Clôture du PDSF 2026 - Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants
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- Catherine VautrinFait
« La France est un partenaire de confiance. »
- Catherine VautrinPromesse
« La ligne de la France est claire. Elle est non escalatoire et strictement défensive. »
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Prix monsieur le ministre de la défense des Philippines, madame l'ambassadrice, monsieur le chef d'état-major des armées, mesdames et messieurs pardon les chefs d'étatmajor, pas encore mesdames, monsieur le délégué général pour l'armement, monsieur le secrétaire général, messieurs les directeurs généraux, mesdames et messieurs les officiers généraux, mesdames et messieurs, en vos grâces et qualités experts, chercheurs, diplomates, militaires venus des quatre coins du monde et de l'Europe. Aujourd'hui, s'achève la 3e édition du Paris d'Enfance and Strategy Forum. Pendant plusieurs jours, cet événement aura rassemblé plusieurs milliers de participants, mosaïque de 120 nationalités, 14 pays partenaires au côté des représentants de l'Union européenne de l'OTAN.
Tous vous avez contribué à faire vivre un débat exigeant à la hauteur du moment stratégique que nous traversons. Je veux évidemment saluer le succès de cette édition en me réjouissant tout particulièrement de la place qui a pris la jeunesse. Près de 400 étudiants, plus de 70 lycéens ont participé à vos échanges.
Cet effort en direction de nos jeunes est absolument inédit. Je m'en réjouis tout simplement parce que les questions de défense ne concernent pas les seules armées, les diplomates ou les experts, mais bien la nation dans son ensemble et singulièrement notre jeunesse qui est son avenir. Je crois donc pouvoir le dire général, cette 3e édition du PDSF a plus que rempli son rôle.
En quelques éditions seulement, l'initiative a gagné sa place parmi les grands rendez-vous stratégiques internationaux. Elle l'a fait à sa manière, sans chercher à imiter. Elle l'a fait en assumant une singularité tout à fait française, sorte de French Touch, choisissant de faire de la pensée stratégique une ressource pour l'action.
Il y a ici une conception européenne mais aussi sans doute une conception française d'aborder les affaires du monde une conception de penser la puissance sans jamais renoncer au principe. En cela, le PDSF permet l'expression d'une certaine voix. Cette voix française forgée dans le creusé des rencontres et des échanges.
Une voix ouverte sur le monde, une voix qui puis dans une tradition ancienne de la réflexion stratégique de Raymond Aaron André de Foche à de Gaulle, héritier d'une volonté d'assumer le rapport de force sans céder ni à la facilité de l'incantation ni à la brutalité des simplismes. Cette réussite est donc avant tout une réussite intellectuelle. Elle est aussi et peut-être d'abord une réussite collective.
Je veux saluer évidemment à ce titre notre invité d'honneur, le Danemark. À travers vous, madame l'ambassadrice, je veux commencer par rendre hommage aux forces armées danoises avec lesquelles nos armées ont combattu côte à côte sur de nombreux théâtres au Levant. En Afrique, nos soldats ont appris à se connaître, à se respecter, à agir ensemble en frère d'armes.
La France et le Danemark, finalement se sont toujours respectés. J'oserais dire se sont tellement respectés et c'est un fait tout à fait rare dans l'histoire européenne pour être souligné. Ils ne se sont jamais combattus.
Pas de hasard. Le Danemark et la France sont deux peuples millénaires, deux pays frères qui partagent le même attachement aux libertés et au droit international. La même exigence de souveraineté.
Les tensions récentes autour du Groenland nous l'ont encore rappelé. Lorsque la souveraineté d'un de ces États est contestée, c'est toute l'Europe qui doit se sentir concernée. Dans ces moments, la France évidemment se tient au côté du Danemark. et au côté du Groenland et elle continuera de le faire.
Soyez-en certaine. Je le dis avec beaucoup de simplicité mais aussi avec beaucoup de force. Les Européens savent tenir ferme quand il s'agit de leur souveraineté, quand il s'agit de leur solidarité, quand il s'agit de leur autonomie stratégique.
Plus que jamais dans le monde qui est le nôtre, les États qui se comprennent, qui se respectent et qui partagent l'essentiel ont le devoir d'échanger et d'agir ensemble. Le chemin qu'emprunt ensemble Danemark et la France et avec eux les Européens convaincus de la nécessité d'un réveil stratégique a de beaux jours devant lui. Cher année, madame l'ambassadrice, merci d'être à nos côtés une fois encore et du fond du cœur tous tac.
