Le 13 novembre 2015, "des images qui ne me quitteront jamais", raconte François Molins
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 1:21OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir eu envie de prendre la plume pour raconter cette vie au service de la justice ?
- 2:34OuverteRéponse directe
Vous racontez une justice qui s'est professionnalisée. Qu'est-ce qui a changé ?
- 4:51OuverteRéponse directe
Qu'avez-vous appris de la justice, de la police et de la misère sociale dans le 9-3 ?
- 6:49OuverteRéponse directe
Qu'avez-vous appris de la justice, de la police, de la misère sociale aussi, de l'intégration, de la délinquance, de la criminalité dans ce 9-3 ?
- 8:51OuverteRéponse directe
Vous avez à gérer l'affaire très douloureuse de la mort de Ziadebouna. Vous donnez votre version dans ce livre. Vous avez des regrets ?
- 9:45OuverteRéponse directe
Pour vous, les émeutes de 2015 ont-elles rappelé celles de 2005 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:52Invité politiqueFait
« La justice est rendue au nom du peuple français, les procureurs y participent. »
- 18:52Invité politiqueChiffre
« 68% des Français ne sont pas satisfaits des conditions de fonctionnement de notre démocratie. »
Temps de parole
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien un magistrat, ancien procureur général près la Cour de Cassation. Il publie, au nom du peuple français, Mémoire, chez Flammarion, livre qui sera en librairie après-demain. Vos questions, réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. François Mollins, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. J'ai oublié de dire que vous étiez un jeune retraité. Votre carrière de magistrat a pris fin en juin dernier. C'est un métier que vous avez exercé pendant 46 ans tout de même. Mais vous avez la retraite active, vous enseignez à l'université de Vendée, à Sciences Po.
Et vous publiez donc cette semaine vos mémoires au nom du peuple français, écrites avec la journaliste Chloé Triomphe. On vous suit de vos débuts à Carcassonne, aux années corse, en passant par le tribunal de Bobigny, pour lequel vous avez une tendresse particulière, jusqu'aux années sombres des vagues d'attentats terroristes, où vous incarniez pour nous, pour les Français, le visage de la justice. Vous racontez cela avec la pudeur qu'on vous connaît, mais avec aussi une émotion qu'on découvre. Pourquoi avoir eu envie de prendre la plume, pardon, de raconter cette vie au service de la justice ?
Il y a trois raisons essentielles à ce livre, qui est un projet qui a démarré il y a quatre ans, avec la collaboration de Chloé Triomphe et l'aide de Flammarion. Il y a trois raisons essentielles. La première, c'est un livre métier, c'est la volonté de mieux faire connaître le vrai contenu, la réalité du contenu du métier de procureur. La seconde, c'est aussi quelque part de rendre compte. D'où le choix du titre, j'ai pas pris la grosse tête, au nom du peuple français. C'est ce qui figure en tête de tous les jugements. La justice est rendue au nom du peuple français, les procureurs y participent.
Et j'ai pensé qu'il était normal à un moment donné de rendre compte, en quelque sorte, de ce qu'on avait pu faire tout au long de sa carrière dans ce cadre-là. Et puis la troisième, c'est pas la majeure, mais je peux pas l'ignorer non plus, la volonté aussi parfois d'expliquer. Quand on est magistrat, on est parfois mis en cause et on peut rarement se défendre. Donc c'est aussi l'occasion de revenir sur certains dossiers et d'expliquer ma façon de voir les choses.
Et d'ailleurs, vous racontez les choses et on va revenir sur les dossiers où vous avez été mis en cause, le dernier étant votre altercation avec Eric Dupond-Moretti. On va en parler dans un instant, mais vous avez raison de dire que c'est un livre métier. C'est un livre où on découvre un métier, le métier de magistrat. Et d'ailleurs, vous expliquez, mon métier est très méconnu parce que c'est pas seulement magistrat, c'est magistrat du parquet. Vous écrivez que pendant 46 ans, vous avez eu droit à tout. On vous appelait, c'est selon, monsieur le juge, monsieur le préfet et même monsieur le commissaire Molins. Autant de nobles métiers, mais c'était pas le vôtre.
