Marie-Charlotte Garin, députée "Écologiste et Social" du Rhône | Politiques, à table !
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 9 %Défensif 18 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 5:00OuverteRéponse directe
Pourquoi ce choix de lasagnes végétariennes ?
- 10:00RelanceRéponse partielle
Vous, les écolos, êtes les plus prévisibles de la classe politique ?
- 15:00OuverteRéponse directe
Vous êtes végétarienne, vous avez été végane avant. Racontez-nous comment vous avez décidé ça.
- 25:00OuverteRéponse directe
Est-ce que parfois vous craquez ou vous essayez de suivre toutes les règles écolo à la lettre ?
- 30:00OuverteRéponse directe
Vous faites des lasagnes avec des pâtes précuites. Quelle cuisinière êtes-vous ?
- 35:00OuverteRéponse directe
Vous êtes lyonnaise d'adoption. Comment vous vous sentez dans cette ville capitale de la gastronomie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 15:00Marie-Charlotte GarinChiffre
« l'élevage, par exemple, c'est responsable au niveau mondial de 15 % des émissions à effet de serre. »
- 25:00Marie-Charlotte GarinFait
« Je suis pas écolo pour rien. En fait, on peut mettre tous les légumes qu'on veut dans les lasagnes. »
- 35:00Marie-Charlotte GarinFait
« Je l'achète et je l'achète sèche. Je vais au plus simple, je l'avoue. »
- 45:00Marie-Charlotte GarinChiffre
« On a une politique agricole commune au niveau européen, où 80 % des aides vont aux 20 % les plus gros, on se dit bien que ça ne marche pas. »
- 55:00Marie-Charlotte GarinFait
« On doit changer notre rapport à l'agriculture aussi, de manière générale. On le sait, on a tous vu la crise agricole. »
- 1:05:00Marie-Charlotte GarinFait
« Pour moi, c'est plus coûteux de manger un animal mort que de ne pas en manger. »
- 1:15:00Marie-Charlotte GarinFait
« Quand on va au restaurant entre nos réunions après la commission, ce n'est pas vrai qu'on pourrait avoir une assiette qui coche toutes les cases de manière systématique. »
- 1:25:00Marie-Charlotte GarinFait
« On a la chance à Lyon, en fait, d'en avoir des végétariennes qui sont super bonnes. »
- 1:45:00Marie-Charlotte GarinFait
« On en a partout. C'était à l'initiative de mon collègue Nicolas Thierry, qui a été l'artisan de la loi d'interdiction contre les polluants éternels. »
- 1:55:00Marie-Charlotte GarinFait
« Il faudrait décontaminer, mais ça prend du temps et de l'argent. »
- 2:15:00Marie-Charlotte GarinFait
« Il faut tester l'eau un peu partout sur le territoire. En fait, il faut faire une cartographie, parce que c'est bien beau... »
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Générique --- Bonjour à tous et bienvenue dans "Politiques, à table !" notre restaurant sur LCP, La promesse, un repas partagé dans la bonne humeur mais aussi des réflexions autour de l'alimentation, de l'agriculture et de la gastronomie. Aujourd'hui, notre invitée, Marie-Charlotte Garin, bonjour. -Bonjour. -Bonjour. -Et bonjour, Jean-Pierre Montanay. -Bonjour, Elsa.
Alors, vous êtes députée écologiste et sociale de la troisième circonscription du Rhône. Elue à 26 ans en 2022, vous êtes réélue dès le premier tour après la dissolution. Vous êtes écologiste donc, mais aussi féministe.
Ca se voit dans vos combats, ici, à l'Assemblée nationale pour faire entrer le consentement, le non-consentement dans la définition pénale du viol ou encore la fin du si mal nommé devoir conjugal. Avant d'être députée, c'est dans le milieu associatif que vous avez fait vos armes pour défendre les sans-abris et les réfugiés, puis pour Handicap International. Engagement associatif puis politique.
Vous faites partie de cette génération climat inquiète, mais ouverte sur le monde, à l'image du menu que vous proposez aujourd'hui. N'est-ce pas ? -Oui, des lasagnes végétariennes et en dessert, une douceur libanaise ou orientale, un mouhallabié. -Dans "Le dessous des plats", on va parler des PFAS, les polluants éternels.
On les retrouve partout, dans l'eau, dans les sols. Reportage à suivre dans les Ardennes. Puis bienvenue dans le Gard, dans un supermarché 100 % local, géré par les agriculteurs du coin qui vendent leur production au juste prix pour eux et surtout pour les consommateurs. -Voilà pour le menu, Marie-Charlotte Garin.
On va commencer tout de suite avec "Cuisine et confidences". Jingle -Mme Garin, désolé pour cette entrée en la matière un peu rude, mais je dois constater que vous, les écolos, à table, vous êtes sans doute les plus prévisibles de la classe politique. Ici, il y a deux adages souvent cités, "dis-moi ce que tu manges, je te dirai pour qui tu votes", et inversement, "dis-moi pour qui tu votes et je te dirai ce que tu manges".
Eh bien vous, bim, vous cochez les deux. Avant de me focaliser sur votre étiquette, j'avais tilté sur votre ancrage politique à Lyon, capitale de la gastronomie, ce n'est pas rien. Ca mérite un hommage.
Donc moi, je vous imaginais en ambassadrice de la cuisine de bouchon. Avec par exemple, Elsa, un gratin d'andouillette. Pas toujours facile à digérer, je le concède.
Ou bien une cervelle au beurre noisette. Mais non, les abats lyonnais, visiblement, ce n'est pas votre truc. Incompatible avec votre label, génération climat.
Et oui, pas de viande, forcément, menu carne interdit. Suis-je bête ? Ecolo à table égale assiette végé.
Mais alors, quelle recette ? Et là, c'est en me penchant sur votre histoire que j'ai compris pourquoi on a droit à ces lasagnes végétariennes. D'abord, vous faites partie d'une fratrie de cinq.
Donc, pour les parents, les lasagnes, c'est le bon plan. Et je subodore même qu'à l'époque, vers Vernon, elles étaient au boeuf. Et puis, votre parenthèse sur l'île de Chypre a laissé des souvenirs comme celui des makaronias tou fournou.
Une sorte de pastitsio grec, des pâtes à la viande avec tomates, béchamel, fromage halloumi, tout ça bien gratiné, une tuerie. Mais en fait, aujourd'hui, il fallait oublier les dictats culinaires de l'écologie. C'est plutôt ce makaronia avec Elsa qu'on aurait aimé déguster. -Pourquoi ce choix ? -Ca fait bien longtemps que je n'ai pas mangé des makaronias, mais je vois que la recherche a été fine.
Les lasagnes, parce qu'en fait, c'est un plat qui est hyper familial, hyper facile à faire quand on n'a pas le temps et aussi en fonction des moyens qu'on a. Avec des lasagnes, on peut, même avec peu de sous et une famille nombreuse, nourrir toute la famille d'une manière simple. Et ce plat s'adapte à toutes les saisons.
Je suis pas écolo pour rien. En fait, on peut mettre tous les légumes qu'on veut dans les lasagnes. On peut faire ce plat toute l'année, c'est hyper convivial.
Moi, j'aime bien aussi quand je reçois, c'est facile, on met dans le four. C'est très rare de trouver des personnes qui n'aiment pas les lasagnes. On ne va pas se mentir.
Donc, c'est plutôt consensuel, finalement, familial et abordable, aussi. -Alors, on va les goûter. On va remercier le restaurant Le Bourbon qui nous a préparé ces lasagnes.
On voit des petits pois, des carottes, des petits morceaux de champignons, donc le végétarien, c'est bien respecté, effectivement. Est-ce qu'elles sont bonnes ? -Verdict, j'arrive, j'arrive.
Allez-y. C'est tout un art de discuter tout en mangeant. -Moi, je les trouve bonnes. -Elles sont très bonnes.
Et comme vous le disiez, on peut les faire avec un peu ce qu'on a dans le frigo. -Avec ce qu'on veut, en fait. Et ça, c'est plutôt pratique.
On voit bien aussi, quand on essaye d'avoir une consommation un peu locale, je pense qu'on en reparlera aussi tout à l'heure, de saison, etc., en fait, les lasagnes avec les légumes d'hiver, c'est super bon. Avec les légumes d'été, c'est super bon.
Ca plaît à tout le monde. Franchement, c'est un petit peu le plat de la simplicité, mais qui réunit, je trouve, toujours très largement. -Si vous nous receviez pour des lasagnes végétariennes, vous mettriez quoi, aujourd'hui, à cette saison, à l'intérieur ? -On n'est pas encore à la saison des légumes d'été, donc je pense qu'on commence un petit peu à avoir... -Des asperges vertes, des courgettes.
