Motion de censure : le discours de Marine Le Pen en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
La parole est à présent à madame Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement National. Ministre, madame la présidente, chers collègues, le général de Gaulle, pour désigner le règne des partis, avait une formule, le régime de malheur. En disant cela, le général croyait décrire le passé, celui de la 4ème République, il se voulait historien, pour le plus grand malheur de la France et des Français, vous en avez fait un prophète.
Car ce régime de malheur, c'est précisément la situation politique à laquelle nous faisons face aujourd'hui, du fait de la piteuse coalition des partis du système, qui se relaient à la tête de l'État depuis 50 ans, et n'ont aujourd'hui qu'un seul but, durer, se maintenir, quelques semaines de plus, au détriment du peuple et de la nation. Ce régime de malheur, toutes les institutions de la 5ème République, avaient été conçues pour les rendre impossibles. Mais à force d'ententes électorales et d'accords de couloir, vous avez réussi à transformer notre loi fondamentale en étouffoir de la démocratie. Ce dévoiement de nos institutions a atteint aujourd'hui un paroxysme.
Les Français ne comptent même plus les motions de censure déposées, débattues et votées depuis la réélection d'Emmanuel Macron en 2022. Et ils ne savent même plus qui siège au gouvernement, qui leur en voudrait, puisque la durée des ministres se compte aujourd'hui, parfois non plus en mois, non plus en années, mais en heures. Ce spectacle pathétique est un poison pour notre démocratie, car il exaspère nos compatriotes et les détourne du goût de l'action publique. Or, une démocratie ne vit que par l'énergie et par l'engagement des citoyens.
J'espère donc que le théâtre des manœuvres auxquelles se sont livrés tous les partis du système depuis plus d'un an n'aura pas gravé dans le marbre pour des millions de Français un profond dégoût pour l'action politique. Mais venons-en au fait. La représentation nationale est aujourd'hui réunie pour décider si votre gouvernement, M. le Premier ministre, doit être censuré au regard de votre projet de budget. Je dis votre budget, pardon, j'aurais peut-être dû dire le budget de M.
Bayrou, le budget de Bercy, car ce budget n'est tellement pas le vôtre qu'il n'intègre même pas la promesse que vous aviez faite au Parti Socialiste de suspendre la réforme des retraites imposée au 49-3 par Elisabeth Borne. C'est même pire. La trajectoire de la réforme Borne est incluse dans votre projet de texte. J'y reviendrai. Ce budget, donc, est un véritable musée de toutes les horreurs coincées depuis des années dans les tiroirs de Bercy. Ce n'est pas une année blanche, mais une année noire pour les Français et en particulier pour ceux qui travaillent et paient des impôts. Il y a d'abord la poursuite du matraquage fiscal.
19 milliards d'impôts supplémentaires, dont 10 pour le seul impôt sur le revenu, par le pas du gel du barème, qui, il y a au moins d'un an, décrit d'hors frais. Vous allez faire entrer 200 000 foyers de la classe moyenne dans l'impôt sur le revenu. Sans doute une récompense pour la France qui bosse, alors que notre taux d'activité est l'un des plus bas en Europe. Il y a ensuite la poursuite de la gabegie des dépenses publiques. 28 milliards de dépenses supplémentaires au-delà de l'inflation. Aucun effort sur le train de vie des administrations. Aucun effort de rationalisation du maquis des agences et organismes divers qui coûtent des dizaines de milliards par an.
Il y a également l'absence totale d'efforts sur l'immigration. L'absence totale d'actions pour faire baisser, ne serait-ce que d'un euro, les milliards que nous coûte chaque année l'aide médicale d'État et le dispositif fou des visas pour soins qui bat chaque année tous les records. Enfin, et c'est sans doute le pire, il y a aussi des mesures d'indécence sociale. Je pense à la fiscalisation des emplois étudiants, mais aussi et surtout à la fiscalisation des indemnités versées par la Sécurité sociale en cas de maladies de longue durée.
Nous avions déjà eu la hausse des franchises médicales, le déremboursement des médicaments et de pansements, mais aujourd'hui c'est aux plus vulnérables, à ceux qui sont éloignés de l'emploi et parfois réduits à la solitude, que vous entendez faire payer la note de vos lâchetés et de vos renoncements.
