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interviewBFMTV· 17 juillet 2024 20 min

Tractations du Nouveau Front populaire: l'interview de François Ruffin, député et membre du NFP

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Voilà, bonsoir François Ruffin, merci de nous avoir rejoints. Bonsoir. Député Picardie, Debout de la Somme, membre du nouveau Front populaire. Et puis je salue aussi Christophe Barbier qui nous a rejoint. Bonsoir Christophe. Un mot sur André Chassaigne. D'abord, comment vous l'avez désigné, comment il a été désigné, ce candidat unique du nouveau Front populaire ?

0:17
Invité

Par les présidents de groupe. D'abord un ouf, ça prouve... Le soulagement. Oui, ça prouve que la nullité peut souffrir d'exceptions. Parce que le spectacle qu'on donne sur le Premier ministre est de cet ordre-là. La première chose à Debout de la Somme, c'est de dire saluer André Chassaigne qui est un grand républicain, personne n'en doute, et qui est quelqu'un qui a supporté des lois consensuelles dans l'Assemblée nationale en cherchant des majorités au-delà du groupe communiste. Je pense en particulier à la loi sur les retraites agricoles où il a contribué à changer un peu la vie des gens en mieux dans nos campagnes.

Et je salue quand même au passage Cyrielle Chatelain, la présidente du groupe écologiste et social, qui s'est retirée pour dire que voilà, on est une proposition claire pour présider l'Assemblée nationale. Maintenant, dire deux choses encore. Peut-être que d'abord, ça se passe mieux côté Assemblée que côté Parti. Et que peut-être le centre de gravité des négociations est à déplacer non plus d'entre le cartel des partis, mais chez les députés de l'Assemblée nationale qui sont capables ensemble de trouver des solutions.

1:15
Présentateur

Donc vous dites qu'il faut voter pour le nom du Premier ministre. Par exemple, il faut que les députés votent sur un nom.

1:20
Invité

Dès dimanche, dans mon coin, parce que j'étais interpellé par... J'avais une fête à l'occasion du 14 juillet. On fait la fête des 1000 Bastilles. Bon, eh bien, j'étais interpellé par les habitants qui disaient « On a quoi ? On a guisé un bulletin de vote de gauche dans l'urne ? » Et c'est ça que vous faites ? C'est-à-dire rien ? C'est hier, un jeune à Paris qui m'interpelle et me dit « Mais j'ai tracté pendant un mois et déjà, je le regrette ». Et c'est là, je reçois un message d'un copain qui était camionneur dans le sud-est et où il y a eu une élection du Rassemblement national dans sa circonscription qui dit « Mais vous faites la campagne du RN ».

Donc voilà, quand on a ça, j'ai dit dès dimanche, écoutez, on ne va pas le faire à Chifoumi, on ne va pas le faire à un tournoi de baby-foot, on va le faire comment ? Par le vote. On est dans une situation où quand même, les partis de gauche ont peur du vote de leurs députés. Voilà. Et ils refusent que ça soit entre les députés du nouveau Front Populaire, que soit énoncé un nom pour Matignon. Je le dis avec honte parce que franchement, en un mois, le Front Populaire, j'avais lancé ça quand même, l'idée de Front Populaire le 9 juin au soir, en me référant à Léon Blum, à Léo Lagrange, qui en un mois avait permis que les ouvriers connaissent leur premier congé payé et voient la mer.

Nous, on n'est pas fichus de donner un nom pour Matignon.

2:40
Présentateur

Je vous propose d'écouter Marine Tondelier, qui a été l'invité aujourd'hui des Grandes Gueules sur RMC Story.

2:46
Invité

J'ai un peu honte parce qu'il faut se dire qu'on vient tous, les chefs de parti, les militants, les candidats, et puis beaucoup de Français quand même, de donner six semaines de notre vie pour permettre peut-être de changer le quotidien des gens. Je pense qu'on doit être à la hauteur, je pense qu'on doit tout donner, et j'ai la sensation qu'on a tout donné pendant cinq semaines, mais là j'ai du mal à être fière cette semaine. Et donc vous avez raison de dire comment on va appliquer le programme. Chaque action va compter. Il va falloir jouer chaque ballon comme si c'était match.

Et donc, celles et ceux qui disent « moi je m'en fous, j'irai pas », alors j'ai entendu Huguette Bellot, gna gna gna, j'ai entendu Laurent Stubat, gna gna gna, à la fin on va avoir Laurent Wauquiez en fait.

