Choix du Premier ministre, méthode pour gouverner: l'interview en intégralité de Marine Tondelier
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Bonjour Marine Tondelier. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes la secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts. Je vous confirme.
Alors ? Les Français veulent savoir.
Bah oui, puis moi j'aimerais bien savoir. Est-ce que vous vous êtes mis d'accord sur un nom de Premier ministre ?
On avance, je dois le dire. Je dois dire aussi qu'on avance dans une atmosphère très constructive. C'est sérieux, c'est concentré. Tout le monde a envie d'aboutir. Mais je suis désolée de vous annoncer que c'est normal que ça prenne un peu de temps parce qu'on est dans une situation qui est très atypique. On est en train de construire une coalition dans une culture institutionnelle française qui n'a jamais fonctionné comme ça. Et donc c'est normal que les choses prennent du temps. Je vous donne des exemples pour qu'on se situe un peu dans un cadre européen. Au Danemark, ils ont mis un mois et demi à faire le gouvernement. Vous allez me parler de la Belgique ?
En Allemagne, ils ont mis plus de deux mois. En Espagne, quatre mois. Et aux Pays-Bas, ils ont mis 222 jours. La Belgique, si je me rappelle bien, c'était 564 jours. Je pense qu'on peut ne pas battre leur record. Mais nous, on s'a fait quatre jours. Donc c'est pas infamant. Ça ne veut pas dire que ça patine complètement. Aujourd'hui, c'est le cinquième. Comment ? Oui, c'est ça. Vous comptez un peu comme les enfants. Il est 8h30. Il est 8h30. On n'a pas encore commencé. On l'aura dit ce soir ? Moi, je ne participe pas au défilé des gens qui viennent vous donner des pronostics sur la date. Je n'en ai pas donné. Ça m'évite d'avoir à me dédire. Et la vérité, c'est que les gens ne savent pas.
Celles et ceux qui viennent sur vos plateaux dire « Je sais exactement comment ça va se passer. Je sais exactement comment on va aboutir. » C'est un peu du bluff. Vous vous en rendez bien compte.
Alors, vous participez, vous, personnellement, à ces réunions. Il y en a une qui s'est terminée hier soir à 21h. Je ne crois pas qu'il y ait d'horaires prévus pour aujourd'hui. Si, si. Si, vous vous retrouvez à quelle heure ? Je ne vais pas vous donner.
Parce que sachez qu'on est quand même poursuivis par des motos qui veulent savoir où c'est pour nous attendre à la sortie. Donc, on essaye de préserver un cadre de tranquillité pour pouvoir être concentré et travailler sérieusement. Mais la réalité, c'est qu'il y a le moment où on est dans la salle tous ensemble et ne pensez pas qu'au moment où on franchit la porte, ça arrête d'avancer. Et dans une négociation, déjà une négociation, c'est un rapport au temps. C'est des moments où on est tous dans la salle et où on met en commun nos avancées, nos réflexions, nos marges de manœuvre.
Et puis, il y a aussi des moments en dehors de la salle où on se voit en bilatéral, où on avance, où on consulte aussi. Par exemple, chacun retourne vers sa formation politique pour faire des retours en transparence. Et puis, on consulte la société civile aussi. Moi, j'ai passé beaucoup de temps hier aussi au téléphone avec des personnes qui ne sont pas des politiciens mais qui ont des avis hyper intéressants à nous donner de là où ils sont, des syndicalistes, des responsables d'associations. Donc, tout ça prend du temps. Et ce n'est pas parce qu'on n'y arrive pas, c'est parce qu'on veut faire les choses bien.
Vous avez entendu peut-être Sandrine Rousseau. Elle était à mon micro hier un matin sur RMC. Et elle, elle estime qu'en prenant trop de temps, vous êtes même en train de perdre ceux qui ont voté pour vous. Écoutez.
Je trouve que nous mettons beaucoup trop de temps. Je trouve que là, maintenant, il nous faut sortir les noms. Que là, en fait, on perd du terrain en faisant ça. Qu'on inquiète aussi d'une certaine manière en n'étant pas capable de sortir une équipe et un gouvernement. Donc oui, nous avons notre part de responsabilité. Et vraiment, je ne suis pas en train de nier notre part de responsabilité dans cette affaire. Mais là, maintenant, j'ai l'impression que tout le monde souffre sur les braises. Et je voudrais qu'on arrive à un pays apaisé. Parce que là, nous sommes dans une situation qui me semble quand même extrêmement instable.
