Alors ce discours de Bayrou ? (bof, censure)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
En effet, François Ruffin, député de Picardie, debout de la Somme, bonjour. Merci d'être avec nous juste après la déclaration de politique générale de François Bayrou. Sur les retraites, quel est votre état d'esprit là, tout de suite, maintenant ?
Écoutez, moi, depuis des semaines, j'ai attendu, j'ai patienté, et là, pendant une heure et demie, j'ai écouté. J'avais posé deux attentes. La première, c'était les retraites. La deuxième, ce sont les recettes. Sur les retraites, il n'y a ni gel, ni suspension, ni abrogation, ni annulation. Tout ce qu'il y a à la fin, c'est une mission flash avec la Cour des comptes, qui doit déboucher sur un conclave avec les partenaires sociaux. Donc on est loin du compte. Vous savez, la fameuse phrase de Clémenceau, quand on a un problème, pour l'enterron, on invente une commission. Bon, là, on invente une mission flash avec la Cour des comptes.
Qu'est-ce qui vous déplaît dans l'idée de faire se réunir les partenaires sociaux ?
J'ai aucune idée avec le fait que les partenaires sociaux se réunissent. Il n'y a pas de difficulté à ça. Mais un, on gèle, on suspend, on abroge ou on annule. Et ensuite, on voit qu'il y a l'autre réforme. On met en place, mais on ne dit pas aux partenaires sociaux, couteau sous la gorge, vous aboutissez à autre chose. Sinon, c'est la même réforme qui est en oeuvre.
Certains disent que c'est une suspension déguisée, qui ne dit pas son nom.
Non, ce n'est pas une suspension, puisque là, il n'y a pas de suspension. Mais l'enjeu, je veux dire que l'enjeu est à la fois social, et je pense évidemment à tous les travailleurs du bâtiment, à tous les caristes, à tous les auxiliaires de vie, ainsi de suite, à des soignantes qui portent des gens à longueur de journée et qui se demandent comment ils vont aller jusqu'à 64 ans. Mais l'enjeu est profondément démocratique. Nous sommes aujourd'hui dans une ornière démocratique, et en particulier, la réforme des retraites est le symbole de ça.
Une symbole prise par Emmanuel Macron, tout seul là-haut, contre 8 salariés sur 10, contre tous les syndicats unis, et contre, à l'époque, une majorité de députés, vraisemblément à l'Assemblée nationale. Et on peut avoir la certitude, aujourd'hui, contre sans doute deux tiers des députés à l'Assemblée nationale. Donc simplement, la base de la démocratie, et M. Bérou a cité la démocratie, la démocratie, la démocratie. La démocratie, c'est de permettre à cette Assemblée de voter sur la réforme des retraites. Voilà, simplement.
Et en l'absence de vote, donc je comprends la censure, est-ce que vous comprenez, vous, que certains à gauche soient tentés, je parle précisément du Parti Socialiste, de ne pas voter cette censure, parce que, considérant que, eh bien, rouvrir le capot de la réforme des retraites, c'est un pas qui n'a jamais été fait jusqu'ici, et que c'est suffisant.
Je veux dire la deuxième raison qui, moi, va me faire être très fortement opposé au gouvernement et à la déclaration de François Bérou. Il y a la question des retraites. Il a parlé de l'endettement, de que la France avait un endettement record, et c'était presque toute la première partie de son discours. Et pourtant, à aucun moment, il ne met la question des recettes. Taxe sur les dividendes, taxe sur les grandes fortunes, taxe sur les patrimoines. Aujourd'hui, dans le journal Les Echos, il y avait l'annonce comme quoi c'était des dividendes records qui allaient être versés, que ça allait dépasser les 100 milliards d'euros.
Il dit même qu'il ne croit pas à la taxation supplémentaire des entreprises qui créent de l'emploi.
La semaine dernière, toujours dans Les Echos, vous voyez, je cite un journal patronal, il y avait des grands entrepreneurs qui disaient « taxez-nous sur nos successions », qui le réclamaient. Or, il n'y a aucune recherche de financement de ce côté-là. La seule chose, c'est de dire « l'État va devoir faire des économies ».
Mais ce n'était pas ma question, François Ruffin, précisément.
Oui, mais moi, c'est quand même ma réponse pour expliquer pourquoi je me pose...
Est-ce qu'on peut être de gauche et ne pas voter cette motion de censure, au regard de ce que vous venez de dire ?
