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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 18 janvier 2026 22 min

Christophe Gomart : « Donald Trump compte s’emparer du Groenland de façon financière »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Et l'invité de notre entretien, c'est Christophe Gomart. Bonjour, merci beaucoup d'être là, Christophe Gomart. Vous êtes député européen, les Républicains, ancien chef du renseignement militaire. On va commencer en parlant des voeux d'Emmanuel Macron aux armées. Dans un contexte et dans une situation internationale évidemment très compliquée. On va y revenir avec vous, Emmanuel Macron, qui a donc présenté hier ses voeux aux armées. Il était sur la base militaire d'Istre dans les Bouches-du-Rhône. Est-ce qu'il a envoyé le bon message pour vous ?

0:48
Christophe Gomart

Pour moi, il a fait surtout un auto-satisfait site de ce qu'il a fait pour la défense.

0:54
Présentateur

Qui n'était pas justifié ?

0:56
Christophe Gomart

Qui, de mon point de vue, n'est pas vraiment justifié. Quand on regarde l'état réel des forces armées françaises, on ne peut être qu'un peu déçu. C'est-à-dire qu'il annonce, Wobby et Torby, qu'il a doublé la loi de programmation militaire, enfin le budget. Dans les faits, à l'euro, c'est vrai, mais avec l'inflation, avec le coût d'entretenir matériel, on n'aura pas plus de chars, d'avions, de canons à la fin de cette loi de programmation militaire qu'au départ. Or, on voit bien qu'aujourd'hui, avec la guerre de haute intensité qui existe entre la Russie et l'Ukraine, qu'on doit se préparer à cette éventualité.

Et surtout, ce qu'il racontait hier et ce qui est vrai, que pour être craint, il faut faire peur. Et pour être craint, il faut être fort. Et ça, je pense qu'on ne l'est pas suffisamment. Et on sait bien que, malheureusement, la France ne dispose pas d'assez de munitions, ne dispose pas d'assez de chars, de canons, d'avions, de frégates.

1:43
Présentateur

– Donc on n'est pas craint aujourd'hui, pour vous ?

1:46
Christophe Gomart

– Je pense qu'on n'est pas réellement craint, non.

1:48
Présentateur

– Malgré la dissuasion nucléaire ?

1:50
Christophe Gomart

– Alors si, ça, oui, mais une dissuasion nucléaire n'est forte que s'il y a une dissuasion conventionnelle, une force d'armée conventionnelle suffisamment puissante et forte également. Et c'est en cela où les deux piliers de notre dissuasion, à la fois l'aspect nucléaire et l'aspect conventionnel, doivent être puissants tous les deux pour que l'on soit crédible et donc craint et entendu.

2:08
Présentateur

– Et vous le disiez, il a appelé hier à accélérer le réarmement et Emmanuel Macron, est-ce qu'on est en retard par rapport à nos autres voisins européens sur cette question ?

2:16
Christophe Gomart

– Alors si je compare aux Allemands un peu, le budget de la défense allemande est de 86 milliards d'euros, le nôtre est à 50 et en 2029, il sera, l'allemand, à 126 milliards d'euros. Le nôtre sera peut-être à 60. Donc on voit bien qu'il y a un gap, et si je regarde les Britanniques, le budget de la défense britannique aussi est plus élevé que le nôtre. C'est en ce sens-là qu'on a un peu de retard. Donc les paroles ne suffisent pas dans le domaine. Et quand je parle aux industriels, ils me disent, mais on n'a pas de commande de l'État.

Quand j'entends le chef d'État qui hier engueule presque les industriels de défense, en disant, mais il faut que vous produisiez plus vite, 5 ans, 6 ans, c'est beaucoup trop long. Non, mais très bien, mais il n'y a pas de commande. Donc ce n'est pas la faute des industries de défense ? Je pense que non. Les industries de défense, elles agissent sur commande, c'est-à-dire qu'elles fabriquent, si on leur a commandé, elles fabriquent pour vendre réellement.

3:06
Présentateur

Donc ça veut dire que l'économie de guerre vantée par le chef de l'État, dans les faits, elle n'existe pas ?

