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interviewLCP (sur YouTube)· 13 juin 2025 57 min

L'I.A., plus forte que l'humain ? | Controverse

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bienvenue dans "Controverse", la nouvelle émission de LCP en partenariat avec Le Figaro et Opinion Square, une joute oratoire entre deux personnalités qui ont chacune sept minutes pour défendre leurs convictions en face d'un public en plateau, mais aussi des étudiants en duplex depuis l'INSEEC MSc. Ils écouteront, poseront des questions et surtout, voteront au début et à la fin de l'émission. Lequel de nos deux invités sera le plus convaincant ?

Sauront-ils faire évoluer le point de vue du public ? Pour le savoir, restez avec nous sur "Controverse". Musique --- Et si "Terminator" et "l'Odyssée de l'espace" n'étaient plus tout à fait de la science-fiction ?

Et si demain les machines prenaient le contrôle de nos vies, l'intelligence artificielle sera-t-elle plus forte que l'être humain ? C'est la question que nous poserons à nos invités et au public. Les chiffres autour de l'intelligence artificielle donnent le vertige.

Un Français sur deux se sert déjà de l'IA pour effectuer des recherches. 35 % constate l'impact de l'IA dans leur vie quotidienne. Sur le plan économique et social, on peut parler d'un véritable tsunami, au point que beaucoup redoutent la disparition de millions d'emplois.

C'est également une menace pour la démocratie. C'est un fait. L'intelligence artificielle peut surpasser les limites de l'intelligence humaine, au moins du strict point de vue du calcul.

Mais l'intelligence humaine se résume-t-elle à l'intelligence mathématique, l'IA pourra-t-elle vraiment surpasser l'homme ? En matière de créativité et d'intelligence artificielle, pourra-t-elle un jour égaler nos plus grands peintres, nos plus grands écrivains, nos plus grands philosophes ? On en débat tout de suite avec nos invités, Raphaël Enthoven et Laurent Alexandre.

Musique --- Raphaël Enthoven, vous êtes philosophe, auteur de "L'esprit artificiel. Une machine ne sera jamais philosophe" aux éditions de L'Observatoire, livre dans lequel vous expliquez que la philosophie est inaccessible à l'intelligence artificielle et pourquoi l'humanité demeure un casse-tête pour la machine. Vous pensez donc que l'intelligence artificielle ne sera jamais plus forte que l'homme.

C'est le point de vue que vous défendrez durant votre grand oral. Laurent Alexandre, bonjour. Vous êtes médecin, entrepreneur, essayiste.

Vous êtes auteur de nombreux livres sur l'IA. "La guerre des intelligences à l'heure de ChatGPT", ou encore "ChatGPT va nous rendre immortels" aux éditions Jean-Claude Lattès. Vous en êtes convaincu ?

Un affrontement entre intelligence artificielle et intelligence humaine est inévitable. Et dans ce combat, la marginalisation de l'espèce humaine est inévitable. Selon vous, l'IA va tuer l'homme 1.0 ?

En attendant peut-être l'avènement d'un homme de point zéro, vous nous direz ça également dans votre grand oral. La particularité de cette émission, c'est que le public participe. Il va également donner son point de vue.

On aura un premier vote avant l'ajout oratoire. Mais d'abord, quelques impressions. Jacques, je crois que vous vouliez vous exprimer. -Bonjour.

Pour moi, clairement, l'IA est plus forte que l'humain, parce qu'au-delà de légitimes considérations éthiques, morales, quand vous prenez l'IA dans un usage concret, pratique, quotidien, l'IA va plus vite, elle en sait plus. Pour en revenir à la base, l'IA est-elle plus forte que l'humain ? Très clairement, sans aucun doute...

Il doute. Oui. -On a aussi une première impression de Fanny qui elle pense que l'homme est toujours plus fort que la machine je crois. -Oui en effet selon moi l'IA n'est pas plus forte que l'humain parce que tout d'abord c'est l'humain qui a créé l'IA, même si nous utilisons l'IA tous les jours, l'humain reste quand même très important.

Et puis lorsqu'on regarde quand même l'histoire avec un grand H, l'humain aime beaucoup gérer et contrôler. Donc selon moi, on aura des outils en complément pour pouvoir contrôler l'IA. -Après ces premières impressions, on passe donc au vote du public.

L'IA est-elle plus forte que l'humain ? C'est à vous. Musique -Pour moi, l'intelligence artificielle est plus forte que l'humain dans certains aspects, tels que la mathématique, tout ce qui est intellectuel, mais reste quand même moins forte et je pense qu'elle ne maîtrise pas tout ce qui est intelligence émotionnelle, par exemple. -Certes, elle est forte, mais elle ne peut pas être plus forte que son créateur. -Je trouve que même si c'est des outils qui sont très développés, ils ne peuvent jamais dépasser l'intelligence et les cerveaux humains. -Je pense que l'intelligence artificielle est complémentaire à l'humain, elle n'est pas plus forte.

Musique -Avec un premier vote du public sur le plateau, mais aussi en duplex de l'INSEEC, on a les résultats. Pour 76 % des votants, l'être humain reste plus fort que l'IA et c'est justement le point de vue que va défendre Raphaël Enthoven. Raphaël Enthoven, vous êtes le premier dans ce grand oral et vous allez nous dire que l'être humain est plus fort que l'intelligence artificielle. -Pas exactement, cher Alexandre. -Ca commence bien. -Ca commence bien.

Je voudrais questionner la question elle-même, ce qui m'intéresse dans cette question. L'IA est-elle plus forte que l'humain ? La première chose à observer, me semble-t-il, c'est qu'une telle question se vit à la fois comme modeste et comme moderne.

C'est une question qui se vit comme modeste parce qu'elle dit que l'humain sera dépassé par l'IA et c'est une question qui se vit comme moderne parce qu'elle se vit comme la signature du XXIe siècle. Or, l'honnêteté commande de dire que c'est une question vieille comme l'humanité elle-même. Nous n'avons jamais cessé de nous poser la question de savoir si les machines étaient plus fortes que l'homme.

Une telle question remonte à l'Antiquité elle-même. Et je veux questionner cette question. La machine est-elle plus forte que l'homme ?

Puisque c'est la question que nous nous posons depuis des millénaires. Et la machine est-elle plus forte que l'homme ? Je veux dire ceci, c'est une question qui n'a aucun sens.

Pardon Alexandre. -Il rit. -C'est une question parce que soit c'est une évidence, soit c'est un contresens complet.

En quoi c'est une évidence ? C'est une évidence dans la mesure où c'est la raison d'être d'une machine. Vous le rappelez Jacques, les prouesses de...

Non, vous ne le rappeliez pas Jacques. Il doute. Pardon, je reprends ici. -Oui. -C'est la raison d'être d'une machine.

C'est la raison d'être d'une machine parce que depuis toujours, les machines sont plus fortes que l'humain. Sinon, à quoi bon ? Aurait-on inventé le marteau si on pouvait enfoncer les clous avec le poing ?

Aurait-on inventé la charrue si on pouvait porter autant de choses sur le dos ? Aurait-on inventé le cheval si on pouvait courir plus vite ? Aurait-on inventé l'ordinateur si nous étions nous-mêmes nantis d'une mémoire panoramique ou synoptique ?

Non, bien sûr que non. La machine est là pour suppléer nos faiblesses, pour seconder nos insuffisances. La confection d'outils témoigne depuis toujours de nos imperfections.