Elle prend aussi ses responsabilités en disant « On prend trop de temps, il faut y aller là. »
Ça fait quatre jours. C'est ce que vous lui dites ? Vous lui dites « C'est bon, attendez. » Je lui ai dit « On s'est appelé hier soir, il n'y a pas de problème. » C'est normal qu'il y ait une forme d'impatience. Est-ce que moi aussi, j'aimerais bien que ce soit déjà fini ? La réponse est oui. Mais moi, ce n'est pas parce que je serai impatiente et que j'ai envie d'en finir et que je suis fatiguée. C'est parce que j'ai envie qu'on puisse agir pour les Français. Je vous donne un exemple. Les mamans célibataires de ce pays, il y en a 1,6 million qui pour beaucoup sont en situation de précarité. Puis il y a aussi des papas solos. Et puis il y a des familles modestes. Il y en a beaucoup.
On leur avait promis le chariot de course gratuit pour la rentrée. On sait à quel point, quand on est dans la période estivale, les gens savent déjà les courses de rentrée. Et je sais à quel point c'est un déchirement pour des parents de dire à leurs enfants « Tel cartable on ne peut pas, telle trousse on ne peut pas, il faut prendre la moins chère, on va prendre la promo ». Je sais à quel point ça, c'est une angoisse pour plein de Français. Il y a des gens qui attendent de savoir si ce sera gratuit ou pas. Parce que l'argent qu'ils ont budgété pour ces courses-là, s'ils peuvent en faire autre chose, peut-être qu'ils emmèneront leurs enfants à la mer.
Et peut-être même que ce sera les seules vacances de leurs enfants. Donc moi, vous voyez, c'est pour ça que j'aborde toutes ces discussions en pensant toujours aux Français. Mais précisément, vous pensez aux Français, mais vous y pensez maintenant.
Moi, je me souviens, et je vous ai interviewé, vous, mais de nombreux responsables du nouveau Front populaire pendant ces trois semaines de campagne. Et systématiquement, je vous disais, est-ce que vous vous êtes mis d'accord sur les règles pour le Premier ministre ? Et les uns après les autres, vous me répondiez comme si cette question était saugrenue, comme était la charrue avant les bœufs. Sauf que moi, je disais, mais vous n'avez pas même arrêté de méthode. Certains disaient, on va voter, d'autres disaient, ce sera un consensus. Et à chaque fois, vous me disiez, mais non, il n'y a pas de problème, si on va gagner, ça va marcher.
Ça ne peut pas marcher si vous ne vous êtes pas mis d'accord sur la méthode. En fait, vous me posez des questions normales, qui attendent des réponses normales, comme si on était dans une situation normale. Mais moi, ce que je n'arrêtais pas de répondre, c'était, on verra après le 8 juillet. Pourquoi ? Parce que personne... Oui, mais maintenant, vous dites, on voit ça au fond, mais vous auriez pu le faire avant. Qui aurait pu prédire que nous allions gagner ? Moi, je le savais. Je n'arrêtais pas de le dire. On me disait, oui, d'accord, merci. Nous avons gagné. Mais qui aurait pu prédire la composition de cette Assemblée nationale ?
Qui aurait pu prédire que le Rassemblement national serait troisième ? Qui aurait pu prédire que le Front républicain marcherait aussi bien ? Quand j'étais venue sur ce plateau, je ne sais pas, c'était quoi, il y a 10 jours, j'étais venue pour vous dire, j'ai une grosse inquiétude au Front républicain. Et c'est parce que je l'ai fait, parce que j'ai écrit au chef de parti du centre et de droite, parce que j'ai dû hausser le ton parfois, m'agacer, me mettre en colère, qu'il a tenu beaucoup mieux que prévu et que nous avons gagné. Chaque étape, chaque chose après l'autre.
On se dit, Marine Tondelier, que vous avez réussi à faire une alliance pour, en effet, faire campagne ensemble, mais que cette alliance n'était pas prévue pour gouverner ensemble.
