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interviewRMC — Face à Face· 12 décembre 2025 26 min

Face à Face : Gérald Darmanin - 12/12

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC. Est-ce que ça veut dire qu'en creux, vous reconnaissez qu'aujourd'hui, les sanctions ne sont ni utiles, ni rapides, ni effectives ?

0:43
Gérald Darmanin

Alors, la justice est lente et c'est, je pense, la grande injustice de notre pays. Le temps trop important que la victime, que l'accusé attend, que la société attend pour la sanction. Ça, c'est sûr, et cette lenteur de la justice, ça vaut dans la justice pénale, ça vaut aussi dans la justice civile. On attend trop souvent son divorce, sa garde de ses enfants, la tutelle, son problème immobilier qu'on doit régler. Est-ce que la justice est efficace ? Elle l'est en partie, mais elle ne l'est pas totalement. La moitié des peines de prison prononcées par les tribunaux, les gens ne vont pas une seule journée en prison.

Est-ce que c'est efficace de prononcer des peines de prison qu'on ne fait jamais ? Autant ne pas les prononcer et faire celles que l'on prononce. Et puis, est-ce que c'est utile ? Il y a 70% de récidives dans notre pays. Quand les détenus sortent de prison, ils récidivent 7 fois sur 10. Ça montre que notre système n'est pas efficace. Quand je vous écoute, c'est un constat terrible. C'est un constat terrible parce que la justice, c'est très important pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Ça cimente évidemment la démocratie, ça nourrit le populisme que de voir une justice inefficace.

Je constate malheureusement que tous les pays européens ont les mêmes difficultés parce que nous avons basé notre système de justice sur le fait qu'il fallait être très récidiviste pour pouvoir être sanctionné lourdement.

1:59
Présentateur

Au fond, ça laissait entendre qu'on pouvait, pendant un temps relativement long, agir impunément.

2:06
Gérald Darmanin

En tout cas, sans que les sanctions ne soient ni rapides ni dissuasives. Et donc, les gens qui vont en prison, l'immense majorité des gens qui vont en prison, ce sont des gens qui ont commis beaucoup, beaucoup d'actes. Et alors là, les policiers et les gendarmes disent « On arrête les personnes et ils ne vont jamais en prison ». Vous connaissez cette formule, j'ai été mise à l'intérieur, je l'ai constaté, je l'ai vu. On a des juges, des magistrats qui disent « Mais alors moi, j'ai quelqu'un qui est très récidiviste, qui a déjà des addictions à la drogue et d'alcool, qui est déjà très désocialisé. À quoi ça sert que je vais mettre en prison ? Ça ne va pas arranger sa socialisation.

S'il a des maladies psychiatriques, il ne devrait pas aller en prison, il devrait aller ailleurs. »

2:37
Présentateur

Ça veut dire que les juges s'auto-censurent ?

2:39
Gérald Darmanin

Non, ça veut dire que les magistrats ont malheureusement un code pénal qui ne les aide pas. Par exemple, dans le code pénal, il est écrit qu'une peine, c'est égal à six mois de prison et autant d'amende. Et il y a dans le même code pénal, un article qui dit qu'à six mois de prison, on ne fait pas de prison. Il y a un aménagement de peine obligatoire. Donc tout ça est totalement contradictoire ? C'est absurde. Il y a des dispositions législatives qui ont été rajoutées au fil du temps, qui sont absurdes. Aujourd'hui, la quasi-intégralité des personnes qui sont condamnées à moins d'un an de prison ne font pas du tout de prison. Alors le projet de loi que je prends... Ça va changer ? Exactement.

Il met fin à l'aménagement de peine obligatoire. Le juge pourra prononcer des courtes peines, comme c'est le cas dans d'autres pays. Je pense notamment aux Pays-Bas ou en Angleterre. Les courtes peines, c'est quoi ? C'est des peines d'un mois, deux mois, trois mois, quatre mois de prison. Ce qui compte. Ce n'est pas la grandeur de la peine. Ce qui compte, c'est la certitude de la peine. C'est d'être certain qu'au premier ou au deuxième fait, en tout cas après un carton jaune, il doit y avoir un carton rouge, on puisse avoir une sanction claire, rapide, qui montre à la victime, à l'accusé, à la société que la justice fait quelque chose.

