Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Figaro (sur YouTube)· 4 mai 2026 15 min

Vivre après le double meurtre de ses proches - Louis Poisson

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Louis Poisson. Bonjour. Euh Thi Vassley justement demande que justice soit rendue et que le meurtrier de son fils qui était mineur au moment des fait soit jugé comme majeur.

Vous la justice elle elle est passée mais cela n'a pas suffi à guérir vos traumatisme et atteindre votre chagrin quand elle est passée. Oui [grognement] oui c'est sûr que la justice elle est passée. Il y a eu même une double justice, on va dire presque dans cette histoire, vu que ma bon comme ma mère s'est fait assassiner quand j'avais 14 ans, mon petit frère de 2 ans aussi et euh et le la personne qui l'a assassiné a été condamnée à 22 ans de de récussion criminelle, enfin donc quasiment la perpétuité et euh et donc oui voilà et en plus de ça, il s'est suicidé en prison 2 ans après.

Donc la justice est passée. Voilà. Par exemple, vous posez la question puisque vous venez de l'aborder, elle est douloureuse mais elle est essentielle.

Que s'est-il exactement passé le 10 février 2005 ? Et ben le 10 février 2005 donc j'apprends que ma mère et mon petit frère se sont fait assassiner. Donc je la prends par mon père qui me le dit un soir en en rentrant du travail.

Euh donc sur le moment euh bah enfin voilà, c'est toujours compliqué de comprendre ce de d'assimiler ce genre de de nouvelles. Et je vais moi je vais rentrer dans un profond déni et c'est ce que je vais raconter tout au long de ce livre, c'est le la phase de de déni et pour en arriver sur ce qui a ce qui m'a aidé en fait à voilà pourquoi alors on précise vos parents étaient séparés, vous les avez jamais quasiment connus ensemble, ils sont très vite séparés après votre naissance. Euh et donc mais pourquoi dites-vous que vous auriez dû être là puisque c'est le titre de votre parce que quand je quand j'apprends ça, je il y a il y a une colère forcément.

Il y a une colère et euh et en fait la dans mon malheur la chance que j'ai eu, c'est que mon père s'est opposé à ce que j'allais vivre chez ma mère à l'époque quand j'avais 14 ans. J'avais prévu moi de je projetais de vivre avec elle voilà. Et mon père déjà sentait qu'il y avait quelque chose qui était pas voilà le fait qu'elle parte précipitamment à déménage d'un coup dans une maison isolée.

Mon père sentait qu'il y avait quelque chose de pas clair. Et en fait, il s'est opposé radicalement à ce que je vive chez elle. Il m'a il m'a gardé le weekend où je devais aller chez ma mère et c'est pour ça que j'aurais dû être là.

Et sinon, enfin, si j'avais été là-bas à l'époque, je serais je serais mort, quoi. Parce que vous aviez senti déjà vous qu'il y avait des choses qui étaient pas très normales et votre père aussi l'a l'a détecté. Alors moi je l'ai senti avec un œil d'adolescent quand même de 14 ans.

Donc vous le racontez très bien. Voilà, j'ai pas c'estd que je l'ai pas senti directement puis surtout que j'étais très proche de ma mère à l'époque. Vous l'adorez votre mère ?

Oui. Oui. Ben je puis c'est elle vous adore, vous l'adorez.

Voilà. Exactement. C'est très sentimental.

C'est que c'est une relation basée sur l'émotion, sur la tendresse, ce qui est beaucoup moins le cas avec mon père où c'est un peu plus un peu plus l'autorité, enfin c'est un peu c'est un rôle différent. Et à l'époque, je suis beaucoup plus proche de de ma mère et c'est pour cette raison que je veux vivre avec elle. Hm.

Euh pourtant quand vous alors juste peut-être on précise euh votre mère donc euh venait de euh de d'investir un un moulin, hein. On est dans la dans la Nièvre. Euh et euh en explorant ce cette ce bâtiment qui est pour vous euh adolescent de 14 ans euh un gigantesque endroit un château un gigantesque endroit à découvrir, vous allez au grenier et là vous découvrez des choses deux choses bizarres.

Bah, je découvre déjà euh enfin surtout de du cannabis en fait et c'est surtout ça qui bah enfin moi je je vois ça, je j'en parle directement à ma mère. C'est vrai que j'ai pas euh j'ai pas je cache pas ça. Je découvre je découvre, je le montre à ma mère.

