Jordan Bardella
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, le 7-9, spécial présidentiel.
Voilà, c'est le président du Rassemblement National, Jordan Bardella, qui est maintenant notre invité. Bonjour et bienvenue sur France Inter. Marine Le Pen donc en deuxième position hier soir après le premier tour, 23,41%. Votre réaction quand vous avez eu le chiffre, le score ?
D'abord, je veux remercier l'ensemble des Français qui se sont mobilisés et qui ont permis à Marine Le Pen d'accéder au second tour de l'élection présidentielle. C'est un score qui est en hausse par rapport à son score de 2017, malgré une concurrence d'Éric Zemmour qui fait 7%. Donc il y a une très forte dynamique pour les idées que nous représentons. Et désormais, il y a deux projets de société qui vont s'affronter, se confronter. Et nous, on souhaite que ce débat ait lieu calmement, sereinement, sans anathème, dans le respect de la démocratie et des idées des deux parties.
Vous avez raison, vous faites plus qu'en 2017. Mais Emmanuel Macron également fait plus et vous distance de plus de 4 points.
Je pense que la conséquence est Valérie Pécresse à 4,80%. Voilà, à 4,8%. En vérité, une grande partie des électeurs des Républicains. Valérie Pécresse était à la tête d'une équation impossible. C'est-à-dire que la moitié des gens qui étaient autour de Valérie Pécresse et de ses électeurs pensent comme nous et l'autre moitié pensent comme Emmanuel Macron. Il y a eu un effet de vote utile. Donc il y a une recomposition. Aujourd'hui, il y a trois grandes forces politiques. Le bloc national que nous représentons, que nous portons. Les mondialistes qui sont représentés par Emmanuel Macron, qui veulent encore plus de dérégulation. Et puis évidemment, le bloc de Jean-Luc Mélenchon.
Donc, si vous voulez, on me pose la question depuis hier, où sont vos réserves de voix ? Mais en vérité, il y a 70% de Français qui votent contre Emmanuel Macron. Parce que c'est un échec pour lui, en vérité. C'est 70% des Français qui votent contre Emmanuel Macron. C'est 70% des Français qui savent que si Emmanuel Macron est réélu, ça va être cinq années supplémentaires de casse sociale. Avec la retraite à 65 ans, saignée fiscale. Et puis d'impuissance sur le régalien, sur la violence qui se multiplie partout dans le pays. Et puis évidemment, sur la question de l'immigration.
Jean-Luc Mélenchon, en tout cas, l'a clairement dit hier soir. Pas une voix à Marine Le Pen. Le message est on ne peut plus clair. Il a même dit trois fois à la tribune. Qu'est-ce que vous y répondez à ça ?
Écoutez, Emmanuel Macron a un choix important de ministre pour composer son gouvernement. J'ai vu que Mme Pécresse, Mme Hidalgo se sont précipitées pour annoncer qu'elle voterait pour Emmanuel Macron. Je pense que les candidats ne sont pas propriétaires de leurs électeurs. Et moi, je pense qu'il y a beaucoup d'électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui ne veulent pas de la retraite à 65 ans. Qui ne veulent pas remettre la politique de la France entre les mains de McKinsey et d'autres cabinets privés. et qui, je pense, voteront comme beaucoup d'électeurs de patriotes de tous bords de droite comme de gauche pour Marine Le Pen au second tour.
En tout cas, moi, je leur dis, le vote de Marine Le Pen, c'est le vote pour établir toutes les protections. Les protections sociales, les protections physiques, évidemment. Les protections culturelles, les protections naturelles que sont les frontières, y compris en matière économique. C'est un choix de société qui se dessine dans quelque chose.
Ne craignez-vous pas que se réactive dans cette campagne d'entre-deux-tours, Jordan Bardella, le fameux front républicain, le sursaut républicain, le vote de barrage.
Non, je ne le crois pas parce qu'Emmanuel Macron a beaucoup divisé les Français. Il a créé beaucoup de tensions, beaucoup de désordres dans le pays. Une grande partie des crises qu'on a affrontées durant cinq ans, c'est lui qui les a suscitées. En vérité, les Gilets jaunes, c'est lui qui les a suscitées par une forme de cynisme, de brimade, d'arrogance. Le manque de lits à l'hôpital public, je rappelle, 27 000 lits supprimés depuis 2013 par Emmanuel Macron. Avant d'être président, il était ministre, qui nous ont beaucoup manqué pendant le Covid.