3:41
Présentateur

Donc, création de courtes peines, voire d'ultra courtes peines. C'est-à-dire que vous poniez l'exemple de la Hollande. En Hollande, on peut même aller pour quelques jours en prison.

3:48
Gérald Darmanin

Alors, on laissera le juge totalement libre de fixer la peine qu'il doit fixer. Et donc, en effet, il peut y avoir des peines d'un mois. Aujourd'hui, elles sont interdites dans le code pénal. C'est tout à fait possible. On va adapter notre immobilier carcéral, nos prisons, à ça. On ne va pas envoyer des gens qui font deux mois de prison dans les maisons d'arrêt classiques, qui sont déjà surpeuplées. On aura l'occasion d'en reparler. Mais oui, il y aura des courtes peines possibles prononcées par le juge.

4:10
Présentateur

Peine obligatoire pour chaque condamnation. C'est-à-dire que chaque condamnation, il y aura une peine. Parce que parfois, aujourd'hui, on peut être condamné sans qu'il y ait vraiment de peine à proprement parler.

4:20
Gérald Darmanin

Vous avez tout à fait raison. Ce n'est que quelques centaines de cas par an. Il ne faut pas faire croire aux Français qu'il n'y a aucune peine. Mais parfois, la peine n'est pas du tout proportionnée à la difficulté que nous connaissons. Et donc, il y a notamment dans le texte de loi que je propose, quelque chose de très nouveau, qui est une peine minimale. Ce n'est pas la peine planchée. La peine planchée, c'était une peine qu'on appliquait quand il y avait récidive. Là, c'est une peine minimale, y compris le premier fait.

Et en l'occurrence, la première peine minimale qu'on propose, c'est tous ceux qui attaquent les policiers, les gendarmes, tous ceux qui sont dépositaires de l'autorité publique, les agents pénitentiaires, les magistrats, tous ceux qui représentent l'autorité. Et bien, par exemple, c'est une peine minimale. La proposition que je fais dans le texte de loi, c'est d'un an, un an de prison. Donc, il y aura une peine maximale et une peine minimale. Et le juge y fixera entre cette peine minimale et maximale.

5:01
Présentateur

Il y a aujourd'hui beaucoup d'aménagements pour un certain nombre de profils de personnes condamnées, notamment pour les OQTF. Est-ce que demain, vous vous dites qu'il faut quelque chose de spécifique là-dessus ? Est-ce que vos premières expériences, à la fois d'abord pendant longtemps au ministère de l'Intérieur et aujourd'hui à la Justice, vous dites qu'il y a un problème là et qu'il faut le régler ?

5:23
Gérald Darmanin

Alors, aujourd'hui, il y a 25% d'étrangers dans nos prisons. Et une partie de ces étrangers doivent partir de nos prisons pour purger leur peine dans leur pays d'origine. Alors, nous avons beaucoup augmenté depuis le début de l'année. J'ai augmenté de quasiment 100% les expulsions des étrangers qui sont dans nos prisons. Il y a une partie d'Européens et il y a trois quarts qui ne sont pas Européens. Et puis ensuite, il y avait dans notre code, en effet, des choses un peu bizarres. Par exemple, des aménagements de peine, donc des sorties de prison possibles pour réinsertion. Ça peut très bien se comprendre pour des détenus qui trouvent un travail, qui retrouvent leur famille.

Et qui ont un projet de vie, qui doivent sortir de la prison pour se réinsérer. Et il faut que nous le fassions. La réinsertion, c'est très important. Simplement, quelqu'un qui est sous OQTF, qui ne devrait pas être sur notre territoire national.

6:05
Présentateur

Non, mais attendez, vous êtes en train de me dire que ça s'appliquait aux OQTF ?

6:07
Gérald Darmanin

Exactement, dans la loi, aujourd'hui, les agents pénitentiaires, exactement, les agents pénitentiaires, les magistrats sont obligés d'appliquer la loi, qui était mal écrite, c'est tout. C'est comme ça, il faut la changer, ce n'est pas de leur faute. Faisaient des aménagements de peine pour des OQTF. Alors que la seule aménagement de peine possible pour un OQTF, c'est qu'ils soient expulsés. Moi, je suis d'accord pour que les OQTF sortent de prison s'ils sont expulsés dans leur pays d'origine. Mais pas pour retrouver un travail ou pour retrouver une famille qu'ils ne devraient pas retrouver, puisqu'ils sont étrangers en situation irrégulière et qu'ils ont été condamnés.