Si, mais dans un format inédit en France, celui d'une coalition. Et il y a eu des fois des alliances en France. En 2012, les écologistes gouvernaient avec les socialistes. Mais à l'époque, les socialistes écrasaient tout. Nous allions négocier avec le futur président de la République. Ce n'était pas la même chose. Et donc, il y avait un truc très pyramidal, très descendant. Alors, ça allait plus vite. Est-ce que c'était mieux ? Je ne suis pas sûre, vu les résultats de ce gouvernement. Je pense que c'est très important, avant de foncer tête baissée dans la mise en œuvre des politiques, de se mettre bien d'accord sur le fond, la forme, la méthode.
Et sur certaines choses, c'était fait depuis longtemps. Sur d'autres, on doit s'adapter aux paramètres actuels. À ce qui se passe à l'Assemblée, à ce qui se passe entre le nombre de députés des uns et des autres. Tout ça, c'est important. Il faut le faire bien.
Précisément. On va revenir aussi sur le fond et sur l'application possible ou non du programme. Mais quand vous dites que ça dépend aussi du nombre des uns et des autres, on sent bien que ce qui se joue aussi, c'est qui aura le groupe avec le plus de députés. LFI a immédiatement dit...
Si on décide que c'est ça le critère.
En tout cas, LFI, on a fait le critère principal. Depuis le début, là, pour le coup, eux avaient une méthode. C'est vous autres qui n'en aviez pas. Mais quand je posais des questions à LFI, ils répondaient immédiatement. Nous avons une méthode, nous nous sommes mis d'accord. Il est logique que le premier groupe soit celui dont soit le premier ministre. Vous mettez chacun sur la table, vous dites vous-même le critère qui vous arrange.
C'est normal, c'est une négociation. Et c'est plus facile. Si ça tenait qu'aux écologistes, on aurait déjà un gouvernement. C'est plus facile pour nous. Puisqu'on ne dit pas, si ce n'est pas nous, premier ministre, on s'en va. On ne peut pas faire ça. Il n'y a pas de raison qu'on le fasse. Après, on a mis aussi des noms sur la table. Parce qu'à un moment, on se dit, si les socialistes ne veulent pas que ce soit un insoumis, si les insoumis ne veulent pas que ce soit un socialiste, il y a un double veto. Ce n'est pas du tout le sujet. Mais on a mis plusieurs noms sur la table, comme je vous le dis. Est-ce que vous faites partie des noms sur la table ?
Mais on ne prétend pas dire, si ce n'est pas un écologiste, on arrête tout, c'est impossible. Mais est-ce que vous faites partie des noms qui ont été mis sur la table ? Je vois des sondages passés, etc. Mais ce n'est pas vraiment ce sujet. Moi, ce qui m'intéresse...
Dans les réunions, quand vous mettez chacun des noms sur la table, est-ce que vous pouvez nous dire en toute transparence si votre nom fait partie des noms sur la table ?
Je ne donnerai pas la liste des noms, parce que ce n'est pas comme ça, on fonctionne. Non, je vous demande juste si vous êtes dedans. Je ne dis pas que notre nom n'est pas la liste, il y en a même plein d'autres, et ça va bien se passer. Mais voilà, il y a un truc comme ça, normal. Et surtout, les écologistes, ce qu'on met sur la table, c'est de ne pas être focalisé sur qui, mais sur pourquoi faire. Et surtout, ce n'est pas une question de l'étiquette de la personne qui va être première ministre. C'est pour ça que moi, le vote, ça me dérange. Ce n'est pas qu'un rapport de force.
Parce que si on ne se pose la question qu'entre partis politiques sur qui pèsent un peu plus que l'autre, et donc a le droit A, on oublie les Français. Et moi, ce qui compte pour moi, c'est la question que vous vouliez poser ensuite, c'est comment on va faire ? Et dans le comment on va faire, ça ne va pas être que du droit parlementaire, ça ne va pas être que du droit constitutionnel, ça va être de la politique, ça va être de la bataille culturelle, de la bataille de l'opinion permanente. Et donc, qui sont les personnes qui, pas juste le Premier ministre, mais à la tête de ce gouvernement et puis dans le dispositif global, vont aider notre programme à gagner cette bataille culturelle ?
À ce qu'il puisse y avoir autour, une sorte d'acceptation ?