C'est la raison pour laquelle ils sont plus forts que nous. La fabrication d'artefacts est la mesure de nos incapacités. Donc, évidemment qu'une machine est plus forte que nous, mais est-ce que...

Comment dire ? Qu'une machine soit plus forte que nous, cela signifie-t-il que l'humain est vincible par la machine ou que l'humain est remis en cause par les prouesses de la machine ? Bien sûr que non.

Prenons l'exemple de Kasparov, par exemple, qui perd contre Deep Blue. Kasparov ne perd pas contre un joueur d'échec. Kasparov perd contre une usine.

Il perd contre une machine, contre une puissance de calcul incomparablement supérieure à la sienne. Une machine peut tout saisir, mais ce qu'elle attrape est déjà mort. Elle peut tout expliquer, mais elle ne comprend rien.

Mais ça, c'est une autre histoire. Ce que je veux dire ici, c'est que la défaite de Kasparov contre Deep Blue st en tout point comparable à la défaite d'un boxeur ou d'un catcher contre un robot. Comment vous dire ?

Le métal est plus solide que le muscle. Ca n'en fait pas une crise du muscle. Autrement dit, la bonne question ici, de la même façon que la bonne question en général n'est pas de savoir si Dieu existe, mais d'où nous vient le besoin de croire en lui, la vraie question ici n'est pas de savoir si et quand les machines vont nous remplacer, mais d'où nous vient une si vieille trouille du mythe de Pygmalion jusqu'à l'intelligence artificielle, en passant par le golem, "Pinocchio", "Star Wars", "Matrix", "Blade Runner", etc.

Et j'en oublie, vous le savez. Nous n'avons jamais cessé de mettre en scène notre remplacement par des machines. La vraie question ici, c'est de savoir ce que dit de nous une si vieille peur.

Or, que dit de nous une si vieille peur qui se vit comme modeste ? Ce que dit de nous une si vieille peur, c'est qu'il faut pour cela comprendre, comment dire, quelle est l'instance qui, dans l'inconscient collectif, a donné le jour à des créatures suffisamment libres pour lui tourner le dos ? Quelle est l'instance dont les créations sont des créatures ?

C'est Dieu. C'est Dieu qui donne le jour, dans la perception que nous en avons, dans un monde Judéo-chrétien, Dieu donne le jour à des êtres dotés d'une liberté suffisante qui éprouvent même leur liberté dans la capacité à se soustraire à ses commandements. C'est Dieu qui donne le jour à cela.

Autrement dit, dans le sentiment que nous allons donner le jour à des machines qui vont nous dire merde, qui vont nous remplacer, qui vont nous surmonter, il y a, beaucoup plus que de la modestie, un orgueil infini, le sentiment que nous sommes comme des dieux. Or, n'est pas Dieu qui veut. Et alors ?

Est-ce que j'ai encore le temps ou pas ? -Vous avez encore trois minutes, un peu moins de trois minutes. -Alors, très rapidement, je voudrais prendre un seul exemple, et puis peut-être qu'on aura l'occasion d'en reparler ensuite, l'enseignement de la philosophie, sur un point très spécifique.

A l'origine de l'intelligence artificielle, il y a l'éthologie, la science d'étude du comportement des animaux et notamment l'étude d'un mollusque, Aplysie, qui est un mollusque dont on a observé que quand on le grattait, il se contractait, mais qu'il se contractait de moins en moins à mesure qu'on reproduisait le geste. Autrement dit, le mollusque qui n'a pas beaucoup de neurones est néanmoins capable d'adaptation synaptique. Il est capable de réagir différemment à un stimulus identique puisqu'il ne l'identifie plus à un danger.

Et c'est sur le modèle de l'adaptation synaptique qu'on a conçu l'IA, l'intelligence artificielle. Ce qui veut dire par exemple, pour prendre l'exemple le plus simple du monde, si vous voulez qu'une IA reconnaisse une girafe, vous allez la gaver de photos de girafes jusqu'à ce qu'elle l'identifie sur une photo qu'elle n'a vue. Autrement dit, le travail de l'IA, c'est de concevoir des outils prédictifs, des outils qui nous secondent merveilleusement dans l'exécution de quantités de tâches.

Le travail de l'IA consiste à ne pas être surpris par ce qu'elle n'a pas encore vu. Je vous demande juste de retenir cela et je pense que nous serons tous d'accord là-dessus. Maintenant, la philosophie.

Par quoi commence la philosophie ? Quel est le point de départ de la philosophie ? Le point de départ de la philosophie, c'est Aristote qui le dit, c'est l'étonnement.

Mais attention, ce n'est pas l'étonnement devant ce qui est étonnant. Parce que ça, pour le coup, ça n'a rien d'étonnant. Si pendant le tournage d'une émission, l'un de vous se mettait tout nu maintenant à chanter l'International, on s'étonnerait.

Ce qui serait étonnant, ce serait qu'on ne s'étonne pas. C'est ça l'idée, si vous voulez même. S'étonner d'un truc étonnant n'a rien d'étonnant.

En revanche, la philosophie commence quand on arrive à s'étonner de ce qu'on a l'habitude de voir, de ce qui nous est familier. C'est un lieu commun sur le philosophe. Le philosophe, c'est celui qui soudain accueille d'un air perplexe des vérités qu'on lui présente comme des vérités révélées.

Autrement dit, le travail du philosophe consiste à s'étonner de ce qui lui est familier. J'en viens... -Il va falloir bientôt conclure. -J'ai compris, je sais, mais c'est prévu. -Très bien. -Si vous ne m'interrompez pas, je pourrais le faire en temps et en heure. -C'était une interruption gentille. -En peu de mots, souvenez-vous, le travail de l'IA consiste à ne pas être surpris par ce qu'elle n'a pas encore vu.

Le travail de la philosophie consiste à s'étonner de ce qu'on a l'habitude de voir. Les directions sont résolument opposées, pas antagonistes, peut-être complémentaires, mais totalement opposées. Et tout ça pour dire, ce sera ma dernière phrase, tout ça pour dire, qu'on est aussi loin de remplacer l'humain, enfin l'humain est aussi loin d'être remplacé par l'intelligence artificielle, qu'on est loin d'atteindre la Lune en montant sur un escabeau. -Merci, Raphaël Enthoven.

C'était passionnant et comme vous n'êtes pas une intelligence artificielle, vous avez dépassé de 20 secondes, mais c'était presque parfait. -La mesure de vos interruptions. -Exactement.

Et je crois que le public a déjà des questions pour vous. -Bonjour. -Bonjour.

J'ai une question pour vous. Est-ce qu'on peut encore parler d'intelligence artificielle si elle dépasse nos capacités ? -Alors, pour moi, je vous dirais que l'expression d'intelligence...

Je profite de votre question pour dire ceci. L'intelligence artificielle, l'expression "intelligence artificielle", je n'ai jamais su si c'était un oxymore ou un pléonasme. Si, par intelligence, on entend la simple capacité d'analyse, de décompte, de redistribution, de calcul, de synthèse, etc., c'est-à-dire de traitement de la complexité, alors, dans ces conditions, intelligence artificielle est un pléonasme.

D'une certaine manière, toute intelligence est artificielle, est à la portée d'un artefact, élaboré. Tout ce qui est complexe est à la portée de la technique. Mais si par intelligence, on entend l'intelligence du coeur, l'intelligence des situations, le fait d'être en bonne intelligence avec quelqu'un, c'est-à-dire un synonyme de complicité, alors à ce moment-là, intelligence artificielle est un oxymore.