6:36
Présentateur

Vous venez de dire, Gérald Darmanin, qu'il y avait 25% d'étrangers dans nos prisons, dont les trois quarts de ces étrangers extra-européens. Est-ce que, comme certains, vous estimez qu'il y a une relation entre immigration et délinquance ?

6:49
Gérald Darmanin

Il y a une partie de relation entre immigration et délinquance. Tous les étrangers, évidemment, ne sont pas délinquants. L'immense majorité d'entre eux respectent notre pays, travaillent, envoient leurs enfants à l'école, veulent mieux vivre. Mais les étrangers sont surreprésentés dans la délinquance française. J'ai non seulement été ministre d'Intérieur, mais j'ai été maire, maire de ma commune, et même citoyen. Les citoyens voient bien qu'il y a, par une mauvaise intégration, par des difficultés extrêmement fortes, qui sont liées parfois à la pauvreté, parfois au trafic de drogue, parfois au trafic d'êtres humains. Les étrangers sont plus auteurs que les autres d'actes de délinquance.

Ils sont aussi plus victimes que les autres d'actes de délinquance. Par exemple, les femmes étrangères sont plus victimes de violences que les femmes qui sont françaises, même s'il y a beaucoup de femmes françaises qui sont victimes de violences. Donc oui, il y a un certain lien qu'il faut combattre, et notamment par une immigration beaucoup mieux contrôlée et beaucoup mieux intégrée, et surtout, une justice plus ferme avec les étrangers qui commettent des actes de délinquance.

7:46
Présentateur

Une justice plus ferme. On va revenir aussi à la question du narcotrafic. Vous voulez que le régime contre les narcotrafiques soit proche de celui des terroristes, mais vous avez évoqué la question des lieux dans lesquels ces gens sont incarcérés. Et récemment, il y a eu aussi la question de ce qu'il se passe à l'intérieur des prisons. Est-ce que ces prisons sont désormais des états de non-droit ? Je voudrais que vous puissiez regarder ce document. Je vais le commenter évidemment pour ceux qui nous écoutent sur RMC. Cette vidéo que BFM TV s'est procurée, elle a été tournée le 9 novembre dernier. C'est une scène d'une violence inouïe qui se passe au sein de la prison de Nantes.

On y voit un détenu entièrement nu, ensanglanté, traîné sur le bitume de la cour intérieure de la prison. En réalité, c'était deux groupes de détenus qui se battaient lors d'une promenade. Et pourtant, aucun gardien n'est intervenu parce qu'ils ont considéré que c'était trop dangereux. Quand les gardiens eux-mêmes ne peuvent même plus intervenir alors qu'on est au sein d'un lieu qui est un lieu normalement dans lequel on fait régner la loi.

8:54
Gérald Darmanin

Oui, il faut rétablir l'ordre dans nos prisons. C'est incontestable et ça fait 11 mois que je suis ministre de la Justice et que j'essaye de le faire. Et je pense avec une certaine réussite. D'abord les prisons de haute sécurité qu'on a construites en 5 mois. En 5 mois, on a su faire en France des prisons que d'ailleurs les étrangers viennent visiter qui montrent qu'il n'y a pas de téléphone portable, pas de drogue, pas de clé USB pour les gens les plus dangereux. Ceux qui sont capables de s'évader, de commander des assassinats et notamment une grande partie des narcotrafiquants.

À la suite de l'affaire Amra, moi je veux regarder les victimes de l'affaire Amra dans les yeux et leur dire que je peux faire, j'ai fait des choses pour la sécurité des agents pénitentiaires et des Français. Mais il y a tout le reste, toutes les autres prisons où on sait que le téléphone portable, le shit, des couteaux par drone, par le parloir, par corruption aussi. rentre. Là nous faisons des fouilles en ce moment qui n'avaient jamais été faites de cette ampleur dans les prisons. On a 80 fouilles, on a encore une centaine de prisons à fouiller.

9:48
Présentateur

Ces fameuses fouilles XSL, j'y reviens dans un instant, mais sur ces images, quand vous les avez découvertes, j'imagine que vous les aviez avant que nous, à BFMTV, nous ne les ayons. Mais elles sont saisissantes parce qu'on se dit au fond ça c'est au sein d'une prison si les gardiens eux-mêmes ne peuvent pas intervenir.