3:26
Présentateur

Est-ce que vous pensez qu'à la fin on peut avoir Laurent Wauquiez ? Si ça traîne trop.

3:29
Invité

Écoutez, les paris sont ouverts, mais quand même la cote est élevée sur Laurent Wauquiez. Donc je ne sais pas qui en aura la fin. Dire quand même que la responsabilité de tout ce bazar, elle relève du président de la République, qui nous a plongé dans le chaos politique en décidant d'une dissolution improvisée au soir des élections européennes. Et je pense que c'est une décision grave qui a été prise à ce moment-là et qu'on est dans le prolongement de ça. On était déjà dans une espèce de burn-out national. Et là, il aurait pu dire « si jamais ». Moi je pense que le pays pouvait être gouverné par une autre méthode, d'une autre manière avec l'Assemblée d'avant. Vous voyez ?

C'est-à-dire pas avec brutalité, mais en tenant compte du fait qu'il avait une minorité à l'Assemblée et qu'il était encore plus en minorité dans le pays et que ça demandait du coup de gouverner, je dirais, avec respect, avec modération et je dis avec tendresse. Bon, et je le dis pour les suivants. J'espère que ça sera la gauche qui gouvernera et on devrait tout faire pour que ça soit ça. Mais même si c'est nous, d'accord ? Nous devrons gouverner avec conscience que nous avons une minorité à l'Assemblée et que nous sommes encore aussi en minorité dans le pays.

Et que donc ça enjoint de ne pas le faire avec brutalité, mais de le faire avec le respect des gens, et y compris des gens qui n'ont pas voté pour nous.

4:41
Présentateur

Alors vous dites, les députés vont... Ce serait bien que les députés votent pour ce nom de Premier ministre. Est-ce que vous, vous pouvez être sur la ligne de départ ?

4:48
Invité

Non, le sujet n'est vraiment pas là et je ne me sens pas concerné par ça, par cette course de petits chevaux, d'accord ? En revanche, je viens ici, en mon âme et conscience, en toute indépendance, dire ce qui me semble meilleur pour le pays. Voilà, c'est tout. Mais je ne suis pas dans les noms qui sont à lancer, à part dans les instituts de sondage qui le font, mais sinon je ne suis pas sur la course de départ pour ça.

5:07
Présentateur

Guillaume Tabard.

5:07
François Ruffin

François Ruffin, vous proposez un changement de méthode. Vous dites, en gros, passons du travail des partis au travail des parlementaires pour trouver un Premier ministre. Mais est-ce que ça suffit ? Parce qu'on a quand même entendu des mots qui étaient lourds, des mots qui étaient graves. Le fameux tweet de Sophia Chikirou parlant de punaise de lit à propos du hollandisme. Sophia Chikirou qui est députée. Donc ce n'est pas uniquement le parti, c'est quelqu'un qui est député et qui parle aussi de François Hollande qui est lui-même député du Nouveau Front Populaire.

Est-ce que vu la gravité des mots qui ont été prononcés, est-ce qu'il suffit de dire, bon allez, on se remet un peu tôt à la table et puis on vote entre nous ? Ou est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de très grave qui a été révélé sur le comportement d'un certain nombre de gens à gauche ? Est-ce que vous pouvez continuer à travailler et à vouloir gouverner par des gens qui ont un comportement tel que celui qu'on a vu de la part de certains insoumis ?

5:55
Invité

En tout cas, quand vous lisez le titre d'ouïe de Sophia Chikirou et que vous mesurez cette brutalité, vous comprenez pourquoi je me sens mieux en dehors de la France insoumise aujourd'hui qu'à l'intérieur.

6:04
François Ruffin

Oui, mais vous pouvez travailler avec elle au sein de l'Assemblée nationale ?

6:05
Invité

Oui, je veux dire, vous savez, il y a à travailler avec des tâches gens qui sont différents de nous-mêmes. Bon, voilà. Donc oui, il faut travailler et travailler avec tout le monde. Bon, maintenant, elle n'est pas la présidente du groupe non plus à l'Assemblée nationale. Vous voyez ? Donc il peut y avoir peut-être... Mais dire qu'en tout cas, pendant deux ans, on a fait ça. On s'est déchiré, injurié, voilà, insulté sur les réseaux sociaux, sur les plateaux télé et les six mois de campagne européenne ont été consacrés à ça. Moi, je suis désolé, j'en vois le résultat. D'accord ? Donc si on recommence comme ça, on dégoûte les Français.

