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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 21 mars 2025 9 min

L'école en France : un système qui reproduit les inégalités sociales

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il faut investir dans l'éducation. Je pense que moi j'ai j'ai échoué d'une certaine façon dans à convaincre les politiques que c'était de l'investissement. L'éducation, c'est pas de la dépense, c'est de l'investissement.

Et en fait, les grands économistes nous disent que plus on met d'argent tôt, moins on en met tard pour le rattrapage social. avec cette école du tri, cette école de la compétition qui est fondée sur le repérage d'une élite sur des savoirs uniquement académique et abstrait. Tous ceux qui chez eux n'ont pas l'aide nécessaire ou les petits cours nécessaires se perdent en route.

Le péché originel, c'est d'avoir aligné le collège unique sur le petit lycée de la bourgeoisie qui a été fondé uniquement sur ses savoirs abstraits. Bonjour Christophe Querrero. Bonjour Marguerite Taton.

Merci d'être venu ce matin. Cette dernière fonction, vous l'avez quitté avec fracas si je puis dire en démissionnant lorsque votre ministre Amélie Oudea Casterra vous a désavoué sur une réforme des classes préparatoires parisiennes. De l'ensemble de votre parcours, vous avez tiré un ouvrage tout juste publié aux éditions Robert Lafond.

L'école n'a pas dit son dernier mot avec un sous-titre accrocheur, le coup de gueule d'un recteur qui refuse de baisser les bras. Ce qui nous intéresse ce matin, c'est le diagnostic que vous posez sur l'école et puis évidemment les pistes que vous esquissez pour réformer notre système scolaire. Commençons par une histoire, celle de l'élitisme républicain.

On a avant tout construit l'école pour extraire une élite de la masse et la former au mieux, dites-vous. Alors, qu'est-ce que c'est l'élitisme républicain ? C'est l'idée selon laquelle, quelle que soit son origine sociale ou géographique d'ailleurs, tout élève peut accéder accéder aux plus hautes fonctions par l'école, par son travail et par son mérite.

C'est une belle idée très généreuse qui est née d'une certaine façon en Chine, je le raconte avec le Mandarina où il s'agissait de repérer dans toute la population de la Chine les haut fonctionnaires de de l'empereur. Mais dans les faits, on le sait et PISA nous le rappelle depuis 25 ans, cela ne fonctionne pas en France qui est l'école de la reproduction sociale. Vous voulez dire que ça ne fonctionne plus en un sens et que même les élites, ces fameux parcours très brillants qui enchaînaient le latin, le grec, les mathématiques et finissait la polytechnique ne sont plus haut niveau.

On connaît tous des exceptions bien entendu. Il y a des élèves très brillants issus des milieux défavorisés. Mais on a quand même un vrai problème, c'est que comme vous le dites, les élites d'abord sont de moins en moins nombreuses.

On constate à chaque fois qu'il y a moins de très bons élèves, 3 % contre 9 % dans l'Union européenne et 50 % à Singapour et qu'elles ne sont plus suffisamment agiles par rapport au monde qui est le nôtre. C'est un autre sujet. Et puis ce système maltusien, il présente aussi un vrai problème.

On manque de médecin et on continue à avoir une hypersélection des médecins. On manque d'ingénieur et on a une hypersélection pour avoir des ingénieurs. Donc on marche sur la tête et finalement c'est perdant perdant avec des problèmes de cohésion nationale très importants.

Donc non seulement notre élite est infime, immuablement choisie dans le même visier parisien dites-vous très bourgeois sur des épreuves académiques tout aussi immuables. tandis que le tri et l'élimination massive des élèves des classes populaires lui fonctionne à plein. On est on en est à perdre dites-vous Christophe Querrero, un quart de chaque classe d'âge.

Expliquez-nous bien sûr avec cette école du tri, cette école de la compétition qui est fondée sur le repérage d'une élite sur des savoirs uniquement académiques et abstraits, tous ceux qui chez eux n'ont pas l'aide nécessaire ou les petits cours nécessaires se perdent en route. Vous connaissez beaucoup de gens, vous avez rencontré beaucoup de gens et moi-même je suis un peu un survivant du système, je le raconte là encore dans le livre. Euh en effet, euh le système est fondé uniquement sur un certain mode de recrutement par les savoirs abstraits, les savoirs académiques et on ne peut pas s'étonner qu' perdre beaucoup d'élèves à ce titre.

L'un des grands moments d'échec, dites-vous, c'est le collège. Le collège unique où se rencontre l'école du peuple et de la bourgeoisie qui n'ont jamais vraiment fusionner, dites-vous, malgré les réformes régulières de démocratisation scolaire. Quel est le péché originel du collège unique ?