10:02
Gérald Darmanin

Elles ne me surprennent pas vraiment puisque c'est le cocktail affreux de il manque des agents pénitentiaires, moi j'en rajoute 1000 au prochain budget, il manque 4000 agents pénitentiaires dans nos prisons. Donc c'est des gens très courageux, mais ils ne sont pas assez nombreux. Donc moi je les comprends très bien qu'ils aient aussi parfois peur, et moi je veux les soutenir. Et l'année prochaine il y a 1000 agents supplémentaires de plus. S'il est voté, enfin ça j'y reviendrai. Je crois que, vous voyez, devant les difficultés que notre pays a, on ne peut pas se priver de policiers, de gendarmes, d'agents pénitentiaires ou de magistrats.

L'année prochaine il y a 1000 agents supplémentaires de plus. Nous construisons désormais 3000 places de prison par an. On a repris la reconstruction de places de prison, qui avait été en partie arrêtée, et nous manquons de places de prison en France. Il y a 86 000 détenus, 65 000 places grosso modo. Et troisièmement, il y a dans nos prisons, beaucoup de gens qui ne devraient pas y être non plus. C'est-à-dire, je pense, aux gens qui sont atteints psychiatriquement. 25% des détenus ont des maladies psychiatriques.

10:52
Présentateur

Avant même de rentrer ? Avant même de rentrer.

10:55
Gérald Darmanin

Une fois qu'ils sont en prison, une cellule de 9 mètres carrés n'arrange pas votre pathologie. Mais 25% des gens qui sont emprisonnés sont touchés par une maladie psychiatrique. Ils ne devraient pas y être. Ils devraient être en hôpital psychiatrique. Et donc, les agents pénitentiaires, la prison, gèrent toutes les difficultés de la France, en pire, l'analphabétisation, les addictions à la drogue et à l'alcool, très importantes, et des maladies psychiatriques, ou une mauvaise intégration des étrangers.

11:21
Présentateur

Vous venez de parler de ces fouilles, BFM TV et RMC ont d'ailleurs pu assister ces derniers jours à un certain nombre de ces fouilles. Fouilles, objectifs zéro portable. Ça a duré encore cette nuit. Est-ce que vous avez un premier bilan à nous faire de ce que vous avez trouvé dans ces cellules ?

11:38
Gérald Darmanin

Oui, donc sur ces grandes fouilles que nous organisons, avec des centaines d'agents, la police, la gendarmerie, les douanes, que je remercie, avec des chiens qui viennent regarder si on trouve des téléphones portables, ou de l'argent, ou de la drogue. Sur les 80 premières prisons que nous avons fouillées, il y en a à peu près 200 en France, on a trouvé 1100 portables, quasiment 10 kilos de drogue, et à peu près 1500 objets interdits. Je pense à des couteaux, par exemple, ou à des objets électroniques. J'ai vu à la prison de Nanterre, de mes yeux vus, parce que je participe la nuit avec une partie des agents pénitentiaires à ces fouilles, des lunettes connectées, par exemple.

Des lunettes connectées ? Exactement. Mais comment ça rentre ? Ça rentre de partout. Ça rentre parce qu'il y a des drones qui viennent livrer des colis. Ça rentre parce qu'il y a ce qu'on appelle des projections. Ceux qui habitent près des prisons voient qu'on lance parfois des choses à travers les murs. Ça rentre par le parloir, parfois par les familles. Ça rentre aussi par la corruption d'agents pénitentiaires. Ça peut arriver. Et donc, on voit bien qu'on a laissé faire des choses.

12:32
Présentateur

Vous avez dit deux fois le mot corruption. J'y reviendrai. Mais Gérald de Darmanin, quand vous dites sur ces saisies de portables, de drogues, il y a aussi le sentiment qu'il y a une forme de provocation. Et donc, s'il y a provocation, il y a sentiment d'impunité. Il y a dix jours, il y a eu deux détenus qui s'échappaient de la prison de Dijon. L'un d'eux, me semble-t-il, a été rattrapé. L'autre court toujours, d'ailleurs. Oui. Gérald de Darmanin, on découvre à postériori que l'un de ces deux avait un compte TikTok. Un téléphone Internet, donc. Un compte TikTok où il se filmait en direct de sa cellule et où il vendait même via TikTok de la drogue et des téléphones portables.