Je lui dis "Ah il y a ça dans le grenier ?" Donc ma mère, elle le prend un peu un peu à la rigolade en fait. Elle est un peu à se dit "Bon bah oui, effectivement voilà et elle en en coulisse, elle va elle va dire à l'ancien locataire qui était encore sur les lieux" parce que il faut le préciser, qui était encore sur les lieux et qui enlevait ses affaires petit à petit, ma mère emménagé et elle va lui dire "Par contre en gros ton tist enfin ton cannabis là faut le dégager." Et on imagine que à partir de ça vont commencer bah vont commencer des des embrouilles entre deux quoi.

Vous revenez peu sur le procès sur le mobile du procès. Est-ce que vous pensez que cette affaire de cannabis, puisque c'est lui qui va l'assassin de votre mère et de votre petit frère, est-ce que vous pensez que cette histoire de cannabis rentre en ligne de compte dans le mobile de l'assassinat ? Alors, je on je sais pas exactement à quel niveau ça rentre en compte, mais en tout cas c'est sûr que ça fait partie des éléments qu'on dû jouer.

Il y a eu ça, je sais qu'il y avait eu enfin, il y a eu d'autres en d'autres embrouilles euh entre eux euh sur le fait qu'il mettait beaucoup de temps à enlever ses meubles, qu'il tardait, qu'il avait pas vraiment de points de chute euh d'autres appartements, ileait chez un chez un ami à lui. Euh voilà, mais il était quand même quelqu'un qui était visiblement alcoolique. C'est ce qui a été c'est ce qui a été révélé plus tard, alcoolique et surtout qui avait déjà été qui avait déjà un passé judiciaire très lourd.

Euh et ça on ça je l'apprendrai euh 20 ans plus tard en fait en Vous avez compris enfin vous avez connu plus exactement le mobile de l'assassinat ? Non, il a jamais en fait il a jamais euh il a jamais avoué. Il a jamais avoué.

Il a il a toujours nié les faits. Euh donc il a il a été condamné par l'épreuve parce qu'en fait l'épreuve était accablante. Ils ont retrouvé le l'arme du crime dans sa voiture enfin dans la voiture de ma mère qu'il avait lui-même volé.

Enfin, donc il y avait vous dites euh au moment de l'annonce, il y a une question vous posez. Pourquoi-ton tué aussi votre petit frère ? Bah je Oui, c'est la c'est ce qui m'a le plus quand mon père me l'a appris en fait quand il m'a m'a dit que ma mère s'était fait assassiner, ma mon premier réflexe, ça a été de de lui demander et mon frère.

En fait, ça a été mon premier réflexe parce que dans mon esprit, je dire même si j'ai 14 ans, je me dis qu'un un adulte, on sait on entend tous les jours des histoires d'adultes qui qui qui meurt en fait et c'est évidemment triste, encore plus quand c'est sa propre mère, mais un enfant de 2 ans, en fait, c'est inconcevable pour moi. Et donc quand il me dit ça, c'est je pense le la chose qui me marque le plus. Euh, d'autant plus que je m'occupais beaucoup de ce mon frère.

En fait, j'étais euh c'est aussi pour ça que ma mère voulait me récupérer chez elle parce que ça faisait de de moi un peu le l'homme du foyer. J'avais même si j'avais 14 ans, je m'en occupais déjà très souvent. Vous vous occupez beaucoup de de vos petits frères et sœurs ?

Vous avez deux de trois demi-frères et sœurs, une sœur et deux frères. Et c'est vous qui quand votre mère s'est séparée de son deuxième compagnon, c'est c'est lui qui c'est c'est vous qui êtes là, enfin son deuxème mari. c'est lui qui c'est vous qui êtes là et qui vous occupez énormément et en frapper de tout ce que vous savez faire à cet âge-là d'ailleurs par la force des choses.

Ouai parce que bah forcément ma mère en plus avec un petit côté un petit peu on va dire inconscient pouvait me laisser euh euh très régulièrement euh le temps d'aller chercher des cigarettes ou aller chez passer chez une copine et des fois me laisser pendant 1 heure voire plus 2h avec ces ces ces gamins en basage quasiment où j'avais la enfin j'avais le rôle de m'en occuper quoi. Oui, passant, il y a une anecdote. Votre père juste après l'annonce vous dit "J'annule le weekend au ski qu'on a prévu." Et là, vous vous refuser.

Ouais. En fait, il me propose, il me dit euh enfin pour lui logique d'annuler. Il va il me dit "Ouais euh euh annule pour ce weekend parce que c'est un weekend qui était prévu depuis quelques temps et euh et je vais lui dire euh non, enfin non, annule pas." Pourquoi ?