Donc, je ne mesure pas la chose en termes de quantité, il ne s'agit pas de savoir si l'une est plus forte que l'autre, mais il s'agit de savoir si on est véritablement dans le même monde, et c'est là que j'ai un doute. -On a une question qui nous vient de l'INSEEC en duplex, une question de Douaa. *-Comme vous l'avez dit, nous n'aurions pas besoin de l'intelligence artificielle, nous ne l'aurions pas créée, ce qui souligne qu'elle est plus forte en termes de compétences que l'humain en quelque sorte. *Ma question c'est comment l'humain pourrait s'imposer face à la puissance de l'IA ? *Merci. -Il doute. -Il rit. -C'est une autre question.

C'est-à-dire que ce n'est pas parce que l'humain me paraît d'une étoffe que la machine ne peut pas synthétiser, pour quantité de raisons qu'on peut détailler, sur lesquelles on pourra peut-être revenir. que l'humain, lui-même ne peut pas devenir machine, se machiniser lui-même. Ce que je veux dire, c'est que qu'une machine devienne humaine, je n'y crois pas.

Qu'un humain devienne machine, je l'expérimente au quotidien, chaque fois qu'on vous insulte au nom de préjugés ou que les gens ont des réflexes pavloviens. Et la meilleure image de l'humain qui devient machine, on la trouve, vous savez, dans ce chef-d'oeuvre de Chaplin, "Les temps modernes". Vous avez l'ouvrier à la chaîne, et quand il quitte la chaîne, il est encore agité, il a encore les spasmes du visseur de Boulon.

Alors c'est une parabole sur le fordisme qui écrase les corps des ouvriers, mais c'est aussi l'image très puissante de la porosité de l'humanité à la machine. Alors, raison pour laquelle votre question est excellente. S'imposer, s'imposer dans ces cas-là, c'est redoutable.

C'est un problème qui se pose à nous depuis longtemps. Mais qu'on soit débordé par nos outils, qu'on soit écrasé par nos outils, c'est tout à fait vraisemblable et c'est une question redoutable. Mais qu'on soit remplacé en qualité d'humain par nos outils, que les outils disposent des mêmes facultés que nous, ça me paraît totalement irréaliste. -Merci Raphaël.

On a une autre question de l'INSEEC. -Je n'ai pas répondu à la question, j'ai dit qu'elle était bonne. Je ne suis pas content de ma réponse.

C'est la vie. -Il rit. C'est déjà pas mal.

Et donc on a une autre question de l'INSEEC, c'est Casimire qui a une question à vous poser, Raphaël Enthoven. Bonjour. *-Bonjour. -Bonjour. *-Ma question, du coup, c'est... vu que l'IA, elle se développe beaucoup plus et elle a la possibilité actuellement de générer ses propres données, à un moment, ne pourrait-elle pas se passer de l'humain ? -Et je comprends cette question.

Vous savez, alors, peut-être, peut-être, mais j'attire votre attention sur le fait que cette question-là est une question qui remonte au XVIIIe siècle. C'est une question, car c'est au XVIIIe siècle qu'on s'est posé la question de savoir si le progrès technique...

Si le progrès moral irait aussi vite que le progrès technique. C'était l'optimisme des Lumières. On disait que plus on apprendrait de choses, plus on serait puissant techniquement, plus on serait moralement fort et vertueux.

Autrement dit, il y avait cette idée-là. Et puis, on a découvert que le progrès technique avançait à pas de géant, alors que moralement, on titube, si vous voulez. Si moralement, on ne titubait pas, il n'y aurait pas eu le sept octobre, des génocides, des guerres mondiales, tout ça.

Autrement dit, nous faisons du surplace moralement et techniquement, nous avançons à pas de géant. Et de ce décalage entre les deux, Emmanuel Kant a tiré un petit opuscule sur la fin du monde. dans lequel il explique que c'est de là que nous vient l'idée de fin du monde.

Régulièrement, nous hallucinons la fin du monde. Nous hallucinons la fin du monde sous la forme d'une technique qui nous échappe, d'une technique qui se dérobe. Pourquoi ?

Parce que la technique galope alors que la morale boite. Et de ce décalage entre les deux, nous nous représentons volontiers la fin du monde. Ce que je veux dire ici, c'est que peut-être, monsieur, avez-vous raison, enfin, je... de prédire, je ne sais pas si vous l'avez fait, mais peut-être a-t-on raison de prédire que nous serons dépassés par l'intelligence artificielle.

Mais il faut faire la généalogie d'une telle question, questionner cette question. Et quand on questionne cette question, ce qu'on découvre, c'est qu'elle est ancienne et c'est qu'elle a déjà longtemps été posée par nous et que nous nous sommes depuis longtemps représentés la fin du monde sous la forme d'un dépassement de l'humanité par la technique. Jusqu'à nouvel ordre, ce n'est pas arrivé. -Merci, Raphaël Enthoven.

La parole est maintenant à Laurent Alexandre, pour qui nous sommes une espèce dépassée, en voie de disparition. Laurent Alexandre, c'est à vous. On échange les places.

Musique -Bonjour. -Vous pouvez y aller. Sept minutes pour convaincre. -Alors, je n'ai pas la capacité du philosophe à...

à réaliser de magnifiques envolées lyriques. Je suis un technicien, je suis un scientifique, je suis un médecin. Et je constate chaque jour mon dépassement par l'intelligence artificielle.

Donc la question, en réalité, n'a plus de sens. Le problème, pour tous les jeunes qui nous écoutent, c'est comment trouver sa place, comment trouver sa niche écologique au moment où l'intelligence artificielle nous dépasse, me dépasse, dépasse chacun d'entre nous. En médecine, par exemple, depuis juillet dernier, je suis écrabouillé par ChatGPT, par les nouvelles versions de ChatGPT.

Je suis moins bon que ChatGPT. Ca a été un choc, même si je m'intéresse depuis des années et des années à l'intelligence artificielle. Et finalement, ce qui me semble important pour vous, ce n'est pas de savoir si l'IA va nous dépasser ou pas, c'est de savoir comment trouver votre place dans cette nouvelle société.

Comment réguler ce choc, ce tsunami technologique absolument incroyable ? Comment l'organiser ? Comment en profiter parce qu'il va y avoir une explosion de la science et de la technologie ? qui va permettre d'inventer des nouveaux métiers, des nouvelles activités, nous rentrons dans l'âge d'or.

Des managers dans l'âge d'or, des innovateurs, des entrepreneurs et des savants. Et c'est là où est la vraie question. Comment faire en sorte que vous surfiez sur cette vague ?

Alors, notre dépassement, il est terrible. Pour tous ceux qui utilisent les versions récentes de ChatGPT et de Gemini, o3 et puis Gemini 2.5 vous voyez bien que l'IA galope à une vitesse folle.

Depuis un an, ChatGPT gagne un point de quotient intellectuel par semaine. Aujourd'hui, le quotient intellectuel de ChatGPT o3 est à 136, plus que 99 % de nos concitoyens. Et la deuxième intelligence artificielle la plus puissante, Gemini 2.5 de Google, est à 127 de quotient intellectuel, c'est-à-dire très très proche de ce que fait ChatGPT o3.

Donc notre dépassement, il est en cours. La question aujourd'hui, c'est qu'en faire ? Nous avons trois chocs qui arrivent simultanément.