Oui, mais qui traduisent bien, effectivement, la méconnaissance et les problèmes que les Français ont aujourd'hui d'accessibilité par rapport à l'institution judiciaire.
Oui, c'est ça. C'est ce que vraiment, on comprend enfin ce que c'est qu'un magistrat du parquet. Ses liens avec la politique, effectivement. Et à quoi ça sert, en fait, le magistrat du parquet ? Et attention, je veux dire, c'est un livre métier. On découvre votre métier. Mais c'est un livre. Parfois, les livres métiers ne sont pas incarnés. Ils n'ont pas de sentiments. C'est un livre qui est aussi émouvant. Et malgré votre pudeur naturelle, vous arrivez à exprimer des choses. Vous vous lâchez un peu. On sent que l'éditeur vous a poussé à sortir de votre devoir de réserve.
J'ai essayé d'y mettre un peu de moi-même. On ne peut pas tout raconter. Mais effectivement, à faire quelque chose, je me suis livré comme je l'avais rarement fait dans le passé.
Vous racontez une justice que vous avez vue se professionnaliser, gagner en rigueur, en déontologie. C'est spectaculaire par rapport à vos débuts comme substitut du procureur de la République à Carcassonne, puis Montbrison. On vous demande de classer les dossiers qui gênent. On vous explique que le président du tribunal est surnommé Morpion Valser. J'ai beaucoup aimé. Qu'il est connu pour sa paresse. Qu'il demande aux avocats de lui proposer directement un jugement pour ne pas avoir à bosser. Bref, il y a 50 ans, la justice en France, c'était quand même assez artisanal.
J'ai beaucoup hésité à évoquer ces choses qui peuvent relever de l'anecdote, mais qui en réalité signent une évolution qui est tout à l'honneur de l'institution judiciaire. C'est qu'il y a aujourd'hui une exigence éthique et une exigence déontologique qui n'existaient pas avec la même intensité lorsque je suis arrivé dans l'institution. Et ça, je pense qu'il faut s'en féliciter parce que c'est vraiment au crédit de l'institution et au service des Français.
Qu'elle s'est professionnalisée. Ce qu'on remarque aussi en lisant le livre, et on s'est dit ça avec Nicolas, c'est que vous avez traité pratiquement toutes les affaires les plus importantes et les plus graves de ces 40 dernières années. Depuis la catastrophe de Furiani, où vous êtes en poste en Corse, puis la mort de Ziadébouna, où vous êtes en poste à Bobigny, jusqu'aux années où la France est endeuillée par le terrorisme. Charlie, l'hypercachère le 13 novembre, l'attentat de Nice. A tel point que vous vous demandez parfois, François Mollens, si vous n'êtes pas un chat noir.
Oui, je pense que je me suis souvent fait la réflexion. Et c'est vrai que dans tous les postes que j'ai occupés, j'ai eu effectivement à traiter des affaires un peu hors du commun. Mais c'est ça, j'allais dire aussi, c'est un peu le sel de la fonction. C'est peut-être aussi pour ça que je l'ai choisi. Et chaque fois que j'ai été amené à changer, à avoir des mutations, j'ai toujours privilégié l'intérêt des postes que j'allais occuper. Et j'essaie de l'expliquer aussi, ça, dans le livre. Il y a toujours eu sur certains postes, en Corse, à Bobigny, à Paris, une prise de risque dans l'acceptation de la fonction. Donc je savais très bien où j'allais.
Mais encore une fois, je pense que ça fait aussi partie de l'intérêt que j'ai pour le métier que j'ai exercé aussi longtemps.