Et tout ce qui est fait là, ça contribue à faire monter le « tous pourris », le « à quoi bon ? » « La prochaine fois, on reste chez nous ». Donc je mesure ça. Je mesure que, je l'ai dit le soir de mon élection, que je n'ai pas pris comme une victoire ma propre élection. Je l'ai pris avec gravité, en me pensant que c'était une dernière chance pour la France, que ce n'était pas une victoire, mais c'était un sursis, c'était un répit qui était accordé. Et que ce répit, ce sursis, on doit l'utiliser pour les gens.

On doit l'utiliser pour qu'il y ait une reprise en confiance, qu'ils sentent qu'on les aide à vivre un peu en mieux, qu'ils se disent qu'il y a un peu de justice qui est retrouvée, même si c'est juste un peu, et que ce n'est même plus une marche que le Rassemblement national a monté vers le pouvoir, c'est une demi-marche. Eh bien, gouverner, c'est permettre de faire reculer ça. Or, aujourd'hui, tout ce qui est fait depuis 10 jours, et ce type d'expression-là, ne contribue pas à ça. Elle contribue au contraire à accélérer cette marge de l'histoire.

7:44
Présentateur

Christophe Barbier.

7:45
Invité

Ce Premier ministre éventuel issu de la gauche, vous le dites, il sera appuyé sur une minorité. On sait qu'il sera à la merci d'une motion de censure rapide, soit en fonction de ses propositions, soit en fonction de son équipe. Plusieurs groupes parlementaires puissants, le RN, les LR, même une partie de l'ex-majorité, ont dit, s'il y a des ministres LFI, ça sera motion de censure tout de suite. Est-ce que le premier chantier de ce Premier ministre, ça ne sera pas de dire à LFI, soyez dans le soutien, parce que ça sera le programme du Front populaire, mais pas dans la participation. Retirez-vous, parce que, comme vous l'expliquez là, ils ont trop clivé depuis deux ans.

Vous savez, le Front populaire, en 1936, il y avait eu un soutien sans participation des communistes. Et en 1997 aussi. En tout cas, je n'en fais pas du tout. Une obligation, un impératif, vous voyez, c'est aux autres partis aussi de raisonner en fonction de ce qui sera proposé. Moi, je m'applique à dire ce qui, aujourd'hui, doit être fait pour les Français. Je pense que la priorité, c'est de réparer les fractures faites par Emmanuel Macron depuis sept ans. Il faut réparer ça. C'est quoi ?

La première chose, c'est l'injustice fiscale, dès son arrivée à l'Élysée, où il décide de supprimer l'ISF, où il décide de supprimer l'exit taxe cependant qu'il va taxer les retraités sur la CSG, supprimer les emplois aidés, et ainsi de suite. Même s'il a reculé sur la CSG, qu'il a fait l'IFI. Oui, mais bon, on voit très bien, et on sait par les chiffres, combien ça a contribué, ces mesures fiscales ont contribué à enrichir des personnes qui étaient déjà riches. Bon, on fait une mesure qui rétablit un sentiment de confiance dans l'impôt. Vous savez que les grands moments, la Révolution française est née d'une crise fiscale.

Plus près de nous, la crise des Gilets jaunes est née d'une crise fiscale, d'un choix fiscal sur la taxe gasoil. Le deuxième crise d'Emmanuel Macron, c'est justement les Gilets jaunes. On en est sortis sur les ronds-points avec la proposition d'un référendum d'initiative citoyenne. Il me semble que les grandes participations des Français, il y a dix jours maintenant, montrent un désir de reprendre en main notre destin commun. On pose le référendum d'initiative citoyenne. La Révolution est née aussi d'une crise de la dette. Il faudra une politique comptable qui tienne compte de cela. Tout à fait. Et vous savez, moi, je suis membre à l'Assemblée nationale.

Enfin, j'étais, puisque ça a été dissous. Mais de la commission d'enquête montée par les Républicains sur la dette. Parce que je considère que c'est un sujet sérieux. Maintenant, si on va aborder la question de la dette, les économistes qui sont passés devant notre commission ont dit, voilà, il y a deux parties à la dette. Il y a une partie qui est due aux crises, crise de subprime, crise Covid et la gestion par l'État. Il y a une deuxième partie qui est due à la baisse de l'impôt sur le capital et sur les multinationales. Donc il y a évidemment prendre au sérieux la question de la dette et à chercher aussi des ressources dans le pays.