Un choc schumpetérien, c'est-à-dire une transformation radicale de l'économie et du travail avec d'abord l'intelligence artificielle et puis derrière les robots hyper intelligents qui arrivent notamment de Chine. Puis un choc civilisationnel parce que l'intelligence artificielle fait galoper. La science, et notamment les biotechnologies, et elle va permettre de changer radicalement notre humanité.

Enfin, un troisième choc qui a très bien été décrit par le Prix Nobel de Physique 2024 de Geoffrey Hinton, l'inventeur des intelligences artificielles modernes, ce qu'on appelle les réseaux de neurones profonds. Il a déclaré au "Financial Times", au moment de son Prix Nobel : "Nous ne sommes plus l'espèce la plus intelligente sur Terre, nous sommes la deuxième espèce la plus intelligente sur Terre derrière l'intelligence artificielle." C'est bien un choc anthropologique, c'est-à-dire une modification de notre rapport aux autres espèces sur Terre.

La Silicon Valley cette année va investir 360 milliards de dollars en recherche sur l'intelligence artificielle. L'intelligence artificielle va continuer à galoper et pour vous, comme pour moi, pour chacun d'entre nous, y compris Raphaël, la vraie question est celle de notre adaptation et de notre inclusion dans un monde qui va bouger de façon extraordinaire. Il y a d'autres chocs en dehors du choc technologique.

La montée du populisme, le retour de la guerre, le chaos économique engendré par les mesures très brouillonnes de Trump, mais...

Ce choc technologique de l'intelligence artificielle, c'est de mon point de vue le plus important pour vous qui allez bientôt débuter dans la vie professionnelle. Il faut bien comprendre ce qui se passe. Bill Gates a déclaré la semaine dernière, et je vous invite à aller voir ses déclarations qui sont sur les réseaux sociaux, que le travail va très probablement disparaître ou être profondément transformé.

Quand on rentre dans le monde du travail, c'est un point vraiment très important. Il a également dit que la quasi-totalité des médecins vont être remplacés par l'intelligence artificielle dans les prochaines années, tant l'intelligence artificielle est supérieure aux gens de mon espèce, aux médecins. Barack Obama, il y a quatre jours, a dit la même chose, en incitant la société, les jeunes, le système éducatif, le système politique à se mobiliser pour trouver des solutions sociales et politiques à ce tsunami, de manière à ce qu'il n'y ait pas de dégâts lors de cette transformation radicale. avec un changement complet de l'intelligence artificielle par rapport à ce qu'elle était il y a simplement 18 mois ou 2 ans et que beaucoup de gens ne voient pas parce qu'ils ont essayé des très vieilles versions d'intelligence artificielle sans réaliser que celles qu'ils ont utilisées ont 40 points de quotient intellectuel de moins que ChatGPT o3.

Un grand philosophe, d'ailleurs, m'a dit récemment : "J'utilise GPT 4." Je comprends qu'il ne comprenne pas que l'intelligence artificielle galope, puisqu'il en est encore quasiment à l'ère du Minitel. Nous allons avoir des transformations très importantes aussi en matière médicale.

Demis Hassabis, le Prix Nobel de Chimie 2024, qui est également le patron de toutes les intelligences artificielles chez Google, a prédit que vers 2035 à 2040 toutes les maladies humaines seront guéries par la superintelligence artificielle. Et Dario Amodei, l'un des principaux concurrents de ChatGPT, il a développé Claude Anthropic, a déclaré que l'espérance de vie humaine allait doubler entre maintenant et les années 2030. Il prédit qu'en 2037, nous vivrons au moins deux fois plus longtemps qu'aujourd'hui.

Il n'est pas qu'informaticien, Dario Amodei, il est également biologique. Cette transformation, elle est très rapide, elle nous interpelle, elle nous oblige à repenser. Nos chemins de vie et nos chemins de vie professionnels.

J'ai demandé à la dernière version de ChatGPT de ce qu'il fallait que je fasse, moi, pour m'adapter. Le diagnostic a été d'une violence rare, mais il était très juste et il m'a proposé un plan de formation en cinq ans pour que je puisse, non pas m'adapter à lui, mais ne pas prendre trop de retard. Finalement, je ne vais pas vous convaincre que l'IA nous dépasse, c'est un fait, je voudrais vous convaincre de vous mobiliser tout de suite, de travailler, de rechercher des zones de complémentarité avec l'intelligence artificielle, de manière à ce que IA plus vous, ce soit tout au long de votre vie, mieux que IA sans vous.

Je voudrais vous convaincre qu'il y a des choses extraordinaires... -Conclure. -A faire à l'heure de l'intelligence artificielle.

Il ne faut pas prendre de retard dans ce combat aujourd'hui, même si j'adore la vision absolument magnifique des philosophes, je pense qu'il faut être aujourd'hui plus pragmatique. -Merci, Laurent Alexandre. Il y a déjà des questions pour vous, une question de l'INSEEC je crois ? *-Bonjour, alors ma question concerne l'avenir des employés dont les postes seront impactés ou automatisés complètement par l'intelligence artificielle. *On se rendra compte que cela représentera un problème économique à l'avenir. *Elle doute. *Les métiers comme l'assistanat ou les tâches comptables qui seront automatisées, que deviendront ces personnes-là ? -Eh bien, il faut qu'on en réfléchisse tous ensemble.

Quand on est parent, il faut qu'on en réfléchisse avec nos enfants. Quand on est enseignant, il faut y réfléchir avec ses élèves. Quand on est politicien, il faut réfléchir à la réforme de l'éducation nationale et de l'université.

Il n'y a pas de réponse simple. Et même, on voit aujourd'hui des endroits où l'homme n'est pas complémentaire de l'IA. Par exemple, l'intelligence artificielle en médecine, dans mon métier, a 85 % de bons résultats quand on lui donne un dossier médical compliqué. 85 %.

Quand on rajoute un médecin, le couple intelligence artificielle plus médecin spécialiste a 70 % de bons diagnostics. Ca veut dire que rajouter un médecin. qui a fait dix ans d'études à l'IA, ça diminue les performances de 15 %.

Vous voyez que le combat pour être complémentaire de l'IA, il n'est pas gagné. Il va falloir profondément réformer la façon dont fonctionnent les universités et les écoles. Il va falloir changer la politique éducative.

C'est un immense chantier que nous avons devant nous et je le répète, le fait qu'aujourd'hui, par exemple en médecine, dans toutes les études, IA plus médecin, c'est moins bien qu'il y a toute seule, et bien ça nous interpelle, ça m'interpelle moi en tant que médecin, j'ai fait onze ans d'études pour avoir la qualification en chirurgie, mais ça m'interpelle aussi pour le système de santé et bien sûr pour nos patients. -On a une autre question de l'INSEEC pour Laurent Alexandre. C'est une question d'Aime Brice.

Bonjour Aime. *-Bonjour. -Bonjour. *-En fait, ma question est la suivante. *Malgré les capacités de l'intelligence artificielle, est-il nécessaire que l'humain vérifie l'exactitude des analyses avant de les soumettre à un supérieur ? *Cela soulève donc une question, est-ce que l'humain en définitive n'est pas le régulateur de l'IA ? -Alors, pour la première question, vous savez que l'IA hallucine.

Même les meilleurs IA, comme ChatGPT o3, parfois disent des choses qui ne sont pas exactes. C'est ce qu'on appelle les hallucinations informatiques. Donc, avant de donner un travail, il faut aujourd'hui vérifier.