3:11
Christophe Gomart

Ah non, c'est un slogan. Mais d'ailleurs, lui-même l'a reconnu hier. Il a dit, mais non, cette économie de guerre, non, en fait, ça n'existe pas, il faudrait faire plus. Le fait, il a fini par le reconnaître. Or, c'était un de ses mantras. Il l'a dit, nous sommes en économie de guerre, le ministre de la Défense de l'époque, des armées, pardon, Sébastien Lecournul le disait également. Donc on ne l'est pas du tout. Économie de guerre, ça veut dire que notre industrie est entièrement tournée vers la guerre, vers la défense, ce qui n'est pas du tout le cas. Et pourquoi ? Parce qu'en fait, on revient, il n'y a pas assez de commandes.

S'il y avait des commandes, c'est-à-dire des commandes fermes et définitives, les industriels mettraient. Je suis allé visiter…

3:44
Présentateur

Mais pourquoi, du coup, il n'y a pas assez de commandes, c'est alors que le chef de l'État a martelé économie de guerre ?

3:49
Christophe Gomart

Parce que c'est à l'État de commander. Mais l'État n'a pas d'argent. On a une dette qui est de plus de 3 500 milliards d'euros. Et pour ça, en effet, il faut payer. Vous savez que la Défense pousse un report de charge de, on appelle ça une bosse dans notre langage, de 8 milliards d'euros. C'est-à-dire, en fait, c'est les commandes qui ont été livrées, mais non payées. Or, si les industriels qui cherchent à être payés, en fait, au-delà de ça, l'État va devoir payer des intérêts moratoires. C'est-à-dire qu'en réalité, on paye plus cher un matériel acheté qui est déjà en compte dans les armées, on le paye finalement plus cher 1, 2, 3, 4 ans après.

C'est là où je pense qu'il y a un véritable moratoire à faire en termes de budget de la Défense. Qu'est-ce qu'on veut pour nos armées ? Qu'est-ce qu'on veut pour notre Défense ? Pour la sécurité non seulement de notre pays, mais de notre continent.

4:32
Présentateur

Justement, en matière de budget de la Défense, hier, Emmanuel Macron a acté un effort supplémentaire de 36 milliards pour accélérer le réarmement. Alors, avant de parler de la faisabilité, la somme, elle peut paraître considérable. Est-ce que vous, vous la jugez suffisante ?

4:46
Christophe Gomart

Elle est, de mon point de vue, insuffisante. Il faudrait, le budget de la Défense, il faudrait au moins le doubler, voire le tripler. C'est-à-dire, il faudrait monter au moins à 100 milliards d'euros, voire à 150 milliards d'euros. C'est-à-dire, répondre, arriver aux 3,5% de notre PIB. Or, nous en sommes loin. Nous sommes, nous tutoyons les 2%. Or, le président s'est engagé, lors du sommet de l'OTAN, à ce que la France dépense 3,5, puis 5% de son PIB en faveur de la Défense. Et on en est loin.

5:16
Présentateur

Là, pour le coup, à part peut-être la Pologne, les autres pays européens en sont pour le moment loin aussi.

5:20
Christophe Gomart

Oui. Alors, la Danemark est à 3,5%. La Pologne est à un peu plus de 4,5%. L'Allemagne va monter en puissance et va sans doute arriver aux 3%. Ça n'est pas encore le cas de la France. Non, il faut une nouvelle loi de programmation militaire, sans aucun doute. Bon, malheureusement, comme le budget n'est pas voté, il n'y a pas de budget pour la Défense à l'heure actuelle. Donc, en fait, on est un peu, malheureusement, dans le mur.

5:42
Présentateur

Mais c'est ce que j'allais vous dire. Déjà, pour commencer, il faudrait qu'il y ait un budget. Est-ce que vous appelez vos collègues LR, les parlementaires LR, au compromis pour qu'il y ait un budget rapidement ?

