresse, augmentation des besoins en eau... Quels sont les effets de la canicule sur les nappes phréatiques ?
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 6h21, hier à 7h-ci, on s'intéressait à l'effet de la canicule sur nos organismes, sur notre santé. Ce matin, autre impact de ces chaleurs extrêmes, la sécheresse, à quel point s'aggrave-t-elle ? Notre invité est un spécialiste des eaux souterraines. Bonjour David Ratteau. Oui, bonjour. Vous êtes hydrogéologue au Bureau de recherche géologique et minière. Le BRGM qui, au sortir de l'hiver, disait que les nappes phréatiques étaient à un niveau satisfaisant. Deux canicules plus tard, où en est-on ?
Alors, effectivement, les niveaux étaient très satisfaisants, notamment en février. On a eu un excédent de pluie en février qui a permis une très bonne recharge des nappes. Et au sortir de l'hiver, on avait fait une situation vraiment très satisfaisante.
Et là, c'est déjà effacé ?
Oui, aujourd'hui, on est en pleine vidange depuis la deuxième quinzaine de mars. C'est-à-dire que les eaux souterraines se vidangent naturellement dans les cours d'eau. Et effectivement, maintenant, on a une situation encore assez favorable, mais ça se dégrade de jour en jour, puisque les niveaux sont en baisse sur 9 points sur 10 d'observation.
C'est moins bien que l'an dernier à la même époque ?
Alors, c'est à peu près équivalent. Ce n'est pas forcément dans les mêmes endroits que ça se passe. C'est assez contrasté sur le territoire. On a des régions qui sont un peu plus sensibles à la vidange. C'est le cas en Bretagne ou dans le Limousin. Ou cette année dans le Grand Est aussi, où il n'y a pas eu autant de pluie en février que dans les autres régions.
En Bretagne, malgré toute la pluie qui est tombée en janvier et en février ?
Oui, parce que ce sont des nappes qui sont très réactives. Donc, elles sont très sensibles à la quantité de pluie. Et aussi, quand il ne pleut pas, elles se vidangent assez rapidement dans les cours d'eau. Et là, on est à des niveaux qui sont modérément bas en ce moment.
Mais quel est, en fait, concrètement, l'effet d'une canicule sur les réserves souterraines en eau ? Il est direct ou indirect ?
Alors, effectivement, les effets ne sont pas très directs. Puisque les eaux souterraines sont quand même sous terre.
Il n'y a pas d'évaporation ?
Non, il n'y a pas d'évaporation. Les eaux souterraines sont à peu près à 13 degrés. Donc, au mieux, les pluies superficielles vont peut-être avoir un ou deux degrés de plus. Mais bon, ce n'est pas trop l'enjeu. Par contre, de façon indirecte, effectivement, c'est plus le cas. Puisqu'on sait qu'il y a une corrélation entre les températures qui augmentent et les besoins pour satisfaire les usages aussi.
Les besoins des humains, la végétation aussi qui pompe plus, j'imagine.
Alors, la végétation, elle va plutôt pomper dans le sol. Mais par contre, pour irriguer les cultures, on va avoir une augmentation de l'irrigation et effectivement une augmentation des besoins en eau pour la population, pour les touristes. Voilà, c'est plus ça.
Donc, il faut faire la distinction entre sécheresse de surface et en profondeur ?
Oui, c'est ça, exactement. Il y a un petit décalage, il y a même un décalage important entre ce qu'on peut voir dans l'atmosphère et le niveau des nappes. Le niveau des nappes va être vraiment impacté avec la recharge hivernale. Par exemple, en 2022-2023, on a eu une sécheresse hivernale qui n'a pas permis d'avoir une recharge satisfaisante des nappes. Et donc, on a connu des soucis pour l'aider d'après.
On n'en est pas là aujourd'hui ?
Non, voilà, on n'est pas tout à fait dans la même situation puisqu'on a eu quand même une bonne recharge au mois de février.
Alors, pour autant, il y a quand même pas mal de départements qui sont en alerte sécheresse avec parfois des interdictions d'arroser notamment. Est-ce que les orages attendus dès ce soir et dans les prochains jours peuvent avoir un effet bénéfique ?
Alors, ça aura un effet bénéfique uniquement pour la végétation. Et encore, là, le souci, c'est que les sols sont tellement secs que de toute façon, la pluie qui va tomber va d'abord ruisseler ou satisfaire les besoins de la végétation. Et donc, elle ne sera pas du tout bénéfique pour la recharge des nappes.
Oui, ça va glisser ou au pire, ça va s'évaporer. Donc, il faut plusieurs pluies continues pour que ça commence à rentrer dans les sols.
Oui, et pas très intense non plus, parce que les orages, souvent, c'est très intense, c'est très localisé. Ce n'est pas homogène sur le territoire. Donc, de toute façon, ça sera bénéfique là où ça va tomber et uniquement pour la végétation.
Et les conséquences des nappes phréatiques qui se vident, c'est évidemment un manque d'eau. Est-ce que ça se ressent aussi au niveau de la biodiversité ?
Oui, parce que, comme je l'ai dit tout à l'heure, effectivement, les nappes se vidangent naturellement dans les cours d'eau. Dans la plupart des cas, c'est comme ça. Et donc, plus le niveau de la nappe est bas, moins ça va soutenir les cours d'eau. Et donc, l'avantage de soutenir les cours d'eau, c'est que la température de l'eau souterraine va permettre d'avoir des îlots de fraîcheur dans le cours d'eau. Ça permettra à certaines biologies de pouvoir se réfugier dans ces îlots-là. Donc, c'est important qu'il y ait toujours ce lien eau souterraine, haute surface.
Et donc, dans la difficulté dans les semaines à venir, ça va surtout être le partage de l'eau entre les besoins agricoles, de la population, les besoins de la nature. C'est vraiment ça l'enjeu ?
Oui, ça fait partie même de la directive cadre européenne sur l'eau qui, justement, met ça en avant. C'est-à-dire qu'il faut satisfaire les besoins des milieux aquatiques, mais aussi les besoins des usages. Et il faut essayer de faire cette gestion-là en prenant en compte tout ça.
Est-ce que vous menez, vous, au BRGM, un suivi particulier dans des périodes comme les canicules ? Est-ce que les pouvoirs publics vous sollicitent ?
Alors, on est sollicité parce qu'en fait, on gère un réseau piézométrique national. Un réseau piézométrique, c'est les points d'observation qui nous permettent de mesurer le niveau des nappes un peu partout en France. Et donc, les pouvoirs publics nous sollicitent dans ce cadre-là. Ils veulent avoir un bilan à chaque fois de la situation, un peu comme on fait là ce matin.
Et si on dézoome et qu'on prend un peu de recul, est-ce que vous constatez une aggravation de la situation année après année ?
Alors, pas tant que ça. Pas vraiment, en fait. Pour l'instant, tout dépend, en fait, vraiment des pluies hivernales. Donc, on n'a pas encore d'effet des règlements climatiques ou... On n'a pas assez de recul encore ? Non, on n'a pas assez de recul, surtout que le réseau qu'on a mis en place, il est encore assez récent pour pouvoir faire ce genre de comparaison. Les données ne sont pas assez anciennes, c'est ça ? Oui, c'est ça.
Merci beaucoup, David Ratteau. Donc, hydro-géologue au BRGM, Bureau de recherche géologique et minière. Vous étiez l'invité du 5-7. Merci beaucoup, David Ratteau.
Merci beaucoup, David Ratteau.