Quand on va annoncer le gouvernement, est-ce qu'il y aura un effet waouh ? Les gens vont dire, ok, il se passe un truc, ouais, c'est nouveau, ouais, on a envie, ouais, on pense qu'ils vont y arriver. Il y a un mélange de réassurance, mais de surprise. Un mélange d'ancien et de nouveau. Un truc surtout d'envie. Il faut que les Français, ils aient envie et qu'ils se disent, parce qu'il y a quand même une grande passion politique qui s'est créée dans ce moment. Les gens en avaient marre, ils disaient, ça ne change rien, c'est tous les mêmes. Là, ils ont vu que ce n'était pas tous les mêmes. Ils ont vu qu'il allait se passer des choses. Ils attendent même l'épisode suivant.
Il y a un moment où, moi, je me rappelle, j'adorais la série Baron Noir, qui ressemble un peu trop à ma vie politique locale. Et quand cette série est sortie, j'avais invité Eric Bensecris, le réalisateur, à venir aux Journalités des Verts. On avait fait un atelier qui s'appelle « Série télé quand la réalité dépasse la fiction ». Parce qu'il y a un moment où la réalité politique française est devenue parfois plus intrigante, plus interpellante même que les meilleures séries télé politiques. Et donc, il se passe un truc complètement fou dans ce pays. Et tout le monde est en train de suivre en disant, qu'est-ce qui va se passer ? « Ok, ça aura un impact sur ma vie, ça non.
Est-ce qu'on a envie qu'ils arrivent à faire telle mesure ? » Et c'est un moment de tombe politique hyper intéressant. Et on ne doit pas décevoir. Et donc, moi, c'est vraiment comme ça que je me pose la question.
Mais est-ce que vous allez réussir ça ? Je vous écoute dire tout ça. Mais j'ai l'impression qu'il y a quand même un décalage entre ce que vous dites et ce que fait LFI. Par exemple, LFI, eux, ils ont mis des noms sur la table. C'est clair et net. Ils l'ont dit hier soir. D'ailleurs, à une poignée de journalistes. Je vous remercie de l'avoir fait.
Ils ont mis plusieurs noms sur la table. Ils ont mis quatre noms sur la table.
Jean-Luc Mélenchon, Clémence Guettet, Mathilde Panot et Manuel Bonpar. Je ne vous confirmerai pas cette information. Mais ils nous l'ont confirmée, donc vous n'avez pas besoin de nous le confirmer. Donc, ça veut dire que pour eux, en tout cas, le Premier ministre doit être issu de ces quatre noms.
Ce n'est pas parce que vous donnez des noms que vous dites que c'est ça ou rien. Tout le monde doit donner des noms. Et même tout le monde doit donner plusieurs noms. Ça fait partie de la discussion. On est à un moment, quand ça s'est un peu bloqué, on est à un moment où on doit ouvrir. On doit proposer d'autres solutions. Et donc, il faut plusieurs noms insoumis, plusieurs noms socialistes, des noms communistes et écologistes peut-être. Et puis, il peut aussi y avoir des noms de gens qui ne sont pas dans des partis. Je ne vous dis pas que ce sera une meilleure solution. Je n'en sais rien. Mais à un moment, il faut ouvrir les possibles et choisir la meilleure solution.
Je voudrais quand même essayer de comprendre de manière assez précise. Vous l'avez dit, pour vous, ce n'est pas forcément le premier groupe qui doit avoir le Premier ministre. Tout de même, on le sait, vous allez tous vous regarder en fonction du nombre de personnes qu'il y a dedans. D'ailleurs, François Ruffin et Clémentine Autain ont appelé les écologistes à former avec eux, c'est-à-dire avec les dissidents de la France insoumise, un groupe ensemble. Est-ce que vous allez donner suite à cette proposition de François Ruffin notamment ?
Il y a des échanges qui sont en cours avec François Ruffin, je vais vous dire, depuis plusieurs années. On a toujours travaillé ensemble, toujours très bien entendu avec lui. D'ailleurs, son élection avait été soutenue par les écologistes, la toute première en 2017. Pareil avec Clémentine Autain, pareil avec d'autres. Et donc oui, ça fait partie des solutions logiques, mais ça se passe à l'Assemblée nationale. Moi, je suis très respectueuse des rôles de chacun. Donc c'est Cyrielle Châtelain, notre présidente de groupe à l'Assemblée nationale. Mais ce groupe pourrait voir le jour.