5:50
Christophe Gomart

– Alors, je ne suis pas à l'Assemblée nationale, mais je crois qu'il faudrait surtout, moi, ce que j'appelle, mais je l'avais fait déjà ici sur votre plateau, c'est que je crois que le président, le chef de l'État, de se rendre compte de l'impasse dans laquelle nous sommes aujourd'hui. Et s'il était, de mon point de vue, responsable, il présenterait sa démission. Parce qu'on ne changera pas ce qui se passe sans de nouvelles élections. Si on élu des nouveaux députés, on le voit bien, la difficulté. C'est que je crois que les Français veulent un véritable changement.

Ce changement aura lieu lorsqu'on aura un nouveau président, en espérant qu'il ait une majorité à l'Assemblée nationale de façon à pouvoir gouverner. Or, aujourd'hui, le pays, de mon point de vue, est assez ingouvernable.

6:29
Présentateur

– C'est-à-dire que ce matin, avec ce qui se passe en Ukraine, avec les velléités de Donald Trump au Groenland, on va y revenir, vous appelez encore à la démission d'Emmanuel Macron. Pour vous, ça n'affaiblirait pas la France ?

6:39
Christophe Gomart

– La France est déjà très affaiblie, malheureusement. Et le fait que le président soit toujours là, au Parlement européen, c'est assez intéressant de voir que mes collègues me disent « le président Macron est trop faible, Macron is too weak », me disent-ils, avec une dette. C'est en ça où la France perd en crédibilité. La France, malheureusement, disparaît un peu des radars. Or, notre pays est un pays puissant, avec 67 millions d'habitants, avec une dissuasion nucléaire, un siège au Conseil de sécurité, la deuxième zone exclusive économique.

Donc on voit quand même que ce pays est puissant, mais tellement endetté, que je crois qu'il faut déjà rationaliser, réformer l'État et faire en sorte de faire des économies et non pas de multiplier les impôts supplémentaires.

7:17
Présentateur

– Petite parenthèse sur le budget, est-ce que du coup, dans le contexte, Sébastien Lecornu a raison de passer par une méthode plus forte de renoncer au vote et de dire que c'est soit 49-3 ou ordonnance ?

7:26
Christophe Gomart

– Je pense qu'il faut un budget pour la France. Et revenir en arrière, c'est encore la politique de même temps. Non, on ne fait pas, mais on fait, on en est là. C'est en ça où je dis qu'on est un peu vraiment dans le mur. On aura peut-être un budget demain matin, et c'est souhaitable pour la France. Mais le pays n'avancera pas tant que les élections…

7:43
Présentateur

– Mais ça veut dire qu'il n'y aura pas de censure des Républicains, c'est 49-3 ou ordonnance ? En tout cas, vous ne l'appelez pas de vos voeux, vous ?

7:48
Christophe Gomart

– Non, moi ce que j'appelle, je n'appelle pas au compromis. Je dis simplement, j'appelle à la responsabilité de chacun. Mais moi je n'appelle pas au soutien du macronisme.

7:57
Présentateur

– Mais elle passe par quoi d'autre que le compromis, la responsabilité d'avoir un budget ?

8:01
Christophe Gomart

– Oui, mais les gens parlent de stabilité politique, mais on n'est pas dans la stabilité politique. On est dans une espèce d'instabilité chronique qui va durer jusqu'en 2027, malheureusement, et qui est très mauvais pour la France et pour notre réputation et pour le poids et l'influence de la France, non seulement en Europe, mais dans le monde.

8:15
Présentateur

– Mais est-ce que les Républicains censureront ou pas ?

8:17
Christophe Gomart

Ça, je n'en sais rien.

8:18
Présentateur

– Est-ce qu'ils doivent le faire, selon vous ?

8:20
Christophe Gomart

– Moi, je censurerais le gouvernement, oui.

8:21
Présentateur

– Oui ?

8:22
Christophe Gomart

– Moi, personnellement, oui.

8:23
Présentateur

– Le chef de l'État a dit hier qu'il voulait un réarmement pour faire face à un éventuel engagement majeur face à la Russie d'ici trois ou quatre ans. Pour qu'on comprenne bien, qu'est-ce qu'il faut mettre derrière ce terme « engagement majeur » ?