En tout cas, moi, je pense qu'il y a deux marqueurs-là qui sont des marqueurs importants. Je ne suis pas là pour exclure, je ne suis pas là pour faire des excommunications. Il y en aura d'autres qui s'en chargeront pour moi. Moi, je pense qu'il n'y a pas de difficulté à les négocier, comme l'ont fait les socialistes, mais aussi les écologistes, mais aussi les communistes, à la fois à Matignon et à Bercy, pendant des semaines. Maintenant, il faut regarder le panier. Qu'est-ce qu'il y a dans le panier ? Qu'est-ce qu'il y avait dans le discours de politique générale, aujourd'hui prononcé par François Bayrou ? La récolte est maigre, sinon inexistante.
Je voudrais vous entendre aussi sur l'immigration, François Ruffin, parce qu'il n'y a pas eu d'annonce. On a eu la philosophie de François Bayrou sur le sujet, dont il a dit que l'immigration est devenue une question brûlante sur toute la planète. Pour lui, c'est une question de proportion. Et il a illustré son propos en disant ceci. L'installation d'une famille étrangère dans un village pyrénéen ou Sévenol, c'est un mouvement de générosité qui est suscité et qui se déploie, mais que 30 familles s'installent et le village se sent menacé. Quand vous entendez cela, alors vous réagissez comment ?
Écoutez, moi je pense qu'aujourd'hui, ce qu'il faut, c'est une politique d'intégration. Ce qui a été dit aussi par François Bayrou, que la politique d'intégration, elle passe par la langue et par le travail. Ça doit être les deux impératifs que la République doit poser pour qu'on puisse aider les personnes à s'intégrer dans le pays. Je trouve que François Bayrou a eu des mots qui sont injustes. Par exemple, quand il a dit qu'il y a eu 93% des OQTF qui ne sont pas faits parce que des obligations de quitter le territoire français, parce que les pays étrangers refusent. Ce n'est pas vrai.
Le plus souvent, c'est parce que la justice et la police sont en incapacité de faire exécuter ces obligations de quitter le territoire français. On voit très bien, en fait, que dans ces passages-là, François Bayrou doit envoyer des signes à l'extrême droite, doit envoyer des signes au Rassemblement national. C'est le cas sur l'immigration, mais c'est aussi le cas sur la réforme politique avec la proportionnelle. C'est le cas sur... On va aller éliminer les fonctionnaires de l'Office français de la biodiversité, et ainsi de suite. Donc il y a un certain nombre de signaux qui sont envoyés.
Maintenant, je pense que ce qui concerne le plus les Français aujourd'hui, c'est qu'est-ce qui va se passer sur leur feuille d'impôt ? Mais regardez, le mot « pauvreté » n'est pas prononcé par François Bayrou. C'est incroyable ! Alors que la France est l'un des pays où la pauvreté remonte. Le mot « plan social », on sait qu'il va y avoir des dizaines, des centaines de milliers de personnes qui vont perdre leur boulot, notamment dans l'industrie. Le mot « plan social » n'est pas prononcé. Le mot « licenciement », le mot « comment on fait pour avoir un retour de l'industrie sur notre pays ». Est-ce qu'il nous faut des taxes aux frontières ? Est-ce qu'il nous faut des barrières douanières ?
Est-ce qu'il nous faut des quotas d'importation en la matière ? Toutes ces questions-là ne sont absolument pas abordées par François Bayrou. Donc on n'a absolument pas, pour moi, là, eu un discours qui est à la hauteur du moment critique que vit notre pays. Parce que c'est un moment critique. C'est un moment critique sur le plan démocratique. C'est un moment critique sur le plan... Mais vous dites quoi alors au reste de la gauche, pas aux socialistes ? Pardon ?
Vous dites quoi au reste de la gauche, aux socialistes en particulier, là, maintenant ?
Vous les interrogerez. Je dis que le panier est vide. qu'ils sont allés négocier, je le comprends très bien, qu'hormis... Et on a entendu quelques timides applaudissements. Le fait qu'il n'y aura pas de déremboursement des médicaments, et je prends. Qu'il y aura les fauteuils pour les personnes handicapées qui viennent d'entrer dans la loi et qui seront remboursés, et je prends. Mais hormis ces points, il n'y a rien. Et il n'y a rien sur les grandes questions que sont aujourd'hui les retraites. Je le dis, les retraites, c'est une question pas seulement sociale, c'est toujours un marqueur démocratique. Il faut quand même que...
C'est comme si François Béroux et les siens ne se mettaient pas dans la tête qu'ils sont aujourd'hui extrêmement minoritaires dans cette assemblée, et qu'ils sont extrêmement minoritaires dans le pays. Donc ça demande à ce que, de coup, il y ait des concessions qui soient faites. Il y a des vrais compromis qui soient cherchés. Là, ils ont négocié pendant des semaines, et je le redis, les communistes, les écologistes, les socialistes ont bien fait d'aller négocier, mais à la fin, on ne revient pas avec un compromis. Merci.
Merci.
François Ruffin