Mesdames et messieurs, ces solidarités européennes que j'évoqué sont indispensables dans la période que nous traversons. Je pense évidemment au conflits qui secouent le proche et Moyen-Orient. Qu'il me soit permis avant toute chose ici dans cet amphithéâtre Foche de rendre hommage au major Arnaud Frion mort pour la France dans l'accomplissement de sa mission de lutte contre le terrorisme de Daesh en appui à notre partenaire irakien.
Avant-hier, j'étais aux Émirats arabes unis, en Arabie Saoudite et au Qatar, auprès de nos militaires déployés dans la région et au contact de nos partenaires. Dans cette guerre que ni les Européens ni les pays du Golfe n'ont souhaité, je pense de rappeler devant vous ce que fait la France. Protéger nos ressortissants.
D'abord, nos compatriotes doivent savoir que partout où ils se trouvent, la France veille sur eux et répond présente. Protéger nos intérêts ensuite dans cette région où se joue des équilibres majeurs pour notre sécurité, pour celle de nos partenaires et pour la stabilité internationale. On y trouve l'artère jugulaire du commerce mondial.
S'engager dans ce contexte, c'est défendre la liberté d'action, la capacité à peser, à décider, à agir des Français et des Européens. Et je pense là bien sûr à la liberté de navigation particulièrement dans le D3 d'Ormouse. L'engagement de la France, je veux le dire devant chacune et chacun d'entre vous, c'est aussi celui de la parole tenue.
La France est un partenaire de confiance. Elle est fidèle à ses engagements. Elle est crédible parce qu'elle est constante quand la France dit qu'elle sera au rendez-vous.
Elle est dans ce conflit. Je veux le rappeler ici, la ligne de la France est claire. Elle est non escalatoire et strictement défensive.
La France ne cesse de rechercher une issue diplomatique à la crise et continue de le faire chaque jour avec la même détermination. Et si j'évoque bien sûr le proche et le Moyen-Orient, je dois évoquer le reste du monde. Ce monde où le champ des règles apparaît désormais comme un champ de ruine.
Rappelons-le. L'année 26 s'est ouverte sur une succession de choc. L'action américaine au Venezuela, ses prétentions sur le grand et en toile de fond toujours la guerre d'agression mené par la Russie contre l'Ukraine qui ne faiblit pas.
Cette Russie pour qui la guerre au proche et Moyen-Orient constitue d'ailleurs à bien des égards une opportunité. D'abord parce qu'elle produit un effet d'effiction médiatique. Elle détourne l'attention de la guerre d'agression qu'elle mène en Ukraine au risque d'installer l'idée trompeuse d'un conflit devenu secondaire alors même qu'il est toujours aussi destructeur et demeure au cœur de notre sécurité en Europe.
Suite parce qu'elle risque de peser sur les ressources de certains partenaires de l'Ukraine, qu'il s'agisse des finances, des munitions, des capacités stratégiques. Enfin, parce qu'elle peut conduire au moins temporairement à des décisions qui profiteront indirectement à la Russie, notamment sur le plan énergétique. Nous l'avons vu.
Nous aurions tort dans ce contexte de baisser la garde car le projet de Vladimir Poutine ne se limite évidemment pas au Donbas. Ce qu'il vise, c'est l'asservissement de l'Ukraine, sa mise sous tutelle, l'effacement de sa souveraineté. Au-delà de l'Ukraine, ce sont les Européens eux-mêmes qu'ils cherchent à intimider, à diviser, à éprouver.
Et finalement à travers eux, c'est la crédibilité de l'OTAN qu'ils souhaitent tester. C'est pourquoi nous devons tenir une ligne claire. Continuer à soutenir l'Ukraine dans la durée n'est pas seulement un choix de solidarité, c'est avant tout un impératif stratégique pour les Ukrainiens d'abord qui se battent pour leur liberté, leur territoire, leur avenir, mais aussi pour l'Europe parce que la menace russe est durable, parce que l'issue de cette guerre façonnera pour longtemps l'architecture de sécurité de notre continent.
Nous le voyons, des chocs qui en d'autres temps se seraient étalés sur des mois voire des années se concentrent désormais sur quelques semaines. Aujourd'hui, l'ordre mondial fondé sur le droit, héritage de 1945 paraît bien loin. Acceptons-nous que la force redevienne l'axe central des relations internationales ?
Aujourd'hui, les menaces étatiques terroristes et cyber se cumulent et l'hybridité des conflits devient la norme avec des menaces et c'est là une rupture majeure désormais invisible à l'œil nu. Ces bouleversements s'accompagnent d'une prise de distance des États-Unis qui se détachent des enjeux de la protection de l'Europe ainsi que d'une véritable révolution du champ de bataille. L'Ukraine marquait déjà la primauté des drones, le besoin de la masse, les rôles prééminents de la donnée et de l'IA.