François Mollens, il y a le cas Bobigny, qui est un cas à part. Vous dites, j'ai toujours su, au fond de moi, que j'irais à Bobigny. Bobigny, ce n'est pas un tribunal comme les autres. C'est le deuxième tribunal de France, après celui de Paris, avec un volume d'activité presque équivalent. Le 9-3, c'est aussi le département où le taux de criminalité est le plus élevé. C'est enfin un département monde où se côtoient pas moins de 135 nationalités. Ce département, pour un magistrat, c'est un défi.
Dites-nous, prenez le temps de nous dire ce que vous avez appris de la justice, de la police, de la misère sociale aussi, de l'intégration, de la délinquance, de la criminalité, dans ce 9-3, comme vous dites, département dont on parle tant sans vraiment le connaître.
C'est un département dans lequel tous les problèmes que connaît la société française sont au carré, ou à la puissance 10. Pourquoi la puissance 10 ? Parce que d'un côté, il se pose de façon beaucoup plus intense que dans d'autres ressorts, et de l'autre, il y a toujours eu un problème de moyens de la part des institutions de l'État pour faire face à ces difficultés. Donc ça génère en réalité quelque chose qui est très intéressant, ça génère beaucoup, comme on est en difficulté parce qu'on n'a pas suffisamment de moyens, ça génère une synergie et une solidarité entre les acteurs qui vous amènent véritablement à vous transcender, à faire des choses intéressantes.
Et c'est là où, quand on est dans un parquet, on s'occupe d'affaires individuelles. On dirige des enquêtes, on décide de classer ou de poursuivre, on mène aussi des politiques pénales, sur directives du garde des Sceaux, conformément à la Constitution, mais on a aussi dans ce cadre-là la possibilité de prendre des initiatives. Et ce qui m'a plu dans ce département, c'est l'imagination dont on peut faire preuve et qui peut considérablement améliorer les choses, sans avoir forcément beaucoup de moyens pour faire avancer certains sujets.
Et j'évoque comme ça dans le livre, je vais prendre deux exemples, le téléphone grand danger, c'est Bobigny, avec Ernestine René, qui vient de nous voir un jour, c'est expérimenté à Bobigny sur la volonté de trois personnes.
Le téléphone grand danger, il faut rappeler, c'est ce téléphone qu'on donne maintenant aux femmes en cas de violence.
C'est dans la loi aujourd'hui et ça a commencé à Bobigny.
Ça a été expérimenté à Bobigny.
Exactement. L'habitat indigne, les actions qu'on avait faites à l'époque pour lutter contre tout ça, la lutte contre les violences faites aux femmes. Et on peut véritablement prendre des initiatives. Et c'est ça qui m'a plu effectivement à Bobigny. C'est cette faculté, cette possibilité de construire des politiques avec un fort pouvoir d'initiative, avec une équipe de jeunes qui étaient très engagés et qui croyaient véritablement du fond de même, de façon très intense à cette mission. Qui pouvaient être utiles dans ce département-là.
A Bobigny, vous avez à gérer l'affaire très douloureuse de la mort de Ziadebouna, mort électrocutée dans un transformateur EDF après une course-poursuite avec la police. Ces deux morts seront l'élément déclencheur des émeutes de 2005. On vous a reproché à l'époque votre gestion de cette affaire, un traitement trop favorable aux forces de l'ordre et d'avoir mis trop de temps à ouvrir une information judiciaire. Vous donnez votre version de l'enquête de l'affaire dans ce livre. Vous avez des regrets sur Ziadebouna, sur cette affaire-là ?
Forcément que j'ai des regrets surtout de ce qui est arrivé parce que, si vous voulez, c'est une histoire qui signe en réalité le contenu des relations qu'il y a entre les jeunes et la police qu'on peut résumer dans une question. Est-ce qu'il est normal que des jeunes, à la vue d'uniformes bleus, prennent la fuite alors qu'ils n'ont rien fait ? Bien évidemment, non, ce n'est pas normal.