Bon, je reviens sur la troisième crise et qui me paraît en fait la plus majeure qui a été la crise Covid où on a eu un président de la République qui est venu dire il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Et à l'inverse, qu'est-ce qu'ils ont eu ? C'est l'inflation qui est venue entamer leur salaire. Donc il y a la nécessité. Vous savez, ça a été ça ma campagne. Ma campagne, c'est sur des gens qui étaient au ras de l'eau et qui sont passés sous l'eau. C'est-à-dire que le grenelle de la santé, les augmentations des profs, ça n'a pas suffi ? Mais non, ça n'a pas suffi.

Je veux dire, pour moi, c'est des éboueurs qui, papa célibataire, qui vont faire l'aumône auprès de leur mère pour terminer leur fin de mois. Et en fait, c'est le début du mois parce qu'ils me montrent que le 6 du mois, ils ont déjà un SMS du Crédit Agricole qui leur dit qu'ils sont à 650 euros de découvert et que le découvert autorisé est à 400 euros. Qu'est-ce qu'ils vont faire du coup ? Là, ils vont aider les forains à faire les manèges et ils renoncent à partir en vacances. C'est pour vous donner un cas. C'est ça. Depuis 7 ans, il y a un sentiment qu'on est passé sous l'eau. Eh bien, évidemment, faire respirer le pays, ça passe par la question des salariés. Dernier point, M. Tabard.

Dernier point, évidemment, qui est les retraites. Faites, on le sait, contre 8 salariés sur 10, contre tous les syndicats unis, contre une majorité de députés à l'Assemblée nationale. Mais justement, pour redresser des comptes, on est ici. Vous savez que ça n'a joué que marginalement sur le redressement des comptes. En revanche, c'était un signe politique qui était envoyé. Je pense que ce dont je parle, vous savez, pour évoquer le Front populaire, au moment du Front populaire, il y a un seul député qui a refusé de voter les congés payés. Je salue son courage, un député de droite qui a assumé des conditions de droite et dit « Non, il n'y aura pas de congés payés pour les ouvriers ».

Il était tout seul. Je pense que ce qu'on dit aujourd'hui, ce que je raconte là, ce sont des mesures qu'il peut faire d'ordre de la concorde nationale. Par exemple, une taxe sur les super-profits, un rétablissement d'un peu de justice fiscale. On sait que, par exemple, Jean-François Matéhi l'avait porté pour le Modem.

Donc je pense que si on prend ces sujets les uns après les autres, sans être forcément maximalistes, mais au moins qu'on fasse un pas dans une direction, qu'on indique la direction dans laquelle on veut aller, je suis convaincu qu'on trouvera des majorités, projet par projet, chez les gens qui ont conscience de la béance, du fossé, de la fracture qui traverse aujourd'hui notre pays.

12:30
François Ruffin

Mais il faut rester précisément sur le projet et sur le coût de ce projet. L'une des mesures du nouveau Front populaire, c'est d'arriver à un blocage des prix. Pensez-vous que c'est une mesure qui sera efficace compte tenu du fait que le cours des matières premières, qui est un cours mondialisé, et ça, personne n'y échappera et aucun gouvernement ne pourra empêcher les variations de prix de ces matières premières, qu'elles soient énergétiques ou autres ? Et deuxième point sur les retraites, effectivement, les économistes ont évalué le coût d'un retour à la retraite à 60 ans, environ 50 milliards d'euros par an. 50 milliards d'euros par an.

Est-ce que vous ne craignez pas tout simplement, au-delà du symbole de justice que vous voulez mettre en avant, que tout cela se paye immanquablement par de l'impôt ? Et pour le coup, je ne suis pas sûr que même les catégories, d'abord les catégories les plus populaires, soient ravies d'un surcroît de fiscalité, que ce soit l'impôt sur le revenu, ou la TVA, ou toute forme d'imposition, puisque la fiscalité, ce n'est pas uniquement l'impôt sur le revenu que payent la moitié des citoyens.

13:23
Invité

– D'abord, vous allez beaucoup plus loin dans vos propositions que là où je ne suis allé, d'accord ? – Ce ne sont pas les miennes, hein ? – Non mais, c'est-à-dire que je dis, les mesures à prendre pour rétablir de la concorde nationale, pour qu'il y ait un sentiment de confiance qui réapparaisse, pour qu'on en finisse avec le ressentiment, vous voyez ? Et je dis, dans un premier temps, on abroge la retraite à 64 ans. Et ça, ce n'est pas 50 milliards d'euros. Ça, vous savez très bien que c'est de l'ordre du symbolique plus qu'autre chose dans les comptes publics. Bon, donc, c'est ça l'enjeu.