Cela dit, le taux d'hallucination, il peut être baissé. Il y a des techniques, chez Anthropique notamment, ils ont utilisé des systèmes de rag. Ils sont tombés en médecine à un taux d'hallucination qui est quasiment à zéro %.

Donc il y a des solutions pour diminuer les hallucinations et pour rendre les travaux qui sont faits par l'IA meilleurs. L'idée selon laquelle nous allons donner le go à l'IA est une idée complètement conne. On va prendre la médecine.

L'analyse ADN, l'analyse génétique d'une tumeur pour choisir la chimiothérapie, c'est 25 mille milliards d'informations par biopsie. 20 teras, pas 20 gigas, 20 teras. Aucun médecin au monde va pouvoir contester la décision de l'intelligence artificielle en analysant les 20 mille milliards de données de chaque biopsie pendant une consultation de 14 minutes, déshabillage et rhabillage compris.

Donc l'idée selon laquelle l'humain va être capable de contester ce que va dire l'IA est une idée sympathique, bienveillante, mais conne et totalement illusoire. -Il rit. -Nous ne vérifierons pas ce que fait l'IA, parce que l'IA manipule trop de données, trop de concepts pour nous.

On peut le regretter, mais il va falloir s'habituer à accepter les décisions de l'IA, les idées de l'IA, sans qu'un cerveau humain soit capable de vérifier ces décisions. -La franchise de Laurent Alexandre, une autre question de l'INSEEC pour Laurent Alexandre, une question d'Alexandre. -Bonjour. *-Bonjour, je m'interroge, nous nous interrogeons... *Il doute. *Si l'humain n'est pas remis en question par les prouesses de la machine, comment expliquer les conséquences du grand pic du taux de chômage à l'ère du machinisme et qu'en deviendra-t-il des hommes qui se retrouveront tous sans emploi après l'automatisation des différentes tâches en entreprise ?

Merci. -La politique, les politiciens, la société dans son ensemble n'a pas réfléchi à tout ça. Notre dépassement par l'IA, il est super récent.

En 2020, il y a 5 ans, le consensus mondial des experts en intelligence artificielle sur Terre était que l'intelligence artificielle rejoindrait l'intelligence humaine en 2100. mille jours plus tard, en 2023, après la sortie de ChatGPT 3.5, le consensus mondial était passé à 2031 pour notre dépassement.

Vous voyez que le consensus s'était rapproché de nous de 70 ans. Donc en réalité, l'IA a progressé tellement vite, beaucoup plus vite que ce que pensaient les experts. Ce qui fait qu'on n'a pas commencé la réflexion politique et sociétale sur ces sujets-là.

Il va falloir maintenant y réfléchir. Alors il y a plein de solutions. Sam Altman propose le revenu universel pour 99 % de la population, le fondateur de ChatGPT.

Bill Gates considère que les gens ne vont plus travailler. Et vraiment, pour vous qui êtes des jeunes travailleurs, regardez son interview de la semaine dernière. Donc, ce sont là des gens qui pensent que nous devons abandonner le combat face à l'intelligence artificielle.

Moi, je pense qu'il faut se battre. Je suis père de famille nombreuse et je ne voudrais pas que mes enfants, mes petits-enfants vivent dans un monde où le travail est mort. Il y a d'autres solutions proposées.

Comme vous savez, Elon Musk a développé une société, Neuralink, destinée à mettre des microprocesseurs, des puces électroniques dans le cerveau de nos enfants pour les rendre compétitifs avec l'intelligence artificielle. Et d'ailleurs, il avait un mot très fort, il disait : "Il faut faire ça". Si nous voulons éviter que demain nous soyons les labradors de l'intelligence artificielle.

Il y a aussi des gens qui proposent des choses bouleversantes d'un point de vue éthique, religieux, et qui proposent de faire de l'eugénisme intellectuel. Aux Etats-Unis, la première société qui sélectionne les bébés sur la base de leur intelligence s'est créée. Je vous invite à aller voir l'offre commerciale d'Heliocept Genomics qui, pour 50 mille dollars, vous fait cent bébés en éprouvette à partir des ovules du conjoint et puis votre spermatozoïde ou l'inverse selon que vous êtes un homme ou une femme, vous fabrique cent bébés et après analyse l'ADN des cent bébés par séquençage de l'ADN et choisit le bébé le plus intelligent et met dans l'utérus...

Il doute. le bébé qui est le plus intelligent après l'analyse génétique. Ca semble monstrueux et c'est vraiment impensable sur le plan éthique.

Mais un sondage réalisé aux Etats-Unis par la revue "Science", qui est la plus grande revue scientifique au monde avec "Nature", montre que 38 % des Américains souhaitent faire ça pour que leur enfant ait un meilleur parcours professionnel à l'ère de l'intelligence artificielle. Et toujours dans le même sondage, 28 % des Américains souhaitent, en plus de la sélection du meilleur embryon, modifier l'ADN de l'embryon pour qu'il soit compétitif avec la superintelligence artificielle qui vient. Donc, vous voyez, il n'y a pas aujourd'hui de réponse simple.

Faut-il arrêter de travailler ? Faut-il nous augmenter comme les transhumanistes de la Silicon Valley le souhaitent ? Je n'ai bien évidemment pas la réponse et je pense que ça n'est pas à la Silicon Valley de décider où va l'Humanité.

Je pense que tout le monde doit s'impliquer dans ce débat fondamental. C'est pour ça que je vous invite à faire de la politique en plus d'apprendre à vous servir des meilleures IA. -Il doute.

Une dernière question pour Laurent Alexandre dans le public, peut-être ? -Oui, une question pour vous, Laurent, en référence à Boris Vian. Si nous étions à la fin du monde et que vous aviez un choix à faire irréversible et que ce choix sauverait la planète, entre la locomotive et un petit oisillon, qu'est-ce que vous choisiriez pour sauver la planète ? -Je choisirais la locomotive pour m'en aller du lieu de l'explosion fatale que tu prédis. -Il rit.

Merci, Laurent Alexandre. Désormais, place au débat. Raphaël, entre vous, vous allez pouvoir nous rejoindre pour échanger un peu plus directement.

Musique -Merci, Raphaël Enthoven. J'avais envie de vous poser une première question. Laurent Alexandre, a un peu vendu la mèche en disant que vous serviez d'une très vieille version de Chat... -Je n'ai pas cité le philosophe quand il était question. -Oui, mais on a tous compris. -Non. -On avait sa tête à l'image.

Donc, effectivement, vous servez d'une vieille version de ChatGPT. Pourquoi ? A quelle fréquence ? -Je m'en sers assez peu.

Je m'en sers assez peu. Je lui pose des questions. C'est une sorte de Google amélioré pour l'instant dans mon existence.

Je m'en sers assez peu. Là où je ne m'en sers pas du tout, c'est dans l'exercice de mon métier, c'est-à-dire l'écriture ou bien la philosophie. C'est là que je n'en ai pas l'usage.

Ou alors sur des informations. Des informations, la synthèse d'une pensée que j'aurais un peu oubliée ou dont je n'aurais pas lu tous les livres, etc. Des trucs de seconde main, de qualité parfois, mais en aucune façon pour trouver une problématique, trouver une intuition.

J'en ai un usage très réduit. Je peux dire deux mots sur ce que j'ai entendu ? -Bien sûr. -Je vais me faire engueuler. -Au contraire.