Est-ce qu'on a vécu aussi dans ces émeutes il y a six mois ? Pour vous, vous ont rappelé les émeutes de 2005 ? Oui, c'est un drame absolu. C'est la répétition du même ?
Oui, c'est un drame absolu. Ça signe en réalité le fait qu'on est face à des problèmes de fond qui ne sont pas, j'allais dire, réellement traités. Donc cette affaire, effectivement, c'est un drame absolu qu'on a effectivement tous très mal vécu parce que ça a été un drame. Et puis ça a été le prélude à une semaine de violences urbaines considérables qui avait d'ailleurs justifié le prononcé de l'état d'urgence à l'époque, je le rappelle.
Venons-en, François Mollins, aux grandes affaires terroristes que vous avez eues à gérer au parquet de Paris et qui ont fait de vous un visage familier pour tous les Français. Vous écrivez, les années 2012 à 2018 ont été des années noires. Depuis les attentats de Toulouse commis par Mohamed Mera à l'attentat de Trèbes, vous avez été en première ligne, notamment dans la terrible année 2015 qui a commencé par l'attentat contre Charlie Hebdo et s'est achevé par les attentats du 13 novembre. Y a-t-il eu un moment où la peur que ça ne dégénère définitivement, que ça ne s'arrête jamais, vous a paralysé ?
Oui, enfin, pas paralysé, mais la peur que ça ne s'arrête jamais, on l'a eu à plusieurs reprises pendant des mois et des mois, notamment en 2015. Mais, donc, on a eu peur, on avait véritablement conscience d'être une sorte de spirale infernale tout à fait anxiogène dont on ne sortirait jamais puisqu'on avait quasiment une tentative d'attentat toutes les cinq semaines, un attentat ou une tentative d'attentat toutes les cinq semaines. On avait compté, c'était quelque chose d'absolument considérable.
Donc, la peur de ne pas en sortir et d'être face à un phénomène que, quels que soient les efforts qu'on faisait en termes de construction de politique, d'innovation, de travail avec les services de renseignement qui étaient en première ligne, la peur de ne pas arriver à endiguer le phénomène. Donc, ça, c'est véritablement quelque chose. Mais, par contre, ça ne nous a jamais, j'allais dire, paralysés. Et je dirais même que l'intensité de la mission nous a plutôt transcendé parce qu'on s'est rendu compte qu'on arrivait à tenir le coup et à mener en lien avec les services de police et les services de renseignement. Moi, je pense, des actions de très grande qualité.
Et puis, communiquer à ce moment-là auprès du grand public a été l'une de vos missions importantes à tel point que vous avez inventé un modèle de communication. Vous y revenez. Plus tard, quand le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, fera ses points Covid tous les soirs à la télévision, on dira qu'il est le François Molins du Covid. Ce mode de communication, on voyait à la télévision tous les soirs ou toutes les semaines dans ses conférences de presse vers 19h. On regardait tout ça au moment des attentats.
Et cette manière que vous aviez de dire les choses de manière très factuelle, presque froide, très, très concrète, clinique, c'était une manière pour vous de vous protéger aussi, de mettre l'émotion à distance ?
Non, je ne pense pas que c'était pour me protéger. L'émotion, on essayait aussi de la mettre à distance et on la vivait intensément. On essayait de la mettre à distance, mais j'allais dire, dans le cadre d'un exercice plus personnel, ces points presse, c'est véritablement parce qu'on a conscience du besoin considérable de la part de nos concitoyens de savoir ce qui se passe. Et donc, on a essayé, j'allais dire, de leur apporter quelque chose, de les rassurer, de montrer surtout que l'État faisait son travail, que l'institution judiciaire faisait son travail avec la police et les services de renseignement.
Et donc, on a essayé de délivrer une parole qui soit la plus claire, la plus précise, la plus objective possible, parce que je pense franchement que c'est ça qu'on attendait de nous, une parole qui soit neutre et objective. Et on a essayé de porter ça, effectivement, pendant trois ans.