Et puis, à la prison de Châteaudin, et ça, on peut voir les images. Il y a un détenu, en ce moment même, semble-t-il, qui a deux comptes TikTok qui cumulent à lui tout seul plus de 60 000 followers. Il s'exprime sous le titre de le déjanté. Comment est-ce que c'est possible ? C'est-à-dire que non seulement ça veut dire qu'ils ont un portable, qu'ils ont Internet, mais ça veut aussi dire qu'ils n'ont peur de rien puisqu'ils le font à visage totalement découvert. Nous, on floute parce qu'on respecte la loi, mais en réalité, ils le font à visage découvert. C'est-à-dire qu'ils n'ont peur de rien. On sait où ils sont. On peut les retrouver sur TikTok.

Ou alors, vous êtes naïf et vous ne regardez pas TikTok quand vous travaillez dans les prisons.

13:44
Gérald Darmanin

Je pense que je suis tout sauf naïf et que justement, je remets de l'ordre dans les prisons. Il y a 80 000, 86 000 détenus. Et il y a 200 prisons. Et nous sommes en train de rétablir l'ordre dans chacune d'entre elles. Évidemment, ça prend du temps. Je le fais avec beaucoup de fermeté. Je pense qu'une partie de ce que vous évoquez n'existe plus. Et quand on aura l'occasion d'en reparler, on pourra aussi dire que pendant la loi, et je pense dès le début du mois de janvier, je prendrai une disposition réglementaire, c'est-à-dire sans passer par la loi, qui met fin aux remises de peine lorsqu'on trouve un téléphone portable dans une prison.

Parce qu'aujourd'hui, quand on trouve un téléphone portable dans une prison...

14:14
Présentateur

Donc, tous ces téléphones que vous avez trouvés, ça a quand même conséquences immédiates qu'ils n'auront pas de remise de peine.

14:19
Gérald Darmanin

Je change en ce moment le règlement parce que qu'est-ce qui se passe aujourd'hui quand on trouve un téléphone dans une prison ? La plupart du temps, on le jette, point. Il y a parfois du quartier disciplinaire pendant 10 jours, 5 jours, 12 jours. Les détenus vont dans le quartier disciplinaire, mais il ne se passe pas grand-chose. Donc là, il faut qu'on arrête cette naïveté. Je vais changer le règlement, je vais changer nos textes de loi très rapidement pour le début du mois de janvier pour dire que ceux qui ont un téléphone portable et qu'on trouvera une fouille, qu'on les trouvera, fallait-il faire des fouilles jusqu'à présent ? On ne le faisait pas forcément à ce niveau.

Ils n'auront pas de remise de peine.

14:53
Présentateur

Est-ce que ces fouilles, elles vont avoir lieu une fois ou est-ce qu'elles vont désormais être répétées régulièrement ?

14:59
Gérald Darmanin

Exactement. Je mets en place une police pénitentiaire, c'est-à-dire des gens dont le travail sera de faire ces fouilles de façon systématique. Évidemment, elles seront très largement mises en place, mais aussi des fouilles au parloir parce qu'une partie de ces objets rentrent par les parloirs. Je constate que dans certaines prisons d'Ile-de-France, les fouilles sont systématiques au parloir tous les jours. C'est une très bonne chose. On ne trouve plus de drogue.

Si je prends l'exemple de la maison de l'arène Nanterre, le contrôle qui a été encore fait au parloir hier par le préfet d'Aude-Seine, que je remercie, montre que nous avons rétabli, me semble-t-il, des gens qui acceptent d'aller voir les détenus sans apporter de drogue, sans apporter de téléphone.

15:33
Présentateur

Autre contradiction parmi ce que vous avez pointé, Gérald Darmanin, la prison de Vendin-Leviel, c'est une des prisons que vous avez souhaitées, comme des prisons de haute sécurité, comme on dit, avec des détenus sélectionnés comme étant parmi les plus dangereux du pays. Pas de téléphone, pas de contact avec l'extérieur. Et pourtant, le 24 novembre dernier, l'un des détenus de cette nouvelle prison de haute sécurité a obtenu une permission de sortir par le juge, par le juge des libertés, contrairement à ce qu'avait demandé justement le directeur de la prison et le parquet.