Évidemment. Ensuite, le Parti socialiste et la France insoumise revendiquent tous les deux de pouvoir avoir le premier groupe. Le Parti socialiste dit, attendez-moi la semaine prochaine, nous aurons potentiellement plus de députés dans notre groupe que LFI. Est-ce qu'en effet, c'est un scénario possible ?
Mais vous voyez bien que c'est un critère que je peux entendre. Moi, j'avais mis d'autres critères sur la table. D'ailleurs, dans votre émission il y a quelques jours, ils mettent ce critère-là. J'entends, c'est un critère légitime. Sauf que si depuis quatre jours, on met ce critère sur la table et qu'il ne discrimine rien parce que tout le monde se revendique d'être le plus gros groupe, on voit bien qu'il va peut-être falloir passer à d'autres critères.
À un moment, on saura précisément. C'est-à-dire qu'en effet, au moment où on se parle, c'est encore flou.
Mais mardi prochain à l'Assemblée nationale, il y aura une liste précise et on pourra compter. Mais s'il y a un groupe qui pèse deux fois plus que tous les autres réunis, alors c'est un critère évident, il n'y a pas d'autre solution, on ne se pose même pas la question.
Ce que je veux dire, c'est que s'il y a deux ou trois de plus à LFI
ou deux ou trois de plus au Parti socialiste... Le fait qu'il y ait arbitrage vidéo, qu'on se repasse le film, qu'on essaye de compter, de recompter, ça montre que ce n'est pas un critère évident. Et d'ailleurs, s'il était si évident que ça, il aurait déjà tranché la situation depuis longtemps. Ce n'est pas gagné votre histoire. Mais c'est normal. Et par ailleurs, je le dis à vos téléspectateurs, pour les rassurer un petit peu, ce n'est pas parce que la question du Premier ministre n'est pas encore tranchée, ou de la Première ministre, que rien n'avance. Nous avançons sur tout le reste, en responsabilité, avec de la hauteur.
Et je le dis, dans une ambiance non seulement studieuse, mais conviviale. On n'est pas en train de se fâcher, on ne part pas en claquant les portes, on avance.
Alors maintenant, imaginons que vous vous mettiez d'accord. Alors, une fois que vous aurez ce nom, il se passe quoi ? Comment vous faites pour gouverner sans majorité ?
Eh bien, on va faire des choses qu'on n'a jamais faites. Et je pense que ce climat, cette géopolitique de l'Assemblée nationale, va mettre chacun face à ses responsabilités. Parce qu'en fait, on peut nous dire... Moi, je pense qu'il faut que le nouveau Front populaire fasse preuve de beaucoup de modestie. C'est ce que je dis depuis dimanche soir, passerait les cinq minutes d'émotion de la victoire. On avait droit quand même à ces cinq minutes, vu que tous les bookmakers nous donnaient perdant, et qu'on avait quand même beaucoup cravaché dans la dernière ligne droite. Donc, voilà, on est face à cette situation-là de grande modestie.
Mais le président de la République ne peut pas être dans le déni. Lui, on est là aujourd'hui au paroxysme du « en même temps ». C'est-à-dire qu'il nous sert le « en même temps » à toutes les sauces depuis sept ans. Mais là, on a quand même un truc inédit. C'est qu'il dit « tout le monde voit bien qu'on a gagné dimanche ». Lui, il dit « oui, mais nous, on n'a pas tout à fait perdu ». Pour reprendre les termes d'Emmanuel Macron lui-même, il est en train de faire ce que j'appellerais son Gaulois réfractaire. Vraiment. Et donc ça, en fait, ce n'est pas possible. Il est président de la République. Il a décidé une dissolution tout seul.
Sauf que Raphaël Luxman lui-même a déclaré il y a quelques jours « la gauche est dans le déni de réalité ».
C'est son avis, ce n'est pas le mien. Qui est dans le déni ? Écoutez, Emmanuel Macron décide tout seul une dissolution. Sans ne concerter personne. C'est d'ailleurs comme ça qu'il a toujours gouverné depuis sept ans. Bon, personne ne lui a demandé, on s'exécute. Ça prend quand même quatre semaines à tout le monde. Ça prend du temps à tout le monde, cette affaire. Ce n'est pas juste aller, dissolution. Voilà, ça a des conséquences. C'est lourd, lourd. Il y a des résultats, ils ne les acceptent pas. Même Dominique de Villepin, qui n'est pas un gauchiste, qui a été Premier ministre, qui est un républicain, va à la télé en disant « écoutez, maintenant, ça suffit.