Vous racontez comment vous avez vécu les attentats du 13 novembre, comment vous êtes entré jusqu'à trois fois dans la fosse du Bataclan. Vous écrivez, dans la moiteur de la fosse, au pied de la Seine, des dizaines de corps sont entremêlés, dont s'échappe l'odeur âcre du sang. En balayant la salle, mon regard se pose sur une femme d'une cinquantaine d'années, probablement les cheveux gris cendrés, coupés au carré, sa tête repose sur son sac. Son téléphone portable sonne sans discontinuer. Pourquoi suis-je rentré à trois reprises à l'intérieur du Bataclan ? Je me le suis longtemps demandé.
Je pense qu'au fond de moi, j'étais révolté et ne parvenais pas à croire ou refuser de croire ce que j'avais vu. Ces images-là, François Molins, elles vous hantent encore aujourd'hui ?
L'image que vous décrivez, elle revient souvent. Bien sûr que ça hante. On ne peut pas, j'allais dire, faire abstraction de ce qu'on a vu comme ça, de ce qu'on a vécu. C'est sûr que c'est des images qui ne me quitteront jamais. Ça, c'est certain.
Et puis, il y a la politique. Les pages sur la politique. Vous avez franchi le rubicon pendant quelques années sous Nicolas Sarkozy en devenant directeur de cabinet des ministres de la Justice, Michel Alliomari puis Michel Mercier. Vous parlez d'un pas de côté qui ne vous laisse pas les meilleurs souvenirs. Vous souriez. Vous regrettez, là.
Non, non, non, non, non, non.
Oui, vous ne regrettez rien, mais ce n'est pas vos meilleures années.
Ce n'est pas mes meilleures années. Tout est dans le titre du chapitre. Un pas de côté, ça veut bien dire ce que ça veut dire, un pas de côté.
Un pas diplomatique de dire... En réalité,
j'ai compris que c'est quelque chose qui n'était pas vraiment pour moi parce que ce n'est pas, j'allais dire, la fonction qui laisse le plus de liberté d'indépendance.
Vous dites que vous êtes mortifié quand vous vous retrouvez au cœur du débat d'entre deux tours entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. François Hollande, qui apostrophe son rival en fustigeant sa vision de l'indépendance de la justice en disant, vous l'avez nommé à la tête du parquet en parlant de Molins. François Molins, vous l'avez nommé à la tête du parquet de Paris. Vous dites, du fond de mon canapé, j'ai juste envie de disparaître de honte, être un point de discorde, montrer du doigt au cours du débat pour l'élection présidentielle suivie par des millions de personnes, j'étais mortifié.
Oui. Vous savez, je suis quelqu'un d'assez réservé, alors être devant son écran de télévision et entendre qu'on parle de vous dans ces conditions, j'avais pas trouvé ça très glorieux.
On va passer au standard où nous attend Eric. Eric, bonjour. Oui, bonjour.
J'avais une question pour M. Molins. On vous écoute. Comment assurer l'indépendance de la justice sans tomber dans une république des juges ? Et à l'occasion, j'aimerais aussi avoir des nouvelles de Julian Assange.
D'accord. Merci Eric pour cette double question. Pour ce qui concerne Julian Assange, je vous renvoie ce soir à l'émission Un jour dans le monde de Christelle Rebière qui sera consacrée au sujet. Mais François Molins a peut-être quelque chose à dire là-dessus. Alors, première question. Indépendance de la justice sans tomber dans une république des juges.
Écoutez, on vit dans une démocratie dans laquelle il y a un pouvoir exécutif, un pouvoir législatif, un pouvoir judiciaire qui dans notre constitution est appelé autorité judiciaire. Il faut, je pense, bien sûr, que la république des juges, bon, il ne faut bien sûr pas tomber là-dedans. Chacun doit rester à sa place, j'allais dire, dans le cadre de la relation entre la justice et le politique. Il faut, j'allais dire, travailler chacun à sa place dans le respect des autres mais pas dans la connivence. Chacun a des compétences à exercer.