On peut faire des lasagnes vertes. -Moi, les asperges, j'ai du mal à les cuire...
Enfin, à les mettre dans des plats où on va masquer le goût parce que je trouve que c'est tellement bon... -Un peu nature ou avec juste une sauce. -Et puis à Lyon, on n'en a pas énormément non plus.
Ca ne vient pas de chez nous, donc quand on en a, on les apprécie et on les met en valeur de manière plutôt unique. Mais c'est sûr qu'en ce moment, on pourrait commencer à aller vers quelques légumes d'été, finir un petit peu les légumes d'hiver et de se dire, en plus, si on a envie d'être un peu chic, on peut changer aussi le fromage qu'on met par-dessus. Donc ça nous laisse... -Il faut les préparer la veille. -Vous le faites ? -Ca, c'est surtout bon quand il s'agit de la viande, parce que la viande, elle aime bien recuire.
Quand il s'agit de légumes, je suis plus dubitatif. Il vaut mieux les faire le jour même. -Si on veut être original, on peut aussi mettre de la menthe dedans.
Quand on met les petits pois à la menthe, c'est une association qui marche super bien, de la feta. -La ricotta aussi, c'est très bon pour des lasagnes végétariennes. -Alors, question pâte, vous l'achetez vous-même ?
Vous la faite ? Vous l'achetez sèche ou fraîche ? -Alors, je ne vais pas mentir, je l'achète et je l'achète sèche.
Je vais au plus simple, je l'avoue. -Précuite même, j'imagine. -Précuite.
J'achète les lasagnes déjà prêtes, c'est ça que je ne vous ai pas dit. -C'est ça votre secret. -Non, au plus simple.
Et c'est aussi l'idée qu'on peut toujours en avoir dans le placard. Donc, peu importe si on a du monde qui débarque à l'improviste, c'est facile à faire. -Alors, elles sont végétariennes.
Jean-Pierre le faisait remarquer avec malice. Vous, c'est un choix et c'est parce que vous l'êtes, végétarienne. Vous avez même été végane avant.
Racontez-nous comment vous avez décidé ça. -Moi, quand j'ai quitté le domicile familial pour faire mes études...
Je me suis aussi, on va dire politisée, je me suis informée et notamment, donc on est en 2013, à l'époque, je m'informe aussi notamment sur l'ampleur du réchauffement climatique. On est juste avant la vague du mouvement climat. Et donc, le plus j'en apprends, le plus je me rends compte que pour faire face à une planète qui se réchauffe, à un climat qui change, un des leviers les plus faciles à activer au niveau individuel, c'est l'alimentation.
Parce que l'élevage, par exemple, c'est responsable au niveau mondial de 15 % des émissions à effet de serre. Et donc, on le sait que personne n'est obligé de devenir complètement végétarien ou végan. Mais on sait que quand on diminue notre consommation de viande, ça a un impact.
Après, en disant ça, moi, ça fait plus de dix ans que je suis végétarienne. J'ai été même complètement végane au début. Je ne le suis plus aujourd'hui.
En fait, en disant ça, finalement, il faut prendre du recul les comportements individuels, ce n'est pas l'alpha et l'oméga. Sinon on rentre dans des discours culpabilisants pour les gens. -On fait porter la responsabilité. -"C'est des votes faute et c'est ce que vous mangez qui a un impact." Et ça, moi, mon rôle aussi en tant qu'écolo et politique, c'est de dire : "Tout le monde se détend, chacun fait ce qu'il peut.
On n'a pas tous la même capacité à adapter notre alimentation. Par contre, on a tous un regard sur le système. Et le système aujourd'hui, c'est un système qui, justement, consomme énormément de viande, surtout de la viande de mauvaise qualité, beaucoup d'importation.
Nous, quand on voit les agriculteurs qu'on a près de chez nous, ça, ce serait le modèle, pour ceux qui veulent manger de la viande, qu'on veut promouvoir, en fait. Et de se dire que si on se posait tous très calmement, qu'on regardait l'impact, les conséquences de manger de la viande et de la mauvaise viande, tout le monde se dirait : "Il faut lever le pied." Il y a l'impact sur le climat, il y a l'impact sur la santé.
Ce n'est pas pour rien que quand votre oncle a un accident cardiaque, on lui dit quoi ? De consommer moins de viande, moins de viande rouge. On ne vous a jamais dit : "Ralentissez les pois chiches." Donc, ça a un impact très concret aussi sur la santé et sur les agriculteurs, notamment dans les énormes fermes-usines qui sont toxiques pour tout le monde. -Sans forcément dire à tout le monde de devenir végétarien, vous dites : "Attention à la viande qu'on consomme, peut-être en manger moins, s'assurer d'où elle vient." -C'est aussi contradictoire, parce qu'effectivement, cette viande mauvaise, elle est à bas prix, elle permet aussi à certaines personnes d'accéder à la viande, alors que la viande, label Rouge, est très chère.
Prenons Master Poulet, cette histoire à Saint-Ouen, qui déchire la gauche, quand je vois que France Insoumise, ils défendent ce point de vente, où on achète du poulet ukrainien, polonais, qui est dégoûtant, qui n'est pas cher, mais est-ce que c'est un bon combat pour vous ? -C'est pour ça que les agriculteurs râlent parce qu'ils disent que c'est pas juste, pourquoi ils ont plein de normes... -Vous soutenez LFI pour défendre ce point de vente ?
Parce que ce sont les plus pauvres ou les plus démunis qui vont pouvoir se nourrir mais en même temps... -Mais c'est pour ça que nous, écolos, on défend plus largement, par exemple, la sécurité sociale de l'alimentation.
Dans ma circonscription, on a une expérimentation d'une caisse de sécurité sociale de l'alimentation dans un des plus gros quartiers populaires, donc où il y a des taux de précarité qui sont très élevés dans la ville. Du coup, c'est les habitants qui ont défini leurs critères. Il y a une caisse avec des personnes qui ont plus ou moins de moyens.
Ils cotisent. Ils reçoivent de l'argent en échange et qu'ils peuvent consommer dans des lieux, on va dire, éthiques, responsables et solidaires. Et donc, ça passe évidemment de la Biocoop, le classique auquel on s'attend, mais aussi de l'épicerie sociale.
On a la Maison engagée et solidaire de l'alimentation. où les gens peuvent venir et s'ils habitent le quartier et qu'ils ont des besoins particuliers, ils payent quatre euros leur repas complet. Si vous venez de plus loin, vous payez plus cher.
Et là, en fait, moi, j'échange souvent avec les habitants et je vais régulièrement manger là-bas. Les gens vous disent : "Ca a changé ma vie parce qu'en fait, je ne pouvais pas manger du bio, du vrac, etc." Et donc là, ils ont accès à des bons produits de qualité mais parce qu'on a repensé un système et aussi une solidarité collective autour de l'alimentation.
Défendre tel magasin, tel chaîne, etc., de manière individuelle, en fait, c'est des pansements. On ne vient pas regarder le système en face et se dire quel modèle d'alimentation on se souhaite pour tous, car on n'est pas tous égaux face à l'alimentation. -Il y a cette initiative dont vous parliez, mais les Français, quand ils font leurs courses, c'est difficile.
Effectivement, c'est quand même plus cher de mieux s'alimenter. Il faut faire des choix budgétaires. Qu'est-ce qu'ils peuvent faire ? -Mais bien sûr, et c'est pour ça qu'il ne faut vraiment pas culpabiliser les individus.
Je ne suis pas mère de famille avec cinq enfants au SMIC. Je ne sais pas ce que c'est que de pouvoir nourrir ma famille avec du bio. Ca n'existe pas de pouvoir faire ça quand on a cinq gamins.
Ce qu'on dit, c'est qu'on doit changer notre rapport à l'agriculture aussi, de manière générale. On le sait, on a tous vu la crise agricole. Ca, c'était le symptôme d'un système qui est défaillant à la base.
Quand on a une politique agricole commune au niveau européen, où 80 % des aides vont aux 20 % les plus gros, on se dit bien que ça ne marche pas. Et que donc, ça veut dire aussi plus de souveraineté. Parce qu'en plus, dans notre pays, franchement, on est tous tellement fiers de notre gastronomie, de nos producteurs et c'est ça qu'on doit pouvoir promouvoir et donc ça suppose de faire des choix politiques, de financement, d'organisation.
Il y a un autre exemple aussi, c'est celui de la restauration collective. -Nous à Lyon, la mairie a décidé, par exemple, pour la restauration scolaire, donc pour les cantines, de dire : "On va faire des choix, on va avoir un cahier des charges pour ce que mangent nos enfants et donc, on choisit qu'il y ait 65 % de l'approvisionnement qui soit en local, plus de 50 % qui soit en bio." On a refait, on a remis en route une cuisine centrale.