Donc, en vérité, les Français ont enfin la possibilité d'abord d'élire une femme à l'Elysée et de se choisir une présidente qui les aime et qui les respecte. Je pense que c'est ça aussi, c'est ce choix de personnalité qui doit primer dans leur vote.
Alors, vous parlez des femmes, c'est intéressant, vous avez entendu Gabriel Attal juste avant vous qui disait « ce sera projet contre projet », il dit comme vous, et il dit « voilà ce qu'est le projet de Marine Le Pen ». Le projet de Marine Le Pen, c'est de supprimer le secrétariat d'État aux droits des femmes. Le projet de Marine Le Pen, c'est de sortir de l'Union Européenne. Le projet de Marine Le Pen, c'est aussi de se rapprocher, il a reparlé et remis sur la table vos accointances avec le régime de Vladimir Poutine et ce qui s'est passé, les photos et les déplacements à Moscou, etc.
On les sent extrêmement fébrile. On les sent très fébrile parce qu'en vérité, ils sont restés 5 ans dans une tour d'ivoire complètement déconnectés. Quand on explique que le projet de Marine Le Pen, c'est de sortir de l'Union Européenne, c'est qu'ils n'ont pas vu ce qui s'est passé dans le pays depuis 5 ans. Ils n'ont pas vu que l'Union Européenne a évolué, que nous avons des alliés, que nous souhaitons la changer de l'intérieur, qu'on n'est plus en 2017.
Il y a quand même écrit dans votre programme, sur l'Union Européenne.
C'était pas juste pour vous, les femmes, pardon, je suis désolé de vous couperer un police. C'est aussi le doublement, ce que fera Marine Le Pen, c'est très concret, c'est le doublement des aides aux familles monoparentales. Il y a un quart des familles qui sont des familles monoparentales et on sait qu'il y a beaucoup de mères de famille qui sont obligées de cumuler plusieurs jobs pour réussir à s'en sortir. Donc, on a fait de cette question du pouvoir d'achat, pas seulement pour les mères de famille, mais pour tous les Français du pouvoir d'achat, un axe majeur de la campagne.
Et je pense que si les Français ont qualifié Marine Le Pen au second tour face à Emmanuel Macron, c'est d'abord parce qu'elle est la seule à pouvoir l'emporter et surtout parce qu'elle a des réponses concrètes à apporter, notamment aux questions du pouvoir d'achat.
Pourquoi vous voulez supprimer le secrétariat d'État aux droits des femmes ? Vous pensez que ça y est, c'est fait, c'est acquis, il n'y a plus de problème ?
Non, mais M. Attal est dans la démagogie.
Non, moi je vous la pose.
Non, non, mais il y aura, Marine Le Pen a dit qu'elle fera un gouvernement resserré avec 15 ministres et que le secrétariat d'État seront des missions temporaires qui seront affectées pour 6 mois de manière à pouvoir régler concrètement des missions. Excusez-moi, mais aujourd'hui, quand on regarde la liste des membres du gouvernement, personne n'est capable, je crois, de citer le nom de plus de 6 ou 7 ministres.
On apprend le nom de secrétaire d'État qu'on découvre dans la presse, ce genre que personne ne connaît, donc on va rompre tout ça, on va arrêter de transférer la politique de la France à McKinsey, à des cabinets privés, et on va remettre l'intérêt général, le bien commun, la concorde entre les Français au cœur des politiques.
Jordan Bardella, je reviens sur l'Union Européenne parce que c'est un sujet qui sera au cœur de cette campagne d'entre-deux-tours. Il est écrit dans votre programme, dans le programme de Marine Le Pen, qu'elle veut sortir de l'Union Européenne telle qu'elle pour passer à une Union des Nations.
Non, pas du tout. Il est écrit nulle part qu'on veut sortir de l'Union Européenne.
Non, il est écrit que vous voulez passer de l'Union Européenne telle qu'elle à une Union des Nations.