8:36
Christophe Gomart

– Tout le monde se dit qu'en 2030, quand on regarde les projections, l'armée russe sera recomposée. Elle perd 1000 chars par an, mais elle en construit 1000 également. C'est-à-dire qu'en 2030, les gens imaginent qu'elle sera remise de cette guerre contre l'Ukraine, que la production de matériel militaire sera suffisante pour qu'elle soit en mesure d'attaquer ailleurs. Bon, c'est une hypothèse de travail. Ça n'est absolument pas du renseignement, parce que faire du renseignement sur trois ans, ça me paraît compliqué. Quand les intentions d'un Vladimir Poutine en 2030, je ne sais pas comment on fait. On n'est pas dans la tête de Vladimir Poutine.

En revanche, qu'on se prépare à un éventuel conflit, oui, ça c'est logique. C'est-à-dire que le président de la République-chef des armées demande au chef intermajor des armées de s'y préparer, mais pour ça, encore faut-il qu'il ait les moyens, et les moyens en particulier financiers, qui permettent d'avoir plus de chars, plus de rafales, plus de frégates et tout ce qu'on veut. Mais c'est ce qu'il faut faire. Et au-delà de ça, il faut qu'on discute au niveau européen pour disposer d'une architecture de sécurité qui permette en effet de faire face à tout type de menaces. Or, on en est loin. Aujourd'hui, tout le monde se pose sur l'OTAN.

C'est très bien, l'OTAN, c'est une belle organisation militaire qui fonctionne très bien, avec des états-majors très bien armés en termes de communication, de renseignement. Mais avec ce qui se passe au Groenland ou ailleurs, avec un Donald Trump qui se fiche finalement pas mal de cette organisation du traité de l'Atlantique Nord, certains de ses conseillers lui disent non mais il faut ce vieux truc-là, il faut l'enlever et il faut quitter ça. Malheureusement, beaucoup de pays européens se disent que notre seule défense, ce sont les États-Unis d'Amérique.

et on a remis pendant des dizaines d'années notre défense aux États-Unis d'Amérique qui sont plusieurs milliers de kilomètres et non pas de prendre en responsabilité notre propre défense. Et c'est en cela où je pousse, moi, pour avoir une architecture de sécurité vraiment européenne, j'allais dire, autour d'un état-major, organisé autour d'un état-major, vraiment européen, commandé par des Européens et, j'allais dire, renseigné grâce au renseignement des pays européens.

10:33
Présentateur

– Et on entend ça depuis le début de la guerre en Ukraine, mais est-ce que ça en prend le chemin ? Pourquoi ça n'en prend pas plus le chemin ?

10:38
Christophe Gomart

– Parce que les pays, beaucoup de pays ont des armées qui sont NATO by design, c'est-à-dire qu'elles sont organisées par et pour l'OTAN. Et les officiers de ces pays en question, dont l'Allemagne, dont la Pologne, sont en fait intégrés dans les états-majors de l'OTAN. Le seul pays qui ne soit pas comme ça, c'est la France, qui a une capacité de décision, de planification et de conduire des opérations de manière autonome. L'autre pays qui pourrait être comme ça, c'est la Grande-Bretagne.

Et c'est en cela où, et j'essaye, moi au Parlement européen, j'ai organisé un séminaire début juillet sur, justement, comment s'organise-t-on entre pays européens pour être capables de se défendre demain si jamais les Américains venaient à nous quitter ou si jamais ils quittaient l'organisation du traité de l'OTAN, comment fait-on ? Je pense qu'il est nécessaire, en effet, de monter en puissance un état-major digne de ce nom avec des moyens de communication et de renseignement suffisants pour planifier et conduire une guerre.

11:28
Présentateur

– Emmanuel Macron a envoyé des soldats français au Groenland, un petit contingent dans le cadre d'une mission européenne. Est-ce que vous soutenez cette initiative ?