Et au final, on se retrouve avec des gosses qui, à 93 %, vous disent : "C'est bon, ce qu'on mange à la cantine." -Et on sait que le repas à la cantine pour les enfants, c'est bien souvent le seul repas où ils peuvent manger de manière équilibrée et des bonnes choses. -Et ça peut transformer leurs habitudes alimentaires. -Bien sûr, ça ouvre. -Pour justifier votre choix de manger moins de viande, vous avez invoqué le climat, mais pas le bien-être animal.
Ca compte aussi pour vous ? Il y a beaucoup de gens qui, à cette table, on entend souvent "je ne peux pas manger un bébé animal", "je ne veux pas manger des animaux", "la souffrance". Effectivement, aujourd'hui, il y a des abattoirs qui se déplacent dans les fermes, mais, souvent, c'est des conditions épouvantables pour le bétail. -Ca n'a pas été ma porte d'entrée.
Donc, ma porte d'entrée, ça a vraiment été la question climatique à l'époque. Mais du coup, c'est de facto quelque chose auquel j'ai été sensibilisée en arrêtant de manger de la viande en m'informant. Et aujourd'hui, je suis libre de manger de la viande ou du poisson.
C'est moi qui décide. Il n'y a personne qui me force. Je ne suis pas dans une secte.
Ca relève d'un choix personnel. Et pourquoi je ne le fais pas ? Quand bien même, parfois, je pourrais avoir une envie, un souvenir d'une odeur, d'un goût que j'appréciais avant.
Je ne le fais pas parce que pour moi, c'est plus coûteux de manger un animal mort que de ne pas en manger. Parce qu'aujourd'hui, je me dis : "Je suis en bonne santé, je peux m'alimenter correctement sans générer de la souffrance animale, donc pourquoi je ferais ce choix ?" Et il y a une époque où j'étais végane, où je faisais huit heures de karaté par semaine, j'étais en super santé, je récupérais beaucoup mieux, il y avait quelque chose aussi de physique sur l'impact de la santé, donc pourquoi j'irais consommer des produits qui viennent de la souffrance animale alors que je peux être en parfaite santé sans le faire ? -On ne va pas pousser le vice jusqu'à vous demander si vous craqueriez, ce serait pourquoi.
Mais Jean-Pierre parlait un peu des dictats qu'il y a. C'est vrai que ce n'est pas facile d'être écolo et d'avoir une assiette 100 % écolo tout le temps. Est-ce que parfois vous craquez ou vous essayez de suivre toutes les règles écolo à la lettre ?
Ca veut dire ne pas manger de fruits du bout du monde, ne manger que bio, que local ? -Dans la vraie vie, ça n'existe pas. Et puis, en plus, on rentrerait dans une espèce de pureté qui n'existe pas et qui, en plus, je pense, vient enlever, aussi, du plaisir qu'on a de manger et d'être ensemble.
Et donc, non, c'est impossible. Et puis, je vous donne l'exemple, ne serait-ce qu'à l'Assemblée. Quand on va au restaurant entre nos réunions après la commission, ce n'est pas vrai qu'on pourrait avoir une assiette qui coche toutes les cases de manière systématique.
Donc il faut de la flexibilité et le sujet, c'est vraiment l'intention qu'on met aussi et ce qui est juste pour soi. Comment on est alignés. Tout le monde n'a pas vocation à être végan ou à être végétarien.
Par contre, tout le monde doit prendre conscience que tout ça est le fruit d'un système et qu'on prend nos décisions aussi en fonction de comment on se sent alignés et justes dans ce système. -Vous faites des lasagnes avec des pâtes précuites. Donc, quelle cuisinière êtes-vous ?
Vous êtes au fourneau par plaisir, par nécessité ? Ca vous intéresse ? Au contraire, ça vous ennuie terriblement ?
Quel est votre rapport à la cuisine ? -Alors, je sais qu'en fonction de ce que je dis, je vais être rattrapée par ma police personnelle derrière. Non, plutôt par nécessité.
Plutôt par nécessité, aussi de facto d'un manque de temps. Je cuisinais plus avant d'être... -Député, en général, ça ne laisse pas beaucoup de temps. -Oui, donc je cuisinais plus avant, c'est sûr, et moi, mon rapport à la nourriture, c'est que j'essaye de prendre du plaisir surtout dans les moments partagés ensemble.
Donc ça me fait plaisir de cuisiner quand je reçois du monde, ça me fait plaisir de manger des bons produits quand c'est dans un cadre convivial, mais j'avoue que par exemple, quand je suis seule, mon but, ça va être surtout de manger de quoi me nourrir un peu sainement pour tenir, avec un bon impact sur la santé parce que notre rythme en politique, c'est un peu de l'endurance, donc ça exige aussi qu'on s'alimente correctement. -Et pour la viande et le poisson, vous mangez quel type de protéines végétales pour compenser ? -Des légumineuses, énormément, car je trouve que c'est vraiment le plus simple.
On parlait des pois chiches tout à l'heure. Le sacro-saint pois chiche, ça marche très bien et sous des formes très différentes. Les lentilles, on en a des très bonnes, en plus, dans la région. -A Lyon. -Exactement, donc vraiment ça c'est un peu la facilité, et puis je trouve que c'est accessible à tout le monde, notamment les lentilles, c'est un plat qu'on connaît bien dans notre patrimoine gastronomique, c'est facile à cuisiner, chaud, froid. -Vous êtes lyonnaise d'adoption, vous l'avez dit vous-même, comment vous vous sentez dans cette ville capitale de la gastronomie ?
Je parlais des abats tout à l'heure en préambule, des andouillettes, vous vous sentez très à l'aise ? Vous fréquentez les bouchons ? -Ca demande un petit peu d'habilité pour naviguer tout ça.
Notamment, je me souviens d'une visite. -Le tablier de sapeur, vous avez goûté ? On a les Halles Paul Bocuse, qui sont parmi les meilleures Halles d'Europe, avec beaucoup de produits lyonnais, mais pas que.
Et effectivement, je me souviens d'une visite où on visitait tous les stands. Et il y a beaucoup de choses que moi, je ne souhaitait pas manger parce que ce n'était pas en accord avec mes valeurs, mais ça n'empêche pas de discuter quand même avec les producteurs. On a quand même, dans les classiques de la gastronomie lyonnaise, moi, il ne me reste pas grand-chose.
Il me reste la cervelle de canut. -Qui n'a rien à voir avec de la cervelle. -Oui, il faut le préciser. -Non, mais c'est lié, parce que la cervelle était hors de prix, donc avec le fromage blanc, on reconstituait un petit peu cette couleur blanche de la cervelle, mais c'était celle du canut qui était l'ouvrier des métiers à tissage, et donc c'était une image.
Mais si, la broche, la quenelle ! -Si elle n'est pas au poisson. Effectivement, nous, on a la chance... -Si elle est au poisson.
Ah non... -Je ne mange pas de poisson, moi.
Mais on a la chance, à Lyon... -Pardon. -Ouais, je sais.
Je sais, je sais. Je vous vois faire la tête. Non, on a la chance à Lyon, en fait, d'en avoir des végétariennes qui sont super bonnes.
Et l'autre jour, je rentrais de Paris et les Halles Bocuse sont juste à côté de la gare Part Dieu. Je me suis dit : "Ca fait super longtemps et je suis passée et ils ont des quenelles végétariennes super bonnes. -Il y a de plus en plus d'alternatives.
Si ça vous donne envie, ces lasagnes végétariennes, prenez votre cahier de recettes. Ce sont les trois choses à savoir de Jean-Pierre Montanay. -L'origine des lasagnes, ma chère Elsa, elle remonte à l'Antiquité.
On pense que ça date d'il y a quelques années, pas du tout. Les Romains, déjà, se régalaient de ces bandes de pâtes appelées laganons, superposées avec légumes, fromages, viandes, mais pas systématiquement. Ce qui veut dire que, dès l'origine, les lasagnes végées existaient déjà sans le savoir.
La première recette proche de lasagne végétarienne est mentionnée dans un manuscrit culinaire italien, "Liber de Coquina" au XIVe siècle. L'arrivée de la tomate en Europe au XVIe siècle dans les bateaux espagnols depuis l'Amérique du Sud va tout changer avec la naissance des lasagnes au ragout, sauce tomate et viande en Emilie-Romagne qui vont devenir un peu la recette totémique de la cuisine de la botte sous le nom de lasagne bolognaise. Mais dans les années 80, sous la pulsion des véganes et du mieux manger, vont émerger les lasagnes qui aujourd'hui sont sur toutes les cartes.
Maintenant, il y a des lasagnes végétariennes dans toutes les restaurations. Voilà. Végés ou pas, les lasagnes se préparent de la même façon.