Non, pas du tout. Je vais parler des médecins, justement, de l'hypothèse du remplacement des médecins. Il doute.

Le riche, grand médecin, disait : "Au fond, dans la maladie, ce qu'il y a de moins important, c'est l'homme". Et pendant longtemps, la médecine a souffert de déshumaniser l'objet qu'elle avait sous les yeux au nom de la nécessité de le guérir. Et donc, cette tentation, d'une certaine manière, de traiter l'individu comme une matière, comme une pure matière, qui serait juste le support d'une guérison possible, qui pourrait parfois même lui coûter la vie, cette tentation-là, elle a toujours été présente en médecine.

De la même manière qu'il y a des médecins, il y a des médecins qui savent parler au coeur de leurs patients, qui savent s'adresser à eux, leur remonter le moral, parfois leur changer la vie, parfois changer l'exigence, et que ceci rentre dans l'espace du soin, c'est-à-dire d'une prestation qui en elle-même n'est pas quantifiable, ne correspond à aucune compétence objective, sinon l'intelligence du coeur. Le meilleur exemple qu'on puisse en donner, je vous y renvoie, c'est le docteur du Boulbon dans "A la recherche du temps perdu", qui rend le moral à la grand-mère du narrateur alors qu'elle vient d'avoir sa petite attaque sur les Champs-Elysées. Le docteur du Boulbon, c'est un homme merveilleux, un type merveilleux.

Il est capable de faire attendre un patient s'il a encore quelques lignes de Victor Hugo à lire. Mais en revanche, quand il les reçoit après, la prestation qu'il offre est irremplaçable, exactement irremplaçable. Et c'est même l'essentiel de son travail.

Autrement dit, dire qu'on peut guérir toutes les maladies ou dire qu'on...

Pardon, deuxième objection, l'hypothèse du doublement de l'espérance de vie. Mon camarade Laurent est l'auteur d'un livre qui s'appelle "Vaincre la mort". -Non, "La mort de la mort". "La mort de la mort", pardon ?

Pardon. J'adore ce titre. -L'idée est la même. -L'idée est un peu la même.

Ce n'est pas une trahison non plus. L'idée étant que le doublement de l'espérance de vie, c'est la mort de la mort. Mais pardon !

Qu'on vive 200 ans ou 400 ans, ça ne change rien au problème. On mourra toujours trop tôt. D'ailleurs, il y a des vies qui sont plus remplies et qui s'achèvent à 20 ans que des vies de centenaires où les gens ont le sentiment de mourir prématurément. -C'est discutable. -Non, c'est pas du tout discutable.

Qu'on meurt à 200 ans ou qu'on meurt à 800 ans, de toute façon, on meurt. On n'est pas moins dans la merde, ça ne change rien au problème. Meurt-on mieux quand on meurt plus tard ? -L'objectif de la Silicon Valley n'est pas qu'on meurt à 200 cents ans, c'est qu'on ne meurt plus. -Oui. -On reparlera de votre ambition d'être immortel, Laurent Alexandre... -Il interrompt.

Mais j'aimerais rebondir sur ce qu'a dit Raphaël Enthoven sur la médecine. -Ils parlent en même temps. -Vous êtes bien placé en tant que médecin pour savoir qu'il faut de la psychologie. -Je m'excuse, mais arrêtons les conneries. -Il rit.

Je crois que je n'aimerais pas vous avoir comme médecin. -Tu as tort, je suis très patient. -Il rit. -Une étude réalisée dans "JAMA", qui est la troisième plus grande revue scientifique au monde, a montré que l'IA, ChatGPT en l'occurrence, est deux fois plus empathique que les médecins.

Donc l'idée selon laquelle il y a une empathie particulière du médecin qui est supérieur à l'IA, c'est une idée fausse. Mais pour une raison très simple, vous êtes malade, vous avez par exemple un cancer, ChatGPT peut parler avec vous de vos métastases pendant cinq jours de suite, jour et nuit. Votre cancérologue à trois heures du matin, il ne va pas vous prendre sur son téléphone portable si vous avez une petite angoisse.

Non, non et non, ce n'est pas possible. Alors que la patience de l'IA est totale, absolue et que l'IA est extrêmement empathique. Donc l'idée selon laquelle on va partager la médecine en deux groupes, la technique à l'IA et l'empathie au docteur, c'est une idée qui ne tient pas compte tenu des résultats scientifiques récents. -Je crois que Raphaël voulait vous répondre. -Il y a une autre question que celle de l'empathie.

Je suis en total désaccord avec ce que vous dites sur la question de l'empathie, mais ce n'est pas de ça que je veux vous parler. -Oui, mais tu as tort. -Le public rit. -On se tutoie, donc. -On s'est toujours tutoyés.

Ne faisons plus semblant. Non, c'est une autre question, c'est la question de la responsabilité. Aujourd'hui, et ça je le dis devant quelqu'un qui le sait mieux que moi, le médecin est comme Superman avec sa cape, c'est-à-dire qu'il est nanti de capacités prédictives extraordinaires.

Aujourd'hui c'est incroyable et c'est incomparable. Le médecin aujourd'hui pour son diagnostic est doté d'outils prodigieux. Mais aucun des outils dont il dispose n'estompe la responsabilité qui demeure celle du médecin dans l'adoption d'une stratégie thérapeutique.

Pourquoi ? D'abord parce que ça reste une décision et parce que la stratégie continue de varier selon la personne du malade. Ca, c'est Georges Canguilhem, philosophe de la médecine, qui l'explique.

Il n'est de maladie que l'expérience vécue par le malade. Il ne s'agit pas de dire que le malade est plus compétent que le médecin. C'est l'illusion d'aujourd'hui.

On croit qu'en passant dix minutes sur Doctissimo, on est plus fort que son médecin. Ce qui est une illusion totale, c'est l'idée que l'égalité des droits. -Il faut noter que je suis le créateur de Doctissimo.

C'est une pique de Raphaël. -C'était...

C'était un gentil tacle et en forme d'éloge. Mais, non, la responsabilité du médecin, n'est pas soluble dans la puissance des outils dont il dispose car le médecin s'adresse encore à un individu dont le mal, dont la pathologie, dépend aussi de la complexion et de la psychologie, voilà, je ne dis que ça. -Laurent-Alexandre, effectivement, en termes de puissance de calcul, personne ne nie la supériorité de l'intelligence artificielle, mais en termes de créativité, de compréhension de l'esprit humain, en termes de philosophie aussi, est-ce que ChatGPT demain pourra remplacer Platon, Nietzsche et même Raphaël Enthoven?

Alors, Raphaël Enthoven a tweeté... -Nous avons déjà débattu de ce sujet, il a tweeté que dans dix mille ans, l'IA ne saurait toujours pas faire de philosophie.

Je prévois que l'IA dépasse les philosophes dans les toutes prochaines années, donc nous avons un petit désaccord sur... -C'est l'avantage de l'avenir, qui vivra verra. -Sur le timing.

Oui, et puis moi, je risque, comme je suis beaucoup plus âgé que toi, je risque de mourir avant toi, puisque je suis d'avant la mort de la mort, bien sûr. Alors, sur l'inventivité, c'est une question très intéressante. Eh bien, moi, je vous invite à trancher ce débat.

Je vous invite à trancher ce débat. Allez sur les toutes dernières versions de l'IA, ChatGPT o3 et Gemini 2.5, et vous allez voir à quel point elles sont inventives, y compris en philosophie.