11:37
Christophe Gomart

– L'initiative est intéressante. Oui, que les Européens disent aux Américains, attendez, c'est un territoire européen. Moi, ce qui m'étonne, c'est que les Danois n'aient pas tapé plus fort du poing sur la table. Il existe sur l'île du Groenland une base américaine où il y a 150 ou 200 soldats américains. Il y a un accord, un traité entre les États-Unis et le Danemark qui a été signé en 1951. Je ne comprends pas que les Danois ne dénoncent pas ce traité, disent aux soldats américains présents au Groenland, partez ou rompent le contrat de F-35 d'achat de matériel et d'équipement militaire américain. C'est-à-dire là, on verrait la vraie volonté danoise de garder le Groenland.

Mais pour l'instant, on est plutôt dans du soft, dans du moyen. On n'en voit qu'un soldat français, qui sont suivis sans doute par d'autres, pour un exercice, quelle est la durée ? On va envoyer une frégate le long, on va envoyer un avion de surveillance et de renseignement. Les Suédois ont envoyé quelques soldats aussi. Donc oui, si jamais les Européens gagnent, ce que je souhaite, je pense que Trump leur fera payer ensuite. De quelle manière ? Soit je quitte l'OTAN, soit débrouillez-vous entre Européens pour votre défense, ce n'est plus mon problème. Même si, dans les faits…

12:47
Présentateur

Soit des conséquences sur la planète ?

12:49
Christophe Gomart

Ah, sans doute. Je pense que Trump, il est dans le deal. C'est un agent immobilier, enfin, je veux dire, c'est un promoteur immobilier, plus exactement, qui est dans le deal. Il est dans le transactionnel direct. Il est dans la… Je tente un deal, ça ne marche pas, je repousse ailleurs, et on en est là. Donc, que va-t-il se passer ensuite sur le Groenland ? Parce qu'il est quand même très ferme sur le Groenland. Il est… Et même Marc Rubio, qui est plutôt, j'allais dire, un modéré, Marc Rubio, lui, il dit, attention au président Trump. Quand il a annoncé, c'est qu'il va le faire. De mon point de vue, militairement…

13:19
Présentateur

Et la Maison-Blanche a dit hier soir, aucun impact pour Donald Trump de l'envoi de soldats européens.

13:24
Christophe Gomart

Non, mais je ne crois pas qu'il y ait une vraie… qu'il va le faire par la force. De mon point de vue, il va plutôt le faire de manière financière, c'est-à-dire, soit en donnant un million de dollars à chaque Inuit habitant au Groenland, et ensuite, pourquoi pas, organiser un référendum, et soit vers une indépendance, soit, effectivement, une présence américaine beaucoup plus importante.

13:45
Présentateur

Il ne fera pas de manière militaire, pour vous ?

13:47
Christophe Gomart

– Je ne le penserai pas. Je ne le penserai pas. Maintenant, tout est possible avec Donald Trump.

13:52
Présentateur

– Les conséquences sur la guerre en Ukraine, elles pourraient être lesquelles ? Elles pourraient être plus de soutien aux Ukrainiens ? Elles pourraient aller jusqu'à un soutien à la Russie ?

14:01
Christophe Gomart

– Non. Donald Trump a, comment dire, il faut lire, sa sécurité nationale, sa stratégie de sécurité nationale, dans lesquelles, pour lui, il y a trois zones d'influence. La zone d'influence américaine, c'est ce qu'il appelle l'hémisphère occidental, qui comprend l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, l'Europe, et qui, à l'ouest, va jusqu'au chapelet d'île du Japon-Philippine en passant par Taïwan. Et il y a une zone d'influence russe et une zone d'influence chinoise. Quand on regarde ce qu'il fait, à la fois au Venezuela, à la fois au Groenland, à la fois en Iran, en fait, il cherche à bloquer les Chinois et sans doute les Russes.

Tout le pétrole vénézuélien sur lequel les Chinois verrent un regard, hop, ça va être américain. Ce qui se passe au Groenland, les terres rares, le pétrole qui peut exister ou le gaz, ça sera américain. Ce qui se passe en Iran, ça sera américain et ça sera plus chinois. Donc, il y a une vraie tentative d'assèchement des capacités chinoises. C'est ça qu'il vise. Ce qui se passe en Ukraine, en fait, il s'en fiche un peu. Il a dit, c'est aux Européens. Achetez de l'armement américain d'abord, mais vous payez, mais voilà. Je ne m'en occupe plus et je pense qu'il ne va plus s'en occuper.