C'est de la pâte superposée avec au choix des couches de béchamel, de sauce tomate, de fromage et donc de légumes qui varient selon les saisons. Au printemps, osez les lasagnes vertes avec asperges, petits pois, pousses d'épinards, ricottas ou encore les lasagnes aux artichauts poivrades. Délicieux.
A l'automne, les champignons se prêtent à de gourmandes lasagnes des bois tandis qu'une sauce aux lentilles peut avantageusement remplacer la viande pour des lasagnes bolo végés. -Végé, des lasagnes véganes ? Vous avez réussi à en faire ? -J'ai déjà fait.
J'ai déjà fait. On a maintenant ce qu'on appelle des "fauxmages", on va dire des produits de substitution pour le fromage, pour faire gratiner dessus. C'est très facile.
On met à peu près la même chose. La béchamel, on peut la substituer par de la crème végétale. -Peut-être soja ? -Soja, avoine, amande, il y a toute une panoplie.
Mais pour le coup, les petites crèmes végétales, ça se substitue vraiment facilement à la crème, notamment pour les personnes qui sont intolérantes aux lactoses. C'est aussi des substituts sympas. Et franchement, en plus, avec un fromage un peu gratiné, on ne voit pas tant la différence à la fin. -Pour accompagner, vous nous avez proposé cette ginger beer en bon français.
Alors, justement, c'est une boisson sans alcool. Dites-nous pourquoi ce choix, Marie-Charlotte ? -J'ai une confession à faire, avant de venir vous retrouver pour cette émission, je me suis dit qu'il fallait que je ramène du vin.
Que c'est ce qui était attendu, en fait, d'un député, d'une députée. -Ca tombe bien, ça s'appelle cuisine et confidences. On vous écoute. -Confidences toutes faites.
Je me suis dit : "Il faut absolument que je ramène une bouteille de vin." Et en plus, venant de Lyon, avec les Côtes-du-Rhône, j'ai de quoi faire. Moi, j'ai grandi aussi en Ardèche, donc... -Vous étiez cernée par le vin. -J'étais cernée par le vin, avec aussi des amis qui sont...
Vous êtes ambassadrice d'un terroir, quand même ! -Tout à fait. Et puis, en fait, je me suis dit que je n'étais pas exactement alignée avec moi-même en vous ramenant du vin parce que, aussi sympathique soit ce repas, pour moi, ça reste du travail.
Et en fait, je ne bois pas d'alcool au travail. C'est un choix que j'ai fait avec le rythme qu'on a, etc. Et je préfère garder l'alcool pour des moments qui sont, on va dire, plus conviviaux et plus personnels.
Et ça ne veut pas dire pour autant que je n'apprécie pas l'alcool quand j'en bois et que ça ne fait pas partie de notre patrimoine. Mais il y a quand même une tendance, et on le voit aussi dans les couloirs de l'Assemblée, il y a eu des gros débats sur si interdit l'alcool à la buvette. Parce qu'en gros, il y a aussi une forme de banalisation de l'alcool, ce serait anodin.
Et en fait, l'alcool, ce n'est pas anodin. Je travaille sur les questions de violences sexistes et sexuelles. Une fois sur deux, quand il y a des violences, en fait, il y a de l'alcool impliqué.
On a des témoignages de gendarmes qui se disaient : "On va essayer de répertorier, quand on part en intervention, s'il y a des addictions et donc de l'alcool impliqué." Au final, ils sont arrivés à la conclusion qu'il valait mieux noter quand il n'y avait pas d'alcool plutôt que quand il y en avait, puisque c'était la norme de leurs interventions, notamment en soirée. Donc voilà, un peu dire qu'il y a des substituts, qu'on n'est pas obligés de boire tout le temps et qu'en tout cas, il ne faut pas ignorer que ça a un impact sur la santé des uns et des autres.
Mais ça ne veut pas dire que ça ne s'apprécie pas avec modération. -Et c'est vrai que ce que vous disiez, on a vu parmi les jeunes députés depuis quelques années, on voit que l'Assemblée s'est rajeunie, beaucoup ne boivent plus le petit verre de vin à table, etc. Vous le voyez, tout le bord confondu.
La jeune génération, elle, elle a arrêté de boire de l'alcool le midi ? -Peut-être pas tout le monde, et je ne peux pas parler pour l'ensemble de mes collègues, mais je vois, dans les collègues avec qui je déjeune régulièrement, on boit moins d'alcool. Mais c'est vrai que moi, au début, quand j'ai été élue en 2022, en fait, j'étais assez surprise, aussi, d'observer ce réflexe de tout le monde.
En fait, c'est normal de boire un verre avec le repas, ce qui n'est pas mon habitude, que ce soit systématique, et encore moins sur le lieu de travail. -Allez, vous avez bien voulu choisir aussi. Vous avez choisi la ginger beer et pas l'alcool puisqu'il y a les quiz derrière.
Vous vouliez garder la tête froide, j'en suis sûre. On va passer aux quiz. Jingle -Marie-Charlotte Garin, vous avez passé une partie de votre enfance en Ardèche, vous l'avez dit, au pays de la châtaigne.
Alors, sauriez-vous nous dire si ces affirmations sont vraies ou fausses ? En Ardèche, on recense 102 variétés de châtaignes. -Je dirais que c'est faux. -Oui.
On en recense quasiment la moitié. 65. -Il me semblait que ça faisait beaucoup. -La Corse, attention, un vrai rival sur la châtaigne, produit davantage de châtaignes que l'Ardèche. -C'est vrai ? -Non, c'est faux.
Production moyenne en Ardèche, 5000 tonnes, contre 1000 à 1200 tonnes en Corse. -Ah oui, rien à voir. -Battus à plate couture.
Clément Faugier, que vous connaissez forcément, grâce à sa crème de marron, il a inventé la crème de marron en 1885. -Il faut savoir qu'il y a des débats chez les Ardéchois. Est-ce que Clément Faugier est la meilleure ou pas ? -J'ai pas dit que c'était la meilleure. -Moi, je l'aime beaucoup.
Je dirais vrai. -Oui. Ce jeune ardéchois de Privas, il a eu l'idée de récupérer les débris de marron pour en faire de la crème.
Un intitulé qui a été déposé en 1924, la crème de marron, qui existe toujours. En 2025, ce même Clément Faugier a dû retirer de ses boîtes la mention marron d'Ardèche. Est-ce que c'est vrai ? -Oui. -Oui, car à la demande de la répression des fraudes, car la provenance des châtaignes utilisées ne se limitait pas au seul département de l'Ardèche.
Donc avant, effectivement, les vieilles, quand on était petits c'était marrons d'Ardèche, ça a disparu. -Trois sur quatre, c'est tout à fait honorable. -Il y a aussi un sujet, ils n'utilisent pas les mêmes châtaignes pour les mêmes choses, notamment pour les marrons glacés, etc.
Il y a aussi, en fonction de la taille et de la provenance. Pour les marrons glacés, le marron doit être impeccable, alors que pour la crème, on peut se contenter de brisures. Lui, il utilisait même les brisures de marrons glacés pour faire de la crème. -On va de l'Ardèche à Lyon, puisqu'on l'a dit, vous êtes député de Lyon.
Vous n'ignorez pas que les mères lyonnaises ont apporté beaucoup à la cuisine de la capitale de la gastronomie. Alors, capitale de la gastronomie, c'est Jean-Pierre qui l'affirme. -Ou capitale des Gaules, comme ça tout le monde est d'accord. -C'est la capitale de la gastronomie.
C'est vrai. -Tout à fait. Je précisais juste qu'on avait deux Lyonnais à table. -Nous sommes alliés. -Voilà.
La mère Brazier est la première cheffe à avoir obtenu trois étoiles pour deux restaurants différents. -C'est vrai. -C'est vrai.
En 1932, suivie ensuite par Alain Ducasse, Marc Veyrat, Thomas Keller, Joël Robuchon et Yannick Alléno. Cette même mère Brazier est aussi connue pour avoir dormi quelques jours en prison. -Ca m'évoque vaguement quelque chose.
Vrai aussi. -C'est vrai. Huit jours, exactement, condamnée en 1941 pour marché noir, comme beaucoup de restaurateurs à l'époque. -Pendant la guerre. -Exactement.
Le plat signature de la mère Fillioux dans son bouchon lyonnais était le poulet aux morilles. -C'est vrai. -C'est faux.
C'était le plat signature de la mère Blanc, la spécialité de la mère Fillioux, c'était les quenelles au gratin, on en parlait, des quenelles, de beurre d'écrevisse. La Mer Blanc de Vonnas, a été désignée meilleure cuisinière du monde par le critique Curnonsky. -C'est vrai, ça, je crois. -C'est vrai, tout à fait.