Je pense que ça me permettait de continuer à être dans mon déni, de me dire "Non, on va continuer, je vais faire en sorte que la vie continue comme si s'était rien passé." En fait, ça a été vraiment mon euh je dis pas que c'est une bonne solution, mais en tout cas ça a été ma façon d'agir pendant très longtemps. C'estàd de faire comme si ça s'était pas passé.

Comment justement vous vous et vous avez vécu ces années-là ? Parce que votre livre, c'est aussi se dire mais c'est essayer de retrouver ces ces ces années-là. En fait, vous dites "Vous avez perdu la mémoire de des des tr années qui suivent." En fait, quand j'ai écrit le livre, je l'ai écrit quasiment comme une enquête en mêmeant en posant pas mal de questions à des amis à moi qui me fréquentaient déjà à l'époque et que je et que je vois toujours aujourd'hui.

Euh donc, je leur ai posé des questions pour savoir comment j'étais, s'il y avait des choses parce qu'il y a plein de choses effectivement que j'ai oublié. Je pense à mon cerveau d'une façon un peu euh je sais pas on va dire médical, c'est il y a un truc un peu clinique, c'est ça qui qui fait que je pense les traumatismes des fois font que il y a des choses qui sont effacées. En l'occurrence là, j'ai plein de souvenirs qui me que que mon père me raconte et dont je n'ai pas de souvenir du tout.

à 15 ans, je suis parti en vacances avec ma grand-mère par exemple et euh si j'ai pas les photos, je me rappelle pas de ce de ce cet événement quoi. Vous dites "Je fonctionne dans ces moments-là, je ne vis pas, je fonctionne en fait. Je suis en fait je suis en pilotage automatique.

C'est vrai que la vie continue. J'ai je fais je fais vraiment les mêmes choses qu'avant. J'ai pas du tout de différence.

Je vais au foot avec mes amis. Je vais je visite des choses avec mon père. Je fais plein de choses mais j'ai mais j'ai pas de souvenir.

C'est que rien n'est rien n'est gravé dans ma mémoire. C'est c'est je suis en voilà pilote automatique. Alors, il y a un personnage que vous évoquez depuis le début de cet entretien essentiel et c'est à lui que vous rendez un hommage poignant, vibrant, magnifique.

Tout homme qui a des enfants d'ailleurs ne peut que retenir son émotion en lisant ses lignes. C'est votre père. Bah c'est le c'est le dire c'est le personnage central, c'est le et c'est le héros de l'histoire en fait au final pour moi parce que déjà le livre c'est un c'est un véritable hommage pour lui aussi parce que sans lui je serai plus là aujourd'hui.

D'où le titre aurait dû être là parce que c'est voilà c'est vraiment pour moi le essentiel dans ce dans ce livre et je le raconte sur sur l'intégralité du livre pour en arriver au final où où je le déteste pendant une période de ma vie parce que je le porte comme responsable parce que je me dis s'il avait pas été là à l'époque s'il m'avait pas empêché d'aller chez ma mère j'aurais pu les sauver. C'est ce que je me dis quand j'ai 14 ans. Donc je cultive une ranqueur à son Vous avez le syndrome du survivre.

Oui complètement. Complètement. et et je cultive une ranqueur à son égard.

Je cultive même presque une haine. C'est c'est pardon de poser cette question mais cette syndrome de survivant et cette cette colère vous empêche-t-elle finalement de de vivre un autre symptôme enfin sentiment qui est celui de la culpabilité ? En fait, j'ai j'ai eu vraiment les deux.

C'est que j'ai eu vraiment les deux. J'ai eu le j'ai eu la culpabilité. J'ai eu le fait de enfin je me suis vraiment très souvent dit euh que si j'avais enfin si j'avais été là-bas à l'époque, j'aurais peut-être pu changer des choses.

C'est ce que je me dis en tout cas 14 ans jusqu'à mes 18 19 20 ans, je vis avec ça cette idée de me dire que bah mon père m'a empêché de sauver ma mère quoi. C'est vraiment ce que je me dis et avec le temps, en grandissant, je me dis en fait non, j'aurais juste été une victime de plus. Mais est-ce que ce qui est intéressant c'est que cette colère vous l'avez, elle est intérieure mais vous lui exprimez pas.

Vous lui exprimez jamais. Non. Et je pense qu'il le ressent. il voit que je fuis, il voit que je fuis, que je suis toujours dans dans l'évasion, que je je suis avec mes amis, je je mange de moins en moins avec lui ou en tout cas je enfin voilà, je fuis un peu le le tout ce qui peut être à ses côtés quoi.