Là encore hein, une grande et belle idée, une noble idée qui née euh dès après la Grande Guerre euh qui est concrétisée euh dans les faits, il y a une vraie massification, mais le péché originel, c'est d'avoir aligné euh le collège unique sur le petit lycée de la bourgeoisie qui était fondé uniquement sur ses savoirs abstraits. C'est c'est cela qui fait qu'on n pas eu comme d'autres pays, une école moyenne. Le terme n'est pas très beau, mais une école démocratique.

C'était tout l'enjeu de l'école de Jules Féri l'école de Julferie, l'école primaire qui était faite pour l'école du peuple. euh elle avait été réfléchie, pensée pour euh véritablement assimiler euh ces ses élèves avec des savoirs concret. On a tous en teste la leçon de choses et puis euh l'histoire, euh le récit national, euh tout cela ça accrochait les élèves euh et on l'a perdu au moment de la réalisation du collège unique.

Donc vous en montrez ces limites et pourtant vous vous plaidez dans votre ouvrage pour un lycée unique. Expliquez-nous. Alors, c'est un peu une utopie à ce stade euh mais je crois que c'est comme ça qu'on avance.

Euh, il me semble en tout cas qu'il faudrait beaucoup plus travailler sur euh des savoirs plus intégrés. Tout dépend de ce que l'on veut former. Est-ce qu'on veut former euh des élites un peu déconnectées ou est-ce qu'on veut une société plus harmonieuse ?

Je crois que si on veut cela, il faut des savoirs intégrés. C'est-à-dire que euh pourquoi on enseigne uniquement mathématique, physique, science des la vie et de la terre. Pourquoi onseigne pas les sciences pour pour développer le goût des sciences, le goût de l'esprit critique.

Je crois qu'on en a particulièrement besoin de la même façon. Pourquoi on enseigne le français parfois de façon un peu caricaturale avec des relans de structuralisme ? Et pourquoi on ne donne pas le goût de la lecture ?

Et pourquoi on ne mélange pas un contexte à l'histoire ? Moi ça ne me choque pas qu'au collège par exemple il y a un professeur qui fasse l'histoire et le français. C'est des choses possibles et c'est possible aussi au lycée de de décloisonner d'une certaine façon les savoirs et pourquoi euh un quelqu'un qui veut faire des de l'écogestion serait obligé d'aller en filière technologique et ne pourrait pas avoir des mathématiques à haut niveau.

Après tout, c'est ce qui est attendu dans l'entreprise. Donc ce serait euh si on suit cette utopie la fin des trois lycées euh général, technologique, professionnel. Et vous parlez, je trouve ça assez intéressant d'une possibilité donc de de passer des certificats dans différentes disciplines.

Alors discipline c'est peut-être plus complètement le bon mot, mais euh dans différents domaines d'expertise. Et on le fait au gré de sa progression. Si je suis plus littéraire, je serai peut-être dès la classe de seconde diplômée niveau bac en français.

Par contre, en mat, j'aurais le droit à plus de temps, je pourrais passer plus tard mon certificat et je pourrais faire aussi, vous dites qu'il faut avoir ça, dès la technologie, des activités manuelles. Donc c'est ça serait un grand lycée ouvert au gré des élèves la fin des classes et des générations. Oui, c'est tout le système qu'il faudrait en fait repenser à à ces tôes.

Ça existe déjà les certifications, ça existe avec Pix pour les certifications informatiques et vous et moi, on peut y aller comme des élèves de collège ou de lycée. Et ça existe avec le cadre européen des langues niveau A2 B2. Pourquoi ça n'existerait pas pour les mathématique, pour l'histoire, pour le français.

Après tout, pour aller à son rythme, pour être beaucoup plus dans une logique d'individualisation qu'aujourd'hui, ça permettrait, je crois, de perdre beaucoup moins d'élèves que cette espèce de lad procuste euh qui est très très identique pour tout le monde. Et aujourd'hui, on le sait bien, les enfants sont différents et encore une fois, je plaide pour cela aussi pour la société, c'estàd qu'on a besoin de tous les talents. On n pas besoin de certains talents seulement, il faut tous les talents.

Et les classes préparatoires dans ce grand système, vous les réserveriez à des étudiants qui ont besoin d'un accompagnement et d'un encadrement renforcé et qui se destinent à des métiers en tension. Euh un mot très bref, des budgets, Christophe Kerro, dans ce cadre-là, s'il faut un lycée où on propose toutes les options, toutes les machines, c'est inimaginable. Alors, il faut investir dans l'éducation.

Je pense que moi, j'ai j'ai échoué d'une certaine façon à convaincre les politiques que c'était de l'investissement. L'éducation, c'est pas de la dépense, c'est de l'investissement. Et en fait, les grands économistes nous disent que plus on met d'argent tôt, moins on en met tard pour le rattrapage social.

Merci beaucoup Christophe Guerrero. [Applaudissements]

L'école en France : un système qui reproduit les inégalités sociales — David Margueritte · Pourquijevote