15:10
Présentateur

Mais est-ce que vous pensez encore que l'Union européenne peut empêcher Donald Trump de s'emparer du Groenland ?

15:17
Christophe Gomart

Je pense que ça sera compliqué. Ils peuvent gagner. Cette présence militaire est intéressante. Combien de temps durera-t-elle ? Mais est-ce que ça ne se passera pas différemment ? C'est-à-dire que militairement parlant, l'Europe montre qu'elle est présente et que c'est un territoire de l'Union européenne. À ce titre-là, c'est normal que les soldats de l'Union européenne y soient présents à la demande du royaume du Danemark. Ou alors, mais c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est que si jamais les Européens gagnent, je pense qu'il y aura des conséquences ailleurs. Et en effet, sur l'Ukraine, ce n'est pas impossible.

15:49
Présentateur

Que va faire Vladimir Poutine dans tout ça ? Est-ce qu'il faut s'en inquiéter ?

15:54
Christophe Gomart

Vladimir Poutine, quand on regarde ce qui s'est passé dans la Seconde Guerre mondiale, la Russie, dans le même temps de guerre, avait atteint Berlin. Là, elle n'a pas conquis les quatre blasts du Donbass. Donc, de mon point de vue, militairement, certes, il fait peur parce qu'il dispose d'un arsenal nucléaire très très important. Mais sur le plan conventionnel, on voit bien quand même qu'il est limité. Même ses bateaux, c'est-à-dire sa marine, n'est pas si puissante que ça. Si ce n'est, c'est sous-marins nucléaires, l'encensure d'angin, et c'est sous-marins en règle générale.

16:24
Présentateur

Mais sur les velléités de Donald Trump de s'emparer du Groenland, Vladimir Poutine, il va regarder ça en simple spectateur ?

16:31
Christophe Gomart

– Je ne pense pas, mais que peut-il faire ? Je ne suis pas certain qu'il puisse faire réellement grand-chose, en réalité, à part faire naviguer quelques-uns de ses bateaux dans cette région-là. Ça, c'est possible. Mais pour moi, il n'a pas les moyens réellement de réagir face à Donald Trump aujourd'hui.

16:49
Présentateur

– Est-ce qu'aujourd'hui, on peut considérer que les États-Unis sont encore nos alliés, nous, européens ?

16:54
Christophe Gomart

– C'est une vraie question. En tous les cas, c'est des vrais adversaires économiques, avec des lois extraterritoriales très puissantes, avec des droits de douane très importants. C'est un véritable adversaire économique. C'est encore un allié militaire. Est-ce que ça le restera ? L'épisode Groenland sera un bon indicateur en fonction de la conclusion de cet épisode.

17:18
Présentateur

– Autre sujet, c'est l'Iran, où les manifestations, les mobilisations sont réprimées des milliers de morts. Est-ce que l'Union européenne est trop silencieuse ?

17:26
Christophe Gomart

– Ah oui. Au point de vue, oui. Quand je regarde, si vous voulez, ce qui se passait, la France est intervenue dans le cadre d'une coalition avec les Britanniques et les Américains en Libye en 2011. Ça a sans doute été peut-être une erreur au regard des conséquences ensuite en Afrique et on les mesure encore aujourd'hui. Néanmoins, pourquoi est-ce qu'on demande intervention grâce à une résolution, je crois que c'est la résolution 73 des Nations Unies, parce que Kadhafi massacra sa population ? Là, les mollas massacrent la population iranienne, mais finalement, que fait-on ?

Est-ce qu'on a demandé au Conseil des Sécurités des Nations Unies de se réunir, de prendre une résolution, de faire une proposition ? C'est un peu le grand silence en réalité. C'est plus le silence de l'ONU que l'Union européenne, mais l'Union européenne n'apparaît comme rien. Non. Je pense que, oui, il faut appeler au renversement du régime des mollas pour que le peuple iranien puisse librement s'exprimer. On est compte quand même le nombre de morts qu'il y a eu, selon certaines organisations non-gouvernementales, à Tiananmen, selon les renseignements, ça varie entre 1 000 ou jusqu'à plus de 10 000 morts. À Tiananmen, on n'avait rien fait à l'époque.