Il y a une force politique qui est arrivée en tête. C'est vers eux qu'on doit se tourner pour le nom du Premier ministre ».
Encore une fois, si vous allez effectivement à Matignon, je veux dire, vous, au sens, quelqu'un issu du nouveau Front populaire, mais que vous vous retrouvez trois jours après avec une motion de censure, vous ferez quoi ? Est-ce que vous vous engagez, par exemple, à ne pas utiliser le 49-3 ?
Moi, je pense qu'il ne faut pas l'utiliser. C'est mon avis personnel. On a tellement dit qu'il ne fallait pas le faire, que nous ne devons pas le faire. Et je vais vous dire… Vous vous engagerez à ne pas utiliser le 49-3 ? Notre programme a une forte légitimité populaire. Parce que je vous disais qu'il fallait faire preuve de modestie, mais tout de même, 73% des Français ne veulent plus de la politique d'Emmanuel Macron, veulent une rupture politique avec le macronisme.
C'est-à-dire qu'il y a nos électeurs, mais il y a aussi beaucoup d'électeurs qui n'ont pas voté pour nous, et certains qui n'ont pas voté du tout, qui veulent qu'on mette en place notre programme de justice sociale et de justice environnementale, qu'on améliore leur quotidien et qu'on permette leur lendemain, parce qu'on sera aussi occupé du climat et de la biodiversité.
Le 49-3, potentiellement une motion de censure. Je voudrais que vous écoutiez Gérard Larcher, le président du Sénat. Avec grand plaisir, c'est toujours un plaisir. Qui était à ce micro. Bah écoutez, vous allez voir si c'est un plaisir.
Si le président de la République fait ce choix, je suis clair, je combattrai ce choix, et je demanderai à ce que le gouvernement soit censuré. Donc ça c'est clair.
Si le président de la République appelait un Premier ministre issu du nouveau Front populaire...
Oui, je m'opposerai. Et j'appellerai mes amis à censurer ce gouvernement, car ça n'incorrissement pas à la volonté profonde des Français.
Marine Le Pen elle-même, hier, a dit que tout gouvernement dans lequel il y aurait des membres de LFI ou des écologistes seraient censurés.
Je le dis comme un honneur. Si vous mettez les uns et les autres additionnés, vous tombez. Oui, écoutez, ils peuvent s'accrocher, en plus j'ai vu qu'il allait appeler ses amis, donc j'ai très peur, ils peuvent s'accrocher comme une moule à son rocher au pouvoir, faire comme s'ils avaient gagné, c'est pas la réalité. Moi j'arrête pas de vous dire, nous n'avons pas la majorité absolue. Je sais dire, je sais compter, il n'y a pas de problème. Mais ils l'ont encore moins. Et donc on va pas inventer des trucs, alors on n'a pas eu le même prof de maths. Et donc ce que je vais vous dire, c'est qu'on va les mettre face à leur responsabilité.
Je vous parlais du chariot de course gratuit pour les enfants de ce pays. Bon, on va aller à l'Assemblée Nationale, je caricature un peu, mais on va dire, alors on met cette mesure sur la table. Qui vote pour ? Qui vote contre ? Oui Jean-Pierre, tu as le droit de voter contre si tu ne veux pas que les gens ont le chariot de course gratuit. On va aller devant l'Assemblée Nationale en disant, qui veut taxer des super profits ? 80% des Français sont pour.