Alors, attendez, j'ai pu mes comptes, mais je crois qu'on est à... -3 sur 4. -Oui, 6 sur 8. -Pour une jeunesse d'adoption, moi, je dis chapeau. -C'est pas mal, non ? -Chapeau, tout va bien.
Vous pouvez boire un peu. -On trinque au ginger. -Exactement, voilà.
D'habitude, on dit que l'abus d'alcool n'est pas bon, mais là, on peut en boire deux verres. -Un peu moins bon que le Côte-Rôtie ou le Saint-Joseph, mais bon. -Je serai obligée de revenir. -On va passer à présent à "La brève de comptoir".
Jingle On demande à chaque invité de nous raconter une anecdote autour de l'alimentation, de la nourriture. Qu'avez-vous choisi de nous raconter ? -Alors, j'ai choisi de vous parler d'un choix qu'on a fait, nous, qui est d'organiser ce qu'on appelle la galette en fête, chaque année dans la circonscription.
Et en fait, c'est un substitut pour ce qu'on attendrait d'une députée, c'est-à-dire d'organiser des voeux. Et en général, la cérémonie des voeux, c'est un exercice un peu protocolaire, On invite les autorités, etc. Et moi, je n'ai pas fait ce choix-là, parce que déjà, on se croise tous aux cérémonies de voeux des maires d'arrondissement, des préfets, etc.
Et j'ai choisi qu'on puisse faire une galette pour aussi valoriser notre tradition, qui est celle de la galette des rois, que moi, je trouve une super tradition culinaire qu'on a en France, et de la faire dans le quartier des Etats-Unis, à Lyon, dans le 8e arrondissement, qui est le plus grand quartier populaire de la ville. Et donc, on organise ces voeux, qui en fait sont surtout un moment pour se retrouver ensemble avec de la galette des rois, des jeux pour les enfants, des animations. Et la première année où on l'a fait, les habitants sont venus nous voir en nous disant : "Un député n'avait jamais organisé quelque chose pour nous dans ce quartier-là." Parce qu'en fait, souvent, on a tendance à aller là où c'est le plus facile, donc dans les endroits les plus centraux de nos circonscriptions.
Pour ceux d'entre nous qui avons des circonscriptions urbaines. C'est différent pour les collègues en ruralité. Et en fait, maintenant, ça devient un rendez-vous et il y a toujours plein d'enfants, plein d'adultes, des personnes très différentes qui se parlent.
Et on pourrait se dire que ce n'est pas politique. Et en fait, c'est hyper politique de se retrouver autour d'un moment convivial parce que des personnes qui, d'habitude, se disent : "On n'a pas du tout confiance en les politiques, ça ne sert à rien d'aller leur parler", En fait, c'est un peu comme un moyen de rentrer en contact. -Un temps d'échange, de partage. -Et nous, de faire notre rôle, aussi, en tant que députés, c'est-à-dire d'écouter ce que les gens ont à nous dire sur leur quotidien, leur pouvoir d'achat, leur vie, les problèmes à l'école, etc. -Et l'occasion de leur parler de vos combats.
On va revenir sur l'un d'entre eux, du groupe écologiste et social ici, à l'Assemblée, la lutte contre les PFAS, ces polluants éternels. On va en parler dans "Le dessous des plats". Jingle On va tout de suite retrouver un reportage dans les Ardennes avec deux agriculteurs qui voulaient cultiver des légumes sans pesticides.
Ils se retrouvent avec des terres contaminées au PFAS. Reportage signé Céline Crespi et Marion Devauchelle. Musique -Belges, Anne et Sébastien Abraham, ont changé de vie il y a trois ans en achetant cette ferme dans les Ardennes.
Leur projet, vivre dans la nature et cultiver des produits sains, sans pesticides. -Ici, c'est toutes les parties qu'on a cultivées depuis trois ans, depuis qu'on est arrivés sur l'exploitation. -Mais aujourd'hui, tout est à l'arrêt. -C'est de la désolation.
Quand on voit qu'il y avait encore des poivrons sur les pieds qu'on n'a pas récoltés, des aubergines. -Il y a quelques mois, à la demande de l'Etat, des prélèvements ont été réalisés sur leurs légumes. Et quand les résultats sont tombés... -C'est nos fameuses blettes, oui, qui dépassent le taux de limite européen et pour lesquelles on a une interdiction de commercialisation parce que potentiellement dangereuses pour la santé. -Carottes, navets, choux, la moitié de leur production s'avère finalement contaminée.
Les betteraves affichent même un taux de PFOA, le plus cancérigène des PFAS, 240 fois au-dessus du seuil d'alerte. -C'était un choc. Là, on a fermé définitivement notre entreprise.
On est arrivé ici en 2023 et que les épandages, ce n'est pas nous qui avons décidé de les pratiquer. Ca a été fait par l'ancien propriétaire. Donc nous, ici, on est vraiment victime de ce qui s'est passé avant. -Ce n'est pas la Chambre d'agriculture qui a autorisé, c'est la préfecture.
Et donc, ce ne sont pas les agriculteurs qui sont responsables si on ne les prévient pas que ce sont des produits potentiellement pollués. -Tout le monde ici connaît l'histoire du couple Abraham. Et redoute que ce soit pareil ailleurs.
Et si toutes les cultures étaient contaminées ? Dans une zone rurale comme les Ardennes, le dixième département le plus pauvre de France, ce serait une catastrophe économique. -Reportage donc dans les Ardennes, Marie-Charlotte Garin, en 2023, vous et 13 de vos collègues, vous aviez fait tester vos cheveux et vous aviez malheureusement découvert que des PFAS, on en a partout. -On en a partout.
C'était à l'initiative de mon collègue Nicolas Thierry, qui a été l'artisan de la loi d'interdiction contre les polluants éternels. Les polluants éternels, globalement, ils sont partout, qu'on en retrouve même dans le sang des ours polaires aujourd'hui. Pour dire que c'est un phénomène mondial.
Et donc, Nicolas Thierry nous avait proposé de couper nos cheveux, de les envoyer à un labo pour que ça soit testé. Et moi, non seulement j'étais contaminée de manière positive, mais j'étais sur le podium. J'étais celle qui avait le plus de PFAS en nombre et le plus en quantité aussi.
Et là, ça vous fait réfléchir. Quand je parlais de la question des comportements individuels et du système. Je me suis dit : "Je suis jeune, je ne fume pas, je bois peu, je mange bien, je fais du sport.
Et pourtant, j'ai quand même mon corps qui est pollué alors qu'en fait, je n'ai rien fait pour ça. Donc, il y a un problème avec le système qu'on doit changer. Et là, c'est vraiment ce qu'on voit aussi dans ce reportage avec ces agriculteurs, qui en plus sont des agriculteurs qui s'installent récemment pour changer de vie, avec un projet où ils veulent produire des produits qui ne soient pas trop polluants.
Et là, ils se retrouvent impactés alors qu'ils n'ont rien demandé. Et ça, c'est le fruit de décennies et de décennies d'absence de régulation. Et moi, quand j'ai commencé à travailler sur les polluants éternels, en général, on conseille de regarder le film "Dark Waters".
Il y a un film sur le scandale aux Etats-Unis il y a 30 ans. Et ce qui est fou, c'est qu'en fait, il y a 30 ans, on savait déjà. Et quand j'étais petite, je me souviens de ma mère qui, d'un coup, disait : "Oh là là, les poêles en téflon, il faut arrêter, c'est cancérigène." J'ai juste ce souvenir.
J'ai ce souvenir d'enfant, c'est-à-dire qu'il y a plus de 20 ans... -Je m'en souviens. -On savait déjà. -On savait pas si c'était une légende ou si c'était de la mauvaise pub... -Et on attend d'être dans les années 2020 pour légiférer.
Et donc, qu'est-ce qu'on fait de toute la pollution passée ? Et c'est pour ça que nous, on a défendu le principe de pollueur-payeur. Que ceux qui ont pollué, soit ceux qui payent.
Et des études récentes disent qu'il n'y a pas assez d'argent sur Terre pour financer la dépollution des polluants éternels. -Et on voit qu'il y en a dans l'eau, il peut y en avoir dans les aliments aussi. Alors, le gouvernement a quand même essayé de prendre, aussi, ce sujet à bras-le-corps.
Il y a des tests sur l'eau du robinet, C'est pour ça que dans les Ardennes par exemple, elle a été déclarée impropre jusqu'à temps de faire d'autres vérifications. Sur les boues d'épandage aussi, ce qui peut être la cause de la pollution des sols, ça ne va pas assez vite, assez loin d'après vous ? -Non, et je viens d'un territoire qui est particulièrement concerné.