Est-ce que là, je viens dire, c'est tout le programme, rien que le programme, seulement le programme, à appliquer dans les deux mois qui suivent à l'Elysée ? Je tiens compte de faits. Il y a des faits. C'est le Rassemblement national qui a recueilli le plus de voix dans les urnes. Nous devons en tenir compte. Je tiens compte d'un deuxième fait. Nous avons été élus, et moi aussi en partie, avec des voix d'électeurs macronistes. Deuxième fait. Troisième fait, nous avons une majorité qui est très relative, voire une minorité, en vérité, à l'Assemblée nationale.

Ces faits mis bout à bout font qu'on doit avoir des mesures d'urgence qui vont dans le bon sens, qui font qu'on est capable d'incarner, pour les Français, une gauche de la décence. Le SMIC, ça pourrait être plutôt un petit pas, puis un autre, et pas forcément 1 600 nettes tout de suite. En tout cas, il y a une grande urgence sur les salaires. Je vous le dis, M. Barbier. Sans attendre la conférence générale sur les salaires de l'automne. On peut toujours... Enfin, l'automne, déjà, ça vient vite. Vous savez, là, le gouvernement, il va être nommé. On revient... Ça va revenir... Enfin, s'il est nommé, on revient en septembre-octobre, conférence sur les salaires.

On peut le faire dans ce cadre-là. Maintenant, je dis, il y a une urgence. Il y a une urgence, simplement, à poser ce principe simple, que vous savez, j'ai répété, répété, répété. Il faut que les Français, tous les habitants de notre pays, puissent vivre de leur travail, bien en vivre, et pas seulement en survivre. Certains disent que ça passe aussi par une réforme des allocations sociales, de ce que la droite dénonce comme étant l'assistanat, et que, pour aider le travail, il faut pressurer un petit peu ceux qui sont dans ce système. Non, mais ma logique ne sera pas celle-là. Elle n'est pas celle-là. Elle est de permettre, aujourd'hui...

Vous savez, je l'ai démontré dans un rapport, par exemple, tous les ans, on a 100 000 personnes qui sont sorties du marché du travail, qui entrent à Pôle emploi pour cause d'inaptitudes, parce qu'ils sont broyés physiquement ou psychiquement. 100 000 personnes. C'est un plan social géant. C'est comme si on destruisait toute l'industrie automobile chaque année. Vous imaginez ? Ces personnes-là, elles sont broyées par le travail tel qu'il existe aujourd'hui et qu'il s'agit de transformer. Dire qu'en plus, ces gens-là n'auront pas le droit à un revenu pour assurer leur survie, soyons corrects vis-à-vis des gens. Vous voyez ? Donc, là, ce n'est pas le sujet.

En revanche, il y a un sujet qui est de faire que les gens puissent vivre dans leur travail, bien en vivre et pas en survivre. Et si vous posez des mesures qui vont dans ce sens-là, vous aurez... Vous savez les mesures dont je parle régulièrement, indexation des salaires, taxation des dividendes quand ils sont trop élevés et ainsi de suite. On voit dans les sondages d'opinion qu'on est à 80% des Français qui sont d'accord avec ces mesures-là. Et ma conviction, c'est qu'on aura 80% des députés qui seront d'accord avec ces mesures-là dans l'hémicycle. Donc, je pense qu'il y a un programme de long terme, un horizon, mais il y a aussi des mesures qu'on peut mettre en place pour montrer...

Vous savez, moi, ce qui me tient à cœur, c'est qu'à un moment, on ait le coup de talon au fond de la piscine. Vous voyez ? Et je pense que là, la gauche, il faut en avoir l'opportunité de mettre le coup de talon au fond de la piscine et de montrer que la politique, ça peut changer la vie des gens un peu en mieux. Malheureusement, je me désespère et il n'y a pas que Boulombiancourt qui se désespère aujourd'hui de voir ce que fait la gauche de cette occasion.