On s'est amusé avec notre ami commun, Luc Ferry, qui est un très bon connaisseur de l'intelligence artificielle. On s'est amusé à débattre de philosophie avec ChatGPT o3 et Gemini 2.5 récemment.

C'était bouleversant. L'IA aujourd'hui est capable de philosopher et elle progresse de jour en jour, de semaine en semaine. L'IA est capable d'innover et d'innover plus vite que nous.

Donc oui, l'IA va innover. N'oubliez jamais qu'elle gagne un point de Qi par semaine. Donc il ne faut pas raisonner à l'IA d'aujourd'hui.

Il faut se projeter dans le futur, six mois, un an, deux ans. Vous allez voir que l'IA va être très créative et c'est une chance pour vous. Il ne s'agit pas de se mettre dans un coin en pleurnichant.

Il faut se saisir de ces outils. Ne faites pas l'erreur d'utiliser des vieilles versions de chat GPT qui ressemblent plus au Minitel qu'aux versions actuelles de l'intelligence artificielle. Formez-vous à ces outils et devenez plus innovants grâce à l'utilisation d'IA toujours plus innovante, toujours plus inventive, toujours plus intelligente que vous allez avoir à votre disposition pour quasiment rien. -Vous vouliez lui répondre, Raphaël ? -C'est une nouvelle de Stéphane Zweig, peu connue... -D'avant l'IA. -Je vais au bout de mon histoire.

C'est une nouvelle de Stéphane Zweig, peu connue, à tort, qui s'appelle "Le bouquiniste Mendel". Dans "Le bouquiniste Mendel", le narrateur entre dans un restaurant et il croit reconnaître ce restaurant. Il est après la Première Guerre mondiale.

Il croit reconnaître l'endroit, mais il ne se souvient plus. Et soudain, ça lui revient. C'était la boutique du bouquiniste Mendel avant la guerre.

Et le bouquiniste Mendel, avant la guerre, bien, il connaissait tout ce qui existait, tous les livres parus. Et les étudiants de Vienne venaient le voir pour recevoir un conseil qui était en lui-même absolument irremplaçable. "Sur tel sujet, prenez plutôt telle thèse, tel travail plutôt que tel autre." Il avait la référence exacte.

C'était une mémoire absolue. Et la mémoire absolue du bouquiniste Mendel a été balayée par la guerre. Et après la guerre, il n'a pas pu reprendre son métier car tout avait été mis en fiche.

C'est le progrès. Le résultat de cela, c'est que la prestation du bouquiniste Mendel a disparu. Stéphane Zweig parle du monde d'hier.

Evidemment, c'est une façon qu'il a de perpétuer sa nostalgie. Stéphane Zweig décrit ainsi le monde d'hier. Mais au-delà du tempérament mélancolique de Zweig, il y a aussi le fait de dire que...

Il doute. Ce que nous croyons remplacer, en réalité, n'est pas remplaçable et que c'est une compétence qu'on n'appelle pas intelligence. C'est une compétence qui ne se mesure pas.

Le problème, ce qui nous met hors d'atteinte, d'une certaine manière, des machines, ça n'est pas notre complexité, c'est notre simplicité. J'appelle simplicité tout ce qui, en nous, ne s'explique pas sans se perdre. Essentiellement, l'amour, le sentiment du beau ou bien l'intuition sont des exemples sur lesquels on pourra revenir. -Je suis heureux de vous découvrir nostalgique et un poil réactionnaire. -Vous en doutiez, camarade. -Non, en réalité, je le savais, mais... -Vous en doutiez, un progressiste comme vous. -Vous vous découvriez ce soir. -D'ailleurs, c'est assez amusant de voir que Luc Ferry... est de plus en plus un connaisseur extraordinaire de l'IA, alors qu'il y a une partie des grands philosophes français, dont Raphaël, qui refusent toujours de sauter le pas complètement et d'admettre la puissance incroyable de l'IA. -L'IA, ce n'est pas la puissance. -Laurent Alexandre. -Non, attends.

L'IA, ce n'est pas la puissance. L'IA, c'est le pouvoir. -C'est pareil. -Ca n'a rien à voir.

Non. C'est tout le fond de l'histoire. -Je ne chipote pas. -Je ne chipote pas du tout.

C'est une nuance essentielle. L'IA, ce n'est pas la puissance. L'IA, c'est le pouvoir.

Et le pouvoir est rancunier. C'est la vieille rancune du pouvoir contre la puissance. C'est le roi et l'oiseau.

L'oiseau n'est pas saisissable par le roi. Le simple n'est pas à portée de complexité. La puissance, ça n'est pas le pouvoir.

Cette nuance, elle est fondamentale. Parce que de la même manière que la puissance, la puissance est celle de l'artiste, le pouvoir est celui du financier par exemple, et bien de la même manière qu'on ne peut pas devenir artiste avec l'argent dont on dispose, la puissance n'est pas le pouvoir, il faut maintenir cette nuance. -Laurent Alexandre, dans ce que se disait justement Raphaël Enthoven, c'est que des choses vont disparaître avec l'IA.

On nous dit souvent, les plus optimistes nous disent, théorie schumpetérienne, l'IA va détruire des millions d'emplois, mais ne vous inquiétez pas, il y a toujours de nouveaux emplois qui ressurgissent. On a l'impression que la révolution de l'IA en matière économique, c'est qu'il n'y a plus de destruction créatrice, mais juste de la destruction. -Vous savez qu'à toute époque, on a vu les métiers qui allaient disparaître et on ne voyait pas les métiers qui allaient apparaître.

On est peut-être dans cette situation-là. Il y avait 27 mille porteurs d'eau à Paris sous Napoléon. Parce qu'il n'y avait pas l'eau courante.

L'eau courante date de XVIII-XIV à Paris. Il y avait 27 mille porteurs d'eau. Tous les porteurs d'eau ont perdu leur boulot.

Mais depuis, on a inventé les chirurgiens cardiaques, les fabricants de microprocesseurs, les youtubeurs, les journalistes télévisuels comme vous, monsieur Devecchio, etc. Donc, les nouveaux métiers, nous ne les voyons pas. Et c'est pour ça qu'il faut que vous galopiez très vite pour vous augmenter avec l'IA.

Vous allez, vous, la jeune génération, inventer ces nouveaux métiers. Alors...

Je ne dis pas ça pour critiquer mon ami Raphaël, mais ne cultivez pas trop les nostalgies et montez sur le TGV de l'intelligence artificielle pour trouver les métiers de demain, pour trouver les nouvelles activités de demain. La nostalgie est sympathique quand on a 65 ans comme moi, mais quand on a 20 ou 25 ans aujourd'hui, c'est un piège mortifère. -Alors, justement, est-ce qu'il y a des réactions dans le public ?

Est-ce que vous êtes horrifié par le piège mortifère ou au contraire plein d'optimistes ? Est-ce que quelqu'un veut réagir à ce beau débat ? -Bonsoir. -BONSOIR. *-Jennifer Alliedor, je suis experte en Edge Art Tech. *Ce sont des sujets qui me parlent beaucoup. *Merci pour vos constats. *Ils sont implacables. *Est-ce que nous sommes en train de construire une intelligence artificielle super forte ou sommes-nous en train d'affaiblir l'humanité ? -Alors, je vais vous répondre.