Et donc, il est passé d'une prison où vous êtes, vous le dites encore ce matin, il est censé être coupé du monde, ne pas avoir accès à un téléphone portable, à tout d'un coup, une journée où il a pu traverser la France, prendre le TGV, utiliser à volonté le téléphone de sa femme. Il y a quand même un problème. Il y a une contradiction manifeste.

16:32
Gérald Darmanin

Le juge d'application des peines l'a décidé. Moi, je ne critique pas une décision indépendante d'un juge, non, parce qu'il applique la loi. La loi est donc mal faite. On va changer la loi. Personne ne comprend qu'il y ait quelqu'un qui soit en régime carcéral de haute sécurité. C'est le même régime anti-mafia en Italie. La France n'invente rien. Elle a copié la fermeté italienne qui a fonctionné dans la lutte anti-mafia. Évidemment, quand vous êtes dans un quartier de haute sécurité, vous ne pouvez pas, alors que votre libération est supposée dans trois ans, avoir un entretien d'embauche physique. On aurait pu le faire d'ailleurs en vidéo, en visio.

c'était tout à fait possible d'ailleurs, par l'application d'une règle qui est totalement absurde.

17:08
Présentateur

Mais ça, pardon,

17:08
Gérald Darmanin

le juge pouvait

17:09
Présentateur

tout à fait indécider. Il aurait pu dire j'autorise cet entretien d'embauche, en plus un entretien d'embauche potentiel avec un futur employeur, je l'autorise,

17:17
Gérald Darmanin

mais par visio. Il n'a pas souhaité le faire comme il faut que l'on puisse mettre...

17:22
Présentateur

Donc ce n'est pas juste une question de loi, c'est une question à un moment de choix d'application.

17:25
Gérald Darmanin

Eh bien, on va changer la loi. S'il y a une telle interprétation possible qui vous a choqué, vous ? Ça rend absurde un système de haute sécurité si quelqu'un, en effet, peut dans la journée sortir, et c'est même insultant pour le travail des agents pénitentiaires qui prennent des risques très importants contre ces personnes potentiellement très dangereuses qui sont d'ailleurs envoyées dans les prisons par avis du juge d'instruction. C'est pas le ministre de la justice qui tout seul décide des affectations. C'est des services de renseignement, les policiers, les gendarmes et les magistrats. Donc c'est quand même de ses collègues, des collègues qui le décident.

Le juge d'application des peines et cette décision a été confirmée en appel. Donc il y a eu deux décisions de justice qui permettaient à cette personne de pouvoir avoir cet entretien. On va changer la loi si la loi permet cet entretien. Et cette loi, elle va permettre en effet de faire un parallèle entre ce que nous faisons contre l'activité terroriste et les activités de narcotrafic. Le narcotrafic qui tue parfois même beaucoup plus que le terrorisme en France. Alors évidemment, c'est très choquant ce que je peux dire, mais tous les jours, il y a des tentatives de meurtre, il y a des corruptions actives. Mais le terrorisme,

18:30
Présentateur

ce n'est pas le nombre de morts qui est le problème. Non, je ne compare pas les deux choses. Mais c'est aussi la puissance de ce que ça dit

18:38
Gérald Darmanin

de notre société. Oui, je pense que quand une jeune fille qui révise toute seule dans un immeuble à Marseille se prend une balle perdue, je pense que ça touche aussi notre société très profondément. Je pense que quand le frère de quelqu'un qui est un lanceur d'alerte écologiste est assassiné de plusieurs balles dans la tête devant sa mère, je pense que ça dit quelque chose d'autre société. Et donc moi, je ne peux pas être quelqu'un qui dit bon, c'est comme ça et puis c'est tout. Est-ce que vous estimez d'ailleurs que ce meurtre est une menace pour la sécurité intérieure de notre pays ?

19:03
Présentateur

Ce meurtre, vous évoquez le meurtre du frère Damien Kessassi, c'était il y a bientôt un mois. Pour vous, c'est un tournant. Est-ce qu'il s'agit en effet d'une forme de terrorisme au sens terrorisé tous ceux qui voudraient parler, remettre de l'omerta ? Est-ce qu'il y a de cela ?