Monsieur le Premier ministre, je ne veux pas ajouter au débat politique déjà marqué par le règne de la médiocrité et des effets de manche inutile la moindre pierre, mais quand même, sérieusement, comment voulez-vous faire accepter aux Français une année de plus après des décennies de courses à l'abîme, qu'on les spolie encore de leurs droits sociaux par incapacité à toucher à ceux que nous avons octroyés de manière totalement irrationnelle à la Terre entière ?
Comment pouvez-vous imaginer que le pays le plus fiscalisé, le plus socialisé au monde ne vous sanctionne pas, ne vous rejette pas, en voyage chaque année, s'allonger la liste des injustices et des spoliations toujours au détriment des Français les plus faibles, jamais au détriment de l'immigration massive et incontrôlée qui mine nos comptes sociaux et rend nos rues chaque année de plus en plus violentes ? Tout cela vient alimenter un climat de division et de ressentiment.
Tout cela vient aggraver la situation déjà gravissime de nos finances publiques après huit ans de quoi qu'il en coûte macronistes sous l'œil effaré des marchés financiers qui nous prêtent des fonds mais aussi des contribuables, ménages et entreprises qui devront payer la note fiscale de ce champ de ruines budgétaires. Voilà pourquoi, monsieur le Premier ministre, nous voterons sans hésiter la censure de votre gouvernement. Tout simplement parce que ce budget n'est pas un budget, c'est-à-dire la somme de choix politiques.
Ce budget est l'acte ultime, nous l'espérons, d'un système politique à bout de souffle, à bout d'idées et qui n'aura rien produit d'autre qu'un pays à bout de force à force de saignées fiscales et de brutalisation sociale. Il n'y a qu'à observer. Pour s'en convaincre, les statistiques publiques, les faillites d'entreprises et en particulier de TPE et PME battent tous les records depuis des décennies. Le taux de pauvreté, les difficultés d'accès aux soins médicaux ou aux logements explosent. Et l'immigration, je l'ai déjà rappelé, est-elle aussi, comme notre dette publique, hors de contrôle. Tel est l'état de la France que nous laisse Emmanuel Macron.
Tel est le pays que nous devrons redresser, car tôt ou tard, c'est au Rassemblement National que reviendra cette mission et nous la mènerons à bien. Mais ce que je viens de rappeler, monsieur le Premier ministre, ce sont des évidences. Je crois et même j'espère ne rien vous avoir appris en disant tout cela. Et c'est sans doute ce qu'il y a de plus lamentable dans la situation politique que nous traversons. Les mots de la France sont parfaitement connus, sauf peut-être d'un carteron de gauchistes enfermés dans le déni du réel. Les remèdes aussi sont connus. Il ne manque qu'une chose, le courage de les mettre en œuvre.
Mais quand la classe politique fait le choix collectif du déni du réel pour préserver ses petits intérêts, rien n'est possible. C'est précisément cela que nous vivons aujourd'hui. Tout a révélé au cours des derniers jours que votre seul objectif était d'éviter de nouvelles élections, de contourner le peuple, de le réduire au silence, de l'invisibiliser. En déposant ce budget, vous assumez de vous couper un membre en renonçant à la seule véritable réforme qu'Emmanuel Macron ait conduite, celle des retraites. Une réforme pour laquelle, soit dit en passant, vous aviez mis le pays à feu et à sang avant d'y renoncer 18 mois plus tard pour un fauteuil passablement élimé.
L'Assemblée nationale va voter dans quelques instants deux motions de censure. Et si une majorité de députés veulent votre départ, l'insondable sottise des postures des uns et des autres pourrait vous sauver. Si LFI refuse de voter notre motion et les quelques LR convaincus par la censure, celle déposée par LFI, ils condamneraient ainsi par leur sectarisme et leur égoïsme le plus stupide et obtus, les Français à subir votre budget de malheur. Après votre accord avec Jean-Luc Mélenchon au second tour des législatives, c'est aujourd'hui donc à Olivier Faure que vous devrez peut-être votre maintien temporaire aux affaires.
Un dirigeant visionnaire qui jusqu'à hier ne savait même pas par quel véhicule juridique allait être suspendu, puisque c'est là l'objet de l'accord de la honte conclu par les socialistes, la réforme des retraites d'Elisabeth Borne. Cet accord, après de multiples rencontres entre vous, les alliés de M. Faure apprécieront, n'est pas seulement honteux, il est placé sous le signe de la tromperie et de la malhonnêteté.