C'est-à-dire changer radicalement la nature des institutions européennes. En vérité, plus l'Union Européenne s'est approfondie, plus les nations européennes se sont affaiblies. Aujourd'hui, on ne décide plus de rien. On ne décide plus de la maîtrise de notre budget, on ne décide plus de la maîtrise de nos frontières. On n'a plus le droit de faire du patriotisme économique, c'est-à-dire que donner dans la commande publique un avantage très clair à nos TPE-PME, c'est interdit. Il faut utiliser des critères, notamment les critères sociaux, environnementaux, détournés. Donc, c'est une galère pour les collectivités.
Donc, ce qu'on souhaite faire, et Marine Lefra dès qu'elle est élue, c'est son premier déplacement, d'aller devant les institutions européennes pour exiger que nous soit rendus la possibilité de faire le patriotisme économique, de maîtriser nos frontières, et surtout la primauté du droit national sur le droit européen. Donc, on veut tout changer sans rien détruire.
C'est une possibilité qu'elle aille à Bruxelles, expliquer je veux ça, ça, ça, et que la majorité des Européens disent non.
Oui, mais nous avons des alliés pour le faire. Et en réalité, on voit bien que depuis maintenant 10 ans,
vous avez des alliés, mais vous n'êtes pas majoritaire.
Sur tout le continent. Oui, mais nous sommes la France. Je n'ai de mépris pour aucun État, mais quand on est un plus petit pays au sein de l'Union Européenne, on n'a pas le poids qu'à la France ou qu'à l'Allemagne. Donc, la France a un poids considérable dans les institutions européennes, et nous négocierons. Et nous récupérerons nos leviers essentiels de souveraineté, parce que je crois qu'il y a, chez Marine, non pas seulement une solidité, mais une volonté politique, un courage, et peut-être une sincérité aussi qu'il n'y a pas chez les autres responsables politiques. Donc, on fera ça calmement, sereinement.
Nous l'avons dit, la première mesure que nous prendrons dès que nous sommes élus, dans les premières semaines, nous la ferons voter à l'issue des élections législatives, c'est l'abaissement de la TVA de 20% à 5,5% sur les carburants, sur l'essence, l'électricité, le gaz, le fioul, parce que je pense que se chauffer ou se déplacer est aujourd'hui devenu un bien de première nécessité. Et puis, vous le savez que nous engageons aussi, dès les premiers mois, donc dès 2022, à un grand référendum sur l'immigration.
Sur le plan politique, Marine Le Pen parlait à notre micro, mardi dernier, d'un gouvernement d'union nationale, si jamais elle était élue, pardon, mais elle est seule, à part vous, Jordan Bardella, il y a peu de gens que les Français seraient capables de nommer au Rassemblement National, comment allez-vous pallier ce manque ? Non, elle n'est pas seule. Expliquez-nous.
Elle n'est pas seule quand vous êtes qualifié au second tour de l'élection présidentielle et que plusieurs millions de Français votent pour vous, vous n'êtes pas seul.
Non, ça c'est les électeurs.
Oui, d'accord. Ensuite, chaque chose en son temps.
Là, vous voyez bien que ma question ne porte pas sur...
Non, non, non, mais j'entends bien, mais si vous me le permettez, chaque chose en son temps. Je veux dire, au premier tour, on rassemble son camp, et au deuxième tour, c'est un choix de personnalité et un choix de projet. Le temps du gouvernement viendra. Au second tour de la dernière élection présidentielle, il y a cinq ans, personne n'était en capacité de citer un seul nom du futur gouvernement d'Emmanuel Macron, ni même le Premier ministre. Je vous rappelle que dans le respect des institutions, c'est le Premier ministre qui propose le gouvernement et le Président de la République qui valide.
Donc, nous l'avons dit, nous ferons un gouvernement d'union nationale dans ce sens que ce n'est pas le Rassemblement national qui va arriver au pouvoir. Il y a beaucoup de gens qui vont nous rejoindre, des gens qui viennent de la droite, des gens qui viennent de la gauche, qui sont attachés à l'idée de nation.
Arnaud Montebourg, on entend dire Arnaud Montebourg, vous le citez souvent.
Si vous voulez un nom, je vais vous en donner un. Marine Le Pen a d'ores et déjà indiqué que son ministre de la Justice, qui sera notamment en charge de faire voter cette loi contre les idéologies islamistes, que nous avons travaillé avec des magistrats et des professionnels du droit, ce sera Jean-Paul Garraud, qui est un magistrat qui vient des Républicains, qui a été le père du parquet national antiterroriste, et qui sera le visage de ce tournant que nous voulons faire en matière pénale. Mais d'autres nous rejoindront, mais si vous voulez, chaque chose en son temps. Commençons par choisir le Président de la République.