A Lyon on a la Vallée de la Chimie. Donc, moi, j'ai eu aussi de la colère dans les débats qu'on a eus au Parlement, quand on nous expliquait qu'on avait le temps, qu'il fallait qu'on attende que l'Union européenne se saisisse du sujet, etc. Parce que quand on va à Oullins-Pierre-Bénite, au bout de la ligne de métro à Lyon, on a les témoignages des collectifs d'habitants.
Et moi, je suis encore vraiment marquée par un des témoignages d'une dame qui nous explique que son mari, il est décédé d'un cancer, qu'en face, il y a un cancer pédiatrique chez le voisin d'en face, mais qu'il y en a aussi chez les voisins de droite et chez les voisins de gauche. C'est pas juste des questions de normes, on va faire la loi, on peut se permettre d'attendre. C'est qu'il y a beaucoup de gens qui en sont déjà morts, et il y a des gens qui en meurent encore et qui sont malades, et ce n'est pas juste abstrait.
Il y a des populations, comme ce couple d'agriculteurs, dont les quatre enfants, sont contaminés à des taux vraiment supérieurs au seuil. On n'a pas le temps d'attendre sur la dépollution. -On parle de polluants éternels, le terme n'est pas anodin.
Ca signifie que, je rebondis sur votre dernière phrase, que ces terres arables qu'on a vues dans ce reportage, elles ne pourront plus jamais accueillir de culture ? Une décontamination est possible ? -Ca prend du temps et ça coûte de l'argent surtout.
Et donc, c'est pour ça que nous, quand on avait porté la première version du texte, on avait dit : "Il faut tester l'eau un peu partout sur le territoire." En fait, il faut faire une cartographie, parce que c'est bien beau... -Mais si on prend cet exemple concret, si on veut décontaminer ces terres-là de ce couple, qu'est-ce qu'il faut faire ? -Il faudrait décontaminer, mais ça prend du temps et de l'argent.
Et on le voit, nous, en gros, quand on en a dans le corps, ça met énormément de temps, on va dire, à s'évacuer, parce qu'en fait, c'est des polluants qui restent très longtemps. -Et qui s'accumulent aussi. -Et qui restent très longtemps.
Donc il faut déjà couper le robinet à la source, empêcher qu'il y ait de nouvelles pollutions. Petit à petit, regardez les zones prioritaires à dépolluer, parce qu'on ne va pas pouvoir le faire partout en même temps. Il va falloir cibler là où c'est faisable, et peut-être qu'on commence par des terres moins polluées, parce que ça va être plus facile, pendant que les autres, avec le temps, les taux de pollution baissent. -Parce que j'ai lu aussi que sur ces terres arabes, on pouvait ne plus avoir de culture alimentaire, mais des cultures forestières.
Par exemple, les arbres, on s'en fiche un peu qu'ils aient des PFAS. -Oui, mais on n'est peut-être pas au bout de tout ce qu'on a à trouver sur, par exemple, les PFAS dans l'air. On est, de toute façon, sur une pollution qui est massive et sur laquelle il faut déjà arrêter la source et ensuite avoir une vraie méthodologie.
Mais surtout, je reviens dessus, le nerf de la guerre, c'est les moyens. Parce que si on fait un constat, sans mettre d'argent derrière pour répondre à la crise, ça mène nulle part. -Et pour les consommateurs ou les Français, c'est bien compliqué.
Il y a parfois une suspicion avec l'eau du robinet, donc parfois elle est considérée comme impropre. Mais on voit qu'il y a des scandales également dans l'eau minérale en bouteille. Donc on ne sait plus comment faire. -Et c'est la difficulté, finalement, dans un contexte qui est très anxiogène.
On parlait encore récemment de la pollution au cadmium. Par exemple, je suis une grande consommatrice de pommes de terre. -Pleines de cadmium, oui. -Voilà.
Et là, récemment, on apprend ensuite les flocons d'avoine. C'est mon petit déjeuner depuis dix ans. Je me suis dit : "Je ne peux plus rien manger." Et c'est ce que se disent les Français. -Et que le bio ne préserve pas de la présence ou non de cadmium. -Ca diminue quand même les taux.
En tout cas, j'ai lu ça pour les flocons d'avoine. -Mais c'est la nature des terres, ce n'est pas les intrants. Donc, est-ce que votre avoine, elle est plantée dans des... -Là, en tout cas, sur les dernières études, c'était testé en fonction de marques précises.
Donc, ça permettait d'avoir un petit peu un avis. -Mais du coup, ça crée une défiance aussi, en fait, de la part des consommateurs, de vous et moi, des gens qui mangent, qui se disent : "On ne peut plus rien manger, on ne peut plus faire confiance." Le risque, c'est que ça crée aussi une forme de lassitude et donc de se dire, et moi, j'entends des gens qui disent ça... -De résignation ? -De résignation, de personnes qui disent : "De toute façon, on est empoisonnés de partout.
Donc tant pis finalement, à quoi bon faire attention ?" Et ça, cette espèce de défaitisme face à cet impact sur notre santé. Et je pense que peut-être on est aussi en mesure d'être résigné quand on n'est pas soi-même concerné.
Parce qu'en fait, quand le cancer, les maladies, les problèmes d'hormones arrivent autour de soi et qu'on arrive à faire le lien direct avec d'où ça vient, moi, les habitants que je rencontre, ils sont plutôt très en colère sur l'inaction. Donc, à nouveau, ce n'est pas les comportements individuels, c'est le système. Et donc, ça suppose de porter un plaidoyer et aussi, je suis désolée, mais de voter pour des personnes qui ont une vision d'un système qui ne nous empoisonne pas. -Sur le cadmium, il va y avoir des possibilités de dépistage.
On pourra avoir une ordonnance d'un médecin de ville dans les zones où il y en a beaucoup. C'est une bonne solution ? Ou, par rapport à ce que vous disiez, au comportement individuel, on peut s'imaginer que les Français vont se retrouver avec leur prise de sang et, en fait, si on a beaucoup de taux, oui, mais qu'est-ce qu'on fait derrière ? -C'est ça la question.
Moi, quand je me suis fait dépister au PFAS, bon, bah super. Qu'est-ce que je fais ? A part essayer de savoir d'où ça vient, etc., il n'y a pas grand-chose qui se passe.
Donc c'est pour ça que nos collègues Benoît Biteau et Clémentine Autain, eux, qui ont déposé une proposition de loi sur le cadmium, et qu'à nouveau, il y a deux aspects quand on parle d'alimentation, mais en réalité de santé de manière générale, c'est comment on réagit quand on a une crise, mais comment on fait de la prévention en amont ? Et moi, je trouve que dans le contexte actuel, quand on parle de prévention, aujourd'hui, on n'est pas entendu. En fait, c'est en amont qu'il faut faire attention, aujourd'hui, ce n'est pas un discours qu'on entend.
Et on est tellement submergés par toutes ces alertes de crise à droite, à gauche, qu'en fait, c'est décourageant. Et du coup, notre rôle, c'est de dire que non, il ne faut pas baisser les bras et qu'il faut continuer à demander qu'il y ait des mesures qui soient prises quand on découvre que vous êtes pollué. Et surtout que les pollueurs soient tenus responsables de cette pollution. -Allez, une dernière question. -Très vite, j'ai cru comprendre qu'il y avait encore deux pesticides encore autorisés qui contiennent des PFAS.
Le diflufénican, je crois de façon provisoire, pour le désherbage chimique de champs, et le flufénacet. Il y a eu urgence à interdire ces pesticides, alors qu'on ne sait pas décontaminer les terres et qu'on continue de les contaminer ? -La difficulté avec les polluants éternels, c'est qu'on a des fabricants qui changent une molécule, changent de nom et, du coup, peuvent continuer à produire si ça ne rentre pas dans l'exacte famille qu'on a décidé d'interdire.
Donc oui, il y a urgence, mais aujourd'hui, on n'est même pas dans un périmètre où la loi que nous avons votée est appliquée de manière correcte. On a eu des débats à l'Assemblée ces derniers mois où, d'un coup, on nous expliquait qu'on allait reporter certains décrets alors que ça fait plus de trois ans que le sujet est dans les tuyaux. Donc oui, on pourrait aller plus loin, mais aujourd'hui, on a déjà urgence à faire appliquer la loi telle qu'elle a été votée par le Parlement. -On va essayer d'être un peu optimistes, aussi, avec une initiative à présent.
Un supermarché pas comme les autres, on vous en parle dans "Les pieds dans le plat". Jingle -Pour contrer la grande distribution, Elsa, et pour reprendre la main sur les prix de vente, près de 600 agriculteurs du Gard ont monté, en 2019, leur propre supermarché pour écouler leur production locale, fruits, légumes, viandes, produits laitiers, oeufs et même du vin. Tout ça à des prix justes.