Au proche et au Moyen-Orient, nous constatons la place centrale des missiles et des drones qu'il s'agisse de l'attaque ou de la défense, de la pénétration ou de l'interception. Et ces nouvelles menaces n'ont pas fait disparaître, celles liées au narcotrafic ni au terrorisme qui se maintiennent et malheureusement s'adaptent. Mesdames et messieurs, de l'ensemble de ces constats, j'aimerais partager avec vous trois enseignements.
Premièrement, les frontières entre partenaires et compétiteurs se brouillent de plus en plus. Le monde dans lequel nous évoluons n'oppose plus, aussi nettement qu'hier des camps figés. Les rapports de puissance sont plus mouvants, plus ambigu, plus volatiles.
Deuxièmement, le conflit peut désormais surgir dans tous les milieux et dans tous les champs, bien au-delà des théâtres d'affrontement traditionnel. C'est la nouvelle norme de la guerre. Troisièmement, le champ de l'affrontement s'éton.
Plus que jamais, chaque domaine peut désormais être militarisé, c'est-à-dire instrumentalisé à des fins de puissance, de déstabilisation ou de coercition. les flux économiques, les infrastructures critiques, les chaînes logistiques, les données, les normes technologiques, les technologies elles-mêmes, les réseaux, l'information, autant d'outils qui peuvent devenir des leviers de pression, d'influence voire d'affrontement. Confronté à ces bouleversements du monde, la France n'a pas attendu.
Nous avons fait le choix de la lucidité en doublant notre budget militaire entre 2017 et 2027. Nous avons fait le choix de maintenir une armée complète, forte d'une expérience opérationnelle et d'un esprit militaire inégalé en Europe. Le choix de préserver notre dissuasion nucléaire, le choix de soutenir et de renforcer notre base industrielle et technologique de défense, le choix enfin d'investir dans la durée.
Ces choix nous donnent un pouvoir, celui de notre souveraineté, c'est-à-dire celui de décider par nous-même. C'est cela la singularité française. Être une puissance militaire crédible, une puissance industrielle souveraine, une puissance politique libre de ses décisions, au service de son engagement en faveur d'une Europe plus forte.
Car cette responsabilité, nous ne voulons pas l'exercer seul. Depuis longtemps, la France porte une conviction, celle d'une Europe capable de prendre en main son destin, capable de se défendre et de faire advenir son autonomie stratégie. Une Europe capable de produire ce dont elle a besoin, capable de décider rapidement, capable surtout de se donner les moyens d'agir sans choisir entre la technologie et la masse, sans opposer le haut et le bas du spectre.
Dans ce contexte, mesdames et messieurs, le réveil stratégique européen est absolument essentiel. Pendant trop longtemps, l'Europe a pu a cru pouvoir déléguer sa sécurité ou du moins différer l'heure des choix. Ce temps est révolu.
Dans un monde plus brutal, plus instable, plus imprévisible, les Européens prennent leur responsabilité. Ce n'est plus un souhait, c'est heureusement un constat. Il y a encore beaucoup à faire, mais il faut mesurer le chemin parcouru depuis plusieurs années.
Ils le font d'abord parce que les menaces se rapprochent. L'Ukraine nous rappelle jour après jour qu'une guerre de haute intensité peut s'installer durablement sur notre continent. C'est le sens de l'engagement constant des Européens aux côté de KIV, notamment dans le cadre de la coalition des volontaires qui répond à l'exigence de mettre en place des garanties de sécurité robustes après la cessation des hostilités. impulsé par la France et le Royaume-Uni pour penser dès maintenant les garanties de sécurité de demain.
À ce sujet, une conviction s'impose. La sécurité de l'Europe ne peut pas se sous-traiter. Cela suppose aussi de nous donner les moyens industriels de notre sécurité.
Il n'y aura pas d'Europe de la défense crédible sans une base de défense industrielle et technologique européenne robuste, réactive et pleinement capable de répondre aux exigences du temps. Finalement, notre première arme est peut-être l'usine. Là est tout l'enjeu.
Parvenir à combiner la masse et l'innovation, produire davantage sans renoncer à l'avance technologique. accélérer les cadences sans céder évidemment sur la qualité et surtout réduire nos dépendances collectives dans les capacités critique là où l'Europe doit encore progresser. L'initiative Elsa sur les frappes dans la profondeur en est une belle illustration.