J'ai écrit sur ce sujet un papier dans "Le Figaro" il y a dix jours. Il faut que votre génération bosse davantage. Dans le papier du "Figaro", écrit avec deux de mes amis.

Il doute. On a repris les études récentes sur la démission des étudiants. Même à Cambridge, les étudiants bossent moins aujourd'hui et se reposent trop sur l'intelligence artificielle.

Le plus jeune de mes gamins fait des sciences à Cambridge et il est au King's College, qui était le collège à Cambridge d'Alan Turing, l'inventeur de l'Informatique. Et mon fils me disait qu'en un an, ils sont passés de 100 % qui apprenaient à coder en Python à zéro %. Depuis que Sam Altman a dit que ChatGPT serait meilleur à Noël 2025 que le meilleur développeur informatique au monde, bien.

Mon gamin et puis ses copains à Cambridge, ils ont arrêté d'apprendre à coder. Je pense que ça, c'est une erreur. Je l'ai d'ailleurs dit à mon propre fils.

Je pense qu'il faut s'astreindre d'une discipline. Il faut bosser à l'ère de l'IA plus qu'avant. Parce que si l'IA galope et que nous, on arrête de bosser, ça va forcément mal se terminer pour chacun d'entre vous individuellement, puis pour la collectivité dans son ensemble.

Je crois qu'aujourd'hui, il faut bosser, il ne faut pas être des grosses feignasses. Je pense qu'il faut développer des projets, il faut être entrepreneur, il faut développer ce que les anglo-saxons appellent l'Agency, c'est-à-dire la volonté de faire. Parce qu'aujourd'hui, même si l'intelligence artificielle nous dépasse, ceux qui auront un projet, un projet d'entrepreneurs qui auront des nouvelles idées, qui développeront des nouveaux produits, ils s'en sortiront, même si l'intelligence artificielle a 50 points de quotient intellectuel que nous.

Donc, vous voyez, il faut bosser, il faut avoir des projets. Il faut entreprendre. Il doute.

Je pense que c'est la vraie bonne réponse et il ne faut surtout pas que les étudiants continuent à ne pas bosser. Un chiffre, toujours, que je citais dans l'article du "Figaro" cher Alexandre Devecchio : 88 % des étudiants anglais utilisent pour leur copie d'examen ChatGPT. Ils font une copie avec leur téléphone de la copie d'examen et puis après, ils recopient ce que ChatGPT a mis sur le téléphone portable.

Les surveillants laissent faire. C'est absolument incroyable. Non, il faut que les étudiants soient capables de réfléchir sans l'IA et moi, je suis favorable à ce que ChatGPT soit interdit pendant les examens, qu'ils soient autorisés pendant toute l'année, mais que pendant les examens, les sessions soient surveillées et que l'utilisation de l'IA soit interdite, de manière à ce que les gens se forment en parallèle de l'intelligence artificielle et ne deviennent pas, comme je disais tout à l'heure, des grosses feignasses qui, cette fois-ci, vont se faire laminer et écrabouiller par l'IA. -Les IA savent conclure, elles. -Le public rit. -Qu'est-ce que tu veux dire ? -Ca fait longtemps que tu parles.

C'est ça que je veux dire. Moi, je... -Un mot pour conclure avant le vote. -C'est injuste. -Il rit. -Je veux dire que je suis d'accord avec toi. -Tu vois ? -Mais oui, je suis d'accord avec ce que tu viens de dire.

Mais pourquoi ? Parce que ce que tu viens de dire, la paresse, le risque de la paresse qui vient avec les prouesses de l'IA a été théorisé il y a 2500 ans dans un dialogue qui s'appelle "Le Phèdre", un dialogue de Platon, dans lequel qui se termine sur le mythe de Thoth. Thoth, c'est le dieu de l'écriture.

Et Thoth, un jour, se présente à Thamus, roi de Thèbes, et il lui dit : "Pharaon, roi, j'ai mis au point une méthode extraordinaire pour sauver la mémoire." Lui dit le roi : "Qu'est-ce que c'est ?" "Ca s'appelle l'écriture, regarde." Et Thoth trace ses premiers hiéroglyphes sur les tablettes.

Et le roi, qui n'est pas bête, lui dit que les inventeurs sont mauvais juges des effets de leurs inventions. Car ce que Thoth vient de mettre au point, ce n'est pas un moyen de sauver la mémoire, mais, dit-il, de sauver l'oubli, puisque désormais c'est de l'extérieur et non plus de l'intérieur que nous nous souviendrons. C'est en délégant à des outils le soin de se souvenir à notre place que nous nous en souviendrons.

Or, un tel syndrome, on le voit multiplié par mille à chaque fois qu'on vit un truc mémorable, on a besoin de le prendre en photo. Pas pour s'en souvenir, précisément pour pouvoir l'oublier. Et de façon générale, la technique est une invitation permanente à travailler moins.

Or, ceux qui travaillent moins, ceux qui ne se servent pas des outils, ceux qui se servent des outils, ceux qui, au lieu de travailler par eux-mêmes, se servent des outils dont ils disposent, perdent deux fois du temps. D'abord, ils perdent du temps à faire leurs recherches sur les outils, et ils perdent du temps parce que c'est du temps qu'ils ne consacrent pas à la confection d'une pensée véritablement autonome. Mais, j'insiste sur ce point, c'est un problème que Platon a théorisé et mis en mythe il y a 2500 ans.

Cette question n'a rien de nouveau. -On terminera là-dessus parce que c'est beaucoup plus qu'un mot, mais vous étiez très bien. On va pouvoir... -Ce n'est pas juste. -On va pouvoir passer...

C'est juste parce que je vous ai laissé parler malgré tout, on va pouvoir passer au vote du public. Du coup, on rappelle le précédent vote. 24 % seulement, on pensait que l'IA est plus forte que l'humain contre 76 % qui pensaient l'inverse.

On va voir si l'opinion a bougé et si Laurent Alexandre a rattrapé un peu de son retard. Vous pouvez voter de nouveau. Musique J'opte plus pour le perspective philosophique parce que c'est un truc qui encourage à garder plus l'humanité au lieu de s'adapter à l'intelligence artificielle. -Je pense toujours qu'on est sur une complémentarité. -J'ai pas beaucoup changé d'avis mais c'est juste que j'ai eu un peu peur parfois dans le débat par rapport à ce que l'IA peut faire à la future génération.

De choisir le bébé qui est plus intelligent, ça, franchement, ça fait grave peur. -Je suis toujours pas d'accord avec le fait que l'IA soit meilleure et qu'elle dépasserait un jour l'humain. -Alors je n'ai pas changé d'avis, mais j'aime beaucoup la vision de monsieur Laurent Alexandre qui est plutôt dans un discours très optimiste. -Fin du suspense, nous avons donc les résultats du vote, un vote qui a beaucoup évolué.

Et on a donc 44 % de oui. Oui, l'IA est plus forte que l'humain. Et 56 % de non.

Le non continue à l'emporter. Mais il y a 20 points de différence entre les deux. Donc, Laurent Alexandre a été, semble-t-il, assez convaincant. -Mais j'aurais moi-même voté oui à une telle question. -Il rit.

C'est la faute de la question. C'est comme avec les sondages, mais en tout cas, ça nous a fait réfléchir, je crois, et c'était le but de cette émission. Merci d'avoir été avec nous et on se retrouve le mois prochain pour un nouveau numéro de "Controverse".

Applaudissement --- Musique --- --- --- --- ---