Le succès est-il au rendez-vous ? Elément de réponse avec ce reportage de Kathia Gilder et de Philippe Lecroc. -Philippe Lecroc. -Des fruits et légumes, du fromage, du vin en abondance qui s'étalent sur plus de 1000 mètres carrés.
On pourrait se croire dans une grande surface ordinaire, mais ici tout est 100 % local et sans intermédiaires. A l'image de Thomas, producteur venu lui-même apporter ses oeufs bio, tout juste sortis de la ferme. -Je livre les oeufs deux fois par semaine.
Ce sont des poules, donc on a une norme à respecter au niveau du parcage des poules. Une norme de surface, d'accès à l'extérieur. Et surtout, elles mangent un aliment qui est bio, donc à base de céréales qui ne sont pas traitées. -Ici, pas que du bio, mais tout est produit en circuit court, principalement dans le Gard.
Au-dessus des cagettes, le prix, le nom du producteur et la distance qui séparent le champ du magasin, de quoi satisfaire les clients. -Je suis venu dès le premier jour, dès l'ouverture. Donc ça avait été annoncé et j'attendais que ça ouvre.
Et donc depuis, je suis un fidèle, oui. -Sorti de terre il y a sept ans, le Mas des Agriculteurs regroupe aujourd'hui plus de 600 producteurs, tous originaires du Gard. -Ca ne peut pas être qu'un numéro.
Donc ils ont des besoins, on a des besoins, et on se retrouve devant une table ou devant un café et on discute et on avance ensemble. -Et ici, tout le monde s'y retrouve, le client comme l'agriculteur, mieux rémunéré. -C'est le producteur qui fixe son prix.
Nous, ici, on fait de l'achat-revente. L'idée, c'est que le producteur soit gagnant, mais que le client s'y retrouve aussi, que ce soit au niveau du prix ou au niveau de la qualité, la fraîcheur des produits. Parce que les produits qu'on a mis en vente ce matin, ils ont été ramassés hier. -Alternative à la grande distribution, le Mas des Agriculteurs fait le plein de consommateurs avec 10 000 clients en moyenne et il est sur le point d'ouvrir un second magasin dans le nord du Gard. -Vous pensez que c'est une vraie alternative à la grande distribution ?
Que ce système-là, puisque vous dénoncez le système, ce système-là de ces grandes distributions gérées par les agriculteurs eux-mêmes, peut vraiment contrecarrer et concurrencer la grande distribution avec ses marges infernales ? -En tout cas, on en a un bel exemple d'une alternative qui fonctionne. -Peut-être à l'échelle. -Nous, on a aussi, à Lyon, des compléments de producteurs qui marchent bien.
C'est sûr que ça a un coût d'entrée pour eux de se constituer en groupement ou avec un supermarché. Je suppose que ça a demandé beaucoup d'énergie et de collectif, aussi, et de structuration pour pouvoir réussir. -Et d'apprentissage, c'est pas le même métier ? -Ce n'est pas, effectivement, le métier tel qu'il est conçu et tel qu'il est transmis.
Mais en réalité, il y a quand même aussi plein d'endroits où on a encore la possibilité d'aller acheter directement chez le producteur. Ici à Paris, c'est un peu différent dans les grandes villes, etc. Mais moi, en Ardèche... -On voit sur les routes, souvent... -Bien sûr, on fait encore ça.
Donc, il n'y a pas une alternative unique. Il y a plusieurs alternatives qui cohabitent. Il se trouve que ça, c'en est une, et manifestement, elle est aussi très pratique pour le consommateur.
Parce que là, vous pouvez aller faire vos courses, tout est regroupé, vous savez d'où ça vient, vous pouvez échanger avec vos producteurs. En général, ces modèles, quand ils sont montés, ça fonctionne plutôt bien. -Sept ans, ça marche, c'est sûr.
Ils ont fait un 7,5 millions d'euros de chiffre d'affaires, 150 000 clients. Mais est-ce que c'est un cas isolé ? Est-ce qu'il y a des leviers politiques pour faire en sorte que ce modèle-là, ce contre-modèle de la grande distribution puisse se généraliser sur le territoire ? -C'est toujours la question de comment est-ce que les modèles alternatifs, on en fait la promotion et on permet de faciliter leur constitution et leur installation.
C'est-à-dire, vous êtes agriculteur en Ardennes, par exemple, comme on a vu tout à l'heure, comment est-ce qu'on vous aide, on vous accompagne dans une installation collective et un modèle alternatif qui, en plus, est bon pour l'économie locale ? Parce que, mine de rien, consommer local, on sait très bien que c'est positif. L'autre levier, c'est aussi, comme je disais tout à l'heure, celui de la restauration collective.
Moi, j'ai déposé une proposition de loi en ce sens sur le volet végétarien, mais on a la restauration collective qui est vraiment un bon moyen d'impulser en termes de politique publique, de dire : "Bon, quand on a des marchés qui s'organisent, on peut promouvoir des modèles différents avec une puissance publique, donc l'Etat, les collectivités, les mairies, qui contractualisent en direct avec les producteurs pour soutenir ce type de modèle." -Et on parlait tout à l'heure, de la défiance que peuvent avoir un certain nombre de Français en disant : "De toute façon, on a l'impression qu'on ne peut plus rien manger." Vous avez le sentiment que face à ces initiatives ça peut marcher, ça peut rassurer de voir la tête de l'agriculteur qui a produit ce type de légumes, on sait que c'est pas loin, ça rassure ? -On sait que c'est pas loin, après on est...
On ne doit pas dire que c'est à toute épreuve non plus, puisqu'on l'a bien vu avec le couple de producteurs dans les Ardennes. Eux, ils pensaient produire de manière saine, etc. Et finalement, ils n'étaient pas à l'abri de la pollution.
Mais déjà, juste le fait de recréer du lien avec son producteur, savoir ce qu'on mange, d'où ça vient, par qui ça a été fait, en fait, ça change tout et ça reparticipe aussi de notre lien à notre patrimoine qui est la gastronomie, qui est l'alimentation et que sont nos beaux produits. Moi, j'ai pu voyager un petit peu dans ma vie. On a une chance inouïe, en fait, ici, d'avoir des produits de qualité comme on a en France.
Et donc, en plus, aller les acheter auprès du producteur qu'on connaît bien, qu'on peut aussi soutenir si jamais il y a des problèmes dans les récoltes. C'est un peu le système aussi des AMAP, des associations pour l'agriculture maraîchère, où on a son panier qu'on va chercher toutes les semaines. On sait que le contenu du panier va varier en fonction des récoltes, mais on sait que dans l'ensemble on s'adapte et on s'y retrouve à la fin.
Donc, les initiatives, on en a plein en France. La question, c'est comment on en parle, comme on fait aujourd'hui, pour qu'elles soient plus connues, et comment qu'on accompagne ceux et celles qui veulent les mettre en place. -Et c'est des habitudes du consommateur qui doit aussi...
Est-ce qu'on peut dire que le consommateur doit faire aussi, parfois, des efforts ? Parce que ce type de magasin, ça veut dire qu'on ne peut pas faire toutes les courses, donc il faudra se rendre dans un autre magasin, l'essence est chère, etc. Est-ce que les consommateurs, pour, justement, soutenir les agriculteurs, est-ce qu'on est tous prêts à faire, finalement, l'effort nécessaire, et l'effort qui est parfois aussi financier, pour pouvoir soutenir notre agriculture ? -Et c'est là qu'on retombe sur quel modèle de société, en fait, on a envie de promouvoir quand on parle d'alimentation.
Et à nouveau, on n'est pas là pour culpabiliser les gens dans leur comportement individuel parce qu'effectivement, c'est plus compliqué, peut-être, de faire trois magasins différents alors qu'on ne pourrait en faire qu'un seul. Mais aujourd'hui, on pourrait aussi penser des systèmes où on a les petits producteurs puis après aussi d'autres magasins qui se constituent à côté et on pourrait aussi tout recentrer au même endroit. Et ce n'est pas toujours possible et accessible mais je crois que les consommateurs, quand ils ont l'information et quand ils ont les moyens, il faut le dire, les moyens, donc l'argent et le temps, ils le font, l'effort.
Parce qu'en fait, quand on pose la question : "Est-ce que vous préférez manger des produits de qualité qui viennent de 50 kilomètres, qui soutiennent monsieur et madame qui ont travaillé pour vous, versus une barquette des produits de moins bonne qualité issue de l'agro-industrie ?", quand les gens ont le choix, ils vont toujours choisir les produits de meilleure qualité. Donc notre rôle en tant que politiques, c'est de permettre que le choix pour les consommateurs, pour monsieur et madame tout le monde, soit moins coûteux. -Vous dites qu'il faut changer le système.