Elle montre qu'en identifiant lucidement nos fragilités, nous pouvons commencer à y répondre ensemble. Le discours du président de la République à Lille Long le 2 mars dernier s'inscrit dans cette dynamique. La dissuasion dite avancé envisage désormais dans une démarche progressive avec les États européens qui le souhaitent de conduire des exercices conjoints et d'adresser des signalements stratégiques au-delà de nos frontières.
Elle ouvre la voie à la participation conventionnelle de nos alliés, à nos activités nucléaires, ainsi qu'à des déploiements ponctuels d'éléments de nos forces stratégiques chez eux. Concrètement, comme nos SNLE se diluent dans les océans, nos forces aériennes stratégiques ont vocation à se dissiminer dans la profondeur du continent européen. Je me réjouis à cet égard que l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Grèce, la Suède, la Belgique et bien sûr le Danemark et manifesté leur intérêt pour participer à cette initiative.
Je pense également fondamental de préciser devant vous que le périmètre de la dimension européenne de nos intérêts vitaux ne comprend évidemment pas que les seuls pays qui participeront à cette lecture de la dissuasion avancée. En la matière, il n'y a évidemment pas d'Europe à deux vitesses. Tout ce qui menace un État européen menace son voisin.
Il ne peut y avoir qu'une seule Europe et c'est également le sens de l'épaulement stratégique que le président de la République promut. Épaulement qui doit empêcher le contournement par le bas de la dissuasion. À l'échelle du continent, il est primordial de renforcer nos capacités conventionnelles souveraines, en particulier dans des segments dépendant aujourd'hui de pays tiers, alerte avancée, défense aérienne élargie, frappe dans la profondeur.
Nous sommes à l'initiative dans ces trois domaines. Avec l'initiative Gwell pour l'alerte avancée, avec le développement de nouvelles couches de défense solaire en complément du Sant et avec l'initiative ELSA pour les frappes dans la profondeur. Nous faisons preuve de lucidité sur nos besoins d'autonomie stratégique.
Nous refusons de subir et nous nous engageons à les construire ensemble. Cela évidemment suppose, je le redis, de nous donner les moyens industriels de notre sécurité. pas d'Europe de la défense crédible sans base industrielle et technologique de défense européenne robuste, réactive, pleinement capable de répondre aux exigences du temps.
C'est là tout l'enjeu lorsque je disais notre première arme n'est-elle pas l'usine ? Et vraiment, il est important que cette prise de conscience, ce besoin d'unité dépasse les frontières du continent européen. Le PDSF a accueilli cette année des délégations des cinq continents.
Je veux saluer particulièrement les Philippines, le Sénégal, l'Inde, le Brésil, d'autres partenaires. Car nous croyons en un multilatéralisme par les preuves, c'est-à-dire celui qui est concret, celui qui agit, celui qui se construit par des centres d'intérêt et des convergences technologiques de l'intelligence artificielle jusqu'au spatial. L'objectif stratégique est clair.
Les Européens doivent être des pourvoyeurs de sécurité et non pas seulement des consommateurs de sécurité. C'est à cette condition qu'ils pourront davantage peser sur leur environnement, protéger durablement leurs intérêts et assumer pleinement leur responsabilités. Voilà, mesdames et messieurs, disons-le, pendant longtemps, nous avons cru à tout le moins espérer que la guerre pouvait s'éloigner de notre horizon, qu'elle appartenait sinon au passé, du moins peut-être à d'autres continents, à d'autres histoires.
Cette illusion s'est dissipée. Les guerres s'installent dans la durée. En Ukraine comme au proches et Moyen-Orient, elles deviennent des tests de résistance pour les nations, pour les alliances, pour les démocraties elles-mêmes.
Elle nous incapare déjà sans préjuger des bouleversements qui pourraient demain surgir dans l'Indo- Pacifique. L'Europe se croyait protégée par la géographie, mais la géographie, si elle demeure têtue, ne protège pas de tout, ni des pressions exercées au confin du continent, ni d'une conflictualité qui se déploie dans tous les milieux. Et pourtant, rien ne condamne l'Europe à subir car elle dispose d'atout immenses.
Des nations forte et ancré dans leur histoire, des armées solides, une industrie puissante, des capacités technologiques de haut vol et désormais une conscience plus aigue de ce que les temps exigent d'elle. Et au fond, c'est peut-être cela la bonne nouvelle de ce moment difficile dans un monde plus brutal. Les Européens prennent conscience de leur puissance.
Alors mesdames et messieurs, n'ayons pas peur de le dire. Le réveil stratégique européen est notre meilleure chance. À nous d'en faire une force.
Je vous remercie. [applaudissements] [applaudissements]