Ça, c'est des mots mais de plus en plus on l'entend, on entend, vous l'écrivez d'ailleurs, les rapports politique-justice ne sont l'absus, ne sont aujourd'hui pas bons. Quand vous entendez les juges sont politisés, le conseil constitutionnel fait un coup d'état de droit sur la décision sur la loi immigration ou encore c'est le gouvernement des juges ou encore ce qu'on a entendu à l'aune des affaires Dupond-Moretti et autres ministres mis en cause qui ont finalement été relaxés. Oui, non mais les juges en font trop. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Écoutez, les juges déjà, ils appliquent la loi la loi qu'ils appliquent et alors pour ce que vous évoquez sur le conseil constitutionnel c'est quelque chose de différent le conseil constitutionnel il est justement là pour veiller à l'état de droit et à la constitutionnalité des lois qui sont votées donc quand il fait ça...
Mais c'est une mise en cause généralisée de toutes les institutions de notre pays c'est ça qu'on entend. C'est quelque chose
qui existe en France mais aussi largement à l'extérieur et qui je pense est aussi dans l'ordre des choses il ne faut pas s'arrêter là Moi je pense que...
Mais ça vous inquiète profondément ?
Oui, parce que ça revient en réalité à remettre en cause la légitimité du travail du juge qui ne devrait pas être remise en cause de cette façon parce que le juge tant qu'il applique la loi et qu'il fait son travail normalement il est dans son rôle et le politique devrait l'accepter.
Je dis dans le livre que les choses se sont effectivement dégradées parce que le parquet en réalité qui devrait avoir plus d'indépendance notamment à travers une réforme du statut qu'on nous promet depuis 30 ans qui n'est toujours pas là le parquet il ne doit pas être indépendant pour la politique pénale il doit appliquer les directives politiques pénales du gouvernement mais pour la gestion des affaires individuelles il faut qu'il soit indépendant et impartial il faut qu'il fasse son travail et je pense que pour moi il est évident que la démocratie aujourd'hui elle a besoin d'une justice qui soit forte et indépendante elle a besoin d'un parquet qui soit indépendant et impartial dans la conduite des affaires individuelles je lisais récemment dans Le Monde un sondage qui disait que 68% des français ne sont pas satisfaits des conditions de fonctionnement de notre démocratie mais ça passe aussi par le fonctionnement de la justice la justice elle doit j'allais dire assumer son rôle tout en restant à sa place
vous racontez d'ailleurs très bien dans le livre depuis le début depuis vos débuts à 46 ans à Carcassonne combien vous avez été confronté à l'imbrication du politique et de la justice ça d'ailleurs vous racontez comment ça a fait tomber vos idéaux d'adolescents où vous pensiez que la justice était indépendante quand vous êtes gamin dans votre jeunesse on vous demande de classer une affaire parce qu'elle implique un agriculteur influent de Carcassonne et la mort dans l'âme vous classez l'affaire alors que clairement il y avait un sujet plus tard vous racontez vos convocations à l'Elysée sous l'affaire Tapie où Nicolas Sarkozy veut savoir plus ou en savoir plus sur l'enquête vous parlez de l'affaire Cahuzac aussi sous Hollande il y en a pour tous les goûts mais vous racontez clairement que vous avez été confronté à quoi d'ailleurs c'est quoi le mot une volonté de vous museler de taire les faits de les arranger on vous demandait quoi est-ce que vous avez subi clairement des pressions politiques