Celles et ceux qui veulent dire, non on les taxe pas, parce que c'est profit qui ne découle ni d'un mérite, ni de travail supplémentaire, ni d'un talent exceptionnel, mais juste qui tombe du ciel parce qu'il y a une crise en Ukraine ou une crise énergétique. Qui veut les taxer ? Vous ne voulez pas les taxer ? D'accord, assumez-le. Vous voulez nous renverser parce qu'on a voulu faire de la justice sociale ? Assumez-le. Et puis les Français jugeront,
c'est l'opinion publique qui va juger. Vous avez par exemple dans votre programme le SMIC à 1600 euros. Vous-même vous avez reconnu que ce SMIC à 1600 euros, il faudrait compenser par des aides pour les TPE et les PME qui pourraient avoir beaucoup de mal à devoir passer d'un coup d'un seul à 1600. Sauf que le SMIC à 1600 euros, vous ne pouvez le faire pas décret, donc sans majorité. En revanche, les aides au TPE et PME, vous ne pouvez le faire que par la loi. Est-ce que ça veut dire que vous nous dites ce matin si on arrive au pouvoir, on ne fera pas le SMIC à 1600 euros tout de suite ? On ne le fera que si on est assuré d'avoir en même temps une majorité pour pouvoir l'accompagner d'aide
pour les TPE et PME ? C'est ma position et c'est celle que j'ai défendue dans la réunion parce que, d'ailleurs, personne n'a dit le contraire. C'est-à-dire qu'on est des gens responsables. Je ne sais pas pour qui certains nous prennent, mais on arrive avec la ferme intention de gouverner. Et moi, la ligne écolo que je défends beaucoup et qui est partagée, c'est réparer, apaiser, protéger. Notre but n'est pas de mettre les gens en difficulté. Et donc, oui, on veut le SMIC à 1600 euros, mais on va de faire bien.
Vous êtes d'accord avec vous ? C'est-à-dire que, est-ce que ça veut dire ? Oui, bien sûr. Parce que si on tire le fil, ça veut dire qu'il n'y aura pas de SMIC à 1600 euros avant un bon bout de temps, avant que vous n'arriviez à avoir une majorité. Donc, quand Jean-Luc Mélenchon, dimanche dernier, disait « Si on peut le faire par décret, vous dites non, on ne le fera pas par décret parce qu'on ne le fera pas sans un accompagnement par la loi. »
Mais on ne va les battre amendement par amendement. Et ça ne va pas juste être de la bagarre. Ça va être une entreprise pour convaincre les gens. Et peut-être que la vie politique française manquait de ça. Parce que quand on ne repose que sur des 49.3 et tout ça, en fait, on n'essaye plus de convaincre. Et je pense que c'est ça qu'il faut faire. Et je vous le dis aussi, il y a des choses qui sont prévues par la Constitution dans lesquelles on n'arrive pas à trancher. Le référendum, par exemple. Peut-être que certains sujets devront passer par un référendum et que les Français choisiront. Ce serait une excellente méthode.
Finalement, enjambé l'été,
ça peut vous arranger ? Je ne suis pas sûre. Parce que moi, je pense qu'on peut prendre quelques jours. C'est normal de le faire. Il faut le faire bien. Le président de la République était là à Washington. Il va rentrer. Il a fixé lui-même des deadlines. Il a parlé de mardi. Il a parlé du 18. Bon, moi, je pense qu'on ne peut pas passer tout l'été comme ça à attendre. Le gouvernement de Gabriel Attal, qui expédie les affaires courantes, n'a plus de légitimité. C'est bien et je les en remercie qu'ils restent à leur poste, qu'ils ne désertent pas et que les affaires courantes continuent à être expédiées. Mais à un moment, il va falloir se mettre au travail.
Parce que le nouveau front populaire, si nous avons gagné, la surprise générale, c'est que nous avons suscité un espoir immense. Et donc moi, par exemple, sur les sujets qui sont les miens, l'écologie, il y a 60% des oiseaux des champs qui ont disparu en 40 ans. Les enfants qui naissent en 2024, on ne sait pas si la planète sera encore habitable pendant 30 ans. Vous pensez que j'ai envie d'attendre tout l'été pour mettre en place les bonnes politiques publiques sur le sujet, pour aider le pouvoir d'achat. Les Français, ils sont déplacés comme jamais aux urnes. Et on va leur dire, maintenant, il faut attendre. Ce n'est pas possible.
Prendre le temps nécessaire, oui, de toute façon, on n'a pas le choix, je vais vous dire, que ça nous fasse plaisir ou pas. Mais après, il va falloir se mettre au travail. Que ça plaise au président ou pas, qu'il arrête de faire son gauloir effractaire, c'est ce qu'il nous avait demandé. On lui demande aussi. Et vous vous réunirez à nouveau aujourd'hui, comme vous venez de nous le dire.
Marine Tondelier, merci d'avoir répondu à mes questions ce matin. Secrétaire nationale d'Europe Écologie Les Verts.
Marine Tondelier