Je je Il y a un mot qui revient en boucle quand vous évoquez ces années-là et quand vous évoquez finalement cette ce bras de fer qui ne dit pas son nom entre votre père et vous, un verbe que vous employez, une expression qui revient souvent à propos de votre père, il tient. Il tient. Ah c'est ça, c'est qu'en fait lui, il a le mauvais rôle dans cette histoire, c'est qu'il a il a le rôle de il il sait qu'il faut m'éduquer, il faut il sait qu'il faut continuer à à tenir pour moi, mais par contre, il va endosser le rôle du méchant parce que il voit que je il voit que je bah que je le déteste presque quelque part.

Il voit que je lui en veux, euh mais lui il garde le cap. Il se dit faut dans tous les cas pour son éducation, il faut que bah que je fasse en sorte déjà que je le positionne pas comme une victime. C'est ce qu'il a toujours fait. il a il a pas il s'est pas dit vu qu'il ait il a vécu ça, je vais être un peu plus laxiste, je vais être un peu plus tendre.

En fait, il est il est il est tendre mais dans le sens où il a il a gardé un cap et il a il a tenu en fait c'est clairement ça. Il a tenu à ce pour et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui euh je lui forcément reconnaissant. Il y a l'amitié, il y a les copains, il y a l'humour noir aussi qui vous permet de tenir pendant ces annéesl.

Ça a été Ouais, c'est ce que j'explique souvent. Ça a été un ça a été un vrai moteur. Ça permet de de relativiser, ça permet de dédramatiser euh et c'est ce que j'ai enfin voilà, c'est ce que je fais depuis depuis que j'ai 14 ans et que j'ai cultivé parce que j'aime ça et c'est vrai que mes potes, on a un peu ce même ce mon père aussi d'ailleurs, on a on a vraiment j'ai grandi vraiment dans cet esprit d'humour noir, de rigoler des choses les plus dramatiques du monde pour les pour les rendre acceptables et enfin acceptable et pour les digérer.

C'estàd que c'était vraiment une façon c'est thérapeutique. Il y a deux mots qui vous excèdent, c'est celui de victime et celui de résilience. Oui, parce que c'est ça, c'est comme et tout comme le deuil.

Enfin, c'est aussi pareil, c'est des choses, c'est des des espèces de de termes. J'ai j'ai du mal à me positionner en victime. C'est pas quelque chose qui me plaît parce que déjà j'ai pas j'ai rien choisi de ce qui m'est arrivé.

ça nous tombe dessus et j'ai pas envie de Tu es propre de la victime, c'est ça ? Euh mais j'ai pas j'ai pas envie de d'être vu comme ça. J'ai pas envie de me définir comme victime en fait.

Je Qu'est-ce qui vous a permis justement de quand même de sortir aujourd'hui et d'être dans ce mot que vous aimez pas mais d'être dans la résilience ? Bah, je pense que enfin très sincèrement, c'est euh c'est l'éducation que j'ai reçu. Je pense c'est vraiment principalement ça qui m'a permis de de m'en sortir.

Euh parce qu'en plus de ça, j'ai arrêté l'école très tôt justement pour fuir le le domicile de de mon père. Euh et je pense que c'est son éducation, c'est le fait qu'il me qui me qui m'ouvre à plein de choses qui en la meilleure éducation que j'ai pu avoir, c'est ça, c'est celle de mon père en fait. Et et aujourd'hui je lui dois je lui dois aussi ça.

Hm. Et votre père c'était surtout de vous offrir un cadre et de vous dire là il faut faire ça, il faut faire à telle heure et de et de vous y tenir. Et vous expliquer que c'est c'est le fait d'être tenu et après qui vous a permis de vivre.

Et est-ce que c'est justement dans cette vie-là aujourd'hui le fait d'avoir vécu de vous dire bon ben on peut continuer à vivre ? Oui, oui, oui. C'est euh bah en fait, j'ai bah il y a voilà, c'est ça en fait, je le raconte dans dans sur 200 pages euh vraiment ce qui fait que j'ai continué à vivre et et comment j'ai fait euh et et grâce à qui.

C'est vrai, c'est vraiment ça. Et ce livre est un véritable hommage hommage à ceux qui tiennent. Merci beaucoup Louis Poisson, c'est un livre absolument magnifique.

J'aurais dû être là Louis Poisson, c'est chez Fayard. Merci d'avoir été avec nous. Point de vue c'est fini.

On se retrouve demain, même heure, même endroit avec Anne Emmanuel Isaac. Ah.

Vivre après le double meurtre de ses proches - Louis Poisson — Anne Christine Poisson · Pourquijevote