Je livre une hypothèse, parce qu'on se dit que ça peut prospérer, ces petits supermarchés locaux, mais ça demande une certaine cohésion des agriculteurs entre eux, une entente, du bâti. Et si on ne faisait un système hybride, où la grande distribution était forcée d'intégrer, parce qu'elle vend du dentifrice, des pneus et des rasoirs, donc c'est intéressant d'avoir tout au même endroit, mais que toute la partie viande, légumes, eux, soient traités, justement, par un sous-ensemble avec un marché agricole. Est-ce que comme ça, juridiquement, ça peut tenir selon vous ? -Je ne sais pas si ça peut tenir juridiquement, mais dans tous les cas, ça posera la question de l'encadrement des marges.
Et comment est-ce qu'un gros face à plusieurs petits, ce n'est pas le gros qui gagne et les petits qui perdent. C'est ça, la logique. Mais aujourd'hui, au-delà... -Non, mais il serait intégré à l'intérieur de ce rythme. -Oui, mais... dans quelles conditions ?
Comment est-ce qu'on s'assure que ça reste juste et avantageux pour les petits producteurs ? Aujourd'hui, on a quand même, aussi, déjà des épiceries qui sont des coopératives où vous trouvez, effectivement, de l'alimentation, vos produits pour le linge, de quoi faire vos courses. On a aussi déjà des modèles qui commencent à poindre où ce n'est pas juste les producteurs, mais vous avez des épiceries qui, elles, centralisent des bons producteurs au même endroit. -On va finir ce repas avec "Le péché mignon".
Jingle -Voici le temps des douceurs qui nous viennent du Levant, le mouhallabié qui exhale des parfums de fleurs d'oranger, sans doute le dessert libanais par excellence, une sorte de flan au lait et non aux oeufs, dont l'origine remonterait au temps des Sassanides, dynastie perse qui a régné sur le monde iranien de 224 jusqu'à la conquête arabo-musulmane en 651. On fait de l'histoire en mangeant. Voilà pourquoi ce lait parfumé, on le retrouve donc en Iran, ex-Perse, en Turquie, en Syrie, mais aussi en Grèce, sous le nom de mahalepi ou mhalbi, en Algérie.
C'est l'un de mes desserts préférés, donc merci. Et vous allez nous dire pourquoi et comment, alors, je pensais encore à Chypre, mais comment vous avez découvert ce mouhallabié et pourquoi ça a été le coup de foudre ? -On a ça en commun, c'est aussi mon dessert préféré.
En fait, moi, c'est ma mère qui faisait la mahalabiya quand j'étais petite. Moi, je viens d'une famille qui a beaucoup vécu au Moyen-Orient. Ma mère est née en Egypte, mes grands-parents aussi, etc.
Donc, on a une culture familiale culinaire qui est très, très imprégnée, justement, de ces saveurs-là. Et vous savez, je crois que dans toutes les familles, parfois, quand on rentre chez soi, il y a toujours un plat signature, réconfort qu'on fait. Dans la catégorie de dessert, chez nous, quand on rentre à la maison, c'est la mahalabiya.
Nous, on l'appelle comme ça. Et toujours à la fleur d'oranger, avec la pistache, avec une consistance différente de comment on la fait. -Parce que ça dépend de la texture.
C'est un peu comme la panna cotta. Si c'est trop dense... -Goûtez. -En fonction de comment elle est faite, elle peut être plus ou moins épaisse ou plus ou moins crémeuse. -Votre maman la faisait ? -Oui. -Quel gélifiant elle mettait ?
Quel épaississant ? -Elle est très bonne. On ne va pas se mentir, elle est très bonne. -On remercie Le Bourbon, on sent très bien la fleur d'oranger, les pistaches. -Du lait de la maïzena et de la fleur d'oranger.
C'est aussi simple que ça. Ma mère, impossible de lui demander de suivre une recette puisqu'elle fait tout en goûtant. -Si on veut être plus local, on peut mettre du agar-agar ou de la gomme arabique qui donne des substances un peu moins épaississantes que la maïzena qui a tendance à donner un petit côté compact.
Ca dépend du ratio, ça dépend combien de temps on la laisse reposer, etc. Nous, on la mangeait vraiment dans toutes ses nuances à la maison. Et je crois que c'est aussi un petit peu...
Moi, je suis assez attachée à cette espèce de métissage culinaire qu'on a à la maison. Parce qu'en fait, je trouve qu'on se retrouve autour de la nourriture. Et que la nourriture, ça nous fait voyager, ça crée des liens.
Et que là, on est hyper...
Je m'appelle Marie-Charlotte, personne ne s'attend à ce que je vous ramène de la mahalabiya pour l'émission de LCP. Et pourtant, en fait, ça fait partie de mon histoire familiale et donc quelque chose de très viscéral que je ressens dans ma chair et que j'ai vécu. Moi, quand je rentre dans certains magasins d'épices orientales, je suis émue parce que ça me rappelle les odeurs de quand je vivais à Chypre quand j'étais petite, la cuisine à la maison.
Et en fait, je trouve ça magnifique, Et ça me fait penser, tout ce métissage, au vers de Christiane Taubira dans son poème "Seuls et vaincus" qui dit "Et vos enfants joyeux et vifs feront rondes et farandoles et avec nos enfants s'aimeront et feront des petits enfants chatoyants". Et c'est toute l'histoire de ces métissages et de ces mélanges. Et la nourriture, c'est vraiment l'exemple parfait de ça. -Desserts orientaux.
D'autres desserts aussi ? Sur quoi vous craquez facilement ? -Le chocolat.
Et vous voyez, ça c'est pas forcément écolo, pour le coup. Quand on dit que le chocolat vient de loin et tout ça, il n'y a pas de pureté dans ce qu'on mange. Et moi, j'adore le chocolat alors que pourtant... -Dans toutes ces déclinaisons ?
Fondant au chocolat, gâteau au chocolat, mousse au chocolat ? -Mousse au chocolat, mais surtout le chocolat. En tant que tel, je trouve que c'est un dessert...
Tout le monde ne dira pas que c'est un dessert, mais en tout cas, c'est une manière de terminer les repas qui est extrêmement agréable, qui va très bien avec un bon verre de vin notamment, un bon verre de rouge, un carré de chocolat noir. -Tout simple. Je me lance, une ardéchoise, vous devez forcément aimer le Mont-blanc ? -Non, il y a pas assez de crème de marron, c'est ça ?
Moi, je préfère une bonne faisselle ou un bon fromage blanc avec de la crème de marron dedans. Je suis plutôt sur des goûts simples. Ou alors de la mousse ou du fondant à la crème de marron.
Un bon fondant à la crème de marron, ça bat un fondant au chocolat. Le débat est ouvert. -Alors, là, c'est...
Vous allez faire polémique. -Les desserts français, le Saint-Honoré, le Paris-Brest, vous avez aimé ? -Paris-Brest, mon préféré, sans équivoque, depuis toujours. -Très sucré, donc. -On écoute la musique que vous avez choisie pour finir ce repas.
Gaël Faye, "Des graines". -Les âmes s'assoupissent sous la chaleur intense Et les palmiers s'en balancent des rigoles d'immondices Notre pays embourbé où le peuple est un gueux Et le ciel est suspect d'être si beau et si bleu Chaque jour est une peine vaine sous l'astre brillant On musèle les rêveries depuis bien longtemps Le futur paraît vain, le tyran si puissant Mais d'où proviennent ces chants, ces voix que l'on entend ? -Pourquoi Gaël Faye ? -Alors moi je suis une amoureuse absolue de ses mots, à Gaël Faye, puisqu'il est chanteur mais il est aussi Romancier, il a eu le concours des lycéens pour "Petit Pays" et je trouve qu'il y a, dans sa prose...
En gros, quand on lit ses mots on a l'impression de lire de la poésie alors qu'on lit un roman et c'est pareil quand on écoute sa musique. Et cette chanson en particulier, au moment du refrain, elle dit : "Ils ont cru qu'ils allaient nous enterrer, mais ils ignoraient que nous étions des graines." Et du coup, je trouve que c'est un peu une ode à la résistance et à l'espoir, et de se dire qu'on peut toujours revenir quand on vit des choses difficiles.
Et il y a un choeur qui est très beau, et moi, je me souviens de l'avoir vu aux Nuits de Fourvière à Lyon, en festival, et qu'il avait fait chanter toute la foule sur ce refrain. Et en fait, c'était un moment extrêmement bouleversant. Et du coup, je retire beaucoup de force et de joie de cette chanson. -Force et joie.
On va continuer à l'écouter pour finir cette émission. Merci, Marie-Charlotte Garin. Merci. -Merci. -A très vite sur LCP. "Des graines" de Gaël Faye
Marie-Charlotte Garin