16:58
Présentateur

François Ruffin, pour terminer, j'aimerais qu'on revienne sur l'actualité de la soirée, c'est-à-dire la désignation d'André Chassaigne comme le candidat unique du nouveau Front populaire. Demain, sur BFMTV, nous allons vivre l'élection à cette présidence de l'Assemblée nationale. Si André Chassaigne l'emporte, très bien pour vous. S'il ne l'emporte pas, y aura-t-il encore une chance qu'Emmanuel Macron fasse appel à un Premier ministre issu du nouveau Front populaire ? C'est-à-dire, est-ce qu'il y a cet enjeu-là pour vous dans l'élection de demain ?

17:27
Invité

Moi, je ne lis pas forcément les deux et je pense que dans la tête des Français, ce n'est pas forcément lié. Il y a une élection qui est de l'ordre de l'institution, qui est la présidence de l'Assemblée nationale et il y a ensuite un Premier ministre qui doit aider à vivre un peu en mieux. Donc, je ne lis pas les deux élections. Maintenant, je le dis, il n'est pas question, pour moi, qu'il y a Elbrun Pivet qui continue à présider cette Assemblée.

17:52
Présentateur

Ça donne quoi, ça, comme message ?

17:53
Invité

Ça donne quoi comme message ? Ça donne un message très clair. Vous savez, dans les jardins de l'Assemblée, on a la statue de Montesquieu qui est l'homme de la séparation des pouvoirs et je me dis, chaque fois que je le vois, mais combien de fois il doit se retourner dans sa statue ? Parce que ce qu'on a eu, c'est non pas une Assemblée émancipée qui respire, mais une Assemblée enchaînée à l'Élysée. Il faut que ça cesse. Il parlait plus d'équilibre des pouvoirs que de séparation dans son texte. Je veux bien, M. Barbier, mais de toute façon, on n'a ni la séparation ni l'équilibre.

Donc peut-être que dans le malheur qui est le nôtre et qu'il nous faut transformer en bonheur, là, on a un temps où l'Assemblée peut retrouver un poids, un centre de gravité et je le dis pour la décision sur le Premier ministre, elle doit se faire à l'Assemblée aussi. Pour terminer,

18:36
François Ruffin

Pierre. Oui, en termes de calendrier puisque en acceptant la démission du gouvernement, Emmanuel Macron a clairement laissé entendre qu'il était chargé de gérer les affaires courantes pour un certain temps et on a compris qu'un certain temps, c'était au moins pour la durée des Jeux olympiques. Alors, est-ce que c'est les Jeux olympiques les premiers ou aussi intégrant les Jeux paralympiques de fin août, de début septembre ? Est-ce que vous, vous dites, il y a une date limite au-delà de laquelle il ne serait pas concevable que l'on reste dans la situation intérimaire ?

19:05
Invité

Écoutez, si jamais on était capable de donner un nom pour Matignon, on devrait avoir la possibilité d'entrer dans les ministères le plus rapidement possible pour mettre en œuvre ne serait-ce que la question de la rentrée scolaire. Vous savez, moi je...

19:20
Présentateur

Mais vous y croyez, François Rupin ? Vous vous dites si jamais on était capable d'avoir un nom pour Matignon.

19:27
Invité

Je le souhaite. Je dis la méthode en disant que ça doit se déplacer vers l'Assemblée. Vous savez, moi j'ai toujours... Et vous avez un nom d'ailleurs ou pas ? Non, je n'ai pas de nom. Vous savez, les noms qui sont sortis ces derniers jours, tous me conviennent. Voilà. Bon, donc je ne vais pas rajouter un veto au veto des partis.

Moi, vous savez, en revanche, je suis ici avec conscience que pendant ce temps-là, on a la fermeture de la grande marque Cali qui est en liquidation, que pendant ce temps-là, on a une rentrée scolaire avec 3 000 enseignants qui sont manquants, que pendant ce temps-là, on a des services d'urgence qui vont fermer pendant l'été à Manos, qu'à la Ferté-Bernard, dans des tas de coins, que pendant ce temps-là, on a un Français sur deux qui dit qu'il part moins ou moins longtemps en vacances. Voilà le pays dans lequel on est.

J'ai conscience que pendant ce temps-là, pendant qu'on est en train de parler de l'Assemblée, des ministères et ainsi de suite, il y a de grands soucis dans le pays et que notre travail, on devrait être au travail tous pour résoudre ces questions-là pour les Français.

20:21
Présentateur

Et ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup. Merci François Ruffin.

Tractations du Nouveau Front populaire: l'interview de François Ruffin, député et membre du NFP — François Ruffin · Pourquijevote