Attentat de Nice : 10 ans après, des enfants rescapés témoignent|TF1 INFO
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Ce 14 juillet marque aussi les 10 ans de l'attentat de Nice. Il avait fait 86 morts, 458 blessés sur la promenade des Anglais. Ce soir-là, 3000 enfants étaient venus assister au feu d'artifice.
Aujourd'hui encore, certains souffrent de troubles post-traumatiques. Comment se reconstruisent-ils après un tel drame ? C'est l'enquête de ce 20h, signée Julien Garel, Anoushka Fleller et Gaël Kamba.
C'est une date qu'elle n'oubliera jamais. Qui l'a marquée jusque dans sa chair, au point qu'elle se l'ait faite tatouer sur le cou. 14 juillet 2016.
Kim avait 16 ans. Ce soir-là, elle avait pour la première fois l'autorisation de sortir avec une amie pour assister aux festivités sur la promenade des Anglais. Quelques minutes avant que l'attentat se produise, on avait décidé de s'asseoir sur le côté pour prendre une photo de ce type-là.
La dernière photo de sa vie d'avant, de sa vie d'ado, qui vole en éclat en quelques secondes lorsque surgit un camion conduit par un terroriste islamiste. Kim se retrouve projetée au sol. J'ai les corps qui sont tombés sur moi quand le camion continuait sa route.
Et du coup, j'ai eu fait du roménisque, traumatisme crânien, colonne vertébrale et cervicale endommagée, poumons écrasés, bassins écrasés. Et concernant le dos et les cervicales, j'aurai mal tout le temps parce que j'ai le bassin qui est encore déplacé de 5 cm. Après des mois d'hospitalisation, en pleine dépression, elle refuse de sortir de sa chambre.
C'est grâce à ce chien Simba qui lui est offert qu'elle arrive à surmonter certaines angoisses. C'est mon héros, il m'a sauvé la vie, mon petit Simba. Ma mère m'a dit, maman, t'es un chien, tu seras obligée de sortir pour faire ses besoins.
Et donc, comme ça, j'ai appris à ressortir. Mais plus rien ne sera jamais comme avant. Kim a développé une forme d'hypervigilance.
Je rentre dans les centres commerciaux, je regarde les portes de sortie. Je regarde, quand je suis dans les magasins, les portants, s'ils sont assez hauts, si les vêtements sont assez longs pour que je puisse me cacher en cas d'attaque. Un mécanisme de défense post-traumatique que cette psychiatre connaît bien.
Presque tous les enfants présents sur la promenade ce soir-là l'ont développé. Mais l'on observe une autre pathologie chez ces victimes. Tout d'un coup, sans que l'on sache pour quelle raison, l'enfant va être envahi par les images du drame.
Et telles qu'elles se sont passées, même dix ans après, c'est comme si ça s'était passé 24 heures avant. Dans cet hôpital, environ 1000 enfants ayant vécu, vu ou entendu l'attaque ont été suivis dans un service spécialisé. C'est le cas de Kenza, qui voit toujours un psychiatre une à deux fois par semaine.
Des séances strictement confidentielles que nous n'avons pas pu filmer. Nous la retrouvons donc avec sa mère, à la sortie du centre. Aujourd'hui, on a parlé du sommeil, puisque je n'arrive pas trop à dormir en ce moment.
On a parlé aussi de l'hommage qui va être pour les dix ans. Kenza avait quatre ans lors de l'attaque. Elle nous accueille dans sa chambre, son cocon.
Ici, c'est mon piano. J'adore y jouer, d'ailleurs. J'ai appris tout à fait à faire du piano.
Ici, c'est mon lit avec tous mes doudous, surtout mes doudous lapins. Elle nous raconte les cauchemars, les insomnies, les crises d'angoisse qui minent toujours son quotidien. Un bruit, je repense à ça.
Un camion qui passe, les camions de poubelle. C'est catastrophique, à chaque fois, je n'arrive pas à...
Des fois, je pleure et tout, parce que c'est horrible. Il y a le bruit, il lance les trucs et tout. Sa scolarité a également été complètement chamboulée.
Des fois, à l'école, je n'arrive pas à y aller. C'est compliqué, parce que du coup, j'ai développé des troubles. Des troubles de l'attention, dyslexique, dysorthographique, dyscalculique.
Audrey, elle, vit pour deux depuis dix ans. Elle était sur la promenade avec sa soeur jumelle, Laura, décédée lors de l'attaque. Je me dis, on se ressemblait tellement qu'aujourd'hui, face à un miroir, je n'arrive pas du tout à me regarder.
Je suis morte à moitié ce soir-là. J'avais 13 ans, on a enterré ma soeur, qui est ma moitié. Bon, on m'a enterré, moi.
Vraiment, le jour de l'enterrement de ma soeur, j'avais l'impression qu'on m'enterrait aussi. Je me suis mutilée pendant longtemps. J'ai fait des crises de boulimie pour combler un manque.
Sa santé reste fragile. Je n'utiliserai pas le mot guéri. Peut-être que je suis en phase de reconstruction, mais très lente.
Petit à petit, brique par brique, j'essaye. Elle tente de se reconstruire à Nancy, loin de cette promenade qu'elle regarde de loin. Et où elle ne se rend désormais que pour les hommages.