19:19
Gérald Darmanin

Mais c'est incontestable que dans l'acte de terreur, celui qui tient le point de deal ou celui qui veut reconquérir votre territoire, jusqu'à présent, c'était un peu ça. Moi, j'ai souvent entendu ils se tuent entre eux. J'ai toujours une phrase que j'ai détestée parce qu'on voit bien qu'ensuite...

19:38
Présentateur

Dans ce cas-là, au fond, finalement, ça ne nous regardait pas.

19:41
Gérald Darmanin

Mais pendant longtemps, je pense que les gouvernements, quels qu'ils soient, se sont dit ce dérèglement entre voyous. Mais on voit bien qu'aujourd'hui, ça touche des lanceurs d'alerte, des journalistes. Il y a en Belgique et aux Pays-Bas des avocats de vos confrères qui font des enquêtes sur les machias qui sont même assassinés dans les rues d'Amsterdam, de Rotterdam ou de Bruxelles. Il y a des magistrats qui sont assassinés et il y a, on le sait, une volonté de lutter contre même l'autorité de l'État. Donc oui, c'est un acte de terreur.

20:10
Présentateur

Il y a le mot que vous avez lâché, corruption. Vous l'avez dit à deux reprises spontanément depuis le début de cet entretien. Deux jeunes agentes administratives, on l'a appris il y a deux jours, du tribunal judiciaire de Marseille ont été mis en examen pour la consultation illégale de fichiers qu'ensuite elle monnayait plus ou moins à un interlocuteur qui était proche de la DZ mafia. Est-ce que ça veut dire que désormais l'État est corrompu ?

20:35
Gérald Darmanin

L'État n'est pas corrompu mais l'État doit lutter contre la corruption de certains de ses agents parce qu'ils mettent en danger d'ailleurs les autres agents.

C'est vrai dans l'administration pénitentiaire, c'est vrai dans la magistrature, c'est vrai dans les agents qui travaillent pour les magistrats et d'ailleurs je me félicite même si on verra bien si ces personnes sont coupables à la fin, je mets du conditionnel, elles ont la présomption d'innocence, mais que ces personnes ont été confondues par la cellule anticorruption que nous avons mise en place au parquet de Marseille puisque désormais nous devrons regarder les choses en face et je pense que le ministère de la Justice est la seule vraie administration avec les douanes peut-être qui regarde en face la corruption possible. Vous laissez entendre

21:10
Présentateur

que cette question elle s'est posée aussi dans la police, elle se pose dans la gendarmerie,

21:13
Gérald Darmanin

elle se pose dans la... au service des impôts, elle se pose aussi chez les élus locaux, dans l'administration locale parce qu'il y a... Donc il faut se pencher là-dessus aujourd'hui ? Que toutes les administrations se penchent là-dessus ? Exactement, mais je pense qu'il faut bien comprendre que les narcotrafiquants ils ont une surface financière extrêmement importante. Cet argent qui corronge jusqu'au cœur des hommes disait le président Mitterrand, cet argent il permet de pouvoir acheter tout le monde. Et M. Amra au bout de quelques mois de cavale et ça coûte très cher une cavale, M.

Amra il a su proposer 2 millions d'euros aux policiers roumains qui venaient l'arrêter après autant de mois de cavale. Imaginez ce qui se passe dans les prisons, chez les services enquêteurs, chez les gens qui travaillent auprès des magistrats, qui ont des informations. Parfois des élus locaux qui ont dit de fermer les yeux pour ne pas installer la caméra de vidéosurveillance. Non seulement on leur donne de l'argent

22:00
Présentateur

mais on menace aussi

22:01
Gérald Darmanin

leurs proches. La corruption elle a plusieurs façades. Ça peut être aussi quelqu'un. Moi j'ai un agent pénitentiaire dont je me rappelle très bien le visage qui m'a expliqué qu'un détenu ça m'a d'ailleurs convaincu de faire des prisons de haute sécurité souhaiter l'anniversaire de sa petite fille qu'il ne connaissait pas

22:15
Présentateur

en l'apportant son prénom. Sous-entendu je sais que c'est votre fille je sais où est-ce qu'elle habite et je sais son travail

22:20
Gérald Darmanin

et le travail c'est de protéger les agents aussi de ça.

22:21
Présentateur

Gérald Darmanin le protoxyde d'azote vous avez reçu hier la famille de Matisse et ce jeune de 20 ans qui a été fauché à Lille par un chauffard qui fuyait un contrôle de police n'avait plus le permis et conduisait ce protoxyde d'azote. Est-ce que le protoxyde d'azote sera mis sur la liste des stupéfiants ?