Mais vous savez, quand on arrive à la tête de la 7ème puissance mondiale, généralement, le problème que vous avez quand vous composez votre gouvernement, c'est de choisir et vous ne manquez pas de mandat.
Allez-vous tendre la main à Éric Zemmour et à son parti Reconquête pour faire des alliances aux législatives ?
Non, nous allons tendre la main. D'abord, à l'élection présidentielle, à l'ensemble des Français. Mais on n'est pas dans l'alliance d'appareils, on n'est pas dans la combine, on n'est pas là-dedans. Le temps des législatives viendra. Il y a des patriotes sincères, évidemment, chez Éric Zemmour, qui vont nous rejoindre, à qui nous tendons la main, qui vont travailler avec nous, en tout cas des électeurs, qui vont nous rejoindre dans le cadre de ce second tour. Mais pas que des patriotes, il y en a à droite, il y en a à gauche. Et encore une fois, la volonté que nous avons, c'est de réparer le pays après 5 ans de tensions, de désordres, de fractures, de désunion entre les Français.
Et ça, c'est le bilan d'Emmanuel Macron. Et beaucoup savent que si Emmanuel Macron est réélu, ça serait 5 ans de violence et de désunion entre les Français dont je pense que nous devons aujourd'hui tourner la page.
Jordan Bardella, sur le premier tour, Éric Zemmour, a servi de paratonnerre sur les positions pro-russes et pro-Poutine. Paratonnerre est une citation tirée de Valrande Saint-Just du Rassemblement National lui-même. Le paratonnerre ayant disparu, ne craignez-vous pas que ce sujet-là, pro-russes, pro-Poutine, reviennent dans les pattes, si j'ose dire, de Marine Le Pen dans cet entre-deux-tours ?
Si un tel sujet reviendrait dans les pattes, s'il y avait une ambiguïté, il n'y a pas d'ambiguïté ? Nous avons été les premiers, parmi les premiers, à condamner l'agression de l'Ukraine par la Russie. Alors je veux bien que vous essayiez peut-être dans l'entre-deux-tours, c'est vrai qu'Éric Zemmour a peut-être fait paratonnerre, et que vous allez peut-être essayer de trouver des sujets pour venir nous challenger, pour venir évidemment prosusciter le débat.
Oui, on trouvera des sujets pour challenger aussi le camp d'en face.
Très bien, je vous en félicite, il n'y a absolument aucun problème là-dessus, nous acceptons bien volontiers le jeu, et vous savez qu'on a un peu l'habitude de ce genre d'exercice, donc il n'y a aucune difficulté là-dessus, on est extrêmement clair, la Russie a attaqué l'Ukraine, elle doit être sanctionnée pour cela, mais c'est vrai, je vous l'accorde, on a été prudents sur certaines sanctions économiques, en disant attention à ce que certaines sanctions économiques ne viennent pas très sévèrement toucher plus durement les Français que les Russes, et je pense notamment au prix de l'énergie.
En 10 secondes, elle a reconnu elle-même qu'elle avait raté le débat d'entre-deux-tours il y a 5 ans, comment elle a bossé pour ne pas le rater cette fois-ci ?
Je pense que vous avez vu durant cette campagne présidentielle, les évolutions, le travail de fond, je pense que le temps lui a donné raison, le temps lui a donné raison parce que ça fait 20 ans qu'elle est en première ligne, les Français connaissent sa sincérité, ils connaissent son projet, qui est un projet concret, qui vise à répondre à la question du pouvoir d'achat, de la sécurité, de l'immigration, qui vise à redonner un avenir français à notre peuple, et puis surtout, je crois que le temps est venu aujourd'hui, nous sommes prêts, et nous sommes, je crois, en capacité de diriger le pays.
Merci Jordan Bardella, je précise que Marine Le Pen sera à votre place demain matin, et ce sera sa première interview après le premier tour, demain sur Inter.
Merci encore Jordan Bardella, 8h46.
France Inter France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada
Jordan Bardella