Car rien ne nous dit que cet amendement suspendant la réforme Borne survive à un rejet du PLFSS, à une réécriture par le Sénat, au passage en CMP, à une possible censure du Conseil constitutionnel en tant que cavalier budgétaire, voire à sa disparition en cas de budget par ordonnance. Oh, vous aurez alors beau jeu de vous cacher derrière sa censure, puisque c'est un sport national en Macronie. C'est ainsi que vous avez laissé votre loi sur l'immigration être vidé de sa substance l'an dernier, ce qui avait comblé d'aise, paraît-il, Emmanuel Macron lui-même.
Mais il y a encore mieux que les mesquines trahisons habituels, il faut bien l'avouer, des socialistes, qui se retrouvent à cautionner la brutalisation sociale des plus faibles et le gel une année de plus du point d'indice de la fonction publique. Il y a donc mieux, il y a M. Wauquiez, il y a LR, après avoir fait campagne pendant des mois sur son refus de se dissoudre dans le macronisme, M. Wauquiez donc a enfin clarifié sa position, c'est parce qu'il préférait en réalité se dissoudre dans le socialisme. et soutenir d'un même geste la suspension de la réforme Borde et la désindexation des retraites. Merci M. Wauquiez pour cette clarification. Bienvenue, vos électeurs apprécieront.
Voilà donc le visage, M. le Premier ministre, de ceux qui vous permettront aujourd'hui peut-être de durer quelques semaines de plus. Tous ces partis unis par la terreur de l'élection à tel point qu'ils en ont oublié qu'ils devaient, dit notre Constitution, concourir à l'expression du suffrage. Désormais, ils sont tous d'accord pour concourir à éviter la tenue d'élection. et par pudeur. Par pudeur, je n'évoquerai pas les déclarations de vos propres alliés.
Entre Édouard Philippe, qui appelle à la démission du président de la République mais refuse la dissolution, et Gabriel Attal, qui dit ne plus rien comprendre à Emmanuel Macron mais continue d'afficher son soutien au gouvernement, on s'y perd. Tout cela est pathétique. Tout cela sera, bien vite, je l'espère, rangé au rang de mauvais souvenirs. La vérité, chers collègues, et j'en terminerai par là, c'est que vous n'échapperez pas au vote des Français. Vous aurez tout fait, tout entrepris, tout sacrifié pour éviter de retourner aux urnes, mais vous y retournerez.
Et vous devrez la tête basse et la mine déconfite, retourner devant vos électeurs avec le déshonneur de ceux qui, pendant des mois, auront joué la montre. Le Rassemblement national, lui, attend le jour de la dissolution avec une impatience croissante.
Nos 140 députés du RN et de l'UDR ont hâte de retourner devant les Français, car ils pourront, eux, regarder leurs électeurs droits dans les yeux, car ils pourront, eux, rendre compte avec fierté de leur action à l'Assemblée nationale, car ils pourront, eux, dire qu'ils ont fait honneur au contrat moral qui les lie à leurs compatriotes, car ils seront, eux, les artisans du grand redressement national, au sein d'une majorité claire qui sera rendue à notre pays par son seul souverain, le peuple. Et ce n'est pas à vous que je veux m'adresser maintenant, mais à nos concitoyens. Mes chers compatriotes, ne laissez personne vous dire que nous traversons une crise politique.
Ce n'est pas une crise politique, c'est une crise politicienne, une crise de vieux partis fatigués qui n'ont pour seul projet que d'empêcher le Rassemblement national d'arriver au pouvoir. Mes chers compatriotes, ne laissez personne vous dire que nous traversons une crise de régime. Ce n'est pas une crise de régime, c'est la crise d'un régime, celui des partis, et il est en train de prendre fin.
Mes chers compatriotes, vous allez demain retourner aux urnes et la nouvelle Assemblée que vous aurez élue pourra alors voter dès son installation une loi spéciale et le nouveau gouvernement présentera ensuite son budget, un budget reflétant les choix politiques exprimés par le vote du peuple français. Et ce sera enfin le retour de la vraie stabilité, pas celle des postes de vieux notables fatigués, s'il vous plaît, mais celle d'un pays et d'un peuple à qui nous aurons enfin redonné confiance et espérance dans tous les cas, car c'est en démocratie de loin contournable, c'est à vous, peuple souverain, que reviendra le dernier mot.
Avec toute notre force et notre détermination, nous nous rendrons le pouvoir. Voilà aujourd'hui le seul chemin à prendre, celui de la démocratie. Je vous remercie Madame Le Pen. Sous-titrage Société Radio-Canada
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Marine Le Pen