22:36
Gérald Darmanin

Oui je le souhaite. Je le souhaite avec Laurent Nunez on a reçu la famille la maman très digne et je pense au papa évidemment de Matisse je le souhaite. Le protoxyde d'azote doit être vu comme un stupéfiant et par ailleurs je veux aussi dire que c'est aussi le drame de la récidive la mort de Matisse le chauffard avait 11 condamnations 11 condamnations Est-ce qu'il y aura

22:58
Présentateur

une interdiction officielle de détention et de consommation du protoxyde d'azote au volant ?

23:02
Gérald Darmanin

Je le souhaite et je souhaite aussi qu'on puisse saisir le véhicule lorsqu'on trouve du protoxyde d'azote dans le véhicule et je souhaite que ce soit une circonstance aggravante lorsqu'il y a des accidents et lorsqu'il y a des assassinats involontaires on appelle ça désormais un homicide routier selon la loi qu'on vient de faire adopter je souhaite qu'effectivement le protoxyde d'azote

23:19
Présentateur

vos nouveaux agents dans le prochain budget avez-vous dit encore faudrait-il qu'il soit voté c'est toute la question est-ce qu'aujourd'hui vous considérez que votre famille politique c'est toujours ce qu'on appelait initialement le socle commun quand on voit que ni LR ni Horizon n'ont voté pour au contraire du PS Une partie d'Horizon et une partie d'LR ont voté pour Au contraire du PS

23:38
Gérald Darmanin

Alors le budget de la sécurité sociale n'est pas le meilleur budget que l'on ait fait c'est un budget qui met parfois plus d'impôts parfois plus de dépenses et qui ne fait pas la réforme des retraites En fait vous ne l'auriez pas voté vous-même Je me suis exprimé publiquement pour dire que je l'aurais voté parce que dans la situation politique dans laquelle on est c'est ça ou la dissolution Donc je comprends le travail très important très courageux qu'a fait Sébastien Lecornu de compromis pour la stabilité de notre pays Est-ce que c'est le budget rêvé pour la sécurité sociale ?

La réponse est non Moi je ne pense pas du tout qu'il faille augmenter les impôts augmenter les dépenses et pas faire la réforme des retraites Et je trouve qu'Edouard Philippe a eu raison d'alerter sur les comptes publics Mais une fois qu'on a dit ça je constate aussi la responsabilité d'Edouard Philippe et de tous ceux qui ont accompagné ce budget Qui à la fin

24:19
Présentateur

n'ont pas appelé à voter contre

24:21
Gérald Darmanin

Le budget n'a pas été retoqué c'est une très bonne chose le budget de la sécurité sociale Maintenant il faudra que dans la campagne présidentielle qui arrive et notamment dans la prochaine majorité dans désormais plus d'un an on puisse en effet retrouver un schéma qui baisse les dépenses qui baisse les impôts qui encourage entreprises et qui explique aux Français qu'il faut travailler non pas tous davantage parce que beaucoup de Français travaillent beaucoup mais un certain nombre ne travaillent pas assez et c'est ça qu'il faudra faire

24:44
Présentateur

Vous vous êtes engagé officiellement au moins le temps que vous soyez ministre à ne pas être à proprement parler dans l'arène politique des ambitions de 2027 ça vous coûte ?

24:54
Gérald Darmanin

Non parce que je fais des choses utiles pour les Français venez de le dire je pense que nous remettons droit à la maison justice on met droit à les prisons je me bats pour ça et je me bats pour donner à la France ce qu'elle veut c'est-à-dire je crois à une justice juste digne, humaine mais ferme et puis après lorsque j'aurai rempli ma mission comme je l'ai fait aux impôts avec l'impôt à la source comme je l'ai fait à l'intérieur avec les Jeux Olympiques nous verrons ce que je ferai pour notre pays collectivement soit à ma simple place d'élu local à Tourcoing soit pour contribuer au débat national et quand on est un homme politique je pense qu'on aime son pays on a envie qu'il aille mieux et j'aime mon pays et je souhaite qu'il aille mieux

25:27
Présentateur

Merci Gérald Darmanin ministre de la justice d'avoir répondu à mes questions ce matin il est 8h52 sur AMC BFM TV