On l'a fait en Libye, on l'a fait après Srebrenica. Srebrenica, 8 000 morts, la communauté internationale s'était réveillée et l'Europe avait cherché à se réveiller. Là, qu'est-ce qu'on fait ? Rien. On est très attentistes, quelques paroles, mais en actes, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on a demandé au Conseil de sécurité des Nations Unies de prendre une résolution avec des actes derrière pour intervenir et faire cesser ces massacres ?

18:53
Présentateur

Est-ce que vous pensez que là, Donald Trump, il ira jusqu'à une intervention militaire en Iran ?

18:57
Christophe Gomart

On a l'impression

18:58
Présentateur

qu'il y a les mots et il y a les actes.

19:00
Christophe Gomart

Il y a les mots. Il semblerait quand même qu'il ait retenu, j'allais dire, le coup jusqu'au début parce qu'un ensemble d'avions américains était en l'air. Certains disent que c'était l'occasion de connaître les défenses iraniennes en fonction de ce qui bougeait. C'est-à-dire qu'en fait, on a fait bouger l'adversaire pour voir où était ce qu'il allait faire la manière dont il allait réagir avec tous les capteurs déployés. Et aujourd'hui, on sait, si jamais, enfin les Américains savent que si jamais ils attaquent, voilà la façon dont ça se passerait côté iranien. Je pense qu'également, les Israéliens ont demandé à attendre parce qu'ils n'étaient peut-être pas suffisamment prêts.

Les Saoudiens, également, ont demandé à ne pas le faire parce qu'il y aurait eu des conséquences régionales très importantes et dont on ne mesurait pas exactement les conséquences. Donc tout le monde a poussé les Américains à s'abstenir. Ça a permis aux renseignements américains de mieux connaître les capacités iraniennes de défense. Est-ce qu'il y aura, j'allais dire, une attaque ? Ça reste possible parce que tous les moyens sont en place. Il y a un portavion américain qui se rapproche de la zone. Donc tous les moyens sont en place pour réagir.

20:02
Présentateur

Un dernier mot sur un autre sujet, Christophe Gomart, sur le Mercosur, puisque vous êtes député européen sur la Van der Leyen qui va aller demain en Paraguay, signer le Mercosur. Vous avez perdu la bataille ?

20:11
Christophe Gomart

La bataille n'est pas encore perdue. Mais c'est vrai qu'elle pousse le bouchon, elle empêche le Parlement de s'exprimer, le Parlement européen. Il y a un peu un déni de démocratie sur ce sujet-là.

20:22
Présentateur

Il y aura un vote la semaine prochaine. Il va servir à quoi, du coup ?

20:24
Christophe Gomart

En fait, on va demander à saisir la CGE, donc la Cour de justice européenne, justement pour empêcher ce Mercosur de rentrer et d'être mis en oeuvre.

20:41
Présentateur

Est-ce que l'échec ne vient pas aussi de votre camp ? Est-ce que les députés du PPE auxquels vous appartenez et qui sont en partie favorables à ce traité, vous avez échoué à les convaincre ?

20:50
Christophe Gomart

Oui, c'est vrai que les votes sont très nationaux et ne sont pas tellement liés aux partis politiques dans lesquels nous siégeons au sein du Parlement européen. Ça reste très national. La France, la Pologne, les Pays-Bas sont contre ce Mercosur. L'Italie de Giorgia Méloni finalement a changé d'avis. Donc la minorité de blocage n'existait plus. Mais il n'y a pas, malheureusement pour nos agriculteurs, il n'y a pas que le Mercosur. Il y a toutes les règles ou les directives prises en France, malheureusement, qui agissent parce que la balance commerciale agricole, malheureusement, est venue négative. La France n'arrive même plus à s'autosuffire en termes de nourriture. C'est là où c'est grave.

21:26
Présentateur

Merci Christophe Gomart. Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin, député européen LR, ancien chef du renseignement militaire. On va passer à l'actualité dans nos régions. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.