alors les pressions de toute façon au début clairement dans l'affaire que j'évoque je classe sans suite clairement après il y a des pressions qui sont plus implicites que directes mais qu'on comprend très bien je pense que derrière tout ça il y a une gêne du pouvoir politique qui voudrait en réalité que les procureurs qu'il a nommés en réalité les protègent contre les aléas des affaires dans lesquelles ils peuvent être impliqués je pense qu'il y a un certain nombre de politiques qui n'arrivent pas à se départir de cette idée le problème c'est que les procureurs ne sont pas là pour protéger les politiques les procureurs sont là pour faire leur travail assurer j'allais dire l'égalité de tous devant la loi personne ne doit être au-dessus des lois et les procureurs sont là effectivement pour diriger des enquêtes et faire leur travail en toute impartialité toute indépendance et c'est ça je pense que j'essaie d'expliquer dans le livre et c'est ça effectivement qu'il faut j'allais dire porter parce que dans une démocratie c'est ça qui doit être l'apanage de la justice arriver effectivement à cette égalité de tous devant la loi
un mot sur l'affaire qui vous a concerné personnellement l'affaire Dupond-Moretti le ministre de la justice a été relaxé par la cour de justice de la république en novembre dernier pour l'affaire de prise illégale d'intérêt qui le concernait Eric Dupond-Moretti vous considérez responsable du déclenchement de cette affaire le procès a été l'occasion de règlement de compte entre vous et lui Eric Dupond-Moretti déclarant notamment à l'audience depuis le début monsieur Molins m'a savonné la planche et même à la retraite il continue il critique il ramène son tweet je ne sais pas qui est le plus revanchard des deux vous vous en défendez dans le livre mais le garde des Sceaux a-t-il totalement tort d'imaginer que vous n'avez jamais supporté sa nomination lui l'avocat au ministère de la justice
écoutez moi je n'avais aucun compte à régler dans cette histoire je ne connaissais pas monsieur Dupond-Moretti je n'avais jamais eu d'affaire contre lui donc j'ai effectivement je le dis dans le livre été surpris de la nomination je le dis franchement il faut l'assumer mais après j'ai assumé mon rôle j'ai assumé mon rôle c'est pas moi qui suis venu porter plainte devant la cour de justice de la république c'est pas moi qui ai inventé un problème qui était bien réel puisque je rappelle quand même que derrière le jugement de relax la cour de justice dit que l'ensemble des éléments de l'infraction sont réunis et qu'il manque simplement l'intention c'est pas moi qui ai inventé tout ça moi j'étais dans dans une mission institutionnelle que j'ai assumée et j'ai exécuté le feu vert qui m'a été donné il a tort d'imaginer
que vous vouliez une revanche ou régler des comptes avec lui ou peut-être son poste
non certainement pas j'ai pas cette ambition j'ai certainement je le dis aussi dans le livre eu le tort dans tout ça de ne pas tordre le cou beaucoup plus tôt à ces rumeurs qui voulaient faire de moi un ministre on m'avait aussi bombardé ministre de l'intérieur en 2018 vous n'avez jamais voulu non franchement je pense quelque part j'ai été flatté c'est pour ça que j'ai rien dit et j'ai peut-être par mon silence contribué à entretenir et à faire gonfler cette rumeur mais je n'ai pas d'ambition politique je n'ai pas aujourd'hui j'ai beau être retraité je veux continuer à servir et à m'engager mais autrement et dans des choses tout à fait différentes de la politique
et d'ailleurs vous parlez aussi dans le livre de votre vie personnelle vous rendez hommage à votre femme et à vos enfants vos enfants qui ont souffert vous racontez ça c'est assez étonnant qui ont souffert de vos affectations notamment votre fils qui a fait une dépression en Corse quand il a été muté vous avez dû le ramener sur le continent là aussi vous vous livrez dans ce livre de manière assez étonnante venant de vous
oui parce que je disais que je fais partie de ces générations pour qui le métier a un côté un peu sacerdotal et c'est vrai que j'ai beaucoup travaillé j'ai beaucoup sacrifié durant ces 46 ans à mon métier ce qui me fait que j'ai été peut-être un père et un mari par intermittence
merci François Molins d'avoir été à notre micro au nom du peuple français vos mémoires publiées chez Flammarion en librairie après-demain